Criton – 1945-12-29 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-29 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

Des fêtes, de banquets, atmosphère propice à l’apaisement. On semble avoir surtout réglé des questions de procédure, c’est-à-dire remis les solutions à plus tard.

Néanmoins, on a l’impression que les choses suivront un cours normal, qu’on n’est pas entraîné sur la pente fatale qui mène à la guerre. Les Russes ont tenu à faire bonne impression. La présence de Staline aurait, dit-on, écarté les intransigeants, Vychinski en particulier.

Heureusement pour la paix, chacun des deux protagonistes, américain et russe, sent son point faible ; les masses soviétiques sont épuisées : le rendement du travail baisse. Avant d’exiger d’elles un nouvel effort, il faut relever le niveau de vie.

De plus, la Russie n’est pas à l’abri des nécessités financières. Les questions de crédit, de rendement des entreprises, se posent comme ailleurs.

Les Etats-Unis sont préoccupés d’un problème militaire d’importance : comment conserver hors d’Amérique, et même à l’intérieur, une armée efficace, nombreuse, et surtout immédiatement disponible ? Même mal, moins aigu peut-être, chez les Anglais.

Habitudes, traditions ; on ne fabrique pas des soldats. Les Anglo-saxons savent qu’en cas de conflit, ils n’auront plus la chance d’avoir des alliés pour recevoir les premiers coups et leur donner du temps. Il leur faudra être toujours prêts.

Si la paix n’est pas menacée, la guerre des nerfs n’en continuera pas moins. Conflits aigus, coups de force, entretiendront l’inquiétude.

Le point névralgique se déplace : hier la Perse, aujourd’hui la Turquie, demain ? Il faut s’y accoutumer.

En Russie, où il n’y a ni liberté, ni opinion publique, la production et l’activité ne sont pas affectées par ce genre de crises. Il est normal que, pour affaiblir les adversaires, on cherche à entretenir un état de malaise.

 

Le Problème Polonais

Les négociations de Moscou n’ont d’ailleurs pas empêché la presse et la radio russes de continuer leur campagne anti-anglaise.

Ces jours-ci, c’est le Gouvernement polonais qui attaque. Ce Gouvernement, arrivé de Moscou avec les Russes, a à sa tête un inconnu dont les Polonais ne savent même pas le nom véritable.

La haine traditionnelle et la peur des Russes sont toujours aussi vives dans le peuple. Les drames effroyables que furent le soulèvement de Varsovie et l’affaire de Katyn (au fait, quand publiera-t-on les documents qu’on dit avoir trouvés en Allemagne ?) sont encore agissants.

Le Gouvernement polonais accuse les Anglais de ravitailler les bandes de partisans et les mouvements secrets, de conserver l’armée polonaise qui a combattu avec eux et ne veut pas rentrer en Pologne, etc.

 

Yougoslavie

Anglais et Américains ont reconnu Tito, abandonnant le roi Pierre.

Des intérêts économiques étaient en jeu. Ignorer Tito, c’était s’interdire de pénétrer dans le pays. Les Anglo-saxons semblent décidés à renouer peu à peu avec les Etats balkaniques, même si leurs Gouvernements dépendent de Moscou. Les affaires commandent à la politique.

 

La Question Turque

Devant les revendications russes sur l’Arménie, qui s’étendent maintenant jusqu’à Trébizonde, les Turcs ont pris le parti de se refuser à toute concession. Ils pensent que, si la Russie risquait un coup de force, il vaudrait mieux répondre par la guerre qui provoquerait un conflit général.

Les Russes agissent surtout par propagande. Ils se font ici le soutien de l’Eglise chrétienne !

Les Turcs néanmoins sont inquiets. Dans quelle mesure peuvent-ils compter sur l’aide américaine ?

Les Anglais, eux, à toutes fins utiles, projettent d’installer une base navale dans le Golfe d’Alexandrette (qu’ils nous firent céder à la Turquie en 39). A proximité des Dardanelles et couvrant la Syrie, la position est excellente.

 

Extrême-Orient

L’impression de détente se confirme chaque jour.

Les Russes ont annoncé qu’un contingent de 70.000 de leurs hommes participera à l’occupation du Japon.

On ne parle plus guère de la guerre civile en Chine. Le général Marshall, ambassadeur des U.S.A. à Tchoung-King, conduit vers une bonne fin les pourparlers avec les communistes chinois.

Les Russes se montrent accommodants partout où les intérêts américains sont prépondérants, intransigeants et même menaçants, où les intérêts anglais dominent. Aussi le Foreign Office, dont la tâche est lourde, broie du noir. La défense des intérêts anglais dépend du bon vouloir de Washington.

 

Monnaie et Politique Etrangère

Les événements monétaires en France appellent un commentaire dans le domaine extérieur.

Un Pays comme le nôtre n’est pas maître de son destin s’il n’est pas d’abord maître de sa monnaie. Ordre social, moralité, justice à l’intérieur, tout dépend d’une monnaie saine.

Là aussi nous croyons que les mensonges ne paient pas. Mais le mal monétaire chronique rend illusoire aussi l’autorité d’une nation autour des tables de conférence. Ce fut une cause sérieuse de notre affaiblissement avant 39.

On s’aperçoit, non seulement que le problème est primordial, mais que notre poids dans le monde se mesurera à la solution qu’on aura trouvée : bon gré, mal gré, tant que nous ne serons pas en régime totalitaire (et même si nous le voulions tous, nous n’y serions pas demain), notre économie dépendra étroitement du monde anglo-saxon.

