Criton – 1949-10-29 – Voies sans Issue

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Le Courrier d’Aix – 1949-10-29 – La Vie Internationale.

 

Voies sans Issue

 

Les incidents de la guerre froide sont devenus si habituels qu’on n’y prend plus garde. Moscou demande le rappel de l’ambassadeur yougoslave, Prague emprisonne un envoyé et exige l’expulsion d’un diplomate américain : affaires courantes ! Cependant le danger croit. L’importance que les Soviets eux-mêmes ont donné à l’affaire Tito les oblige à la résoudre, coûte que coûte. Tito lui-même, voudrait-il se réconcilier avec Staline, est trop engagé dans la lutte pour le faire. Dans la vie publique comme dans la vie privée, c’est ainsi que les malheurs arrivent. On se répéterait à commenter les incidents quotidiens. L’autre grand problème de l’heure, la lutte, en Angleterre, du Socialisme contre la nature économique fournit une matière plus variée.

 

Le Programme Cripps d’Economie

Les critiques parfois dures que le français qui a vécu l’histoire depuis Fachoda peut adresser aux Anglais, n’empêchent pas d’admirer une fois de plus leur civisme. Ils viennent de le montrer en critiquant presque unanimement le gouvernement Attlee pour la pusillanimité de son programme d’économie. Après cinq ans de guerre et quatre d’austérité croissante, cela est vraiment éloquent.

C’est que l’Anglais moyen commence enfin à y voir clair ; il voit d’abord le péril que court la patrie, péril aussi mortel que le Blitz, l’Angleterre entraînée tant par les faits contre lesquels nul ne peut : coût de la guerre, perte des actifs extérieurs et lourde dette étrangère, amenuisement des ressources du fret, affaiblissement des liens avec les Dominions, crépuscule du Colonialisme, disparition de l’actif chinois, situation aggravée par une politique exactement contraire à l’intérêt national et qui se résume en ceci :

Les Travaillistes au pouvoir, par idéologie socialiste, au lieu de chercher le salut dans un immense effort de production et de perfectionnement technique au lieu, pour y parvenir, de nourrir le peuple anglais coûte que coûte et de faciliter toutes les initiatives, se sont appliqués à redistribuer les réserves, à les égaliser en rationnant, rationalisant, nationalisant.

Mais ce que les Anglais reprochent aujourd’hui à leur Gouvernement ce n’est pas de s’être trompé. Ils auraient tort de s’en plaindre, puisqu’ils l’ont élu. Ils lui reprochent de ne pas avoir le courage d’aller jusqu’au bout et de serrer la vis à bloc. Un peuple qui reproche à son  Gouvernement de se conduire en démagogue est un grand peuple. Si catastrophique qu’apparaisse sa situation, il peut la dominer.

En effet, les 250 millions de Livres d’économie que Cripps propose n’auront pas grand effet. Le socialisme a son visage, partout le même. Doctrinaire, sectaire et autoritaire quand il s’agit de brimer ses adversaires et de corseter l’activité économique, il est lâche quand il s’agit d’imposer à ses commettants les devoirs qui correspondent aux droits qu’il leur a fait obtenir, et plus lâche encore quand sa politique sans issue amène une dictature dont il s’empresse de lécher les bottes.

Les Anglais heureusement, ne connaîtront pas ce péril, mais ils pourraient à défaut de la dictature d’un homme connaître celle plus durable, du Dollar. Nul doute que le travaillisme après avoir honni, la situation ne s’organise pour s’en accommoder… M. Attlee a-t-il eu raison de retarder les élections ? A moins que la guerre ne devance la consultation populaire, le temps ne saurait faire disparaître les difficultés britanniques. La Livre continue à baisser sur toutes les places. Au lieu de 2,80 on l’offre à 2,50 ou 55 selon les catégories. Cette fuite devant la Livre, montre le peu de confiance du monde dans l’équilibre économique anglais. Ce fait psychologique est plus grave que les symptômes purement matériels. On ne croit plus que Cripps puisse remonter la pente.

En février ou mars, l’électeur décidera. Il sera sans doute bien embarrassé. Le mal fait est irréparable. On ne peut revenir sur des réformes sociales. Les Conservateurs l’ont dit, et force leur sera de faire malgré eux la politique du travaillisme. On crée des organismes, des institutions dont on est à jamais prisonnier.

 

L’Union Européenne

Le sujet numéro 3 de l’actualité est l’Union Européenne. Affaire comme nos lecteurs l’ont vu dès l’origine, bien mal engagée. Comme l’autre jour où Truman et Lie posaient la première pierre du nouvel édifice de l’O.N.U. à New-York. A défaut de résultats, la foi dans les résultats suffit à entretenir l’optimisme et le temps peut-être se chargera du reste.

Il en est de Strasbourg comme de Lake-Success : faire l’Europe ou Faire le Monde impliquent un postulat identique. Renoncer aux souverainetés nationales en matière d’économie, de monnaie, d’armements et ensuite faire d’une mosaïque d’activités concurrentes et souvent nuisibles, qu’aucun artifice ne peut harmoniser, un réseau de fonctions qui se complètent, c’est là qu’un peu de dirigisme aurait un emploi salutaire. Dirigisme qui serait chirurgical avant tout ……

En attendant, l’échec vraiment pénible de la Conférence du Benelux qui était le premier né des espoirs de collaboration européenne, échec sur lequel on a jeté le voile, montre que la bonne volonté et la compétence technique ne suffisent pas à refaire un monde : les discours encore moins.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-10-22 – Pour Plaire aux Allemands

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Le Courrier d’Aix – 1949-10-22 – La Vie Internationale.

 

Pour Plaire aux Allemands

 

Lorsqu’Hitler vit la guerre perdue, il lança son offensive à l’ouest pour retarder l’avance américaine et pour laisser aux Russes le temps d’atteindre le cœur de l’Allemagne. Il comptait sur la rivalité des vainqueurs pour la résurrection du pays. Ce calcul désespéré se révèle aujourd’hui fondé. Les Russes, depuis longtemps, cherchaient à enflammer le nationalisme germanique contre les Occidentaux, mais ils n’ont pu jusqu’ici s’assurer du concours du peuple. Après la constitution du Gouvernement de Bonn, ils ne pouvaient plus attendre. Ils ont donc réalisé une république orientale allemande dans des conditions défavorables, suffisantes cependant pour embarrasser les alliés et permettre aux dirigeants de Bonn de se montrer exigeants envers les occupants.

 

Le Télégramme de Staline

Les termes du message de Staline à sa nouvelle Allemagne dévoilent son but. Faire miroiter aux Allemands l’espoir d’une alliance Germano-Russe qui rendrait aux Germains une place prépondérante en Europe. Nouveau Rapallo a-t-on dit. Pure propagande en réalité, car Staline a plus que quiconque des raisons de se méfier du pangermanisme. Pour séduire les Allemands, il faudrait promettre la révision de la frontière Oder-Neiss avec la Pologne, ou une large compensation à l’ouest, choses également impossibles.

En tous cas, la constitution d’un Etat d’Allemagne orientale même accompagnée d’un traité de paix comportant l’évacuation des troupes russes n’aura pas la portée qu’on est tenté de lui donner. Les Allemands sont trop anti-soviétiques à l’heure présente pour se laisser enrôler.

 

Conséquences à l’Ouest

L’affaire a néanmoins eu des répercussions. Les Alliés doivent donner au gouvernement de Bonn des satisfactions spectaculaires pour renforcer son crédit.

