Criton – 1953-10-17 – Consternation

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Le Courrier d’Aix – 1953-10-17 – La Vie Internationale.

 

Consternation

 

On attendait beaucoup du discours de Churchill au Congrès Conservateur de Margate ; les adversaires de l’intégration européenne, une proposition concrète de rencontre et de négociations avec les Russes ; les partisans de l’Europe fédérée, une confirmation des garanties nouvelles promises à la France pour une association plus étroite avec la Communauté Européenne de Défense, telle qu’il ressortait des déclarations de M. Nutting à l’Assemblée de Strasbourg. La déception a été totale. Churchill dans ce discours, par ailleurs si précis, n’a consacré aux problèmes internationaux que quelques phrases qui n’avaient rien d’optimistes sur les chances d’une conversation avec l’Est, et surtout il a prononcé la phrase fatale qui a jeté la consternation parmi les neutralistes : si la France refuse de ratifier le traité d’armée européenne, la prudence commande aux Anglais de trouver un moyen d’intégrer l’armée allemande dans l’O.T.A.N.

 

L’Attitude de Churchill

Déjà les déclarations d’Eden deux jours auparavant, lors de son discours de rentrée, ne promettaient rien de favorable de  discussions avec Moscou. Il était fait mention de la note russe confuse et dilatoire reçue en réponse à l’offre de négocier à Lugano. Si Churchill renouvelle son désir de conversations à quelque échelon que ce soit, il ne cache pas qu’il ne nourrit à cet égard que de modestes ambitions, et que le résultat de pareils colloques, s’il n’apporte pas grand bien, ne peut faire aucun mal. Nous sommes loin du discours du 11 mai.

 

Historique

Nos lecteurs se souviennent peut-être qu’à l’époque de ce discours, nous avions pensé que Churchill avait reçu de l’ambassadeur russe Malik certaines assurances qui avaient poussé le Premier britannique à proposer de se rencontrer avec Malenkov. Les Russes à ce moment avaient pour objectif d’influencer les élections italiennes du 6 juin et de renverser De Gasperi. Effectivement, l’espoir d’une détente internationale avait porté quelques électeurs hésitants à donner leur voix aux partis neutralistes. Il n’en fallait pas plus pour enlever à la Démocratie chrétienne italienne la majorité absolue qu’elle manquât de quelques milliers de suffrages.

Ce résultat obtenu, vinrent là-dessus les émeutes d’Allemagne orientale du 17 juin ; les Soviets raidirent leur attitude et Churchill comprit qu’il avait été joué. Comme il souffrait alors d’un peu de surmenage, il en profita pour faire retraite. Entre temps, il s’employa par le truchement de Lord Salisbury à améliorer les relations anglo-américaines que le discours du 11 mai avait un peu aigries. L’échec de De Gasperi et la violente poussée anti-américaine sur le continent européen et parmi les Travaillistes britanniques avait mis Washington de mauvaise humeur.

Deux faits nouveaux avaient de plus poussé Churchill à resserrer les liens avec les Etats-Unis. Le coup d’Etat en Perse, auquel les Américains avaient bien travaillé, mettait au pouvoir Zahedi et restaurait l’autorité du Shah. Dès lors, la question des pétroles iraniens redevenait actuelle, et Londres devait pour tout règlement futur s’entendre avec Washington. Enfin, Adenauer l’emportait en Allemagne occidentale et le problème de l’expansion économique de la République de Bonn posait à l’Angleterre des problèmes urgents. Pour ne pas être concurrencé de façon trop grave par les Allemands, il fallait conclure avec eux des accords et pour cela soutenir les aspirations d’Adenauer.

Le discours de Churchill d’avant-hier s’explique ainsi très bien. Il se peut que les Américains soient reconnaissants à Churchill de faire pression sur la France pour la ratification de la C.E.D. car ils ne pouvaient le faire eux-mêmes. Que n’aurait-on pas entendu ici ? Venant de Churchill, un vieil ami, la chose passerait plus aisément.

 

La Politique Britannique est Normale

Dans leur colère les plus anglophiles de nos neutralistes ont rappelé les mauvais souvenirs des relations franco-anglaises. Ils ont tort de confondre l’amitié que nous portons aux Anglais qui est réciproque et pleinement justifiée, avec les relations politico-diplomatiques que nous avons avec eux. En politique, l’Angleterre n’a jamais sacrifié le plus léger de ses intérêts à un sentiment. Churchill et Eden n’ont pas fait exception plus qu’Attlee et ses prédécesseurs travaillistes. La politique est un domaine où l’on abandonne son meilleur ami les larmes aux yeux si l’on croit que l’intérêt de l’Empire est si peu que ce soit menacé. Nous le savons. Mettons le sentiment à gauche et la politique à droite, et jouons le jeu.

 

Les Raisons de l’Attitude Anglaise

Les Anglais ont un intérêt primordial à la constitution d’une armée allemande, non pas tellement parce qu’ils croient à son efficacité pour détourner le péril soviétique, mais parce que la charge du réarmement freinera l’expansion économique et la concurrence allemande sur les marchés extérieurs. L’exportation est pour l’Angleterre un problème vital. Ils pensent aussi qu’en cas de guerre, la résistance des Allemands leur donnerait le temps de retirer leurs troupes du continent et d’éviter un nouveau Dunkerque. Enfin, la résurrection d’une puissance allemande est nécessaire à leurs yeux pour rétablir sur le continent un équilibre approximatif des forces et pour cela l’entente franco-allemande est nécessaire à leur politique. Ils peuvent ainsi reprendre leur rôle d’arbitre en Europe qui fut leur constant souci.

 

L’Intérêt Français est-il Menacé ?

Est-ce dire pour cela que nos intérêts bien compris s’opposent aux leurs ? Evidemment l’attitude de Churchill est très regrettable au moment où vont s’ouvrir les négociations, capitales pour nous, sur le problème sarrois. Adenauer reçoit de ce fait un appui considérable qu’il eût mieux valu ne pas lui fournir. Mais l’homme d’Etat allemand est assez habile et trop soucieux d’aboutir à un accord avec la France pour en tirer argument. Le but de Churchill est sans doute de réduire l’intransigeance des négociateurs français, afin de faciliter cet accord, peut-être aussi d’enlever à la France toute prétention à dominer la nouvelle fédération européenne.

 

Les Relations Franco-Américaines

Sur ce point, et contrairement à une opinion injuste, nous avons plus à compter sur les Américains que sur les Anglais. Les Etats-Unis souhaitent que la France conserve en Europe une position privilégiée, non seulement pour des raisons sentimentales bien que le sentiment compte dans la politique américaine, mais parce que, s’ils sont toujours sûrs de pouvoir compter sur l’Allemagne dont les intérêts coïncident avec les leurs, par contre, ils ont besoin de ménager de compromis constants la France qui est la clef de voûte de leurs plans stratégiques en Europe, et l’axe de leur sécurité grâce à ses positions en Afrique du Nord et aussi en Asie avec l’Indochine.

Tous les Français de bonne foi devraient comprendre la relation étroite que la structure internationale impose aujourd’hui aux relations franco-américaines. Croit-on que nos affaires se seraient arrangées de façon aussi spectaculaire, aussi inespérée au Maroc et en Tunisie si la pression des U.S.A. ne s’était pas fait sentir ? Croit-on que notre position se serait politiquement maintenue au Vietnam, et même au Cambodge, si les émissaires américains n’avaient pas élevé la voix ? Certes, nous devons tout cela au bolchévisme. Mais il faut admettre que même si cela présente des inconvénients, nous ne pouvons pas refuser en contrepartie notre concours sur le continent. Le réarmement allemand est un risque qu’il est absolument impossible d’éluder. Il y a aussi celui du Japon qui commence et qui n’est pas non plus sans péril. Pour éviter tout cela, Moscou n’a qu’un geste à faire. N’y comptons pas.

 

                                                                                            CRITON

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Nous nous excusons, faute de place, de négliger aujourd’hui l’actualité brûlante avec l’affaire de Trieste. L’occasion se retrouvera, soyons-en sûrs.

 

Criton – 1953-10-10 – Locarno ?

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Le Courrier d’Aix – 1953-10-10 – La Vie Internationale.

 

Locarno ?

 

L’opinion internationale s’était, depuis la mort de Staline, passionnément attachée à l’espoir d’une détente internationale. Elle se rend aujourd’hui à l’évidence qu’il ne faut pas y compter. Cependant, en Europe et même aux Etats-Unis on s’accorde à demander qu’une dernière tentative soit faite avant de se résigner à l’inévitable course aux armements qu’exige la prolongation indéfinie de la guerre froide. C’est à ce vœu quasi général que le président Eisenhower se rend aujourd’hui. Cette initiative présente de nombreux avantages.

 

L’Initiative d’Eisenhower

D’abord, cette invitation à proposer aux Russes un pacte de non-agression, ou, comme on l’a suggéré, d’une sorte de Locarno, a été recommandée au Président des Etats-Unis par son ancien adversaire démocrate Stevenson en conclusion d’une tournée autour du monde, ce qui permettrait de revenir en politique internationale à une ligne bipartisane dont on accusait Foster Dulles de s’être écarté. A l’égard des Anglais de se rencontrer avec les propositions de Churchill du 11 mai qui ont reçu l’approbation unanime du Congrès travailliste, ce qui a fait dire avec raison qu’en Angleterre également, il n’y avait pas de divergences importantes en politique extérieure entre les deux partis. De plus, une initiative pacifique est indispensable avant que le Parlement français ne se prononce sur la communauté européenne de défense.

