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Le Courrier d’Aix – 1949-10-15 – La Vie Internationale.
Politique et Morale
La semaine n’a pas manqué d’intérêt : les élections en Autriche marquées par un mouvement vers la droite et un recul du socialisme ; en Norvège où le communisme a quasi disparu de la scène politique au profit du Gouvernement actuel, travailliste modéré qui symbolise l’intégration de la Norvège dans le bloc atlantique. Il y a eu surtout la proclamation du Gouvernement allemand en zone orientale, la mise en scène d’un parlement communiste intronisé par les Soviets sans participation des électeurs dans l’indifférence générale de la population berlinoise. Il y a l’annonce des élections en Angleterre pour Novembre, le congrès du parti conservateur, la crise française et les débats variés de Lake-Success. Mais derrière ces événements d’ordre public, il y a toute une action moins visible d’un intérêt plus pressant.
La Crise de Conscience Américaine
Un article qui a fait du bruit et soulevé quelque indignation a paru récemment dans « Le Monde », « Pour qui travaille le temps ». L’auteur, M. Servan Schreiber y définit les perplexités de l’opinion américaine – et européenne aussi – depuis que l’on sait que l’U.R.S.S. est au fait des secrets atomiques.
Deux politiques sont possibles : contenir l’impérialisme russe par des moyens pacifiques, armer au maximum pour lui enlever l’envie d’une agression, ou bien la guerre préventive.
La première est onéreuse, difficile et incertaine, mais elle est la seule moralement acceptable. La paix est le plus précieux des biens qui vaut tous les sacrifices, comme l’affirmait encore le Vatican. En la préservant, on peut espérer que les circonstances changeront, qui permettront de la sauvegarder pour toujours. Le bolchévisme n’est pas tellement solide et les dictatures n’ont qu’un temps. Et la guerre aussi est incertaine, on ne peut en mesurer ni l’étendue ni la durée, ni les aléas, ni les conséquences.
A cela, les adversaires répondent : le temps travaille contre nous. Si nous avions laissé la France occuper la Rhénanie en 35, Hitler se serait effondré et la deuxième guerre mondiale n’aurait pas eu lieu. Deux ans après, c’était trop tard. Le moment est proche où rien ne pourra empêcher l’U.R.S.S. qui n’a aucun scrupule d’ordre moral, d’infliger aux Etats-Unis, par une attaque atomique brusquée, un Pearl Harbour gigantesque et ç’en sera fait de la liberté du monde. Attendre, c’est multiplier les risques, entretenir une course aux armements épuisante qui empêche le développement matériel du monde et prolonge une guerre des nerfs qui mine le moral et paralyse les progrès de la civilisation.
C’est en gros la crise qui depuis l’annonce du président Truman, agite dans le silence la conscience des citoyens et des dirigeants américains. Une peur mal dissimulée trouble les esprits, et les manœuvres aériennes qui vont avoir lieu au-dessus de New-York ne sont pas faites pour l’apaiser. Qu’ont décidé les responsables ? Faut-il prendre au pied de la lettre la récente déclaration de Truman : « Nous réduirons le communisme à une capitulation sans condition ». Il n’a pas voulu s’expliquer davantage. Chacun comprend à sa façon. Une chose est acquise pour les Américains, il n’y a pas d’accord possible avec les Russes et si ceux-ci ont la force, ils l’emploieront sans scrupule.
Evidemment à Lake-Success et ailleurs, les Etats-Unis saisiront ostensiblement toutes les occasions, si faibles qu’elles soient, de trouver avec l’U.R.S.S. un modus vivendi. Mais les Russes eux-mêmes n’ont jamais cherché à donner l’impression qu’ils désiraient cet accord ; bien au contraire, la politique du Kremlin est plus agressive que jamais, en acte comme en parole. L’impérialisme Anglo-Américain, les fauteurs de guerre reçoivent à l’intérieur comme à l’extérieur leur lot habituel d’injures.
Tito
Depuis deux mois bientôt, on s’attend à une attaque contre Tito et il ne se passe rien. Il parait encore certain qu’avant un mois, une action sur la nature de laquelle on n’est pas fixé commencerait. Les Anglo-Saxons se sont concertés et ont fait savoir que s’ils ne prenaient évidemment pas fait et cause pour Tito, ils ne l’en soutiendraient pas moins et qu’une action russe serait considérée par Londres et Washington comme d’une extrême gravité.
Les Russes ont-ils hésité, ou seulement modifié leurs plans ? Les prisonniers qui, un à un, reviennent de Russie s’accordent à décrire la situation intérieure comme peu reluisante. La population ne mange pas à sa faim tandis que le blé pourrit dans les champs. Les articles d’usage courant sont d’une qualité déplorable, le gaspillage dans les usines est énorme. A une production considérable correspond très peu de marchandises utilisables, sauf dans l’industrie de l’armement. Comme dans tous les pays étatisés – les industriels s’en plaignaient dans l’entourage même d’Hitler – la centralisation provoque un gâchis effrayant de matières premières et d’énergie. Le déchet de la production est beaucoup plus grand et les produits beaucoup plus onéreux qu’en économie libre. Si on ajoute le caractère difficile, la nonchalance et le désordre inné de l’ouvrier russe, on imaginera l’étendue du bluff derrière l’agressivité de la politique des Soviets.
Un autre fait est certain. Le prestige de l’U.R.S.S. en Europe est en recul ininterrompu. Le schisme de Tito l’a fortement accentué. Toutes les élections libres en font foi. Les purges multiples en Tchécoslovaquie, en Bulgarie, en Roumanie qui vont des ministres aux officiers jusqu’aux responsables des travaux des champs, ont montré l’étendue d’une résistance et d’une haine implacable contre les exploiteurs soviétiques.
Il en va tout autrement en Asie. Le communisme agit fortement sur le coolie chinois, le manœuvre hindou ou mailais et même noir. Il agit comme symbole d’une guerre sainte contre le blanc et les maîtres qu’il soutient. De partout on entend des S.O.S. C’était hier du Tibet menacé d’infiltration communiste. Il y a là une énorme force en mouvement que rien, pas même la guerre, ne saurait arrêter.
CRITON