Criton – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Discours de Churchill

Le retentissement des trois discours de Churchill aux Etats-Unis a donné à la situation internationale toute la clarté que la fiction de « l’Union des Trois Grands » avait jusqu’ici voilée.

Ce voyage, ces discours, cette publicité avaient été soigneusement préparés. L’autorité de Churchill avait été renforcée par la présence du président Truman.

Cependant les officiels, tant du côté anglais que du côté américain, se sont empressés de calmer l’émotion que l’énoncé brutal de la vérité avait provoquée : – Churchill n’avait parlé qu’à titre privé ; il ne saurait être question d’alliance étroite entre Grande-Bretagne et U.S.A. La politique de l’O.N.U. et de la sécurité collective reste la ligne maîtresse des diplomaties officielles, etc. : attitude qui n’est ni très courageuse, ni très sincère, mais il fallait donner à l’opinion inquiète l’impression que les dirigeants responsables maintenaient une ligne pacifique.

D’une part, l’opinion américaine, nous l’avons dit, redoute les aventures où le soutien aux Anglais risque encore de l’entraîner.

Du côté britannique, de larges cercles influents, tant conservateurs que travaillistes, répugnent à envisager des périls qui ne sont pas encore imminents : empirisme bien anglais, qui opposait en mars 1936 – il y a dix ans – aux prophéties de Churchill, les Eden, Lloyd George, Alexander qui, contre l’évidence, parlaient encore de la « confiance dans Hitler ».

Retenons de ce discours de Churchill deux mots essentiels :

  1. Il est aussi vrai que le soleil se lèvera demain, que les Anglo-Saxons seront tôt ou tard unis dans la même tâche ;
  2. Staline ne veut pas la guerre « pour le moment ».

Deux certitudes.

 

La Politique Russe

On a cherché à Londres surtout, toutes sortes d’explications rassurantes à l’expansion russe. Surtout cette méfiance et cette crainte d’un encerclement de l’Union Soviétique par ses adversaires capitalistes.

Certes, cet état d’âme est réel. Mais Staline est un trop grand politique pour en être dupte ; il s’en sert. Il a expérimenté la mentalité anglo-saxonne, la lenteur de ses réactions, sa répugnance à prévoir au-delà de l’immédiat, les hésitations de peuples qui tiennent à leur confort matériel et moral.

Il fallait agir vite, tirer le maximum d’avantages jusqu’au moment où la résistance s’avère trop forte pour être vaincue pacifiquement. Staline va jusqu’aux limites du possible.

De plus, – et ceci est à nos yeux capital – rien n’affaiblit mieux l’économie anglo-saxonne que la guerre des nerfs.

Mais Staline saura, au moment critique donner les apaisements nécessaires, afin de maintenir une paix qui lui est indispensable pour l’heure.

 

Le Conflit Persan

L’affaire persane et ses incidents dominent l’actualité. Les troupes russes se sont avancées aux portes de Téhéran. L’Angleterre, qui a retiré les siennes, hésite à les y renvoyer. L’Amérique a peur de compromettre son prestige au cas, probable, d’une révolution intérieure.

Voici les Russes tout le long de la frontière du pays Kurde, qui proclame son indépendance. Le pays Kurde va jusqu’au Golfe d’Alexandrette.

Si la révolte réussit, Staline aura posé une « dame » sur la Méditerranée, à moins qu’une garnison anglaise ne l’ait devancé. Si la révolution réussit en Perse, il aura posé une autre « dame » sur le Golfe Persique.

Et alors, les Indes ? Les Anglais ont compris, et une mission part de Londres pour donner aux Hindous les satisfactions qu’ils attendent de l’indépendance avec, bien entendu, de la part des Anglais, quelques restrictions mentales.

 

L’Espagne et le Blé Russe

L’Espagne a toujours été pour les Soviets le terrain choisi, le plus favorable à une pénétration politique. C’est un gros point stratégique, l’autre bras de la pince dans laquelle tout l’Islam est enfermé.

Pour réussir, il faut l’appui de la France. L’U.R.S.S., qui s’était toujours refusée à fournir quoi que ce soit à l’U.N.R.A. n’a pas hésité à payer cet appui de quatre millions de quintaux d’un blé précieux.

Elle s’assure ainsi un double avantage, car ce même blé sera une manne électorale bienfaisante pour ses partisans, un peu défaits par les événements en France.

Pour qui l’affaire sera-t-elle bonne ? Mangeons-le toujours ce blé, dit-on à Paris, nous verrons bien après.

Il y a 23 divisions espagnoles sur les Pyrénées, mais elles ne les franchiront pas.

 

L’Indo-Chine

Comme on s’y attendait, c’est toujours du côté chinois que les obstacles à la pacification sont le plus redoutables.

Le Gouvernement de Tchoung-King multiplie ses assurances amicales, mais les généraux chinois nous tirent dessus. Comme le pouvoir central en Chine n’a jamais eu beaucoup d’autorité sur ses généraux, il se peut que le double jeu soit fortuit, mais il se peut aussi ….

 

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