Si l’on réussit en effet à mettre les Soviétiques au pied du mur et qu’ils se dérobent, le dernier obstacle à la ratification des traités de Bonn et de Paris sera levé. Là-dessus, la majorité du Parlement français est d’accord. En Allemagne même, Socialistes et Démocrates-chrétiens souhaitent une explication décisive avec Moscou, et Adenauer a pris lui-même l’initiative avant les élections de proposer, en accord avec les Alliés, une garantie militaire susceptible de rassurer les Soviets auxquels on prête, d’ailleurs gratuitement, la crainte d’une future agression allemande. Il est assez piquant à cet égard de constater que c’est en ce moment même que les Russes libèrent par centaines d’anciens officiers supérieurs du III° Reich. Ils voudraient fournir des cadres supplémentaires à la nouvelle Wehrmacht qu’ils ne pourraient faire mieux.

 

Les Chances de Succès

Donc cette grande initiative diplomatique préparée dans le secret va aboutir à une proposition conjointe et solennelle de tous les Alliés de rouvrir une négociation pour l’établissement de la paix. Personne ne se fait d’illusion sur les chances de succès d’une pareille offre. Dans le discours qu’il prononçait avant-hier, le président Grotewohl mettait comme condition à la réunification de l’Allemagne la nationalisation des industries clés dans la République de Bonn et le partage des terres par une réforme agraire, autant dire l’adoption immédiate en Allemagne occidentale du régime communiste.

Ces exigences qui coïncident avec le retour de Moscou du président Wilhelm Pieck, en disent assez sur les bonnes intentions du Kremlin. Néanmoins, il sera difficile aux Alliés de mettre les Russes au pied du mur. Si, comme il est possible, ils ne peuvent se dérober aux négociations, ils ont mille moyens de retourner à leur avantage les conditions que les Alliés devront nécessairement mettre à un accord. C’est pourquoi, la mise au point d’une formule concrète présente des difficultés presque inextricables si l’on veut éviter que Moscou n’y trouve le moyen de s’en servir comme d’un piège pour diviser à nouveau les Occidentaux.

 

La Bombe H aux Mains des Soviets

L’idée maîtresse de la politique de Staline depuis la guerre, était d’arriver coûte que coûte à montrer aux Etats-Unis et au monde libre qu’ils avaient réussi à fabriquer et à faire exploser la bombe atomique et la bombe à hydrogène. L’idée était excellente et a atteint son but. Même si, comme il est probable, il ne s’agit que d’expériences de laboratoire portées sur le champ de bataille, les récentes explosions ont provoqué aux Etats-Unis un énervement qui touche à la panique. Loin de chercher à rassurer ses compatriotes, le président Eisenhower vient d’exposer avec force détails les risques effroyables que courent les foyers américains, sans doute pour obtenir plus facilement de nouveaux crédits pour la défense, crédits qu’il avait promis de réduire. Il est certain, comme il l’a dit, que la possession d’armes de destruction aussi fantastiques par des gens qu’aucune loi morale ou religieuse ni considération d’humanité ne retiennent a de quoi faire frémir. Mais cette éventualité n’était-elle pas certaine dès l’abord ?

On savait dès 1945 que tôt ou tard les armes nucléaires seraient à la portée de toutes les nations industrialisées. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire qu’un engin de guerre soit toujours resté secret, ou le monopole d’un seul peuple. Si l’on ne voulait pas que ce jour arrive, il fallait s’y prendre autrement. Il est maintenant trop tard et l’effroi que l’on propage ne servira qu’à déprimer le moral des peuples libres, ce qui peut avoir des conséquences funestes dans le domaine économique et même social. On va renforcer un complexe de défaitisme et de résignation, ce qui est justement le but cherché, au prix de tant de sacrifices et d’efforts par les gens du Kremlin et c’est une bien mauvaise préface à une négociation qu’on espère décisive et qu’on ne voulait engager que sur des positions de force. La faiblesse et les maladresses des démocraties en face des grands aventuriers du pouvoir se répètent lamentablement.

 

Le Règlement de l’Affaire de Trieste

A une échelle plus réduite, c’est ce qui se produit à propos du sort de Trieste. Les Alliés, après leurs promesses de 1948 de rendre Trieste à l’Italie, ont été obligés de se désavouer eux-mêmes pour complaire à Tito. Celui-ci, grâce à son déguisement socialiste, a réussi à faire chanter successivement tous ses partenaires et a bénéficié d’une indulgence de l’opinion qui était refusée à des dictateurs aussi inoffensifs que le général Franco, stigmatisé comme fasciste. Cette inégalité de traitement a d’ailleurs fini par être aperçue des doctrinaires les plus farouches, et le récent accord militaire entre l’Espagne et les Etats-Unis n’a soulevé que des protestations de pure forme.

Pour ce qui est de Trieste, force est maintenant aux Alliés de se prononcer et d’offrir à l’Italie une solution acceptable. Le président Pella, interprétant le sentiment général du peuple italien, a fait entendre que le règlement préalable de la question de Trieste était, non pas comme on l’a dit la condition de la ratification des accords sur l’armée européenne, mais qu’il le faciliterait grandement. Reste à savoir si Tito, fort de sa position stratégique, acceptera de consentir les concessions nécessaires.

 

La Guerre de Corée est-elle finie ?

Il n’est pas jusqu’à la question coréenne qui ne prenne mauvaise tournure. Vichinsky a mis implicitement le veto russe à une conférence politique sur le sort des deux Corées. La question des prisonniers réfractaires au rapatriement prend un tour aigu, et les neutres et surtout l’Inde appelés à arbitrer leur sort, menacent de renoncer. On craint d’assister à une évasion massive des derniers réfractaires. Certains commentateurs se posent la question que nous évoquions la semaine passée : les hostilités ne vont-elles pas, par suite d’une cascade d’incidents, se rallumer peu à peu. Ce serait pour le président Eisenhower un échec grave qui userait un peu plus son prestige.

Cependant, les Sino-Coréens n’iront pas jusqu’à obliger les Américains à employer les grands moyens dont la menace les avait décidés à conclure l’armistice. Ils ont trop besoin de développer leur industrie. Des alertes et des échauffourées suffiront à tenir les troupes américaines sur le qui-vive et le monde avec elles.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1953-10-03 – La Note Russe

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Le Courrier d’Aix – 1953-10-03 – La Vie Internationale.

 

La Note Russe

 

Le dossier des relations Est-Ouest s’est enrichi d’une note soviétique de dix pages en réponse à l’invitation des Alliés pour une réunion à Lugano le 15 octobre qui devait discuter de l’Allemagne. En même temps, une déclaration d’Ho Chi Minh rejetait par avance toute suggestion de négocier avec la France. De plus, la Conférence sur la Corée prévue pour le 28 octobre se heurte aux controverses soulevées par les Sino-Russes sur sa composition, ce qui la rend de plus en plus improbable. Enfin, Vichinsky s’est abstenu de répondre au pressant appel de Maurice Schuman à l’O.N.U. Quant à la réunion à l’échelon le plus élevé proposée par Churchill, le Kremlin n’y a fait aucune allusion. Tout cela ne saurait surprendre.

 

La Réponse Soviétique

La note soviétique d’hier ne fait que reprendre les thèmes déjà connus. Moscou met comme condition préalable à toute négociation la présence de la Chine communiste aux délibérations, précisément parce que les Etats-Unis ne peuvent l’accepter et que sur cette question l’opinion anglaise de toutes nuances s’oppose à l’Amérique. Pour ce qui est de l’Allemagne, la condition préalable est la constitution avant toute élection d’un gouvernement pour toute l’Allemagne qui réunirait les représentants de Bonn et ceux de la zone orientale, condition qu’Adenauer ne saurait accepter, d’accord en cela, non seulement avec les Etats-Unis mais en principe du moins avec tous les Alliés.

La note russe à côté de ces restrictions capitales n’en reste pas moins habile, car elle ne refuse pas catégoriquement la rencontre, mais sans fixer toutefois de lieu ni de date. Elle dit même que les problèmes à traiter sont mûrs pour une discussion et que rien ne s’oppose en principe à ce qu’ils soient résolus. Ce qui laisse à ceux qui en France s’accrochent désespérément à cet espoir de négociation pour retarder l’heure de se prononcer sur l’armée européenne, une ultime raison pour gagner du temps.

En tout état de cause Moscou se réserve de rejeter sur les Alliés la responsabilité d’avoir décidé de réarmer l’Allemagne plutôt que de consentir à étudier le problème aux conditions posées par l’U.R.S.S. Cette feinte diplomatique ne trompe que ceux qui veulent être trompés. Mais cela suffit à donner un argument aux adversaires des traités de Bonn et de Paris et à entretenir les polémiques.

 

La Russie craint-elle l’Armée Européenne ?

Les adversaires de la communauté européenne se fondent surtout sur l’idée si souvent répétée que les Soviets ne craignent rien tant que le réarmement de l’Allemagne occidentale. En sont-ils sûrs ?  Nous croyons au contraire que les

 Russes ont depuis longtemps fait leur affaire d’une armée européenne intégrée où les soldats allemands seront amalgamés aux forces françaises et liés indirectement à l’O.T.A.N. Loin d’être une menace pour les Soviets, cette intégration les garantit contre toute initiative militaire d’une Allemagne réarmée et libre de ses mouvements.

