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Le Courrier d’Aix – 1949-10-08 – La Vie Internationale.
Moscou mène le Jeu
L’explosion atomique en Russie semble mise à profit par l’U.R.S.S. pour presser son offensive diplomatique sur les trois fronts : la Chine, l’Allemagne et les Balkans. Elle a incontestablement repris l’initiative profitant des craintes que suscitent l’apparition dans ses mains de l’arme atomique, le désarroi provoqué par les dévaluations et la confusion politico-économique qui en est résulté. Plus que jamais, depuis la fin de la guerre, les problèmes internationaux, les difficultés sociales, économiques et politiques apparaissent insolubles, climat favorable aux initiatives du bolchévisme qui dispose en toute occurrence d’une solution facile : celle de la contrainte.
Conséquences des Dévaluations
Jusqu’ici tout au moins, la cascade de dévaluations a donné des résultats tout opposés aux prévisions. Sans doute les Anglais qui portent la responsabilité de la manière fâcheuse, sinon frauduleuse, dont l’opération a été conduite, voient leurs difficultés immédiates soulagées : la pression sur les réserves de la banque d’Angleterre a cessé et le spectre de la banqueroute s’évanouit.
Par contre, le prestige de l’Angleterre dans le monde a fort souffert. Il reposait sur la probité avec laquelle elle respectait ses engagements ; le mélange d’ascétisme et d’astuce de M. Cripps a été sévèrement jugé en Europe, et au cours des débats aux Communes sur la dévaluation on avait le sentiment qu’on enterrait non seulement la Livre, mais la bonne renommée d’Albion.
Par ailleurs, il se confirme que les dévaluations n’ont eu aucun effet stimulant, au contraire. Les exportations en pays du Dollar n’ont pas augmenté et ne peuvent pas augmenter sensiblement. Hoffmann l’a reconnu.
Malgré des mesures libérales comme la suppression des licences d’importation que viennent de publier simultanément la France, l’Italie, la Belgique et l’Angleterre, les échanges intra-européens ne seront pas beaucoup développés car si l’on regarde de près les articles visés, ou bien circulaient déjà ou bien ne peuvent pas circuler parce qu’ils ne sont pas disponibles ou ne présentent pas d’intérêt pour les acquéreurs. Le plus clair résultat des dévaluations ce sont les incidences sur les prix et l’agitation sociale qui en résulte ; la France en fait la première expérience qui pourrait être sérieuse.
Pour réussir une dévaluation, il faut qu’elle s’accompagne non de facilités, mais de sacrifices accrus et d’un nouvel abaissement du niveau de vie, sinon le remède est pire que le mal !
La Chine
Les Soviets ont fait grand bruit autour de Mao Tsé Toung et de la reconnaissance officielle de sa république populaire de Chine. On ne saurait le nier, c’est le plus gros succès de l’U.R.S.S. depuis la prise de Berlin. Non seulement, Mao Tsé Toung se range sans réserve dans le camp des démocraties populaires, mais encore son succès militaire et moral dépasse toute prévision. Il a su créer en Chine un mouvement idéologique qui rappelle assez la vague du Confucianisme à ses débuts, contre la corruption des fonctionnaires, la tyrannie des féodaux, la rapine des militaires pour une ère de justice et de moralité. Ces mouvements-là sont irrésistibles.
C’est ce qu’ont compris les Anglais qui, pour sauver ce qui reste de leurs actifs chinois vont, après consultation des Dominions, reconnaître Mao Tsé Toung. Les Américains par contre sont réticents. Ils ont poussé le gouvernement moribond de Canton à porter plainte contre l’U.R.S.S. pour l’appui qu’elle fournit aux Communistes chinois, ce qui a hâté les événements.
Maintenant que la république populaire de Chine existe, elle va demander l’expulsion de l’O.N.U. des représentants de Tchang-Kaï-Chek et revendiquer sa place au Conseil de Sécurité avec droit de veto. Ce qui va créer à l’O.N.U. de nouvelles difficultés dont elle n’avait certes pas besoin !
L’Allemagne
L’U.R.S.S. marque un second point : Disons l’annexion officielle d’un dernier satellite, l’Allemagne orientale. Un gouvernement Allemand va être formé avec le camarade Grotewohl à la tête, et le gouvernement siègera à Berlin (à l’heure où nous écrivons, rien n’est encore publié). Cette république d’Allemagne orientale ne changera rien à la situation du pays. Elle fera contre poids à celle de Bonn et se proclamera gouvernement de droit de l’Allemagne toute entière. Les Russes l’auraient proclamé depuis longtemps, mais ils voulaient avoir un semblant de scrutin populaire comme il est de règle en pays de dictature avec un 99 pour cent de suffrages en faveur du gouvernement. On sait l’échec au printemps des élections municipales et cette fois-ci les Soviets se passeront des électeurs. C’est le Conseil du peuple qui formera le Cabinet. Cela va compliquer la tâche des Alliés. Un Berlin capitale en face d’un Berlin exsangue, isolé du Reich occidental ; l’attraction d’un gouvernement partisan de l’unité allemande, etc.. Les Russes poursuivent leur plan : créer un état satellite d’Allemagne doté d’une énorme armée-police qu’on pourrait au moment opportun lancer à la conquête du reste du Reich au nom de l’unité nationale et sous la bannière communiste.
Tito
On ne se fait plus d’illusion à Belgrade. Les Russes sont trop engagés pour reculer et là encore, ils poursuivent leur but sans hâte, par étapes, enflant la menace dans un crescendo régulier jusqu’à l’éclatement. Que sera-t-il ? Tout est là.
Le secret du Kremlin est bien gardé ; le plus vraisemblable est qu’il va essayer de créer une sorte d’abcès comme en 45 en Grèce : une guerre de partisans appuyés par les satellites de Moscou et pourvus d’armes russes, qui épuisera Tito et coûtera cher aux Américains, à moins qu’il ne soit obligé à cause des ravages du Titisme à frapper plus fort. Mais alors, ce serait une autre histoire.
CRITON