Paradoxal mais vrai, nous n’assurerons notre indépendance qu’en trouvant avec ce monde un accord de dépendance convenable et, par le fait même, mutuel et réciproque. Nécessité peut-être fâcheuse, mais contre quoi nul ne peut.

 

                                                                                  CRITON

 

 

 

Criton – 1945-12-22 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

Toute l’attention du monde est fixée sur Moscou. A l’intense activité diplomatique, à la confusion des nouvelles, aux multiples manœuvres et ballons d’essai, on devine que le moment est venu où l’on va savoir si l’on est sur la route de la paix ou de la guerre.

Bien que les pourparlers n’en soient qu’au premier stade et le secret bien gardé, nous inclinons vers l’optimisme, pour plusieurs raisons.

Tandis que la presse russe continue contre l’Angleterre une campagne violente d’accusations et d’injures, un silence respectueux se fait sur l’Amérique. Manifestement, on cherche à Moscou à séparer l’Angleterre des Etats-Unis, et pour se ménager les faveurs de ceux-ci dont on attend de l’outillage, des spécialistes et des crédits, et aussi pour lasser les Etats-Unis de soutenir en tous lieux du monde des alliés qu’il faut toujours tirer d’affaire.

Notre seconde raison d’optimisme, ce sont les entretiens récents de Staline avec Livinof.

Litvinof, en disgrâce depuis la faillite de la S.D.N., a toujours été tenu en réserve par Staline. C’est le seul homme d’Etat russe qui ait une expérience profonde de la diplomatie internationale. A l’Assemblée des Nations Unies, il sera indispensable, si la Russie veut éviter contre elle une coalition. Si l’on allait vers la rupture, Litvinof ne serait pas à Sochi.

 

Le Problème Chinois

Il y a une troisième raison qui fait espérer que Moscou tient à reprendre avec Washington les relations normales qui existaient avant la Conférence de Londres : c’est la détente en Chine.

Le président Truman, après l’affaire Hurley, a fait un exposé très clair des desiderata américains. Indépendance de la Chine, maintien du gouvernement national de Tchang-Kaï-Chek, mais conciliation avec les partis autres que le Kouo-Min-Tang (c’est-à-dire en fait les communistes), établissement d’un gouvernement démocratique comme les Etats-Unis l’entendent.

Ce discours n’a pas été critiqué à Moscou. Il semble même que les Russes ont laissé les troupes de Tchang-Kaï-Chek se réinstaller en Mandchourie.

De nouveau, les leaders communistes du Yehan sont allés négocier à Tchoug-King. Dans un article assez curieux reproduit par la presse américaine, et sans doute écrit pour les besoins de la cause, on explique à Moscou que les communistes chinois ne sont pas de vrais communistes, mais des démocrates à demi bourgeois.

Cette question chinoise est à nos yeux infiniment plus importante que l’affaire de l’Azerbaïdjan, qui n’est qu’une tragi-comédie, et la bombe atomique dont les Russes n’ont pas la naïveté de croire qu’on leur livrera le secret. Ils comptent bien le trouver eux-mêmes.

 

Les Débats sur l’Accord de Washington

Après trois mois de discussions, de rumeurs, de succès et d’échec, le fameux accord financier, comme nous l’avons toujours fait prévoir, a été signé et notifié. Il est la pierre angulaire de l’alliance des deux nations, le tribut aussi que doit payer l’Angleterre pour s’assurer le concours matériel et moral des Etats-Unis.

Dans la presse et au parlement, on a entendu des pleurs et des grincements de dents. Albion ne commande plus aux vagues, emprunte à de plus riches et ne pourra plus agir sans consulter autrui.

 

L’Angleterre et la France

On a fait grand état à Paris et à Londres d’un accord Franco-Anglais sur la Syrie. Se moque-t-on ? Il s’agit de l’évacuation du pays par les troupes anglaises, qui n’y étaient venues que pour en expulser les nôtres.

Quant au départ simultané des troupes françaises, on sait bien qu’il n’y en a plus, sinon de désarmées. Tout cela fait partie du même plan que nous retrouvons sous diverses formes : donner aux Français l’impression que les relations franco-anglaises sont très cordiales, mais éliminer la France de la discussion des grands problèmes généraux.

C’est le seul point sur lequel les trois grands soient d’accord.

 

La Politique Economique de la France

On a le sentiment qu’à Paris depuis quelques jours, on prête aux questions économiques une attention plus sérieuse. Le gouvernement se décide à demander la rectification du plan de Bretton-Woods : l’isolement diplomatique de la France est très grave, l’isolement économique le serait peut-être plus encore car, si le capitalisme d’Etat russe et le capitalisme libéral en Amérique (et avec quelques atténuations en Angleterre) fonctionnent, et même bien, notre économie à nous, est détraquée.

Entre un capitalisme qui est encore notre régime et qui est lié à nos habitudes mais qui, condamné peu à peu, est réduit à l’impuissance, et un collectivisme dont il n’existe encore que le cadre, c’est-à-dire la bureaucratie, sans moyens d’action suffisants, notre économie est extrêmement vulnérable. Dès que les secours cessent d’arriver, la paralysie est immédiate.

Dans ces conditions, comment l’économie peut-elle soutenir une politique étrangère ? Commencerait-on à y voir clair ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-12-15 – La Conférence de Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-15 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Moscou

C’est avec surprise qu’on a appris qu’une conférence s’ouvrait le 15 décembre à Moscou entre Bevin, Molotov et Byrnes.