En effet, si l’armée allemande ou même une simple milice armée se trouvait, à la suite d’un soulèvement analogue à celui du 17 juin, aux prises avec les troupes russes d’occupation, cette effusion de sang pourrait servir d’étincelle pour allumer un grand conflit. Une armée internationale au contraire serait retenue d’intervenir parce que son intervention marquerait à coup sûr le pas fatal vers la guerre mondiale. Si les Russes avaient l’intention d’attaquer l’Europe, l’armée allemande pourrait les gêner. Mais ils n’en ont nullement l’intention.

 

L’Armée Européenne rend la Réunification impossible

En Europe ils entendent seulement garder les positions conquises, et aucune discussion diplomatique ne pourra les en déloger. La constitution de l’armée européenne sera pour les Soviets un excellent prétexte à rester l’arme au pied en zone orientale. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas. La constitution de l’armée européenne où figureront les Allemands de l’Ouest, empêchera toute réunification des deux Allemagnes répète Ulbricht chaque jour à la Radio de Berlin.

A cet égard, nos vieux maîtres en patriotisme du Congrès radical que notre ami Sextian décrivait si bien samedi dernier, devraient se rendre compte que leur grande idée depuis 1914, le démembrement permanent de l’Allemagne, a le plus de chances de se perpétuer si l’armée européenne se constitue. Une Allemagne neutralisée et désarmée pourrait tomber un jour aux mains du bolchévisme, et l’Allemagne réunifiée nous envahir une fois de plus, poussée par les Russes. L’Allemagne de Bonn indépendante et même désarmée pourrait nous entraîner dans une guerre malgré nous, et reconquérir son unité avec l’aide des Etats-Unis. Au contraire, une Allemagne de l’Ouest intégrée à l’Europe, petite ou grande, restera ce qu’elle est sauf guerre mondiale que les Russes ne cherchent pas et que les Américains ne déclareront jamais.

 

Les Intentions d’Adenauer

Si Adenauer veut que l’Allemagne de l’Ouest s’intègre au camp occidental, ce n’est pas pour hâter la réunification de son pays. Il le dit sans doute, mais il n’y croit pas. Ce qu’il vise, c’est que la partie d’Allemagne qu’il gouverne recouvre l’égalité des droits avec les autres puissances, participe à la direction politique internationale, et bénéficie du crédit et tous les avantages économiques reconnus à une puissance souveraine, avantages qu’il n’est ni possible ni souhaitable de lui refuser indéfiniment.

 

L’Intégration Européenne

Nous avons toujours dit que les adversaires de l’unification européenne perdraient la partie. Ce fut par moments douteux, c’est aujourd’hui quasi certain. Le courant est trop fort pour être remonté. Nous n’avons jamais dissimulé qu’un projet aussi vaste comportait beaucoup de risques et ne devait être réalisé que par étapes et avec prudence. Mais la France tient à l’heure présente le maximum d’atouts pour faire de cette intégration européenne une opération aussi avantageuse que possible. Il faut en profiter pour faire accepter toutes les garanties que l’on juge indispensables pour obvier aux inconvénients majeurs.

 

La Visite du Chancelier Autrichien à Paris

La diplomatie autrichienne est depuis un temps la plus active d’Europe. On est avare de détails sur les conversations du chancelier Raab ces jours-ci à Paris. L’Autriche cherche à recouvrer son indépendance qui dépend de la volonté russe. Les Etats-Unis de leur côté ne semblent pas pressés de créer un vide en Europe Centrale et se retranchent derrière les propositions contenues dans le projet de traité de paix que les Soviets refusent de signer. Le chancelier Raab et surtout Karl Gruber voudraient obtenir une neutralisation de l’Autriche, indépendante de l’Ouest comme de l’Est, et qui serait comme une Suisse entre les deux blocs. Les hommes d’Etat autrichiens espèrent être mieux entendus à Paris où l’idée d’une neutralisation de l’Autriche qui éventuellement pourrait servir de précédent à une neutralisation de l’Allemagne compte beaucoup de partisans. Le meilleur argument des Autrichiens est que l’Autriche de 1953, si les pétroles lui étaient rendus, serait non seulement viable mais prospère, grâce au développement des industries du fer et de l’acier, du bois et du papier, de l’azote synthétique et de l’aluminium dont les exportations équilibreraient les comptes du pays.

Le chancelier Raab va, dit-on, tenter à présent une démarche personnelle à Moscou. Il cherchera à faire valoir les gages qu’il offre, en particulier le refus qu’il a opposé à toute participation au Pool charbon-acier. Souhaitons bonne chance au courageux Chancelier.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1953-09-26 – Positions Précises

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Le Courrier d’Aix – 1953-09-26 – La Vie Internationale.

 

Positions Précises

 

Le discours de Malenkov à l’occasion de l’accord entre les Soviets et la Corée du Nord, suivi des interventions de Vichinsky à l’O.N.U. ont réaffirmé, s’il en était encore besoin, les directives de la politique russe. Si l’on rapproche l’accord Russe-Nord-Coréen de l’accord intervenu au mois d’Août entre l’Union Soviétique et le gouvernement Grotewohl d’Allemagne orientale, on constate que Moscou a affirmé ainsi sans ambigüité son protectorat sur les tronçons en son pouvoir des deux pays dont les Alliés occidentaux voudraient obtenir la réunification : l’Allemagne en Europe et la Corée en Asie.

La nature même de l’aide théoriquement fournie à ces deux pays, la durée de la collaboration promise impliquent que la Russie n’entend nullement revenir sur ses relations avec eux. Pour s’y tromper il faudrait le vouloir. Comme nous l’avons exposé à maintes reprises, la politique soviétique depuis la mort de Staline ne laisse place à aucune ambiguïté.

 

Les Conférences en l’Air

Dans ces conditions, la Conférence à Quatre sur l’Allemagne réclamée par les Occidentaux et acceptée par les Russes sous des conditions qui en rendent la convocation plutôt aléatoire, de même que la Conférence sur la Corée fixée en principe avant le 28 octobre, sont par avance vidées de toute possibilité de modifier le statut actuel des contrées en cause. Sauf quelques chroniqueurs français obstinément confiants dans un règlement Est-Ouest, personne à notre connaissance parmi les autorités mondiales ne conserve d’illusion à ce sujet.

 

L’Aide Russe à la Corée

Les Soviets ne varient guère leurs formules quant à l’aide qu’ils offrent à leurs satellites. On se souvient des 300 millions de dollars généreusement offerts à Mao Tsé Toung par Staline pour la reconstruction de la Chine ! Maintenant que Moscou compte en roubles, c’est un milliard de roubles qu’on consacrera à la restauration des ruines de la Corée du Nord. Cette somme qui a impressionné certains journalistes équivaut en pouvoir d’achat à quelques 20 milliards de nos francs dépréciés. Il y a là à peu près de quoi rebâtir une demi-douzaine d’usines pour un pays écrasé pendant trois ans sous les bombes américaines. A titre d’indication, les sommes prévues par les Américains pour la restauration de la Corée du Sud qui n’a été bombardée qu’au début des hostilités prévoient trois milliards et demi de dollars, quelque treize cent milliards de francs.

 

Les Nationalismes en Corée et en Chine

Certains ont cru voir dans cet accord entre Molotov et Kir-il-Sun une tentative des Nord-Coréens pour échapper à la tutelle chinoise. On oublie que la Corée du Nord a une frontière commune avec l’U.R.S.S. comme avec la Chine, et que les deux protecteurs interviennent dans son rétablissement. Les divergences entre Coréens du Nord mises en évidence par les purges récentes, tout comme celles qui divisent entre eux les dirigeants chinois, comme le font supposer les récents remaniements ministériels, n’ont pas pour motif le désir de mettre en conflit les partenaires. Elles sont plus sérieuses. Il existe en Corée du Nord un mouvement pour la réunification et la libération du pays de tout occupant, tout comme il y a en Chine des nationalistes qui cherchent à faire de leur pays un état indépendant susceptible d’équilibrer ses relations entre l’Est et l’Ouest. Mais grâce aux exécutions et limogeages, Pékin, Moscou et Pyong-Yang demeurent solidement liés.

 

Adoucissement de l’Attitude Américaine

A la veille d’une tournée de discours au cours desquels le président Eisenhower dont le prestige est menacé, va essayer de défendre sa politique, le Secrétaire d’Etat Foster Dulles a brusquement changé le ton de ses déclarations. Son dernier discours a été loué pour sa modération. On lui reprochait, surtout en Europe, de se montrer rigide et de fermer la voie aux bonnes dispositions que l’on attend toujours de Moscou. Le refus d’admettre l’Inde aux négociations éventuelles sur la Corée et de ne pas limiter aux belligérants le droit de s’asseoir à la table ronde, avait fait mauvaise impression dans le monde et même aux Etats-Unis où l’ex-candidat démocrate aux élections présidentielles, A. Stevenson et Truman lui-même avaient pris plus ou moins directement position contre le Secrétaire d’Etat.