Celui-ci redouble d’activité et propose un plan pour arrêter les démantèlements et donner aux chômeurs allemands la perspective d’un emploi. Cette requête a trouvé une oreille complaisante à Washington qui voudrait délivrer le contribuable américain de l’obligation de nourrir les Allemands. Les Anglais eux-mêmes que la dévaluation de la Livre rend moins sensibles à la concurrence allemande sont disposés à céder. Les Français font grise mine mais ils devront s’incliner.

Il est indispensable que les Allemands accordent quelque confiance au gouvernement qu’on leur a permis de se donner, et le statut d’occupation devra être révisé. Devant la menace de guerre grandissante, il faudra, bon gré, mal gré, s’assurer du concours allemand. Et le chancelier Adenauer, très habilement, pour fléchir les résistances françaises, a parlé de la nécessité d’un rapprochement Franco-Allemand pour assurer la paix et la prospérité de l’Europe.

Les deux pays sont économiquement les seuls qui, sur le continent, soient complémentaires et qui puissent bénéficier vraiment d’une union douanière. Ce n’est pas parce que l’idée fut soutenue par Vichy qu’elle est devenue fausse. Dans un avenir prévisible, ou bien l’Allemagne reconstituée s’associera économiquement avec la France, ou elle se soudera à l’Est européen. Il y a là une nécessité de fait devant laquelle tous les préjugés doivent céder : de deux maux, choisir le moindre.

 

La Fin de l’Insurrection en Grèce

On a fait grand bruit autour du communiqué des insurgés communistes de Grèce qui annonce la fin des hostilités. Moscou abandonne en Grèce une partie déjà perdue. Les rebelles ne se battaient plus guère. Il y a l’affaire Tito qui est plus pressante. Selon toute vraisemblance, l’action de ce côté  ne saurait tarder et les insurgés grecs ne chômeront pas. Avec des éléments venus de côtés divers, une révolte anti-titiste sera mise en action d’ici peu.

Les choses ne vont pas sans difficultés pour le Kominform. D’épuration en épuration, il ne reste plus grand monde pour gouverner les satellites ; le gouvernement albanais d’Hodja est chancelant. Les arrières des nouveaux insurgés baptisés yougoslaves seraient difficiles à assurer si l’Armée rouge n’y pourvoyait.

Ce qui enrage Moscou, c’est la candidature de la Yougoslavie au Conseil de sécurité de l’O.N.U. L’assemblée est un Forum bruyant et ce qui s’y dit a de l’écho. Si Tito porte sa querelle devant le Conseil de sécurité, il pourra dévoiler des faits désagréables qui trouveront une publicité complaisante dans la presse. Tout cela aboutirait peu à peu à un schisme dans les partis communistes des pays libres, où déjà le torchon brûle, quand il deviendra trop évident que le parti est l’instrument sacrifié d’un impérialisme dévorant. Déjà le lâchage des partisans grecs et l’exécution un peu partout d’anciens fidèles du bolchévisme international, militants chevronnés et respectés, a ouvert bien des yeux, et les petites brochures éditées à Belgrade et répandues dans les cellules, aussi.

 

En Tchécoslovaquie

Ce qui se passe à Prague également révolte la conscience des partisans sincères. Quarante mille arrestations ; une persécution plus inhumaine que celle d’Hitler dans ce malheureux pays, l’imminence d’une purge plus brutale qu’ailleurs au sein du gouvernement, on parle de Clementis et de Gottwald lui-même, la résistance des masses ouvrières à des méthodes qui ressemblent trop à ce qu’on a vu il y a dix ans, tout cela renforce peut-être l’autorité du Kremlin. Mais la terreur n’a  jamais le dernier mot, et la Tchécoslovaquie subjuguée pourrait un jour coûter cher à Staline.

 

Pessimisme

D’une façon générale dans les Chancelleries on est déconcerté devant l’attitude de plus en plus agressive du Kremlin. On s’attendait plutôt à un apaisement ou tout au moins à une pause.

On croyait à Washington que Moscou éprouverait le besoin de souffler en Occident pour porter ses efforts sur la Chine et le Sud-Est Asiatique, où d’ailleurs la situation empire partout et simultanément ; on en éprouve quelque inquiétude. On ne sait jamais ce qui peut sortir des laboratoires où se fabriquent les engins de mort. Staline compterait, comme Hitler sur ses V2, sur quelque rayon cosmique que Pearson nous fait craindre, ou n’est-ce pas plutôt un bluff imperturbablement et froidement poursuivi qui, comme la calomnie, réussit toujours en quelque mesure.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1949-10-15 – Politique et Morale

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Le Courrier d’Aix – 1949-10-15 – La Vie Internationale.

 

Politique et Morale

 

La semaine n’a pas manqué d’intérêt : les élections en Autriche marquées par un mouvement vers la droite et un recul du socialisme ; en Norvège où le communisme a quasi disparu de la scène politique au profit du Gouvernement actuel, travailliste modéré qui symbolise l’intégration de la Norvège dans le bloc atlantique. Il y a eu surtout la proclamation du Gouvernement allemand en zone orientale, la mise en scène d’un parlement communiste intronisé par les Soviets sans participation des électeurs dans l’indifférence générale de la population berlinoise. Il y a l’annonce des élections en Angleterre pour Novembre, le congrès du parti conservateur, la crise française et les débats variés de Lake-Success. Mais derrière ces événements d’ordre public, il y a toute une action moins visible d’un intérêt plus pressant.

 

La Crise de Conscience Américaine

Un article qui a fait du bruit et soulevé quelque indignation a paru récemment dans « Le Monde », « Pour qui travaille le temps ». L’auteur, M. Servan Schreiber y définit les perplexités de l’opinion américaine – et européenne aussi – depuis que l’on sait que l’U.R.S.S. est au fait des secrets atomiques.

Deux politiques sont possibles : contenir l’impérialisme russe par des moyens pacifiques, armer au maximum pour lui enlever l’envie d’une agression, ou bien la guerre préventive.

La première est onéreuse, difficile et incertaine, mais elle est la seule moralement acceptable. La paix est le plus précieux des biens qui vaut tous les sacrifices, comme l’affirmait encore le Vatican. En la préservant, on peut espérer que les circonstances changeront, qui permettront de la sauvegarder pour toujours. Le bolchévisme n’est pas tellement solide et les dictatures n’ont qu’un temps. Et la guerre aussi est incertaine, on ne peut en mesurer ni l’étendue ni la durée, ni les aléas, ni les conséquences.

A cela, les adversaires répondent : le temps travaille contre nous. Si nous avions laissé la France occuper la Rhénanie en 35, Hitler se serait effondré et la deuxième guerre mondiale n’aurait pas eu lieu. Deux ans après, c’était trop tard. Le moment est proche où rien ne pourra empêcher l’U.R.S.S. qui n’a aucun scrupule d’ordre moral, d’infliger aux Etats-Unis, par une attaque atomique brusquée, un Pearl Harbour gigantesque et ç’en sera fait de la liberté du monde. Attendre, c’est multiplier les risques, entretenir une course aux armements épuisante qui empêche le développement matériel du monde et prolonge une guerre des nerfs qui mine le moral et paralyse les progrès de la civilisation.

C’est en gros la crise qui depuis l’annonce du président Truman, agite dans le silence la conscience des citoyens et des dirigeants américains. Une peur mal dissimulée trouble les esprits, et les manœuvres aériennes qui vont avoir lieu au-dessus de New-York ne sont pas faites pour l’apaiser. Qu’ont décidé les responsables ? Faut-il prendre au pied de la lettre la récente déclaration de Truman : « Nous réduirons le communisme à une capitulation sans condition ». Il n’a pas voulu s’expliquer davantage. Chacun comprend à sa façon. Une chose est acquise pour les Américains, il n’y a pas d’accord possible avec les Russes et si ceux-ci ont la force, ils l’emploieront sans scrupule.