Truman, en effet, venait d’affirmer que les Nations Unies se substitueraient désormais aux trois Grands. Nous ne partageons pas cet étonnement. On déploie, à notre sens, un écran de fumée sur les buts véritables de cet entretien. Voici notre interprétation :

La conférence n’a pas pour objet de régler par voie directe les questions persanes, chinoises ou allemandes. Il s’agit au contraire de porter ces problèmes devant l’Assemblée des Nations Unies. Mais, avant d’inaugurer cette méthode nouvelle, il faut être fixé sur trois points :

  1. a) La Russie fera-t-elle partie de l’organisme et à quelles conditions ?
  2. b) S’engagera-t-elle à ne pas recommencer ce que Molotov fit à San Francisco, puis à Londres ? L’Assemblée doit avoir un bon départ et n’être pas torpillée au premier débat.
  3. c) Enfin, la Russie renoncera-t-elle à exiger le fameux « droit de veto » par lequel une seule nation peut paralyser la décision de toutes les autres ?

Voilà l’objet de la rencontre des trois ministres. Bien entendu, il se greffera là-dessus bien des marchandages sur d’autres litiges. La bombe atomique n’y manquera pas.

 

L’Attitude Russe

Toujours à double aspect : on ne peut deviner si la politique russe suivra la ligne conciliante qu’on suppose être celle de Staline ou celle, brutale, qui se développe dans le mémorandum de Berlin, où les Anglais sont accusés d’entretenir et d’entraîner une armée allemande à leur service.

Il semble certain que, quelle que soit l’attitude russe, Truman passera outre. Les « Nations Unies » seront et décideront, soit comme œuvre collective et pacification, soit comme instrument d’un bloc contre un autre.

C’est là, selon nous, l’enjeu capital de cette rencontre ultime. Puisse Noël nous promettre la paix !

 

La Politique Française

A nouveau le général de Gaulle a défini la politique Française d’équilibre entre les deux puissances. (Compte-t-il que Angleterre et Amérique n’en font qu’une ou que le rôle des anglais est secondaire ? Il a reconnu que pour l’heure seuls les inconvénients de cette attitude étaient manifestes.

Mais toute politique a son revers. Pourvu que l’on s’y tienne, elle porte un jour ses fruits. Le général est confiant dans l’issue finale ; il est sûr aussi que cette ligne de conduite répond au vœu profond de la plupart des Français.

Le problème est là : « pouvoir s’y tenir ». Le drame de notre politique entre les deux guerres est précisément d’avoir changé d’orientation au moment où l’attitude choisie avait montré toutes ses faiblesses et pouvait enfin donner des fruits, en sorte qu’on accumulait les fautes des deux méthodes contraires sans avoir le temps de tirer avantage d’aucune.

C’est ce qui se produira encore si un bouleversement quelconque nous obligeait demain ou après-demain à faire par nécessité la politique que nous rejetons aujourd’hui. Les autres auraient tiré de notre isolement l’opportunité de régler contre nos intérêts sans se plier à aucun compromis les problèmes essentiels, et nous endosserions plus tard leurs résolutions.

C’est, à notre sens, l’amère pensée des Anglais qui ne manquent pas une occasion de nous adresser de bonnes paroles pour le jour où nous leur reviendrons. Pour l’heure, où en sont les pourparlers Franco-Anglais ?

 

Le Quatrième Reich

Au lendemain de la conférence de Londres, nous avons vu l’Angleterre se décider, après de longues hésitations, à lier sa politique à celle des Etats-Unis. Evénement dont nous avons souligné l’importance historique.

Les Anglais avaient espéré qu’une fusion des deux empires Français et Britannique pourrait présenter une force suffisante pour faire contrepoids aux deux autres, Russe et Américain.

Nous avons, pour de sérieuses et excellentes raisons, repoussé cette offre. Dès lors, il faut pour les Anglo-Saxons, que l’équilibre européen se rétablisse sans notre concours. Il leur faut, sitôt après l’avoir abattue, relever l’Allemagne. L’exposé de M. Byrnes ne laisse aucun doute là-dessus : le quatrième Reich va naître.

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Le soldat allemand est très apprécié outre-Manche et outre-Atlantique, l’utilisation des mercenaires est très pratique dans les guerres. L’Allemagne de demain, qui n’aura plus les moyens industriels d’être une grande puissance menaçante, pourra encore fournir une excellente infanterie.

Voilà pourquoi nous avons avisé nos lecteurs des prodromes de cette politique anglo-allemande (que le mémorandum russe a rendus publics) à un moment où, n’étant la qualité des renseignements, nous avions peine à y croire.

Fortement installés en Italie, disposant du littoral allemand, de Brême et de Hambourg, bien assurés de la Belgique et de la Hollande, la coopération de la France ne leur est plus indispensable. Comment, dans ces conditions, pourrons-nous soustraire une partie de l’Allemagne à la nouvelle unification qui sera tout à l’heure un fait accompli ?

 

Italie

Un vieux politique, franc-maçon italien a dit : « Si les catholiques prennent le pouvoir, ils y sont pour trente ans ». Propos qui après le succès de M. de Gasperri, pourrait bien être prophétique.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-12-08 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-08 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Sombre semaine. Peu à peu tombent les dernières fictions diplomatiques qui voilaient l’hostilité entre Russes et Anglo-Saxons : M. Truman a décidé que les trois Grands ne se réuniraient plus.