Revenant sur son attitude, Foster Dulles propose aujourd’hui que les non participants à la guerre de Corée puissent être appelés à siéger ultérieurement par les membres déjà désignés de la future conférence. Proposition accueillie avec faveur à l’O.N.U. sauf par Vichinsky qui l’a rejetée alors qu’il avait demandé cette participation des neutres avant que la conférence ne se tint. Ce qui montre bien que le délégué soviétique cherchait à faire tomber sur les Etats-Unis la responsabilité d’un échec non de la conférence même, mais des possibilités de la convoquer. Dulles et Eisenhower ont compris qu’il était bien inutile pour une rencontre qui sera probablement sans résultat d’indisposer l’opinion et surtout celle, si susceptible, des pays asiatiques.

On peut se demander dans l’état actuel de la question si la guerre de Corée est bien finie. De part et d’autre de la ligne de démarcation, on observe, et les Sino-Coréens renforcent leur dispositif militaire malgré les conventions signées.

 

Dépression aux Etats-Unis

La fin de cette phase de la guerre en Extrême-Orient a eu pour les Etats-Unis une autre fâcheuse conséquence que l’on s’accordait à prévoir. C’est un début de récession économique. On sait l’importance qu’aurait pour le monde libre un fléchissement de l’activité industrielle en Amérique ; les symptômes de régression ne sont pas jusqu’ici alarmants. Mais les cours de valeurs et le prix des « commodities » ont fléchi très sensiblement, et l’on craint que la peur d’une crise n’engendre précisément une crise que les statistiques jusqu’ici ne révèlent pas nettement. Eisenhower va avoir à rassurer l’opinion sur cette question capitale en Amérique, en indiquant les moyens qu’il détient pour maintenir la conjoncture à son sommet. Une crise véritable entraînerait le rapide discrédit de l’Administration républicaine dont les réalisations sont jusqu’ici assez minces.

 

La Tendance Actuelle des Théories Sociales

Nous ne saurions trop attirer l’attention des politiciens français qui paraissent l’ignorer sur les tendances actuelles des idées en matière de politique économique et sociale. Contrairement à ce qui se passe chez nous, l’orientation des esprits est de plus en plus hostile aux doctrines du socialisme classique et en faveur de ce que l’on appelait l’économie libérale et qui se nomme mieux : le régime de la concurrence et l’économie de marché.

Nous avons signalé en Angleterre le rejet par les syndicats de toute extension des nationalisations. Le Gouvernement Churchill-Butler remet aujourd’hui sur le marché libre les actions des Sociétés métallurgiques nationalisées par les Travaillistes, et il est question de dénationaliser également les transports routiers.

A cet égard, les grèves d’août en France ont influencé les britanniques : que se serait-il passé en effet chez nous si les transports routiers avaient été aux mains de l’Etat. Toutes communications coupées, c’était la paralysie généralisée et la famine des grands centres urbains. Si l’Etat est puissant, dit-on à Londres et ailleurs, les nationalisations conduisent au totalitarisme, s’il est faible à la dictature des organisations syndicales, sinon à l’anarchie. Il faut donc se garder d’étendre le pouvoir de l’Etat.

En Allemagne occidentale, le sénateur Schuller, théoricien officiel de la Social-Democratie répudie lui aussi le socialisme étatique :

« Notre socialisme libéral, écrit-il, diffère fondamentalement en tant que politique économique de toute doctrine socialiste totalitaire. Il reconnaît et défend l’axiome du choix de libre consommation et rejette toute solution dirigiste ». Allemagne, Angleterre, Etats-Unis, Canada, Belgique, Suisse, pour ne parler que des principales puissances économiques ont renoncé à l’étatisme et au dirigisme. Même ceux qui en faisaient le fond de leur doctrine le répudient. Certains Français qui se croient en tête du progrès social lui tournent le dos, sans le savoir.

 

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Criton – 1953-09-19 – La Carte Indochinoise

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Le Courrier d’Aix – 1953-09-19 – La Vie Internationale.

 

La Carte Indochinoise

 

L’invitation faite par le Président Eisenhower à M. Laniel de se rendre à Washington, montre l’importance que les Etats-Unis attachent à l’orientation de la politique étrangère française. Un concours de circonstances pour la plupart occasionnelles, a fait de notre pays le point d’appui indispensable des positions américaines dans le monde, faute de quoi le système tout entier de la stratégie militaire et diplomatique des Etats-Unis serait à réviser.

 

L’Importance de la Question Indochinoise

A aucun moment, pas plus hier qu’aujourd’hui, l’opinion française égarée par les commentaires d’une presse partisane, tantôt ignorante des problèmes, tantôt défaitiste et inspirée par de faux intellectuels, jamais l’opinion française n’a pris conscience de l’importance que représentait pour notre position dans le monde la guerre d’Indochine.

Soyons nets : si la France, malgré sa décadence morale, est encore une grande puissance, c’est à la lutte menée en Indochine qu’elle le doit et cette position clef a considérablement gagné en importance depuis la signature de l’armistice en Corée. Ayant perdu la partie en Corée, les Etats-Unis, s’ils la perdaient en Indochine, verraient la balance des forces se renverser contre eux, et la perte de prestige qui en résulterait marquerait le commencement de l’isolement politique et militaire des Etats-Unis.

C’est là le but de toutes les manœuvres des communistes. Le jour où les Américains ne pourraient plus compter sur leurs alliés, et grâce à eux sur leurs points d’appui extérieurs au Nouveau Continent, la partie serait gagnée pour les Soviets. Le temps travaillerait sans obstacle en leur faveur. C’est pourquoi, le problème indochinois est devenu aujourd’hui l’enjeu de la guerre froide ; c’est ainsi que les Etats-Unis ont laissé annoncer qu’ils allaient financer le plan Navarre et décharger la France de la majeure part de cette guerre coûteuse. La diplomatie française tient en main un atout d’une telle valeur qu’elle n’aura pas grand peine à en tirer toutes les satisfactions qu’elle cherche à obtenir par ailleurs. A cet égard, disons qu’on peut faire à M. Bidault la même confiance qu’à Robert Schuman.

Les intérêts internationaux de la France ont été dans l’ensemble bien défendus par ses militaires et ses ministres alors que les maîtres de l’opinion, représentés par une pseudo élite qui déshonore le pays, n’a cessé de combattre la politique suivie. Où en serions-nous au Maroc, en Tunisie, en Indochine, que resterait-il de la position internationale de la France si ces Messieurs du « Monde » et tant d’autres, avaient pu faire prévaloir leurs vues  ?

 

L’Indochine au Service de la Question Allemande

Heureusement, les faits se sont chargé de montrer l’erreur de ces idéologues plus ou moins sincères. Grâce à l’Indochine donc, la France va se trouver en position pour régler selon ses vues le problème qui touche le plus près, sinon ses intérêts, du moins la susceptibilité légitime de l’opinion : l’Allemagne. Adenauer victorieux chez lui a fort bien compris la force de la position française et la nécessité, s’il voulait aboutir à réintégrer l’Allemagne dans la famille des grandes Nations, de céder à la France sur le point crucial : la Sarre. La France est en effet en position d’obtenir pour consentir à la constitution de l’Europe fédérale et à la communauté de défense, les trois garanties que Robert Schuman avait définies. Le règlement satisfaisant du problème sarrois, la participation de l’Angleterre à la C.E.D., et enfin le maintien des forces américaines dans le cadre de l’O.T.A.N. aussi longtemps que durerait la Communauté Européenne de Défense, cela sans préjudice des protocoles additionnels qui ont été signés après maintes résistances par nos partenaires. Rien n’aurait été obtenu si nous ne tenions solidement la carte indochinoise, et cela est tout de même – il faut être juste – à l’éloge de notre démocratie boiteuse que nos gouvernements successifs – et Dieu sait combien il y en eut – ont tenu cette carte haute, malgré la pression formidable de tout ce que certains appelaient autrefois l’ « Anti France », et même du public.

 

Une Manœuvre à Déjouer

C’est pourquoi aussi, plus conscients que nous de l’importance de cette carte, les bolchéviques vont essayer de nous l’arracher. Ce n’est pas sans raison que Radio-Pékin parle périodiquement de la possibilité d’un armistice en Indochine analogue à celui de Corée et que Radio-Moscou y fait écho. Il y aurait à parier que d’ici peu de fausses négociations pourraient être amorcées. Malheureusement pour les communistes la riposte est déjà prête : il faudrait pour que les possibilités d’une trêve en Indochine soient autre chose qu’une manœuvre, que la conférence préalable sur la Corée donnât à bref délai des résultats positifs.

 

La Conférence sur la Corée

Or il est évident par avance, et sans même qu’ils se soient prononcés, que les Sino-Russes n’ont pas l’intention d’aboutir à un règlement quelconque en Asie. Il n’y en aura pas plus là qu’en Europe, car il y a encore bien moins d’intérêt pour les communistes de céder où ils sont forts que là où ils sont faibles. Tout ce que pourront faire la Chine et la Russie sera d’enfoncer plus énergiquement le coin entre les intérêts américains et les intérêts anglais en Extrême-Orient. Mais comme nous le disions samedi, la phase critique des relations anglo-américaines est passée, et les tempêtes à l’O.N.U. ne menacent pas la solidarité des peuples de langue anglaise.

