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Le Courrier d’Aix – 1949-10-29 – La Vie Internationale.
Voies sans Issue
Les incidents de la guerre froide sont devenus si habituels qu’on n’y prend plus garde. Moscou demande le rappel de l’ambassadeur yougoslave, Prague emprisonne un envoyé et exige l’expulsion d’un diplomate américain : affaires courantes ! Cependant le danger croit. L’importance que les Soviets eux-mêmes ont donné à l’affaire Tito les oblige à la résoudre, coûte que coûte. Tito lui-même, voudrait-il se réconcilier avec Staline, est trop engagé dans la lutte pour le faire. Dans la vie publique comme dans la vie privée, c’est ainsi que les malheurs arrivent. On se répéterait à commenter les incidents quotidiens. L’autre grand problème de l’heure, la lutte, en Angleterre, du Socialisme contre la nature économique fournit une matière plus variée.
Le Programme Cripps d’Economie
Les critiques parfois dures que le français qui a vécu l’histoire depuis Fachoda peut adresser aux Anglais, n’empêchent pas d’admirer une fois de plus leur civisme. Ils viennent de le montrer en critiquant presque unanimement le gouvernement Attlee pour la pusillanimité de son programme d’économie. Après cinq ans de guerre et quatre d’austérité croissante, cela est vraiment éloquent.
C’est que l’Anglais moyen commence enfin à y voir clair ; il voit d’abord le péril que court la patrie, péril aussi mortel que le Blitz, l’Angleterre entraînée tant par les faits contre lesquels nul ne peut : coût de la guerre, perte des actifs extérieurs et lourde dette étrangère, amenuisement des ressources du fret, affaiblissement des liens avec les Dominions, crépuscule du Colonialisme, disparition de l’actif chinois, situation aggravée par une politique exactement contraire à l’intérêt national et qui se résume en ceci :
Les Travaillistes au pouvoir, par idéologie socialiste, au lieu de chercher le salut dans un immense effort de production et de perfectionnement technique au lieu, pour y parvenir, de nourrir le peuple anglais coûte que coûte et de faciliter toutes les initiatives, se sont appliqués à redistribuer les réserves, à les égaliser en rationnant, rationalisant, nationalisant.
Mais ce que les Anglais reprochent aujourd’hui à leur Gouvernement ce n’est pas de s’être trompé. Ils auraient tort de s’en plaindre, puisqu’ils l’ont élu. Ils lui reprochent de ne pas avoir le courage d’aller jusqu’au bout et de serrer la vis à bloc. Un peuple qui reproche à son Gouvernement de se conduire en démagogue est un grand peuple. Si catastrophique qu’apparaisse sa situation, il peut la dominer.
En effet, les 250 millions de Livres d’économie que Cripps propose n’auront pas grand effet. Le socialisme a son visage, partout le même. Doctrinaire, sectaire et autoritaire quand il s’agit de brimer ses adversaires et de corseter l’activité économique, il est lâche quand il s’agit d’imposer à ses commettants les devoirs qui correspondent aux droits qu’il leur a fait obtenir, et plus lâche encore quand sa politique sans issue amène une dictature dont il s’empresse de lécher les bottes.
Les Anglais heureusement, ne connaîtront pas ce péril, mais ils pourraient à défaut de la dictature d’un homme connaître celle plus durable, du Dollar. Nul doute que le travaillisme après avoir honni, la situation ne s’organise pour s’en accommoder… M. Attlee a-t-il eu raison de retarder les élections ? A moins que la guerre ne devance la consultation populaire, le temps ne saurait faire disparaître les difficultés britanniques. La Livre continue à baisser sur toutes les places. Au lieu de 2,80 on l’offre à 2,50 ou 55 selon les catégories. Cette fuite devant la Livre, montre le peu de confiance du monde dans l’équilibre économique anglais. Ce fait psychologique est plus grave que les symptômes purement matériels. On ne croit plus que Cripps puisse remonter la pente.
En février ou mars, l’électeur décidera. Il sera sans doute bien embarrassé. Le mal fait est irréparable. On ne peut revenir sur des réformes sociales. Les Conservateurs l’ont dit, et force leur sera de faire malgré eux la politique du travaillisme. On crée des organismes, des institutions dont on est à jamais prisonnier.
L’Union Européenne
Le sujet numéro 3 de l’actualité est l’Union Européenne. Affaire comme nos lecteurs l’ont vu dès l’origine, bien mal engagée. Comme l’autre jour où Truman et Lie posaient la première pierre du nouvel édifice de l’O.N.U. à New-York. A défaut de résultats, la foi dans les résultats suffit à entretenir l’optimisme et le temps peut-être se chargera du reste.
Il en est de Strasbourg comme de Lake-Success : faire l’Europe ou Faire le Monde impliquent un postulat identique. Renoncer aux souverainetés nationales en matière d’économie, de monnaie, d’armements et ensuite faire d’une mosaïque d’activités concurrentes et souvent nuisibles, qu’aucun artifice ne peut harmoniser, un réseau de fonctions qui se complètent, c’est là qu’un peu de dirigisme aurait un emploi salutaire. Dirigisme qui serait chirurgical avant tout ……
En attendant, l’échec vraiment pénible de la Conférence du Benelux qui était le premier né des espoirs de collaboration européenne, échec sur lequel on a jeté le voile, montre que la bonne volonté et la compétence technique ne suffisent pas à refaire un monde : les discours encore moins.
CRITON