Evidemment à Lake-Success et ailleurs, les Etats-Unis saisiront ostensiblement toutes les occasions, si faibles qu’elles soient, de trouver avec l’U.R.S.S. un modus vivendi. Mais les Russes eux-mêmes n’ont jamais cherché à donner l’impression qu’ils désiraient cet accord ; bien au contraire, la politique du Kremlin est plus agressive que jamais, en acte comme en parole. L’impérialisme Anglo-Américain, les fauteurs de guerre reçoivent à l’intérieur comme à l’extérieur leur lot habituel d’injures.

 

Tito

Depuis deux mois bientôt, on s’attend à une attaque contre Tito et il ne se passe rien. Il parait encore certain qu’avant un mois, une action sur la nature de laquelle on n’est pas fixé commencerait. Les Anglo-Saxons se sont concertés et ont fait savoir que s’ils ne prenaient évidemment pas fait et cause pour Tito, ils ne l’en soutiendraient pas moins et qu’une action russe serait considérée par Londres et Washington comme d’une extrême gravité.

Les Russes ont-ils hésité, ou seulement modifié leurs plans ? Les prisonniers qui, un à un, reviennent de Russie s’accordent à décrire la situation intérieure comme peu reluisante. La population ne mange pas à sa faim tandis que le blé pourrit dans les champs. Les articles d’usage courant sont d’une qualité déplorable, le gaspillage dans les usines est énorme. A une production considérable correspond très peu de marchandises utilisables, sauf dans l’industrie de l’armement. Comme dans tous les pays étatisés – les industriels s’en plaignaient dans l’entourage même d’Hitler – la centralisation provoque un gâchis effrayant de matières premières et d’énergie. Le déchet de la production est beaucoup plus grand et les produits beaucoup plus onéreux qu’en économie libre. Si on ajoute le caractère difficile, la nonchalance et le désordre inné de l’ouvrier russe, on imaginera l’étendue du bluff derrière l’agressivité de la politique des Soviets.

Un autre fait est certain. Le prestige de l’U.R.S.S. en Europe est en recul ininterrompu. Le schisme de Tito l’a fortement accentué. Toutes les élections libres en font foi. Les purges multiples en Tchécoslovaquie, en Bulgarie, en Roumanie qui vont des ministres aux officiers jusqu’aux responsables des travaux des champs, ont montré l’étendue d’une résistance et d’une haine implacable contre les exploiteurs soviétiques.

Il en va tout autrement en Asie. Le communisme agit fortement sur le coolie chinois, le manœuvre hindou ou mailais et même noir. Il agit comme symbole d’une guerre sainte contre le blanc et les maîtres qu’il soutient. De partout on entend des S.O.S. C’était hier du Tibet menacé d’infiltration communiste. Il y a là une énorme force en mouvement que rien, pas même la guerre, ne saurait arrêter.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-10-08 – Moscou mène le Jeu

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Le Courrier d’Aix – 1949-10-08 – La Vie Internationale.

 Moscou mène le Jeu

 

L’explosion atomique en Russie semble mise à profit par l’U.R.S.S. pour presser son offensive diplomatique sur les trois fronts : la Chine, l’Allemagne et les Balkans. Elle a incontestablement repris l’initiative profitant des craintes que suscitent l’apparition dans ses mains de l’arme atomique, le désarroi provoqué par les dévaluations et la confusion politico-économique qui en est résulté. Plus que jamais, depuis la fin de la guerre, les problèmes internationaux, les difficultés sociales, économiques et politiques apparaissent insolubles, climat favorable aux initiatives du bolchévisme qui dispose en toute occurrence d’une solution facile : celle de la contrainte.

 

Conséquences des Dévaluations

Jusqu’ici tout au moins, la cascade de dévaluations a donné des résultats tout opposés aux prévisions. Sans doute les Anglais qui portent la responsabilité de la manière fâcheuse, sinon frauduleuse, dont l’opération a été conduite, voient leurs difficultés immédiates soulagées : la pression sur les réserves de la banque d’Angleterre a cessé et le spectre de la banqueroute s’évanouit.

Par contre, le prestige de l’Angleterre dans le monde a fort souffert. Il reposait sur la probité avec laquelle elle respectait ses engagements ; le mélange d’ascétisme et d’astuce de M. Cripps a été sévèrement jugé en Europe, et au cours des débats aux Communes sur la dévaluation on avait le sentiment qu’on enterrait non seulement la Livre, mais la bonne renommée d’Albion.

Par ailleurs, il se confirme que les dévaluations n’ont eu aucun effet stimulant, au contraire. Les exportations en pays du Dollar n’ont pas augmenté et ne peuvent pas augmenter sensiblement. Hoffmann l’a reconnu.

Malgré des mesures libérales comme la suppression des licences d’importation que viennent de publier simultanément la France, l’Italie, la Belgique et l’Angleterre, les échanges intra-européens ne seront pas beaucoup développés car si l’on regarde de près les articles visés, ou bien circulaient déjà ou bien ne peuvent pas circuler parce qu’ils ne sont pas disponibles ou ne présentent pas d’intérêt pour les acquéreurs. Le plus clair résultat des dévaluations ce sont les incidences sur les prix et l’agitation sociale qui en résulte ; la France en fait la première expérience qui pourrait être sérieuse.

Pour réussir une dévaluation, il faut qu’elle s’accompagne non de facilités, mais de sacrifices accrus et d’un nouvel abaissement du niveau de vie, sinon le remède est pire que le mal !

 

La Chine

Les Soviets ont fait grand bruit autour de Mao Tsé Toung et de la reconnaissance officielle de sa république populaire de Chine. On ne saurait le nier, c’est le plus gros succès de l’U.R.S.S. depuis la prise de Berlin. Non seulement, Mao Tsé Toung se range sans réserve dans le camp des démocraties populaires, mais encore son succès militaire et moral dépasse toute prévision. Il a su créer en Chine un mouvement idéologique qui rappelle assez la vague du Confucianisme à ses débuts, contre la corruption des fonctionnaires, la tyrannie des féodaux, la rapine des militaires pour une ère de justice et de moralité. Ces mouvements-là sont irrésistibles.

C’est ce qu’ont compris les Anglais qui, pour sauver ce qui reste de leurs actifs chinois vont, après consultation des Dominions, reconnaître Mao Tsé Toung. Les Américains par contre sont réticents. Ils ont poussé le gouvernement moribond de Canton à porter plainte contre l’U.R.S.S. pour l’appui qu’elle fournit aux Communistes chinois, ce qui a hâté les événements.

Maintenant que la république populaire de Chine existe, elle va demander l’expulsion de l’O.N.U. des représentants de Tchang-Kaï-Chek et revendiquer sa place au Conseil de Sécurité avec droit de veto. Ce qui va créer à l’O.N.U. de nouvelles difficultés dont elle n’avait certes pas besoin !