 

Krouchtchev au Secrétariat du Parti

Un mot, pour terminer, de la nomination de Krouchtchev au secrétariat du Parti communiste de Moscou. C’est un pas de plus dans la liquidation du Stalinisme à l’intérieur. Si la politique intérieure russe avait quelque continuité (mais son histoire montre au contraire qu’elle est faite de volte-face), on pourrait dire qu’elle marque le commencement de la liquidation du régime dit socialiste. En effet, le mouvement suivi depuis la fin de la N.E.P. pour prolétariser la classe paysanne et qui avait abouti à la création, sur le papier du moins, de villes-agraires, est brusquement coupé. Nous avons vu déjà, ici même, les motions tendant à rétablir au sein des kolkhoses, le profit individuel en faveur de leurs membres. Maintenant, c’est la propriété individuelle du bétail qui est reconnue aux paysans. Il est probable que cette concession capitale sera entourée de ruses qui rendront assez illusoire  la jouissance des nouveaux propriétaires, mais le principe est reconnu et cela peut avoir des conséquences lointaines, si, comme nous le pensons, la mort de Staline a marqué le commencement d’une évolution en Russie vers un régime plus moderne où les situations acquises seraient respectées, où l’Etat reculera peu à peu devant la pression des intérêts personnels, individuels ou collectifs ; phase qui, dépassant le capitalisme tel que l’a connu et défini Karl Marx, ressemblerait au régime mixte qui s’est établi chez nous avant la dernière guerre.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1953-09-12 – Adenauer Confirmé

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Le Courrier d’Aix – 1953-09-12 – La Vie Internationale.

 

Adenauer Confirmé

 

Le triomphe d’Adenauer aux élections allemandes aura des répercussions profondes et durables sur l’évolution de la politique internationale. Moins cependant que n’en aurait eu sa défaite. La diplomatie américaine en fera un succès personnel. L’intervention de Foster Dulles à la veille du scrutin a eu l’effet inverse des déclarations de Mrs Luce avant les élections italiennes. La psychologie des Allemands est tout autre chose que celle de leurs voisins. Le prestige d’un homme met en œuvre leur sens de la discipline et ils suivent le succès. Succès indéniable dans l’ordre économique. Le facteur allemand jouera un rôle croissant dans l’élaboration des plans américains en Europe, ce qui limitera davantage encore le champ d’action et les possibilités de choix des diplomaties françaises, anglaises et italiennes. Bonn et Belgrade aux avant-postes de la guerre froide sont appelés à servir d’axe aux contre-offensives de Washington.

 

L’Offensive de Trieste

Les déclarations de Foster Dulles impliquant une révision éventuelle de l’attitude américaine sur Trieste et le reniement implicite de la déclaration tripartite de 1948 ont été péniblement ressentis en Italie. L’éloignement du pouvoir de De Gasperi en est la cause principale. Il y en a d’autres : Tout comme en France, mais pour des raisons de politique intérieure plutôt que d’intérêt national, la politique atlantique des Etats-Unis subit un assaut très large en Italie. Le communisme italien n’est pas isolé dans son opposition à la politique suivie par De Gasperi. Il n’est pas non plus comme en France coupé des partis dits nationaux. Mais le fondement de la défiance américaine à l’égard des Italiens est la faiblesse du moral de l’armée italienne. Le communisme, au contraire de ce qui se passe en France, a fortement pénétré les rangs des militaires professionnels qui, en cas de conflit, ne sont pas considérés comme sûrs. De plus, la position stratégique de l’Italie n’a pas l’importance de celle de la France avec ses possessions africaines, ses bases atlantiques et surtout son front d’Indochine ; le demi-abandon de Rome en faveur de Belgrade est surtout l’œuvre des militaires des Etats-Unis.

 

Le Discours de Tito

On peut se demander jusqu’à quel point le discours du maréchal Tito de dimanche est approuvé par les Américains. Ce qui est sûr, c’est que Washington compte s’en servir pour obliger l’Italie à céder de ses prétentions dans la question de Trieste, et à consentir à traiter avec Tito pour en finir avec la question irritante du Territoire libre, à des conditions qui enlèvent Trieste à la souveraineté exclusive de l’Italie et en fassent un jour le port franc de l’Europe centrale.

Ce règlement, s’il doit intervenir à un moment qui n’est sans doute pas proche, laissera en Italie beaucoup d’amertume. Mais ceux qui font de la question de Trieste un épouvantail et une menace pour la Coalition atlantique exagèrent l’importance d’une question où il y a plus de prestige engagé que d’intérêts essentiels pour l’une et l’autre partie.

 

Raidissement Américain

Le succès d’Adenauer coïncide avec un raidissement de la politique américaine et renforcera cette tendance. Les Américains ont besoin de ressaisir le prestige perdu après l’armistice en Corée. Un historien qui s’en tiendrait, pour décrire l’évolution des faits de ces derniers mois, aux chroniques des journalistes et commentateurs risquerait de méconnaître le trait dominant de cette période 1952-53 : la crise de conscience qui a silencieusement déchiré l’opinion américaine à la seule acceptation de l’armistice coréen.

Cette opinion, devant les concessions successives d’Eisenhower et la vaine résistance de Syngman Rhee, s’est sentie coupable d’avoir exigé ce règlement humiliant en réclamant sans cesse le retour des soldats de Corée, en ne soutenant pas leur moral, en rendant impossible l’emploi des moyens plus vastes nécessaires pour obtenir la victoire. Ce compromis sans précédent dans l’histoire de l’Amérique qui jusqu’ici avait toujours contraint ses adversaires à capituler, a, malgré tous les sophismes des officiels, profondément humilié la Nation qui s’est prise à douter d’elle-même. Les progrès des Soviets dans la course atomique ont fait le reste. Enfin, les Américains ont senti s’accentuer l’isolement des Etats-Unis ; les résistances de leurs alliés n’avaient d’autre cause que cette perte de prestige.

 

Les Conséquences de la Mort de Staline

Ajoutons à tout cela la déception qui a suivi la mort de Staline dont on attendait l’affaiblissement de l’impérialisme soviétique et le début de violents remous à l’intérieur en Russie, voire la désagrégation du régime communiste. Rien de tout cela ne semble devoir se produire ; au contraire, si à l’intérieur l’appareil terroriste de Staline se détend, l’impérialisme russe en paraît plutôt renforcé et la prépondérance des militaires singulièrement avancée. On comprend aisément dans ces conditions le raidissement de Foster Dulles, et l’appui donné à Bonn et à Belgrade pour ressaisir l’initiative en Europe.

Le triomphe d’Adenauer va singulièrement gêner la politique de Churchill et ébranler en France les résistances à l’unification européenne. Même en politique intérieure, le renforcement de la Démocratie Chrétienne libérale d’Outre-Rhin rendra difficile l’offensive socialiste pour ressaisir le pouvoir. Quant aux Russes, comme nous le disions samedi dernier, ils n’ont rien fait pour empêcher le succès du Chancelier allemand. Ce succès leur servira de prétexte pour resserrer leur emprise sur l’Allemagne de l’Est, ce qui est pour eux l’objectif essentiel et surtout indispensable à poursuivre s’ils veulent conserver leur glacis protecteur en Europe.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1953-09-05 – Retour en France

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Le Courrier d’Aix – 1953-09-05 – La Vie Internationale.

 

Retour en France

 

Nos lecteurs n’auront pas été surpris de cette longue interruption de nos chroniques. La France a été pendant près de trois semaines isolée du monde, et ceux qui comme nous se trouvaient à l’étranger ont pu mesurer combien le crédit, bien affaibli déjà, de notre pays en a souffert. La France a encore beaucoup d’amis et ceux mêmes qui la critiquent aisément sentent combien elle manquerait au monde, et s’inquiètent. L’étranger ne comprend pas ce qui se passe chez nous. Il est difficile de lui expliquer parce que nous ne sommes pas bien sûrs de le savoir nous-mêmes.

Un de nos voisins bien averti nous disait : l’histoire politique de la France est une lutte constante entre les féodaux et le pouvoir central. Les uns et les autres ont changé de forme et de visage. Les barons de châteaux-forts, les prévôts des marchands et les fermiers généraux sont aujourd’hui, les maîtres de l’industrie et de la finance, les féodaux de l’alcool et aussi ceux des syndicats du rail et de la poste. Ennemis entre eux, ils concourent à débiliter le pouvoir central. Ainsi s’explique cette alternance d’anarchie, de guerre civile et d’autorité souveraine qui couvre notre histoire. Les causes sociales et économiques de la crise actuelle ne sont que secondaires, et à nos yeux sans justification. Vous êtes au stade où il vous faudrait un Richelieu. Hélas, lui répondis-je, nous n’avions que de Gaulle. Mais ceci est, en apparence du moins, un peu hors de nos propos habituels.

 

La Fin de la « Détente »

Dans l’ordre proprement international, ce mois d’Août a été pour beaucoup décevant. On avait fondé des espoirs bien téméraires sur une prétendue politique soviétique de détente. Nous sommes exactement revenus, à quelques nuances de ton près, à la tactique stalinienne ; quoi d’étonnant d’ailleurs puisque ce sont les mêmes hommes qui dirigent les relations extérieures de l’U.R.S.S.