Toute chance d’entente directe écartée, on va revenir à la diplomatie dite publique : celle de la Société des Nations. Les « Nations Unies » vont avoir leurs assemblées pour la galerie, leurs intrigues dans les couloirs, peut-être leur parlement.

L’Amérique mènera le jeu, la Russie et ses satellites involontaires remplaceront l’Allemagne. Comme celle-là, elle finira par rompre ; on sait où cela mène.Truman a fait approuver par le Congrès une loi qui lui donne pouvoir de mettre à la disposition des Nations Unies toutes les forces militaires des Etats-Unis ; la menace est claire.

 

La France et la question allemande

Sombre semaine aussi pour notre diplomatie.

M. Couve de Murville, notre ambassadeur, avait à peine terminé ses conversations que, pour en marquer l’échec, M, Truman livrait à la presse le rapport Price où la France est accusée de faire une obstruction systématique aux relations interzones en Allemagne, de gêner la reprise dans le pays de conditions économiques supportables.

Ce procédé, plus que discourtois, eût en d’autres temps provoqué une vive émotion, voire une chute de ministère. Nos malheurs nous ont fait moins sensibles …

Nous avions annoncé ces déceptions : c’est que l’Allemagne devient le champ clos des rivalités Anglo-Saxonnes et Russes : la radio russe accuse l’Angleterre d’entretenir et d’armer un million et quart de soldats et d’officiers nazis dans sa zone, sans compter les Polonais, les Baltes et les Hongrois.

Le gouvernement du général de Gaulle reprend à sa solde les espions nazis (émission du 5 décembre 7h15).

Les journaux anglo-saxons et français, au contraire, croient que la Russie fait tous ses efforts pour s’assurer la coopération allemande et que le grand espoir des Allemands est dans une alliance Germano-Russe contre les puissances occidentales (voir Carrefour du 1er décembre).

La part faite à l’exagération, il reste que les Etats-Unis jusqu’ici patients, ont brusquement résolu de rendre à l’Allemagne son unité, non seulement pour empêcher la France de se constituer, tout le long du Rhin, un protectorat économique et militaire, qui eut été, avec 25 ans de retard, l’accomplissement du vœu de Foch, mais pour ne pas laisser la Russie agir à sa guise dans une large partie de l’Allemagne.

En rompant le glacis, les Etats-Unis comptent aussi reprendre contact avec la Pologne.

Pour faire céder la France, les moyens, hélas, ne manquent pas, ce qui nous faisait craindre qu’une politique indépendante ne soit impossible sinon désastreuse, si séduisante qu’elle soit pour notre amour-propre.

On aura tôt fait de nous couper le courant, au sens propre : voyez l’affaire trop ou pas assez obscure du charbon de la Ruhr, des wagons qui ne rentrent pas … demain l’essence. Point n’est besoin d’imagination.

 

L’Azerbaïdjan

La comédie qui s’est jouée autour de cette province persane – laissée à l’influence russe dès 1942 – nous laisse loin de la diplomatie sincère que souhaite M. Bevin.

La façon cynique dont la faible Perse est jouée et dépecée nous fait penser à La Fontaine.

 

L’Italie

Nous avons négligé l’Italie dans nos chroniques. Malgré l’anarchie qui est pour ce pays une seconde nature, malgré les discussions bruyantes, nous croyons que nos voisins savent où ils vont, ou qu’on le sait pour eux.

Voici la première étape : M. Gasperi premier ministre. Cet homme éminent est très lié avec le Vatican. Après la ruine du fascisme, le discrédit irrémédiable de la monarchie, l’impopularité des communistes pour leur attitude dans l’affaire de Trieste, l’Eglise reste l’autorité spirituelle qui peut arbitrer les divergences. Elle bénéficie en outre de l’appui moral et matériel des Etats-Unis.

 

Extrême-Orient

Nous regrettons de ne pouvoir exposer les impairs de M. Hurley, ambassadeur des Etats-Unis en Chine, claquant les portes et lâchant le morceau à la grande joie des journalistes. La liberté aux Etats-Unis n’est pas un vain mot. Quant à la courtoisie …. Cette affaire ne jette aucune clarté sur la politique américaine en Chine : a-t-elle cherché ou non à éviter la guerre civile ? L’un et l’autre demeurent plausibles.

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Explications

Certains lecteurs ont cru voir dans ces chroniques un parti pris d’hostilité à l’égard de la Russie et de son régime.

Il n’en est rien. Nous ne faisons pas ici de la politique, mais de l’histoire. Il est de fait que l’attitude intransigeante des Russes, ses annexions successives et constantes, le développement progressif de ses forces militaires, provoquent une vive anxiété dans le monde ; peut-on le nier ? Le problème à nos yeux se pose ainsi :

Ou bien le facteur économique est prépondérant, et la Russie, pourvue d’un territoire immense où abondent des richesses encore peu exploitées, demeurera en paix sinon pacifique ;

Ou bien une évolution mystérieuse pousse en dehors de toute contrainte matérielle les peuples, à un certain stade de leur évolution, à décharger l’excès de leurs forces et à se répandre en conquérants. Sans remonter à Attila ou à Gengis Khan, rappelons la France de Napoléon, l’Allemagne de Bismarck, …  alors ?