 

L’Allemagne

L’U.R.S.S. marque un second point : Disons l’annexion officielle d’un dernier satellite, l’Allemagne orientale. Un gouvernement Allemand va être formé avec le camarade Grotewohl à la tête, et le gouvernement siègera à Berlin (à l’heure où nous écrivons, rien n’est encore publié). Cette république d’Allemagne orientale ne changera rien à la situation du pays. Elle fera contre poids à celle de Bonn et se proclamera gouvernement de droit de l’Allemagne toute entière.  Les Russes l’auraient proclamé depuis longtemps, mais ils voulaient avoir un semblant de scrutin populaire comme il est de règle en pays de dictature avec un 99 pour cent de suffrages en faveur du gouvernement. On sait l’échec au printemps des élections municipales et cette fois-ci les Soviets se passeront des électeurs. C’est le Conseil du peuple qui formera le Cabinet. Cela va compliquer la tâche des Alliés. Un Berlin capitale en face d’un Berlin exsangue, isolé du Reich occidental ; l’attraction d’un gouvernement partisan de l’unité allemande, etc.. Les Russes poursuivent leur plan : créer un état satellite d’Allemagne doté d’une énorme armée-police qu’on pourrait au moment opportun lancer à la conquête du reste du Reich au nom de l’unité nationale et sous la bannière communiste.

 

Tito

On ne se fait plus d’illusion à Belgrade. Les Russes sont trop engagés pour reculer et là encore, ils poursuivent leur but sans hâte, par étapes, enflant la menace dans un crescendo régulier jusqu’à l’éclatement. Que sera-t-il ? Tout est là.

Le secret du Kremlin est bien gardé ; le plus vraisemblable est qu’il va essayer de créer une sorte d’abcès comme en 45 en Grèce : une guerre de partisans appuyés par les satellites de Moscou et pourvus d’armes russes, qui épuisera Tito et coûtera cher aux Américains, à moins qu’il ne soit obligé à cause des ravages du Titisme à frapper plus fort. Mais alors, ce serait une autre histoire.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-10-01 – Retour à la Stratégie

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Le Courrier d’Aix – 1949-10-01 – La Vie Internationale.

 

Retour à la Stratégie

 

L’émotion suscitée par la dévaluation en chaine n’était pas calmée quand le président Truman annonça l’explosion atomique en Russie. Ce n’était pas un secret. Mais il fallait une confirmation solennelle pour le croire. Comme la dévaluation de la Livre est un tournant de l’histoire économique, la possession de l’arme atomique par les Russes, marque une nouvelle phase de l’histoire politique et militaire.

Depuis l’échec du blocus de Berlin, l’opinion s’était laissé aller à croire à une détente dans la guerre froide et attendait un accord Russo-américain. Les initiés savaient au contraire que la tension n’avait cessé de croître et que toutes les rencontres et conférences ne servaient et ne serviront qu’à gagner du temps et à alimenter la propagande des deux côtés.

 

Conséquences des Dévaluations

Les dévaluations aussi avaient été accueillies avec optimisme. L’obstacle essentiel qui paralysait les échanges internationaux tombait. La Livre dévaluée c’était le retour à la liberté économique. Les réactions désordonnées des marchés ont montré qu’en la matière, on ne sait pas trop ce qu’on fait. L’ « Economist » de Londres regrette que Sir Stafford Cripps n’ait pas laissé la Livre trouver d’elle-même son équilibre. C’eut été, certes, plus prudent.

En effet, les marchés dits noirs, n’ont pas ratifié les parités choisies. Symptôme fâcheux ; au lieu de disparaître, ils ont pris du champ. La plupart des monnaies dévaluées se traitent au-dessous de leur parité avec le Dollar.

 

Le Franc

A cet égard, le taux du Franc a été, à notre avis, très imprudemment choisi. Malgré quelques inconvénients supplémentaires, on devait aligner le Franc sur la Livre ; l’abaissement du prix de la Livre de plus de cent Francs, suffira à bouleverser nos échanges avec la zone Sterling et paralyse nos chances de concurrencer les Anglais sur les marchés en Dollars. Le déséquilibre de notre balance commerciale s’en trouvera aggravé, notre activité économique, au lieu d’être stimulée, ira s’affaiblissant avec toutes les conséquences sociales que cela comporte et en fin de compte, il faudra en venir à ce par quoi l’on aurait dû commencer. On se résignera à une dixième dévaluation, qui opérée trop tard, sera aussi peu efficace que les précédentes.

 

Le Plan Américain

Pour obtenir la dévaluation de la Livre, qui est la première étape vers l’hégémonie financière mondiale, les Américains ont fait des sacrifices. D’abord ils vont abaisser quelques tarifs douaniers (à charge de réciprocité, ce qui enlève beaucoup d’efficacité à la mesure), mais surtout ils prévoient que les prix mondiaux exprimés en Dollars vont décliner, entrainés dans une certaine mesure par la chute de la Livre.

Naturellement, l’économie américaine s’en trouvera touchée, tandis que les pays à monnaie affaiblie, pourvu qu’ils puissent maintenir leurs prix de revient dans des limites contrôlables, s’en trouveront soulagés. Mais dès que la concurrence commencera à devenir dangereuse, les Américains comptent rétablir la situation en élevant le prix de l’or ; les producteurs des Etats-Unis, bénéficiant du potentiel d’inflation que ce genre d’opération représente, retrouveraient leur activité, sans que le reste du monde ait à en souffrir. On maintiendrait en définitive une prospérité raisonnable pour tous. Reste à savoir si les faits économiques seront d’accord avec le plan.

 

U.S.A. – U.R.S.S.

Il n’y a pas eu de pause dans la guerre froide, malgré l’apparence. L’obstruction russe à Berlin ; les dérobades dans la préparation du traité de paix autrichien ; les escarmouches en Corée, montrent que le feu couve toujours.

Aujourd’hui, les Etats-Unis ont perdu le monopole de l’arme nucléaire plus tôt qu’ils ne pensaient. Aussitôt on demande de nouveaux crédits pour augmenter la fabrication des bombes. La course aux armements s’accélère ; l’annonce de Truman est une manœuvre politique pour forcer le Congrès à accorder l’argent de l’aide militaire – ce qui est fait – et préparer l’opinion à de nouvelles dépenses d’armement.

En fait, il faut faire la part du bluff soviétique. L’avance américaine reste grande. Les Russes n’en sont encore qu’à la phase expérimentale mais la possession par eux de l’arme atomique, dans un temps prévisible, suffit à bouleverser les plans de l’Etat-major américain. On sait d’autre part que l’armée rouge a fait établir sur tout le pourtour de ses frontières stratégiques des rampes de lancement prêtes à entrer en service pour les nouveaux V2, les V12 plus efficaces et plus précis.

La défense de l’Europe devient problématique, les possibilités de résistance de la petite armée américaine en Allemagne, aussi. Enfin, le réarmement des pays de l’ouest Européen pourrait être inopérant quand il sera réalisé, s’il a le temps de l’être. On comprend les objections de Taft à cette lourde dépense.

Le risque devant nos yeux est clair. Si, comme il semble, les deux camps sont persuadés qu’un règlement pacifique est impossible, chacun sera tenté de s’assurer par une attaque surprise – un gigantesque Pearl Harbour – l’avantage décisif au départ. C’est la crainte d’une telle éventualité qui rend les guerres fatales.

 

Tito et Staline

Le nuage balkanique s’assombrit toujours : il y a eu le procès Rayk ; les Russes se servent de la Hongrie pour harceler Tito. On s’est renvoyé mutuellement le personnel diplomatique, l’échange de notes injurieuses continue. Les officiels yougoslaves deviennent nerveux. Ils parlent trop. Ils voient avec angoisse s’accumuler sur leurs frontières les préparatifs militaires. Plan d’agression ou moyen de pression, on ne sait ? Mais l’affaire Tito est trop grave pour l’U.R.S.S. pour qu’on prenne la menace à la légère. Ce qui affecte le plus le Kominform, c’est que les Etats-Unis ont acheté à Tito tous les renseignements de son service d’espionnage. Les Anglo-Saxons d’ailleurs ne sont pas en reste et font à Trieste des manœuvres de débarquement. Tout cela fait partie de la guerre de nerfs. Pourvu qu’ils ne cèdent pas.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1949-09-24 – Dévaluations

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-24 – La Vie Internationale.