Les deux vagues notes russes sur l’Allemagne, et surtout le refus de reprendre les conversations sur l’Autriche, ont remis les choses au point où elles demeurent pratiquement depuis huit ans. Comme nous l’avons expliqué souvent et longuement, il est impossible qu’il en soit autrement, à moins que ne surgissent, en dehors de l’action des diplomaties, des événements imprévisibles qui échappent à leur contrôle.

 

La Tactique Électorale de Moscou en Allemagne

Rien jusqu’ici ne s’est produit, et rien ne s’annonce. Il s’est cependant passé quelque chose que personne ne semble avoir remarqué : la politique soviétique, jusqu’aux événements du 17 juin et au-delà même, avait pour objectif de discréditer et combattre le chancelier Adenauer. On se souvient des multiples coups de sonde lancés par Moscou parmi les dirigeants des divers partis socialistes à la périphérie du rideau de fer, dans l’espoir sans doute vague mais qui paraissait par endroits se préciser, de constituer ce que nous appelions la « ceinture rose ». Les émeutes de la zone orientale d’Allemagne ont fait renoncer les Soviets à cette ébauche d’action politique.

Le Socialisme allemand a été l’âme du mouvement de rébellion. Ressusciter le socialisme, c’était redonner force à une organisation dont l’inimitié à l’égard du Bolchévisme et la puissance auprès des masses se trouvait encore capable d’ébranler le système de colonisation des Soviets en Europe centrale. Molotov avait cru que, selon les précédents, cette organisation politique du socialisme avait ses faiblesses congénitales serait aisément dominée, et qu’il serait possible de l’amener à capituler et la classe ouvrière avec elle, au prix de quelques concessions de forme. Il n’en était rien, en Allemagne et en Autriche tout au moins. En sorte que la grande action politique et diplomatique des Soviets que l’on attendait pour ce mois d’Août ayant pour but d’influencer les électeurs de la République de Bonn, ne s’est pas produite.

Au contraire, il semble aujourd’hui que les Russes assisteront Dimanche prochain à une consolidation du pouvoir d’Adenauer avec une certaine satisfaction. Le Chancelier, appuyé par les forces conservatrices, semble une bonne cible pour la propagande et un épouvantail suffisant pour atténuer l’opposition ouvrière dans la zone soviétique, qu’une victoire socialiste aurait au contraire exaltée. Il est probable que les quelques voix communistes qui demeurent fidèles dans la République de Bonn n’iront pas renforcer les partisans d’Ollenhauer.

 

Les Divergences Anglo-Américaines

Il semble aussi que Churchill, fort bien remis de son indisposition de Juillet, est revenu à une politique moins ambitieuse que celle du printemps dernier. Les divergences anglo-américaines subsistent. Elles ont perdu beaucoup d’acuité, surtout depuis l’annonce publique faite par Malenkov des expériences russes de bombes à hydrogène. Ces divergences ont perdu leur caractère d’opposition politique pour prendre celui de divergence tactique surtout en Extrême-Orient où Anglais et Américains jouent leur partie selon les intérêts stratégiques et économiques qu’ils défendent. On peut prévoir que la crise du Bloc atlantique, dépassée sa phase aigüe, redeviendra cette sorte de marchandage permanent qu’est une alliance entre démocraties, sans que l’unité foncière en soit mise en cause.

 

La Fin de Mossadegh

Mossadegh n’est plus. Nous disions il y a trois ans déjà qu’il faudrait de la patience pour voir se désagréger cette coalition xénophobe qui s’est formée en Iran. Cette patience a été encore une plus longue épreuve qu’on ne le prévoyait. Les réalités économiques et financières ont fini par l’emporter ; ce n’est pas dire que l’Occident est au bout de ses peines.

On peut se demander quelles seront les répercussions des événements de Perse et aussi du Maroc, (où là aussi les défaitistes bien français ont reçu un démenti cinglant), sur la politique du général Naguib en Egypte. La patience sera peut-être mise dans ce pays à une épreuve plus longue encore. Mais de cette vertu politique, les Anglais sont incomparablement doués. Leur meilleur atout est de savoir attendre sans céder, et de retarder les dénouements même s’ils paraissent à portée. La bataille pour Suez pourrait encore durer des années. Nous pensions que Naguib serait tôt ou tard aux prises avec des difficultés insurmontables. L’événement, avouons-le, nous a jusqu’ici donné tort. Il a triomphé de conditions politiques, sociales et économiques qu’on pouvait croire fatales. Les Américains l’y ont beaucoup aidé. L’oscillation en sens inverse est-elle possible ? Est-il proche. Rien de tel en Orient n’est impossible.

 

                                                                                            CRITON

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P.S.- Une information erronée déterminée par des statistiques en retard nous a fait dire que le chômage en Angleterre restait à son maximum. Il n’est est rien, et les derniers chiffres marquent au contraire une baisse continue depuis le printemps. Par contre, le déficit de la balance commerciale continue à s’accentuer ce qui n’empêche pas les réserves d’or et de devises de l’Angleterre de se maintenir. Ces deux phénomènes ne sont pas contradictoires.

Criton – 1953-08-01 – L’Armistice de Corée

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Le Courrier d’Aix – 1953-08-01 – La Vie Internationale.

 

L’Armistice de Corée

 

L’armistice de Corée est signé. Bien que depuis longtemps certes on n’arrivait plus à y croire ! Et l’on s’aperçoit qu’il pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Le soulagement des combattants est la seule joie qu’on ose partager. Et c’est le retour des prisonniers qui a dû être pour les dirigeants américains l’objectif déterminant de cette fin peu glorieuse. On est frappé du ton particulièrement agressif que Radio-Moscou donnait hier aux commentaires de l’événement, en traduisant les discours haineux et menaçants pour l’avenir des généraux chinois et nord-coréens.

 

La Victoire Chinoise

On a beau ergoter, le vainqueur, c’est la Chine rouge. C’est son intervention qui a bloqué l’avance de Mac Arthur ; c’est son acharnement aux combats qui a assuré les derniers succès jusqu’à l’ultime journée de la guerre. L’ambition et l’orgueil que cette lutte a exaltés à Pékin est une redoutable menace.

 

La Conférence après l’Armistice

Si l’on en juge d’après les déclarations de Foster Dulles et des subordonnés de Mao Tsé Tung, la conférence qui va suivre n’annonce pas une négociation aisée. Le silence glacial des signataires à Pan Mun Jon, l’absence de réjouissance populaire aux Etats-Unis montrent bien que la lutte continue. Les bons offices de Londres et la pression de l’O.N.U. ne pèseront pas lourd devant ces antagonismes. Et la France se pose avec angoisse la question des conséquences du « cessez-le-feu » sur l’Indochine.

Comme nous l’avons répété souvent, le recul du bolchévisme en Europe ne laisse à Moscou aucun espoir de pousser ses chances en Occident. L’Extrême-Orient est au contraire le théâtre où le Kremlin et ses acolytes vont exploiter leurs succès. Les Américains souffrent en silence de l’humiliation subie en Corée. Ils ne cèderont pas, après le retour des prisonniers, aux tentations d’apaisement qui achèveraient de ruiner leur prestige, et l’on ne peut exclure l’hypothèse d’une reprise plus ou moins lointaine des hostilités en Corée ou en Chine.

 

L’Armistice et la Conjoncture Économique

L’armistice en Corée pourrait avoir une autre conséquence qui avait été largement escomptée, tant en Russie que dans le monde libre, celle d’une récession économique en Occident. Un relâchement de l’effort militaire, en diminuant les dépenses d’armement devait, par une réaction en chaîne, déprimer l’ensemble des marchés. Rien jusqu’ici ne vient confirmer ces espoirs ou ces craintes. L’annonce de l’armistice n’a nullement abaissé les prix des « commodities ». A cet égard, il est réconfortant d’enregistrer qu’après le « boom » provoqué par la guerre de Corée, qui s’est dégonflé profondément depuis plus de deux ans, et quoique les prix mondiaux aient été ramenés au-dessous du niveau d’avant juin 1950, rien n’a empêché l’expansion de la production en Occident.

L’économie du monde libre repose sur des bases saines, et sa prospérité matérielle se consolide. L’activité est aux Etats-Unis à un niveau record, bien que la courbe ascendante ait un peu ralenti son essor. L’avance est toujours vive en Allemagne occidentale, et satisfaisante en Italie, où les derniers chiffres sont des maxima. La Belgique et la Suisse maintiennent une situation brillante, et la Hollande a retrouvé ces derniers mois une bonne activité et un équilibre profondément ébranlé depuis la fin de la guerre par la perte de l’Indonésie, les destructions et l’affaiblissement d’un de ses principaux clients : l’Allemagne. Même en France, malgré la lenteur et les difficultés de la crise d’assainissement et les séquelles de l’inflation désordonnée, on a l’impression que le fond est touché et que la reprise a commencé.

Seule l’Angleterre malgré beaucoup de discours optimistes, de réalisations de prestige et une certaine stabilité dans les réserves d’or et de Dollars, n’est pas sortie de ses difficultés fondamentales. Le chômage atteint son maximum malgré la saison et près de 500.000 sans travail, l’exportation plafonne et le déficit de la balance commerciale demeure béant et s’accroît encore, tandis que le nôtre a sensiblement diminué. Enfin, la production charbonnière anglaise n’arrive pas à augmenter alors que les besoins de la consommation intérieure s’accroissent. Et les Anglais vont acheter du charbon français pour parer à une crise grave prévue pour le prochain hiver, crise qui serait catastrophique s’il était rigoureux.