Ne mêlons pas la politique intérieure aux questions extérieures. La leçon de 34-39, où l’hitlérisme nous a neutralisés en jouant de nos rivalités partisanes, devrait suffire.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-12-01 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-12-01 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Le rétablissement de la paix à l’intérieur comme à l’extérieur semble chaque jour plus difficile.

L’ampleur des grèves aux Etats-Unis pourrait bien compromettre la convalescence du monde ; l’agitation est plus ou moins évidente partout. Chaque peuple a perdu son assiette et ses habitudes.

 

Le Discours Bevin

Devant le persistant antagonisme entre Russes et Anglo-Saxons, l’inquiétude a gagné en Angleterre jusqu’à l’homme de la rue.

Bevin a répondu à ce sentiment en des termes qui coïncident avec ceux que nous exprimions nous-mêmes dans notre dernière chronique _ « Retour à la Sincérité ». Il a souhaité que les nations exposent franchement leurs ambitions et leurs besoins.

La Grande-Bretagne pour sa part est prête à montrer son jeu à quiconque lui reprocherait de tricher.

Il propose en outre la constitution d’un parlement de la paix dont les délégués seraient élus par les peuples qui, tous, maudissent la guerre. Le parlement aurait à sa disposition une justice et des armes. Il désignerait et réduirait l’agresseur.

L’idée en vaut une autre. Ces projets, malheureusement, souffrent d’avoir déjà été formulés après 1918. Plus de diplomatie secrète, une Société des Nations souveraine, etc. … En quoi n’a-t-on pas cru ?

Malgré leur sincérité on hésite à s’enthousiasmer pour de nouvelles tentatives, et pendant ce temps, la sombre lutte des rivaux continue.

 

Moyen et Extrême-Orient

La Russie, seule et sourde aux appels pacifiques, pousse avec frénésie vers ses buts.

La révolte organisée en Azerbaïdjan prépare l’annexion à l’U.R.S.S. Les Américains paraissent d’accord et les protestations anglaises manquent de conviction ; l’affaire était depuis longtemps résolue.

De même, en Mongolie intérieure, les Soviets ont déclenché une révolte du même modèle. Rien ne les empêchera d’absorber ce nouveau morceau de la Chine, cela aussi était accordé.

La guerre civile entre communistes et nationalistes se poursuit sans grands événements, particulièrement ardente aux abords de la Mandchourie ; les Américains suivent les troupes de Tchang-Kaï-Chek sur les talons. Des échauffourées ont eu lieu entre communistes et Américains.

Situation tendue en Corée, occupée par moitié par les Américains et les Russes.

Ceux-ci ont tenté dans la zone de leur partenaire une révolte-maison. Elle semble avoir été réprimée à l’aide de riz et de boîtes de conserve, argument dont les Russes manquent chez les peuples affamés.

En Indo-Chine, les Chinois se retirent à regret en pillant quelque peu pour se consoler.

Malheureusement la situation de 30.000 français dans le Nord demeure tragique. Rançonnés par les Chinois, affamés par les indigènes, ils attendent une délivrance difficile du courage de nos soldats.

Quelques-uns de nos malheureux compatriotes sont rentrés épuisés. Ils ont pu lire sur nos murs ce que certains français pensent de leur dévouement à la patrie. A peine sur notre sol, ils ont pleuré de dégoût.

 

L’Unité Allemande

Comme nous le faisions prévoir, une pression est exercée par les Anglo-Saxons pour nous faire consentir à la restauration de l’unité allemande.

La France cherche à obtenir que soit résolu d’abord le problème de la Ruhr et qu’on règle plus tard, le plus tard possible, le problème Rhénan.

Les Russes, dont nous espérions l’appui dans cette question, font cavalier seul. Ils ont déjà dans leur zone un gouvernement allemand. Joukov a offert à ses membres un grand banquet au terme duquel il a prononcé un discours très cordial et levé son verre « à la prospérité de l’Allemagne libre et démocratique ».

Une sorte de course s’établit à qui attirera le mieux à soi les sympathies allemandes. Russes et Anglais pensent avoir le moyen de disposer à leur avantage de la nouvelle Allemagne.

Il semble que les Américains soient moins pressés. Notre ambassadeur ne devrait pas avoir de peine à les persuader que l’unification et la libération économique même partielle de l’Allemagne créera un nouveau foyer d’intrigues et de conflits. Comme s’il n’y en avait pas assez !

L’argument anglais est que le compartimentage de l’Allemagne en zones fermées crée une situation économique catastrophique et accentue la misère de l’Europe.

On ne voit cependant pas comment pourraient s’entr’aider des régions qui ne se suffisent pas à elles-mêmes. Les vraies raisons de l’attitude anglaise sont ailleurs. Nous en avons dit un mot.

 

Les Elections

Les élections en Europe se poursuivent, les unes libres comme en Autriche où les catholiques ont triomphé sur un fort parti socialiste. Les communistes ont à peine figuré.

Les autres élections à l’orientale en Yougoslavie et en Bulgarie ont montré qu’il n’y avait pas d’opposition homogène et capable d’action ; où il n’y a pas d’esprit public, la tyrannie a beau jeu.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-11-24 – La Crise Française

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-24 – Le Chemin de la Paix.

 

La Crise Française

On prévoyait à l’étranger les difficultés du général de Gaulle. A Londres surtout, on en avait pesé les conséquences ; la décision de conclure avec les Etats-Unis des accords durables a été fonction de l’instabilité de notre situation.