 

Dévaluations

 

La cascade de dévaluations n’a fait que consacrer le triomphe des faits sur l’arbitraire. Les nouvelles parités consacrent à peu près les prix du marché libre. Les Anglais ont mis quatre ans à comprendre qu’on ne triche pas avec les réalités. Cela leur coûte cher.

 

A Londres

On a été surpris qu’après tant de dénégations, Londres se voit brusquement décidé à une amputation aussi profonde de la Livre : 30%, surpris aussi que l’opinion britannique si pointilleuse sur la probité de ses ministres ait accepté que Sir Stafford Cripps fasse lui-même l’opération qu’il avait promis d’éviter. En France, il eut été démissionné : C’eût été plus propre.

Les conséquences de la dévaluation sont complexes : l’Angleterre, en prenant du champ, entend sauvegarder ses marchés extérieurs, au détriment de ses concurrents européens. Egoïsme sacré comme de coutume.

La réserve des marchés financiers s’explique : la suite des dévaluations, c’est l’augmentation des prix, l’abaissement du niveau de vie des populations et les troubles sociaux. L’Angleterre n’y échappera pas. Ou bien il faudra renforcer la discipline pour que l’opération réussisse, ou si l’on abandonne, la monnaie se dérobera et il faudra recommencer.

Comme l’a dit Blake, directeur du Fonds Monétaire International, les pays européens, après une guerre ruineuse, ont entrepris un programme de sécurité sociale écrasant : les travailleurs paient cher les avantages obtenus qui de plus risquent de devenir illusoires si le fardeau fait crouler la monnaie. C’est ce qui se serait produit en Angleterre comme en France sans l’aide Marshall. L’ « Economist » le reconnait loyalement.

 

Les Entretiens de Washington

Nous sommes étonnés des commentaires de notre journal officieux « Le Monde » qui présente les entretiens de Washington comme un succès britannique et un renforcement du bloc anglo-saxon dans les domaines économiques et politiques. Nous n’en croyons rien.

D’ailleurs, les Etats-Unis se sont empressés d’accorder à la France et aux autres pays du Plan Marshall les mêmes avantages que les « dix points » confèrent aux britanniques. Lemaintien arbitraire de la Livre à niveau excessif était le seul obstacle à la politique américaine qui vise à faire de l’Europe un marché libre aux échanges multilatéraux, aux monnaies convertibles sans contrôle des changes : la Livre a sauté parce que les capitaux américains dont les Anglais, comme nous, ont un besoin indispensable, ne pouvaient s’investir que sur la base d’une monnaie stable à un niveau rationnel.

La guerre a laissé au Quai d’Orsay l’impression que les grandes questions politiques et économiques sont réglées par Londres et Washington et que la France compte peu. Cela fut vrai au moment des grands périls où Anglais et Américains se sont toujours trouvés solidaires et auraient tout sacrifié à leur salut commun. En temps de paix, au contraire, sous des apparences de « fair play » et d’appui réciproque, Anglais et Américains ont toujours joué les uns contre les autres un jeu serré et implacable.

La brutalité américaine et l’opiniâtreté anglaise se sont disputé par tous les moyens les marchés du monde et les sources de richesses. On le voit chaque jour dans la lutte pour le pétrole en Moyen-Orient, la guerre des transports maritimes et aériens, l’antagonisme sur le sort des industries de la Ruhr ; on le voit en Extrême-Orient, où Anglais et Américains rivalisent pour s’ouvrir à nouveau le marché Chinois, dans l’opposition anglaise au retour du japon dans la concurrence mondiale. Les Etats-Unis, en réalité, ont fait céder l’Angleterre sur le point essentiel : le prix de la Livre. Et cela, les Anglais le savent, est la première étape vers l’intégration du bloc Sterling dans l’orbite économique des Etats-Unis.

Etape par étape, l’Angleterre, faute de moyens financiers, cède le pas aux Etats-Unis. Cela a commencé avec la Grèce et la Turquie ; puis est venu l’Arabie Séoudite, l’Egypte et l’Iran, enfin Israël. Cela continuera par l’Inde et le Pakistan. La dévaluation de la Livre va accélérer cette désintégration. Comment cela ?

 

La Dette Anglaise

Aux Indes et en Egypte, l’Angleterre pendant la guerre s’était fortement endettée. Ces pays ont exigé que l’Angleterre leur fournisse des marchandises en contre-partie de ces crédits en souffrance. Et l’Angleterre a dû exporter pour payer ses dettes, sans recevoir d’argent, frais en échange ; l’opération est loin d’être achevée. Et aujourd’hui, devant l’impossibilité de s’acquitter, les Anglais sont obligés de s’arranger avec les Américains pour qu’ils se substituent à eux. Des pourparlers secrets sont en cours. Le quatrième point Truman – aide aux pays économiquement arriérés – va y pourvoir. Et le résultat sera la conquête du marché de la péninsule indienne par les capitaux américains.

 

En Chine

Nous faisions allusion au problème chinois ; des négociations assez âpres continuent entre Anglais et Américains : les Anglais, pour sauvegarder leurs derniers points d’appui sur le marché chinois – l’autre grand marché du monde  -voudraient reconnaître le plus tôt possible le gouvernement communiste de Mao Tsé Toung quand il sera proclamé le 10 octobre ; les Américains s’y refusent jusqu’ici, voulant laisser le nouveau maître de la Chine aux prises avec des difficultés économiques telles qu’il soit obligé de composer ou que son prestige s’effondre devant la misère des masses. Déjà à Shanghai, l’industrie chinoise est paralysée, et le chômage s’étend.

 

Les Etats-Unis et l’Europe

A l’égard de l’Europe continentale, les Etats-Unis sont très bienveillants. Leur but est de constituer une Union continentale d’Economie libérale qui comprendrait la France, l’Italie, le Benelux, l’Allemagne occidentale et les pays scandinaves, union dont l’Angleterre serait exclue, qui constituerait une zone de libre-échange avec, si possible, une monnaie à compte unique. La France est tout acquise à ce projet, ce qui explique la faveur dont elle jouit à Washington. Paris serait en effet le centre de cette unité qui aurait des moyens considérables, grâce à l’appui d’un fonds de stabilisation fourni par les Etats-Unis.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-09-17 – Livre et Dollar

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-17 – La Vie Internationale.

 

Livre et Dollar

 

Les conclusions des ministres des Finances américains et canadiens sont exactement celles prévues ici. On s’est mis d’accord sur quelques bouche-trous à plus ou moins longue échéance. De solution véritable, aucune, pas même la dévaluation de la Livre, officiellement tout au moins.

La réunion du Fonds Monétaire International ne semble pas davantage devoir apporter des résultats immédiats. On recommandera des mesures à appliquer en temps opportun. Le monde attendait mieux de ces réunions capitales. Les Américains se sont contenté d’éviter aux Anglais une faillite menaçante et attendront le résultat des élections. Auront-elles lieu en Novembre ? On le dit, ce n’est pas sûr.

 

Les Dix Points

Des dix mesures préconisées à Washington pour réduire les paiements en dollars de l’Angleterre, un seul est d’efficacité immédiate : la possibilité pour les Anglais de payer leurs achats de blé canadien en dollars provenant du Plan Marshall, et d’acheter ailleurs que dans la zone dollar les produits qu’ils peuvent se procurer en devises faibles et qu’ils étaient jusqu’ici tenus d’acheter aux Etats-Unis.