 

Les T.U.C. contre l’Extension des Nationalisations

Le dernier conseil des Trade-Unions a été d’un haut intérêt. Les syndicalistes anglais sont réalistes et soucieux de ne s’inféoder à aucune idéologie politique. A une grande majorité et malgré l’opposition des partisans de M. Bevan, les syndicats ont accepté de collaborer avec le patronat pour réaliser la dénationalisation de l’acier ; on sait que les Travaillistes avaient fait voter cette nationalisation et que les Conservateurs revenus au pouvoir l’ont abrogée. Mais le Gouvernement Churchill se trouvait fort embarrassé pour remettre en route l’industrie rendue à l’entreprise privée. Personne ne se souciait en effet d’investir des capitaux dans une industrie qui serait automatiquement renationalisée au premier renversement de majorité politique. Les organisations ouvrières ont compris le danger et se sont prononcées contre l’avis de leurs élus politiciens.

Ce fait a en soi une grande importance pour l’avenir des relations du capital et du travail en Europe. D’une façon générale déjà, les nationalisations n’avaient pas bonne presse parmi les travailleurs européens. La faillite en était trop évidente et depuis plusieurs années, non seulement elles avaient été partout stoppées, mais là où elles avaient été réalisées on entrevoyait la possibilité d’une façon plus ou moins détournée d’en corriger les défauts. La foi en l’étatisme s’est fortement ébranlée dans le monde libre. Les échecs du communisme n’y ont pas peu contribué sans doute, mais les exemples anglais et français ont peut-être été plus déterminants.

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Où va la Russie ?

 

Une discussion s’est engagée ces jours-ci entre deux grands spécialistes des questions russes. J. Deutscher, réfugié polonais à Londres, qui vient de publier un ouvrage « Où va la Russie ? » et Kennan, l’Ambassadeur américain à Moscou. Voici en bref les thèses :

 

Point de Vue de Deutscher

Adversaires et fanatiques du régime communiste, dit Deutscher, s’accordent à en faire un monde qui n’évolue pas ; un monde en dehors des lois historiques dont la production s’accroît à pas de géant sans que sa structure sociale et politique change. Or le stalinisme a, au contraire, créé une contradiction entre la structure économico-sociale de la Russie et la formule politique appliquée au cours de ces derniers vingt ans. En fait, le stalinisme est la conséquence de l’application à un pays économiquement et socialement arriéré d’un programme d’industrialisation à outrance. Pour y parvenir, Staline a recouru aux méthodes de l’autocratie tsariste, état policier, mythe du maître infaillible et bureaucratie centralisée avec exaltation parallèle du nationalisme le plus orgueilleux. Or, le processus stalinien a développé les forces qui tendent à le détruire. Il a créé une aristocratie de techniciens qui ont déraciné le « primitivisme » mental indispensable pour maintenir la foi dans le mythe du maître divinisé. D’où la lutte actuelle entre les intérêts constitués, le groupe de ceux qui veulent maintenir la ligne rigide, parti, police et bureaucratie, et ceux qui veulent normaliser leur situation et en même temps démocratiser le régime ainsi que l’exige le niveau actuel de la société russe : réformisme plutôt, car nous sommes loin encore des conditions de nos régimes occidentaux.

La situation présente, pour Deutscher, n’est pas sans analogie avec le progressisme éclairé d’Alexandre II vers 1850. Une période de transition s’ouvre pleine de périls pour un régime autocratique, là où les autocrates font machine arrière quand ils sentent qu’ils vont trop loin dans les concessions et que les conséquences de leurs réformes leur échappent. C’est ce coup de frein qui amène les catastrophes.

 

Point de Vue de Kennan

Kennan répond à cette thèse que le totalitarisme n’est pas un produit d’une situation particulière au régime économico-social de la Russie. Le mécanisme de la dictature, nous l’avons expérimenté depuis vingt ans, a sa dynamique interne qui n’a rien à voir avec la structure économique. C’est une technique qui permet à un homme ou à un groupe de s’emparer du contrôle des masses et de les manœuvrer. Sans doute, dit Kennan, le Stalinisme avec la méthode de décapitation et d’épuration périodiques, a réussi à empêcher la cristallisation des groupes d’intérêts en formation. Cela, Deutscher a raison, ne sera plus possible : la stabilisation et la consolidation des pouvoirs individuels est inévitable. Mais une oligarchie peut très bien user de la même technique totalitaire de l’ancien régime pour maintenir le contrôle sur une situation qui pourrait lui échapper. L’industrialisation et le progrès technique ne garantissent nullement contre la déification du Leader ou l’adoration de la discipline de force, l’Allemagne l’a bien montré.

La discussion continue. Elle vaut qu’on y réfléchisse. Quant à trancher la question …

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1953-07-25 – La Politique Intérieure commande

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Le Courrier d’Aix – 1953-07-25 – La Vie Internationale.

 

La Politique Intérieure Commande

 

Les laborieuses négociations de Pan Mun Jon n’ont pas encore abouti à un armistice en Corée, et l’armistice n’est pas la paix. Dans l’hypothèse probable où l’on arriverait au cessez-le-feu, rien ne prouve que la trêve ne servirait pas de manœuvre pour mettre encore à l’épreuve les nerfs des occidentaux sous la menace permanente d’une reprise brusque des hostilités. La conférence qui doit s’ouvrir après la fin des combats rencontrera de telles difficultés qu’on ne voit pas sur quelles bases un règlement dit honorable pourra être obtenu.

Si l’obstruction de Syngman Rhee s’est atténuée, elle se manifestera de nouveau s’il n’obtient pas des Américains les garanties que ceux-ci ont promises et que le Congrès ne ratifiera peut-être pas. La guerre froide en Corée nous promet les mêmes péripéties que la guerre chaude. Le prestige des Etats-Unis sera encore plus malmené et la propagande communiste y trouvera ample matière à s’exercer. On pourra se faire une idée de ce que représente dans la réalité une négociation avec les asiatiques, ce qui sera d’un enseignement salutaire pour ceux qui prétendent causer un jour avec Ho Chi Minh.

 

La Nouvelle Ligne Soviétique

Nous sommes surpris que l’on se pose tant de questions sur les énigmes de la politique soviétique depuis la mort de Staline alors qu’elle est parfaitement claire, comme nous l’avons déjà souligné. La première tâche que Molotov s’est assignée a été de rétablir l’instrument diplomatique que Staline avait détruit, et par des gestes qui n’impliquent aucun abandon, il a rendu un minimum de confiance dans les possibilités de négocier avec les Soviets, ce à quoi l’on avait fini par ne plus croire. D’où une série de gestes spectaculaires qui n’engagent d’ailleurs à rien, telle la reprise des relations diplomatiques de Moscou avec Tito et la note soviétique à la Turquie où le Kremlin renonce à des revendications territoriales sur les provinces de Kars et d’Ardahan, revendications qui ne pouvaient être satisfaites sans guerre.

En Grèce également, les Russes ont envoyé un ambassadeur, et maintenant c’est avec Israël qu’ils renouent après la rupture provoquée par les incidents de Tel-Aviv, ledit complot des médecins juifs, et le procès Slansky.

En Autriche, les Soviets ont libéré quelques prisonniers, rendu quelques établissements industriels aux autorités et relâché les contrôles interzones.

En Allemagne, la nomination de Semionov comme commissaire civil, les pourparlers sur la circulation aérienne préludaient à une normalisation du même genre des rapports entre le Bloc soviétique et ses voisins quand a éclaté l’émeute du 17 juin.

Au Japon même, on s’attend à des démarches soviétiques pour la conclusion d’un traité de paix. Des ponts sont donc rétablis peu à peu sur toute la périphérie du monde communiste, mais ce sont des ponts-levis qu’on peut couper à l’occasion et sans préavis.

 

La Conférence à Quatre

Rien n’indique jusqu’ici que les Russes répondront à l’invitation des Occidentaux de tenir une conférence à Quatre sur les problèmes autrichiens et allemands. Nous sommes convaincus qu’ils n’ont pas plus que les Américains l’intention de s’engager pour le moment, on arriverait vite à une impasse et le travail de remise en ordre diplomatique accompli par Molotov se trouverait compromis.

Les Soviets avaient avant le 17 juin le dessein de provoquer une conversation exclusivement entre Allemands, soit entre Bonn et Karlshorst, soit en cas de refus d’Adenauer entre des personnalités non gouvernementales des deux zones. Depuis le 17 juin ce genre de rapprochement a peu de chances d’aboutir. Les Gouvernements de Grotewohl et d’Ulbricht ne représentent plus rien aux yeux des Allemands de l’Ouest quels qu’ils soient, et personne n’entrerait en pourparlers avec des gens qui seraient autorisés à s’engager en leur nom. Reste la possibilité d’une manœuvre devant l’O.N.U. que rien jusqu’ici n’annonce. Molotov trouvera peut-être autre chose avant les élections du 6 septembre en Allemagne occidentale.

 

Le Rôle de l’Armée en U.R.S.S.