Notre politique extérieure, comme c’est le cas depuis 1934, est à la merci d’un renversement toujours latent de la majorité parlementaire. Ce fut une des causes de la guerre et le principe de nos malheurs.

Dans les phases critiques de la vie internationale, comment conclure des accords durables avec un pays où tout peut être  demain remis en cause ?

De plus, la politique d’équilibre et de conciliation entre les puissances rivales que le général de Gaulle nous dit avoir choisie, tout à fait judicieuse en soi, n’est réalisable – si elle l’est – qu’assurée de durer. Un peu comme la neutralité suisse.

Qu’arriverait-il si l’on craignait que l’arbitre pût choir à tout moment dans les bras d’un des adversaires ? Cette politique suppose plus que toute autre, une unanimité nationale qui seule donne à un chef du gouvernement l’autorité morale.

Le prestige de la France ira en s’effaçant si tous les Français, comme les Anglais le font, ne se rallient pas à la politique extérieure voulue par la majorité, qu’ils l’approuvent ou non en pensée.

 

Le Problème Allemand

L’avenir de l’Allemagne, notre principal souci, s’ébauche de plus en plus en dehors de notre contrôle. Point n’est besoin d’être prophète pour prévoir de prochaines déceptions.

Secret ou non, un des termes essentiels des accords anglo-américains est la restauration de l’unité allemande.

A défaut d’une France incertaine, utiliser le potentiel allemand pour rétablir l’équilibre européen est une nécessité politique à laquelle l’Angleterre compte revenir. Elle prépare discrètement les voies.

 

Le Procès de Belsen

Tandis qu’en France de fâcheux et retentissants procès n’étaient qu’une parodie de justice indigne d’un peuple civilisé, les Anglais ont minutieusement réglé le jugement des criminels de guerre allemands, accordant aux plus odieux accusés les plus rigoureuses garanties de justice.

Cela dans un double but : convaincre le peuple allemand des crimes nazis qu’il prétend ignorer, justifier par des preuves irréfutables les souffrances qu’il subit, mais aussi donner à l’Allemagne l’assurance que le peuple anglais, même cruellement meurtri, demeure juste et ne se venge pas, que la conduite future du peuple allemand sera toujours équitablement appréciée.

Ce procès de Belsen, où quelques accusés ont été, soit acquittés, soit très légèrement punis, a exaspéré les Russes, et leurs agents à l’extérieur en ont fait écho. Ils y voient un premier pas vers une collaboration de l’Allemagne nouvelle avec les Anglo-Saxons, lointaine encore, mais plausible.

 

La Politique Russe

Un certain flottement, une certaine nervosité sont perceptibles à Moscou. La succession de Staline est ouverte : grave échéance.

Les civils, avec Jdanov et Beria, doivent l’emporter sur les militaires, à moins de sanglantes intrigues toujours possibles.

La situation de la Russie devient de plus en plus difficile à mesure que s’affirme le bloc Anglo-Saxon. L’U.R.S.S. répond par un nouvel effort militaire, l’invasion de l’Azerbadjian, une propagande redoublée pour exalter la force russe et ses armes nouvelles.

Cependant, un très curieux article intitulé : « Rien ne saurait nous brouiller avec la France », paru dans le journal de Moscou, insinue à notre endroit un brusque retour de sympathie. On pourrait avoir de nouveau besoin de nous.

Nous serions surpris, bien qu’à l’heure où nous écrivons il n’y en ait aucun indice, si nos communistes ne recevaient pas sous peu des instructions les invitant à la conciliation. Parions.

* * * * * *

Idéal et Impérialisme

Puisque nous en sommes à des problèmes généraux, nous voudrions répondre à une critique. Si nous dénonçons ici, par amour de la vérité, de façon un peu rude, les ruses de la politique internationale, ce n’est ni pour un malin plaisir, ni par mépris des hommes, ni par scepticisme systématique envers l’idéal qui s’exprime.

Nous savons que Messieurs Staline, Truman et Attlee veulent le bonheur de l’humanité, chacun à leur manière, dans le plus juste des mondes.

Mais nous ne pouvons pas nous empêcher de constater que ces idéaux généreux et contraires s’adaptent merveilleusement aux intérêts égoïstes des nations qu’ils représentent.

Pour nous, idéalistes mais clairvoyants, cette utilisation des valeurs spirituelles à des combinaisons pratiques est simplement odieuse. Cet art savant du mensonge qu’est la politique de notre temps fera rouler l’humanité abusée de guerre en guerre.

Il faudrait faire retour à la sincérité, apporter à la cause de la paix des sacrifices considérables et évidents. Ce serait la suprême habileté.

D’ici là, il convient que les esprits libres ne soient pas dupes. Nous y veillerons.

 

                                                                                                           CRITON

 

 

 

Criton – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-17 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Semaine de discours ; d’abord Molotov, puis Attlee, Bevin et Churchill. Le voyage officieux de ce dernier à Paris, le séjour du premier en Amérique, signifient que la politique anglaise a pris une décision.

On a beaucoup réfléchi à Londres, hésité entre une politique traditionnelle d’indépendance et d’équilibre, et celle du bloc anglo-américain. Celui-ci l’emporte.

Attlee va à New-York pour rassurer l’Amérique prévenue contre la politique économique et sociale des travaillistes.

Sauf accident, une série d’accords va suivre, dont le principal, le plus laborieux, est l’accord économique et l’emprunt de 4 milliards de dollars sur lequel discutent depuis des mois Keynes et Halifax.