Le reste : investissements américains dans les entreprises de l’empire britannique ; accumulation de stocks stratégiques de matières premières d’origine anglaise ; révision des tarifs douaniers américains ; les questions du pétrole et du trafic maritime ne porteront effet, et encore sous réserve de succès, qu’avec le temps. Dans l’ensemble néanmoins le programme est, comme nous l’avons dit, suffisant pour atténuer l’hémorragie violente d’or et de devises du trésor britannique. Déjà on annonce que les sorties ont diminué. On gagnera du temps.

 

Autres Evénements

Par ailleurs, la période sous revue n’a apporté nulle part de surprise. En Allemagne, socialistes et démocrates-chrétiens à Bonn n’ont pas cherché sérieusement à s’entendre pour former un gouvernement de coalition. La présidence de la nouvelle république est allée à Théodore Heuss, candidat d’Adenauer qui sera chancelier, et Schumacher organise l’opposition, rôle dans lequel il sera excellent. Mais il est douteux que la jeune république allemande gagne en stabilité et en autorité avec un gouvernement anti-socialiste. Les divisions et les passions risquent de la faire très semblable à celle de Weimar. Mais tant que dure l’occupation – pour longtemps, semble-t-il – la question n’a pas une importance primordiale.

 

Tito et Staline

Le duel des deux maréchaux continue, s’envenime sans autre éclat que des injures. Un procès monstre qui éclipsera celui de Mindszenty commence en Hongrie contre Rayk, ancien ministre des Affaires Etrangères et de l’intérieur. Son cas est lié pour les besoins de la cause à un prétendu espionnage organisé par Tito en Hongrie. Tous les accusés ont avoué, comme d’habitude.

En réalité, la polémique entre le Kominform et Belgrade porte à l’U.R.S.S. un préjudice moral. Tito répand à grands frais parmi les communistes d’occident des tracts et des libelles où toutes les turpitudes du bolchévisme russe sont exposées avec art. Venant de l’ex-favori du Kremlin, cet étalage de procédés soviétiques impressionne sinon les durs, ceux du moins qui étaient sympathisants.

En France, par exemple, la polémique « Franc-Tireur », « Humanité », montre bien les ravages que fait le Titisme.

En fait, il y a autant d’aveuglement d’un côté que de mauvaise foi de l’autre. Tito et Staline, c’est exactement la même chose : mêmes méthodes, mêmes résultats, même organisation militariste et policière même oppression de toutes libertés, mêmes procès truqués. Souvenons-nous de Mikhaïlovitch.

Qu’on nous montre entre les deux régimes une différence quelconque. Ce qui trompe, c’est que l’impérialisme du petit Maréchal n’a pas les moyens du grand. S’il pouvait, Tito aurait déjà pris deux provinces à l’Autriche, annexé Trieste et l’Istrie, unifié toute la Macédoine, absorbé l’Albanie et englobé dans sa sphère la Bulgarie, et peut-être la Grèce. Mais il a besoin des Etats-Unis pour ne pas mourir d’asphyxie économique et les portes des voisins sont bien gardées. Ce n’est pas parce qu’ils sont rivaux que les deux dictateurs ont cessé d’être frères. Qu’on se le dise.

 

Finlande

En Finlande, le ministère Fagerholm, visé depuis longtemps par Moscou, a subi un rude assaut. Tous les communistes du pays ont été mobilisés dans une grève énorme qui a failli paralyser le pays. Fagerholm et le courage des vaillants Finlandais l’ont emporté. Les Russes en ont été pour leurs frais et les quelques syndicats communistes ont été isolés de la communauté ouvrière.

Les rapports qui viennent de Moscou semblent d’ailleurs indiquer que le régime connait des déboires d’ordre économique et d’ordre social. L’âme russe se réveillerait et sa nature vraie se révolterait contre la tyrannie présente, comme elle a lentement secoué celle des Tsars. On parle à Londres d’un changement d’orientation de la politique russe, de la disgrâce de Molotov, d’une tentative de compromis avec Washington sous la pression des difficultés, etc. … Sous toutes réserves, comme d’usage.

 

L’Opinion aux Etats-Unis

Revenons en Amérique. Dans un excellent article du « Monde », M. Duverger montre dans l’opinion américaine deux tendances : celle de Babbitt et celle de Burnham. 

Babbitt reste isolationniste, il a foi dans la supériorité américaine et méprise le panier de crabe européen. Ces peuples décadents et incompréhensibles, on les aidera puisqu’il le faut pour se protéger soi-même, on exploitera leurs richesses dont ils ne savent tirer parti, on établira des bases militaires et économiques chez eux pour garantir les Etats-Unis et assurer la rentrée des bénéfices à tirer des investissements qu’on y fera. Pour le reste, on laissera aux Européens leurs mœurs et leurs régimes sans leur faire autrement confiance. En somme, une doctrine de Monroe élargie aux dimensions du monde.

En face de Babbitt, Burnham : l’Amérique doit jouer le rôle de fédérateur des peuples libres en face du totalitarisme soviétique ; groupés autour des Etats-Unis comme jadis de Rome, les participants garderont leur originalité, leur civilisation propre. L’Amérique assurera par sa prépondérance économique, la prospérité de l’ensemble et sans l’imposer. Tous collaboreront militairement à la défense de la communauté contre les barbares et toutes rivalités entre les peuples unis devront cesser devant l’arbitrage du plus puissant.

Washington mélange les deux politiques. Nous les voyons ; nous le verrons encore.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1949-09-10 – Attente

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-10 – La Vie Internationale.

 

Attente

 

Plus s’approche l’heure des conversations décisives anglo-américaines de Washington, moins on y voit clair. Probablement, répétons-le, parce qu’une solution vraiment constructive est impossible à l’heure présente. On prévoit déjà que les pourparlers seront plus longs qu’on ne le pensait, que les questions essentielles ne seront peut-être pas abordées, qu’on se contentera sans doute de préparer la voix à des décisions futures et de parer au plus pressé.

 

Les Solutions

Une dévaluation de la Livre, malgré tous les démentis, est inévitable. C’est la condition indispensable à un soulagement, même momentané, des difficultés britanniques. Mais cette nécessité même à laquelle Anglais et Américains se résignent soulève des objections dans les milieux d’affaires américains qui voient avec déplaisir la concurrence anglaise s’accentuer sur les marchés extérieurs et même intérieurs où l’écoulement des marchandises est déjà difficile.

Les Etats-Unis abaisseront-ils leurs barrières douanières ? Le Congrès américain veille et ne le permettra sans doute pas. Même difficulté pour constituer un fonds de soutien pour la stabilisation de la Livre et des autres monnaies européennes dévaluées. Il faut l’autorisation du Congrès pour disposer des crédits. Si ces solutions d’envergure sont impossibles, il reste les palliatifs :

Achats par les Etats-Unis de stocks de matières premières britanniques comme le caoutchouc et l’étain ;

Accord avec les compagnies pétrolières américaines pour substituer la Livre au Dollar comme monnaie de paiement du combustible ;

Prise en charge par les Américains de l’entretien de bases stratégiques anglaises.

D’autres expédients de ce genre peuvent être envisagés pour boucher en partie le trou et attendre l’heure d’un règlement plus étendu.