Un excellent observateur des choses russes, William Renwick qui vient de publier un ouvrage sur les Soviets, explique les événements qui ont accompagné la chute de Beria d’une façon qui concorde exactement avec ce que nous en disions ici : la disgrâce de Beria a été imposée par l’armée qui a voulu se défaire de cette autre armée de quatre cent mille policiers que Beria avait formée, sur les ordres de Staline, avec tous les hors-la-loi qui s’étaient répandus après les famines de 1920 et dont la tâche principale était d’espionner et de supprimer tous les suspects au régime. La chute de Beria n’est nullement un prélude à la dictature de Malenkov. L’Armée Rouge est aujourd’hui une force beaucoup plus cohérente et disciplinée qu’au lendemain de la guerre. Elle ne se laissera plus aussi facilement épurer. Tout comme l’intelligentsia, elle supporte mal que ses membres disparaissent de morts plus ou moins naturelles. Elle veut la stabilité et la sécurité de l’emploi. Le pouvoir civil symbolisé par le Parti devra se soumettre à des conditions, ce qui ne veut pas dire que des compromis sont impossibles. En tous cas, en politique internationale, l’armée ne parait pas plus disposée à céder que les diplomates, et le récent raidissement de la répression en Allemagne orientale paraît appuyé par elle.

 

Le Crépuscule de McCarthy

Le fait marquant de la politique intérieure américaine est la lutte courtoise mais implacable entre Eisenhower et McCarthy. Le Maccarthisme était une force dans l’opinion américaine dont le communisme est le cauchemar, et le Président, fidèle à sa méthode et selon son tempérament, a usé de patience en attendant le faux-pas de son adversaire. Celui-ci plus bouillant qu’adroit l’a fait en accusant le clergé protestant de complaisance envers le communisme : ce fut un tollé. Les Puritains touchés au vif tournèrent le dos au Maccarthisme et une accusation d’importance mineure du Sénateur contre un certain Bundy, gendre de l’ex-secrétaire d’Etat Acheson a provoqué la démission de deux des trois Sénateurs républicains qui restaient au comité d’inquisition de McCarthy après le départ déjà des Sénateurs démocrates.

Le vice-président Nixon intervenant à son tour pour défendre la C.I.A. (Intelligence service américain) contre les sommations de comparaître de McCarthy a achevé la déroute de celui-ci. L’opinion aux Etats-Unis est prompte aux voltefaces ; celle-ci paraît décisive, et ce sera un soulagement pour tout le monde, sauf pour ceux qui à l’étranger se servaient du Maccartisme, de la « chasse aux Sorcières » et des « brûleurs de livres » contre la politique américaine.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1953-07-18 – Les Dieux ont Soif

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Le Courrier d’Aix – 1953-07-18 – La Vie Internationale.

 

Les Dieux ont Soif

 

La chute de Beria a produit une forte émotion. Chacun y est allé de son interprétation. La plupart se contredisent. On ne sait rien de sûr, sinon que cet événement ou un autre règlement de comptes entre les deux candidats à la dictature devait un jour ou l’autre éclater. Et ce n’est pas le dernier du genre. Ce qui est très probable, c’est que l’armée pour se débarrasser de la puissance policière a aidé Malenkov à abattre Beria. Mais dans l’armée elle-même, il y a des rivalités. D’épuration en épuration quelque Bonaparte devrait l’emporter. Le peuple russe ne restera pas dirigé par un comité anonyme. Le parti pour l’instant joue des militaires les uns contre les autres jusqu’au jour où il sera dominé lui-même.

Pour tirer quelque lumière, le mieux est d’étudier les articles et communiqués de « La Pravda ». Ils nous enseignent plusieurs choses : d’abord l’existence de courants nationalistes dans les diverses républiques soviétiques, tendances séparatistes contre la centralisation du Parti et la domination de Moscou. Beria aurait aidé ces courants sur lesquels on entend revenir. D’autre part, pour flétrir un personnage de la taille de Beria, on a provoqué force meetings particulièrement en Russie Blanche, en Ukraine et dans les Pays Baltes, ce qui prouve que les responsables dans ces régions avaient grand besoin d’être convaincus. Comme Beria avait, partout, de ses créatures, on devait craindre des résistances et peut-être des révoltes. Enfin, en accusant Beria d’avoir cherché à rétablir le régime capitaliste, on admet que la chose n’a rien d’invraisemblable et que l’actuel système est discuté.

 

Conséquence en Politique Extérieure

Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si la Russie soviétique est affaiblie par l’événement, et si sa politique extérieure en sera modifiée. Rien n’autorise à le penser. La longue lutte de Staline pour le pouvoir n’a pas empêché la puissance militaire des Soviets de se développer. Quant à la politique étrangère, elle demeure aux mains de Molotov qui n’est pas candidat à la dictature et qui poursuit ses plans avec Gromiko et Malik. Jusqu’ici d’ailleurs, depuis la mort de Staline, il y a plus eu de changement dans l’imagination des diplomates étrangers que dans la réalité ; on ne saurait parler d’un tournant, sinon verbal.

D’après les réactions du Foreign Office et certains commentaires de personnages influents du Quai d’Orsay, nous avons l’impression que Winston Churchill a été victime d’une mystification assez habile de la part du Kremlin. Malik a dû le persuader que Molotov était disposé à un règlement général au cours d’une conférence à Quatre et que lui, Churchill, était le seul homme qui pouvait préparer les esprits à une coexistence pacifique et durable, à charge d’en convaincre les Américains ; le but qui au début a été parfaitement atteint, était de provoquer un conflit entre Américains et Anglais sur l’orientation de la politique internationale, de semer le doute parmi les tenants de l’Alliance Atlantique et de réveiller les espoirs des neutralistes du continent. Churchill a dû s’apercevoir qu’il avait été joué et s’est fait porter malade. La conférence qui se termine à Washington entre Dulles, Bidault et Salisbury, a eu pour objet de remettre les choses en ordre.

 

La Conférence des Trois à Washington

Le communiqué final montre assez clairement qu’une certaine harmonie est rétablie entre les grands Occidentaux. La conférence à Quatre à l’échelon ministériel et non plus gouvernemental y est appelée d’un vœu pieux pour la fin de Septembre, c’est-à-dire après les élections allemandes, après, espère-t-on, le maintien d’Adenauer au pouvoir. D’ici là, on attendra une réponse russe, qui se fait attendre, aux invitations antérieures pour discuter de la réunification de l’Allemagne et du traité autrichien. La formule américaine, en l’occurrence qu’il est urgent d’attendre, s’est imposée. De plus, la note aux Soviets est rédigée de façon telle qu’il est embarrassant pour les Russes d’y répondre.

Les Soviets prendront-ils une initiative avant le 6 septembre, date des élections dans la république de Bonn ? C’est ce que tout le monde ignore. L’armée européenne, elle aussi, demeure à l’ordre du jour comme un vœu pieux. On verra à l’automne si elle demeure opportune.

 

La Question d’Indochine

Plus pressant est le problème indochinois. Les Etats-Unis soupçonnent la France d’un chantage ; une aide accrue ou l’abandon d’une position qui ne présente, à plus ou moins longue échéance, plus d’intérêt suffisant pour la France seule. Et là-bas, l’automne apportera, non des conférences, mais des combats, qui pourraient n’être pas heureux. De plus, on entend des voix particulièrement autorisées en France parler des négociations avec Ho Chi Minh, personnage d’ailleurs symbolique dont on ne sait s’il exerce toujours une autorité, si même il existe encore. Négocier sur quoi ? Ce ne pourrait être que sur notre départ. Il n’y a point en Indochine de ligne de démarcation comme en Corée, et Bao Daï n’est pas Syngman Rhee. Tout au plus pourrait-on obtenir des Viets qu’ils ne nous infligent pas un nouveau Dunkerque. Encore n’aurait-on aucune garantie que les Nationalistes, eux-mêmes au Tonkin et au Cambodge, ne nous l’infligeraient pas. Même les partisans de la France seraient tentés, devant notre retraite, de faire de la surenchère pour se concilier la faveur des nouveaux maîtres.

Quant à lier le problème indochinois à celui de Corée, Russes et Chinois l’ont formellement rejeté et d’ailleurs rien n’indique que les négociations pour la paix en Corée qui doivent suivre un armistice qui n’est toujours pas réglé, aboutiront à un accord. Les Sino-Coréens peuvent très bien reprendre, à Tokyo ou ailleurs, les procédés qui ont fait durer deux ans les pourparlers de Pan Mun Jon. Ne cherche-t-on pas pour l’Indochine, comme pour la Conférence à Quatre, à donner aux opinions impatientes le sentiment qu’on partage leurs désirs et qu’on cherche un règlement conforme à leurs vœux, sachant fort bien qu’à moins d’événements imprévus en Extrême-Orient les diplomates n’ont aucun moyen d’aboutir, et que la guerre continuera, qu’on le veuille ou non. Il n’y aurait qu’un espoir : si les militaires russes hostiles à l’expansion chinoise en Asie avaient le pouvoir d’appuyer les vues occidentales pour un modus vivendi en Extrême-Orient ce qui serait, comme l’a dit Paul Reynaud, dans l’intérêt même de la Russie et conforme à sa politique traditionnelle. Il faudrait pour cela que le mythe de la domination communiste ait disparu de l’U.R.S.S. (comme on accuse Beria d’avoir cherché à le faire). Une évolution de ce genre supposerait que déjà un Bonaparte a succédé à Staline. Nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, Corée et Indochine sont deux plaies ouvertes que seule la volonté des rouges a le pouvoir de guérir.

 

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