Criton – 1946-03-02 – Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-02 – Le Chemin de la Paix.

 

L’actualité a été dominée par les difficultés de l’Angleterre en Egypte et aux Indes. Manifestations sanglantes des étudiants du Caire, émeutes à Bombay, révolte de la flotte indoue. Ces troubles ne sont pas nouveaux, mais leur gravité tient à l’affaiblissement de la Grande-Bretagne, violemment attaquée par la Russie, peu soutenue par les Etats-Unis.

Leur importance croît parce que la fin de la guerre a poussé les forces obscures des masses indigènes, travaillées par la propagande soviétique, à chercher une libération rapide.

L’Angleterre lutte de toute son énergie, tout en cherchant à donner certaines satisfactions aux plus raisonnables des revendications posées.

 

Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

Devant la gravité des événements, à cause aussi des résistances du Congrès américain à la ratification de l’emprunt anglais, le Gouvernement travailliste n’a pas hésité à déléguer Churchill aux U.S.A.

On sait peu de choses des problèmes discutés. Tous sans doute l’ont été. On prête à Churchill le projet qu’il avait en 1940 après notre défaite proposé à la France –  d’une association des deux mondes anglo-saxons (au lieu d’une fusion des deux empires français et britanniques). Cela impliquerait la double nationalité pour tous les ressortissants anglais et américains et une commune politique internationale.

Churchill est trop averti pour se faire illusion sur les chances de succès du projet. Mais il prépare l’avenir pour que, en cas d’événements cruciaux, l’idée soit déjà familière. Le grand homme d’Etat sait que l’Angleterre n’est plus en état de suffire à sa propre défense, et que tôt ou tard, le bloc anglo-saxon devra se souder complètement pour survivre.

On voit le chemin parcouru depuis qu’une fusion franco-anglaise semblait devoir suffire à ses yeux pour faire contrepoids aux autres forces dans le monde.

 

La Chine

De violentes manifestations contre la Russie – chacun son tour – ont eu lieu en Chine du Sud pour réclamer la libération de la Mandchourie par l’armée rouge. L’unité chinoise semble en voie de réalisation. Il y aura encore des dissensions, certes, mais le nationalisme est en train de l’emporter sur le particularisme. Nous savons combien les Américains tenaient à ce résultat. S’ils ont plus ou moins sacrifié l’Europe à l’influence soviétique, c’est pour l’écarter d’Asie.

De temps à autre, et malgré des conflits apparents, une certaine entente secrète se révèle entre Russes et Américains. Il est peu probable que les Russes s’obstinent en Mandchourie. Ils ne se heurteront pas à fond avec les Etats-Unis, mais marchanderont quelques avantages stratégiques et économiques.

 

La Politique Russe

Des voix autorisées ont discuté à fond le problème russe : leurs conclusions ne diffèrent guère de nos commentaires.

L’opinion prévaut que Staline ne pousse pas à un conflit prochain : Bevin a dit, d’ailleurs, qu’un tel conflit lui semblait inconcevable. Les Russes veulent plutôt profiter au maximum des circonstances ; et sans courir le risque fatal, aller jusqu’aux limites du possible.

C’est avec un autre tempérament la politique même d’Hitler avant 39. N’oublions pas qu’en obligeant ses adversaires à des armements ruineux, en entretenant l’inquiétude et la misère, la Russie crée un climat favorable au travail idéologique intérieur. Il faut empêcher à tout prix le retour à la paix et à la prospérité, sinon la propagande tombe.

 

L’Affaire Espagnole

Les bêtises recommencent ; en 36, les Franquistes de France ont paralysé l’action du Gouvernement qui voulait et pouvait empêcher le fascisme de l’emporter. On mêle encore aujourd’hui politique extérieure et intérieure. Il ne s’agit pas de Franco, que chacun exècre. Mais connait-on les intentions profondes des Anglo-Saxons ? Nous exaspérons nos ennemis d’Espagne, dont plus d’un sera au pouvoir quand Franco n’y sera plus. Des ennemis, nous n’en avons nulle part plus que dans la péninsule, même parmi ceux que nous croyons amis.

 

Indochine

Terminons sur une note agréable : grâce à d’habiles diplomates et d’heureux soldats dignes des grands aînés, notre influence se rétablit rapidement en Indochine. Les Chinois ont promis, une fois de plus, de partir. Leurs généraux d’ailleurs ont, par leurs exactions, indisposé la population qui souhaite notre retour, et jusqu’au Viet-Minh qui perd pied et autorité sur les bandes qui terrorisent le pays.

 

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