 

Le Discours Churchill et Bevin

Derrière la phraséologie habituelle, on sent une conviction : L’Angleterre n’est plus assez forte pour être absolument libre. Il faut qu’une unité de vue et d’action permanente s’établisse avec les Etats-Unis.

Quant à la Russie, tandis que Churchill paraît croire à un « modus vivendi », Bevin a eu pour la Russie des mots durs qui laissent peu d’espoir d’un accord. Peut-être n’est-ce qu’une habileté ?

 

Le Discours Molotov

En l’absence toujours mystérieuse de Staline, Molotov a parlé. Une chose frappe : il n’est pas question de l’Europe.

Le problème européen à lui seul ne constitue plus un obstacle décisif à la paix, disions-nous : en s’emparant de l’Europe Centrale, les Russes, habilement autorisés par les Etats-Unis, ont assumé une tâche impossible. L’ours a donné dans le guêpier.

N’ayant rien à fournir à ces peuples affamés et ruinés, la Russie a ranimé les haines féroces qui couvent dans la famille slave, sans parler des Hongrois et des Roumains.

La politique du rideau de fer tiré de Trieste à Stettin n’a plus guère de chances ; la manne américaine peu à peu devra ranimer l’Europe Centrale exsangue. Les peuples auront vite fait la comparaison.

Aussi Molotov, prudent devant l’inévitable retraite, a-t-il parlé de l’Extrême-Orient.

 

L’Extrême-Orient

La guerre y fait rage. Des augures se moquaient de ceux qui prenaient la guerre civile chinoise au sérieux ; la guerre civile en Chine, c’est comme la grève aux Etats-Unis : un fait divers.

Mais on a appris depuis que cinq millions d’hommes étaient engagés. Les explications de Washington (les Américains interviennent seulement pour désarmer les japonais et ne tireront sur les communistes chinois que s’ils y sont provoqués !), la coordination des mouvements de troupes russes et communistes chinoises en Mandchourie, cela montre qu’une guerre s’organise.

Obligé d’y faire face, Tchang-Kaï-Chek va envoyer dans le Nord ses armées d’Indochine. Notre espoir se confirme. On annonce une évacuation prochaine de notre colonie …..

 

Le Problème du Commerce International

L’organisation économique du monde, non moins importante que son organisation politique, va être bientôt définie.

Les Etats-Unis, une fois d’accord avec l’Angleterre, vont établir la « charte mondiale du commerce » qui devra assurer à la toute puissante Amérique, un libre trafic de par le monde. Voici les conditions :

1)    Abaissement du tarif préférentiel. Suppression de toute interdiction d’importer … Traduisez : les marchandises américaines pénètreront partout sans se heurter à des tarifs prohibitifs.

2)    Suppression du tarif préférentiel. Traduisez : les Anglais ne devront pas accorder d’avantages douaniers à leurs dominions, ni en recevoir ; le statut colonial devra être révisé de façon que colonisateurs et étrangers soient à égalité de droits au point de vue commercial.

3)    Suppression du contingentement, et surtout du système de compensation bilatérale qui permettraient à deux pays de s’assurer mutuellement des monopoles restreints.

4)    Suppression du dumping organisé par les états sous forme de subventions à l’exportation. (Ce qui permettait de concurrencer les produits américains en Amérique même).

5)    Réglementation internationale des cartels et publication des ententes : gros point que nous avons signalé à propos du trust soviétique en Hongrie.

Là-dessus, les Américains semblent avoir fait aux Anglais des concessions. La suppression des cartels s’est peut-être aussi heurtée à l’opposition des trusts américains qui, bien armés pour la lutte, ne détestent pas la concurrence.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-11-10 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-10 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

Entr’acte. Les entrevues Attlee-Truman vont avoir lieu. Parmi les sujets brûlants, la bombe atomique, la question palestinienne n’intéressent la France qu’indirectement.

Examinons ceux qui nous préoccupent.

 

Les Difficultés Indo-Chinoises

Depuis longtemps, on pouvait prévoir que notre réinstallation serait ardue. Nous avons alternativement perdu et repris espoir. On peut aujourd’hui faire le point :

Les Anglais ont mis tout en œuvre pour nous appuyer ; ce sont eux aujourd’hui qui fournissent enfin, pour le transport de nos troupes, les navires vainement sollicités des Américains.

L’intérêt anglais est aussi puissant que le nôtre dans ces régions. La perte de l’Indo-Chine serait menaçante pour l’autorité anglaise en Malaisie, en Birmanie, aux Indes même.

Par contre, nous rencontrons là-bas quatre adversaires, obéissant à divers mobiles :

–        D’abord les nationalistes annamites du Viet-Minh, affiliés au Kominterm, soutenus par les communistes de toute l’Asie.

–        En second lieu, la Chine, qui comme toujours a joué jeu double, se proclamant notre alliée, faisant mille promesses, tandis que les généraux chinois enrôlaient et aidaient les révolutionnaires, arrêtaient même nos officiers, désarmaient nos troupes, laissant nos nationaux sans protection. La Chine occupe la moitié environ de l’Indo-Chine depuis le 16° parallèle ; la partie Nord, riche de tous les minerais qui nous manquent, l’étain, le wolfram, etc.

–        Tertio, les Etats-Unis, qui nous ont refusé tout appui. L’Amérique, comme nous savons, a en Chine de vastes plans. Elle ne lâchera pas ce marché immense, neuf, de 400 millions d’hommes. Elle soutient sans réserve le gouvernement national de Tchouf-King.