 

Le Décret Petsche

La France, la première, a ouvert les écluses au capital américain ; l’Angleterre et les autres pays suivront. Cet événement, le décret Petsche, paru cette semaine n’a pas frappé l’opinion. Le fait est simple : désormais, les capitaux privés américains pourront, sous certain contrôle, s’investir dans les entreprises françaises et, c’est là l’essentiel, les bénéfices ainsi réalisés pourront être rapatriés en dollars, les sommes placées pourront même éventuellement être retirées. Les placements effectués par les particuliers américains ne seront plus pris dans une souricière. Ils entreront et sortiront à peu près librement et seront garantis contre toute nationalisation sans compensation. Cette mesure préparée de longue date par les experts américains était indispensable.

La politique socialisante pratiquée en France et en Angleterre, en ruinant la formation de l’épargne, en faisant se terrer les liquidités disponibles, rendait impossible toute expansion et tout progrès économique ; sans le concours des firmes américaines, l’industrie des pays européens, non seulement était condamnée à végéter mais encore à voir son prix de revient s’élever, faute de pouvoir renouveler l’outillage, et en même temps se fermer progressivement les marchés étrangers indispensables à l’équilibre de la balance commerciale.

Il ne faut pas le dissimuler, les conséquences de cette mesure inévitable sont graves. Elle ouvre la voie à un impérialisme économique que les Américains ne désirent peut-être pas mais que la force même des choses les oblige à poursuivre : l’économique et le politique sont liés. Un pays qui ne peut se passer de capital étranger n’est plus maître de son destin. Le premier pas vient d’être fait vers un contrôle universel de l’économie par le capital américain. Est-ce vraiment un mal ? Ne faut-il pas en finir avec les nationalismes étroits du passé ? Sans doute. Mais dans le cas de la France, si l’on avait su ménager et aider le potentiel énorme d’investissements accumulé par les particuliers, on aurait, sans pour cela se dérober aux devoirs de la coopération internationale, évité une hypothèque qui, répétons-le, même avec les meilleures intentions, pèsera de son poids sur notre organisation future, sur notre rôle dans le monde.

Le mouvement amorcé agira comme une force purement physique et si un jour, comme le pense le président Truman, le monde soviétique capitule sans condition – ce qui est également tôt ou tard inéluctable – il n’y aura plus qu’un seul monde économique, but vers lequel, qu’ils le veuillent ou non, les Etats-Unis tendent de toute leur puissance. Et c’est non seulement l’avenir matériel, mais spirituel qui est en jeu.

 

A Strasbourg

Devant ce fait, le reste est palabres. On a dit d’excellentes choses à l’assemblée de Strasbourg et des hommes éminents s’y trouvent rassemblés, ce qui est une nouveauté pour une assemblée parlementaire. Mais l’unification de l’Europe ne se réalisera pas par les Européens. Ils ne feront que se soumettre à des nécessités qui leur seront imposées du dehors et qu’ils croiront sans doute avoir créées eux-mêmes. Si les Etats-Unis poussent si fort à l’union européenne, c’est qu’ils en dictent les conditions.

 

Tito et le Kominform

De ce côté, les événements ne semblent pas devoir se précipiter davantage. Pour la nième fois, le traité de paix avec l’Autriche est ajourné, les Soviets voulant garder le contrôle militaire des approches de la Yougoslavie. Moralement et matériellement, le Kominform perd du terrain. La rébellion grecque est virtuellement liquidée ; l’Albanie parait mure pour passer au Titisme. Et Tito lui-même grandit. Les journaux occidentaux l’encensent et la Yougoslavie, hier encore dans un état économique et social lamentable, est un paradis en herbe ! Y aurait-il, comme à Rome au beau temps de Mussolini, des fonds spéciaux à Belgrade pour encourager les Thuriféraires ?

 

                                                                                  CRITON

Criton- 1949-09-03 – Impressions

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Le Courrier d’Aix – 1949-09-03 – La Vie Internationale.

 

Impressions

 

Sur les deux plans qui préoccupent l’opinion, la situation est obscure. On ignore quel genre d’action les Russes vont entreprendre contre la Yougoslavie. On se demande quelle solution prévaudra la semaine prochaine quand on posera à Washington le problème de la Livre, de l’alignement des monnaies et des échanges internationaux. On ne peut traduire que des impressions.

On peut avancer que les Soviets sont résolus à liquider Tito mais aussi à éviter que le conflit ne tourne à la conflagration générale. Par ailleurs, il est peu probable que les conférences financières du 6 et du 13 septembre aboutissent à des solutions définitives. La restauration de l’équilibre des échanges et le rétablissement  des finances britanniques sont impossibles dans l’état présent des esprits et même de l’ordre des choses.

Sauver l’Angleterre se serait, soit faire de l’Empire britannique une dépendance des Etats-Unis si la Livre et le Dollar devenaient échangeables librement, ou bien consentir à boucher indéfiniment le déficit en Dollars de la Grande-Bretagne et des pays du Sterling aux frais du contribuable américain. De ces deux solutions, l’une répugne à l’Angleterre (bien que l’opinion éclairée se rende compte que l’on devra tôt ou tard s’y résigner), l’autre est insupportable au citoyen américain, et d’ailleurs ne résoudrait rien à longue échéance.

D’autre part, derrière les affirmations généreuses du président Truman et l’aide qu’il promet se cache une amère pensée. S’il ne peut être question de laisser aller la Grande-Bretagne à la faillite, il ne l’est pas plus de permettre aux travaillistes de se dépêtrer de la politique sans issue où ils sont engagés. Il y a plus : Les Etats-Unis voudraient éviter que le travaillisme acculé au désastre n’en vienne à provoquer à l’automne des élections prématurées. On se trouverait probablement alors devant deux partis, travailliste et conservateur, à égalité ou presque, par conséquent devant la nécessité de constituer un gouvernement d’union nationale qui prendrait les responsabilités que les travaillistes seuls ne peuvent assumer. Il faut que l’opinion anglaise, lente à comprendre et à réagir, se convainque peu à peu que leur gouvernement a fait faillite et le renverse à bon escient, ce qui ne se peut avant le printemps.

Il est donc probable que les Etats-Unis feront preuve de bonne volonté et de générosité, tout juste assez pour qu’une crise brutale n’éclate pas et que la situation traîne et empire doucement sans provoquer la catastrophe. On s’arrangera même à Washington pour donner le plus possible satisfaction à Sir Stafford Cripps pour que le travaillisme porte toute la responsabilité de l’échec qui s’en suivra. Nous avons fait tout ce que nous avons pu, dira-t-on, mais vous voyez à l’évidence qu’il n’y avait rien à faire. Et au printemps, la situation sera tellement sérieuse que si les conservateurs reviennent au pouvoir, on pourra leur imposer des solutions qu’ils se refuseraient aujourd’hui à envisager. Ajoutons qu’une crise aiguë du Sterling nuirait considérablement aux intérêts américains. C’est de cette crainte des milieux industriels d’Amérique que les Anglais ont joué. Ils menacent en réduisant au maximum leurs achats en dollars de ramener aux Etats-Unis une dépression qui parait conjurée mais qu’il en faudrait bien peu pour faire reparaître.

Tout cela conduit à prévoir une série de compromis provisoires pour gagner du temps, ce dont les deux parties ont besoin.

 

Tito et le Kominform

La situation dans les Balkans est jugée des plus sérieuses par les services secrets de Londres et de Washington. On sait qu’une lutte à mort est engagée entre Moscou et Belgrade et l’on est dans l’impossibilité de prendre parti. Garantir l’intégrité de la Yougoslavie serait obliger Tito à se ranger dans le camp anglo-saxon. Il ne le peut sans perdre son prestige de communiste authentique – l’aider, c’est précipiter sa chute – l’abandonner c’est laisser les Russes maîtres de l’Adriatique. On va donc essayer d’intimider Moscou sans compromettre Tito, ce qui n’est pas facile.

On parle de concentration de troupes russes en Roumanie et en Hongrie, d’action militaire prochaine. Un bluff sans doute, mais qui encourage fortement les adversaires de Tito à pousser leur action. On en est pour l’instant au sabotage économique : des partisans macédoniens et des Russes camouflés font dérailler les trains et sauter des raffineries de pétrole. D’autres actes suivront. La situation économique de la Yougoslavie coupée du ravitaillement de ses voisins satellites de l’U.R.S.S., est déjà si précaire qu’un nouvel affaiblissement ne peut que nuire à la popularité déjà discutée de Tito. Mais il en faut plus pour l’abattre. De plus, ce qui rend une action russe plus pressante, l’Albanie de Hodja est en décomposition, coupée de tous côtés, sa situation morale et économique est désespérée et Tito n’a plus grand-chose à faire pour renverser le régime du Kominform en Albanie. Mais il hésite. Ses réponses aux notes injurieuses de Moscou sont pleines de modération. Il veut conserver le beau rôle et éviter toute provocation. Placé sur la corde raide, il espère se maintenir. Il se sert de partisans qu’il a partout pour mener la vie dure aux maîtres du Kremlin en Macédoine et en Bulgarie. Il a aidé à la liquidation déjà avancée des rebelles grecs. Comme on le voit, on joue à cache-cache, la torche à la main autour de la poudrière. Souhaitons qu’elle ne saute pas.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-08-20 – Les Progrès de la Démocratie Chrétienne

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-20 – La Vie Internationale.

 

Les Progrès de la Démocratie Chrétienne

 

Les Elections Allemandes

Les Allemands ne sont pas gens à surprises. Ils ont voté conformément aux prévisions. Aux Etats-Unis et en France on se réjouit du succès des Démocrates chrétiens. Non que le vieil Adenauer inspire une confiance sans réserve, mais le fait qu’un pays de plus, après la Belgique, la Hollande, l’Italie et l’Autriche, a pour le diriger un parti qui se ramifie largement en Europe occidentale facilitera les projets encore inconsistants d’unification économique.

En France, bien que le mouvement n’ait pas d’aussi solides racines et ait souffert des fautes commises au lendemain de la libération, sa situation morale est plus grande que sa puissance numérique. L’Internationale chrétienne, en face du Marxisme, symbolise le respect de la personne humaine et sa liberté en face de l’Etat, et le progrès social dans l’ordre.

L’échec relatif des socialistes a été vivement ressenti à Londres. En tant que force internationale le parti est en perte de vitesse accélérée. On s’en rend compte à l’assemblée de Strasbourg, où son prestige est faible.

Il vient de perdre le pouvoir en Belgique ;  en France sa position n’est pas trop solide et en Angleterre ses jours pourraient bien être comptés. En Allemagne, la coalition axée sur la droite qui est en train de se former exclut pour longtemps les projets de nationalisation des industries-clés que désiraient les Anglais et qui inquiétaient les Américains. L’entreprise privée a encore de l’avenir en Europe.

Sur le plan politique on s’est indigné des excès de langage nationaliste des candidats avant les élections. Tout cela s’est tassé. On pense que, sincères ou non, les partis au pouvoir feront bon ménage avec les occupants ; un sondage récent a d’ailleurs prouvé que malgré leurs récriminations, les Allemands de l’Ouest par crainte des Russes ne sont pas pressés de les voir partir.

 

L’Aide Militaire à l’Europe

Le programme d’aide militaire à l’Europe semble devoir passer aisément au Congrès américain. Des déclarations des chefs d’Etat-major, il ressort que la France aura la plus grande part. Dans tous les domaines d’ailleurs, la France jouit en ce moment d’un crédit très favorable aux Etats-Unis. Que signifie pour nous cette aide ?

A gauche, on a naturellement vu là le désir des Américains de se servir du soldat français comme d’un fantassin en première ligne pour la prochaine. Cela ne résiste pas à réflexion : une armée Française même reconstituée à plein, n’existerait pas en face de la multitude russe. En cas d’attaque soviétique, les divisions aéroportées occuperaient en quelques heures le territoire, et avec l’aide de la cinquième colonne la lutte serait inégale.

En réarmant la France, les Etats-Unis poursuivent un tout autre but. Ils pensent que sauf guerre, l’Allemagne devra bien être évacuée un jour, et devant une France désarmée comme elle l’est aujourd’hui, quelques divisions équipées par les Russes pourraient faire la besogne du communisme international. C’est avant tout pour tenir l’Allemagne en respect dans quelques années qu’une puissante armée française est nécessaire.

En outre, une armée solide est un gage d’ordre intérieur, un facteur de stabilité politique en face des forces subversives. C’est pour cela, beaucoup plus qu’à des fins proprement militaires, qu’on s’intéresse à réformer une petite armée italienne. Tenir l’U.R.S.S. en respect, seule la puissance américaine le peut.

 

Tito

Le gros nuage qui plane sur les Balkans continue de s’épaissir. Trois jours durant, la radio soviétique a bombardé Tito, et le Kremlin le proclame ennemi public des « démocraties populaires ». Des bruits alarmants continuent à circuler. Une action militaire russe directe est cependant peu probable mais un coup d’état intérieur exécuté par des partisans camouflés venus de Macédoine ou d’ailleurs, n’est pas impossible, même en hiver.

Tito est sur ses gardes et sera difficile à réduire, mais l’enjeu pour les Russes est de telle importance qu’on ne peut être rassuré. D’autant qu’il n’est pas vraisemblable que les Etats-Unis feraient de la réduction du Titisme un casus-belli. Les amorces de négociations dont on parle entre les Etats-Unis et Moscou peuvent être une manœuvre soviétique pour profiter d’une détente internationale pour liquider le frère rebelle, sans provoquer de réactions.

 

L’Exécution de Zaïm

Les Anglais marquent un point en Syrie. Le nouveau dictateur Zaïm a été victime d’un coup d’état et exécuté sur l’heure. Voilà de nouveau les projets de grande Syrie et les ambitions d’Abdullah sur le tapis.

Il y a là-dessous bien des intrigues et surtout une affaire de pétrole. Les Anglais tiennent tous les débouchés des pipelines du Proche-Orient, ce qui gêne fort les Américains et les Français. Zaïm qui était un ami de la France et en fort bon terme avec les Etats-Unis pouvait modifier la situation. L’Intelligence Service veillait, et le jeune dictateur a fait les frais de l’opération.

 

Le Communisme en Chine

L’avance communiste en Chine se poursuit sans grande opposition. Les Américains s’efforcent d’établir un cordon sanitaire et paraissent décidés à mettre leur prestige, et même au besoin leur force en jeu pour protéger le Sud-Est asiatique, dont l’Indochine, d’une attaque chinoise directe ou indirecte. Un front anticommuniste s’ébauche auquel vient de participer le Tibet très menacé, et à travers lui l’Inde, par l’avance soviétique en Chine centrale. Nous invitons nos lecteurs à jeter un coup d’œil sur la carte ; avec le Sin Kiang, les deux Mongolies, la Mandchourie, la région de Port Arthur et la Corée du Nord, les Soviets ont annexé en fait les deux tiers de l’empire Céleste, en superficie s’entend, car il y a beaucoup de déserts. Mais les déserts même ont une importance stratégique.

 

                                                                                  CRITON