Les Etats-Unis voient une grande Chine qu’après le Japon ils annexeront à leur économie. Ils n’ont pas intérêt à notre présence. Ils sont hostiles, en outre, au colonialisme qui gêne leur expansion commerciale et soustrait à leur contrôle une partie des matières premières.

Enfin la Russie qui, dans tous les domaines, cherche à affaiblir les Nations occidentales, nous principalement, et qui entretient les troubles. Elle voudrait surtout créer à la Chine au Sud, des difficultés qui l’affaibliraient dans le Nord, où fait rage une guerre civile qui, au fond, est une guerre russo-américaine.

 

Le Problème de la Ruhr

Aussi compliqué est le problème de la Ruhr : les Russes veulent, comme nous, qu’on détache la Ruhr de l’Allemagne, mais à une condition, c’est qu’ils s’y installent au même titre que les autres Nations.

On se rend compte de ce que signifierait la présence d’une organisation soviétique dans cette ruche industrielle, quel levier révolutionnaire !

Les Anglais n’en veulent à aucun prix. Ceux-ci pratiquent d’ailleurs en Allemagne une politique qui inquiète les Russes. Les Allemands importants s’y rendent en grand nombre ; des liens politiques anglo-allemands se nouent dans le secret : collaboration discrète.

L’Angleterre veut la Ruhr allemande, l’Amérique aussi.

 

L’Administration Allemande

Une véritable querelle s’est élevée au sujet de l’administration de l’Allemagne.

Anglais et Américains entendent que l’Allemagne redevienne un tout économique et politique.

Sinon, Russes d’un côté, Français de l’autre, peu à peu créeraient une sorte d’Etat satellite qui, par la force des choses, se détacherait du reste. Ce serait pour la France un accroissement de puissance considérable.

Nous avons peu de chances de faire prévaloir nos vues : la Russie en effet se ralliera à l’unification allemande. Car perdre tout contrôle sur les zones anglo-saxonnes serait laisser la plus grande partie de l’Allemagne dans le bloc de ses ennemis éventuels : l’Allemagne, même abattue, fait peur ….

 

Les Elections en Europe

En Hongrie, le parti des petits propriétaires a la majorité absolue, les communistes ne sont guère plus de dix pour cent.

En Autriche, ils sont si affaiblis qu’ils ne se présenteront peut-être pas ; l’occupation russe n’a pas soulevé l’enthousiasme.

En Angleterre, les travaillistes ont remporté une nouvelle victoire aux élections municipales. Trop de succès gêne plutôt les dirigeants ; pressés par leurs troupes, ils sont obligés de réaliser leurs promesses. Ils sentent aujourd’hui combien certaines sont dangereuses. Le vin est tiré ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-11-03 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-11-03 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

On s’expliquait mal jusqu’ici la tension des relations russo-américaines qui, avant la Conférence de Londres, paraissaient fondées sur un accord solide auquel Staline tient personnellement beaucoup.

Les raisons des Russes étaient cependant sérieuses.

 

La Guerre en Chine

En effet, un simple écho radiophonique nous apprend que 80.000 soldats japonais combattent en Chine du Nord avec les soldats de Tchoung-King transportés et ravitaillés par les troupes américaines. Déjà dans diverses parties de l’Asie Orientale, les unités japonaises servent au maintien de l’ordre.

Les Américains ont mis le Japon totalement à leur service.

On apprenait ces jours-ci que ce pays de 80 millions d’âmes n’aurait plus de représentants diplomatiques à l’étranger. Les Américains ont imposé une convention commerciale telle que le Japon sera bien plus dépendant des Etats-Unis au point de vue économique qu’une colonie anglaise de la métropole. Enfin, nous voyons les Japonais servir de mercenaires …

Les Russes considèrent la situation comme grave pour eux. Revenant sur leur accord, ils ont déchainé à nouveau la guerre civile en Chine ; un million d’hommes se battent dans onze provinces. La guerre continue ….

 

Le Discours du Président Truman

Le président Truman est très populaire. Son discours est de la meilleure tradition yankee. En douze points, bien abstraits, purement idéologiques et empreints de la plus généreuse humanité, il expose en fait le plan général de la domination américaine dans le monde.

Tout comme le communisme, le libéralisme est à la fois un idéal et un instrument d’impérialisme. Liberté des peuples de choisir leur gouvernement, liberté des mers, liberté d’accès aux matières premières, liberté des voies navigables intérieures (cela vise le Danube), libre expression démocratique, liberté du commerce international.

Cela veut dire que la politique américaine vise, comme la russe, à saboter les empires coloniaux où la France, l’Angleterre, la Hollande trouvent leur indépendance économique ; l’accès libre aux matières premières, c’est bien ; mais encore faut-il avoir de quoi les payer. En fait, elles seront au plus riche qui les rétrocèdera moyennant certains avantages en nature ….

 

La Bombe Atomique

Les Anglais ne se sont pas trompés sur le sens du discours élevé de M. Truman. Ce qui les a le plus émus, c’est l’escamotage au profit des Etats-Unis de la bombe atomique.

Bien naïf évidemment eût été de croire que les Américains allaient partager avec leurs partenaires une arme pareille. Néanmoins, Anglais et Russes protestent. Un débat a eu lieu aux Communes. …

 

La Politique Travailliste

Nous avions prédit, au lendemain des élections anglaises, que le Gouvernement travailliste serait plus conservateur que les conservateurs eux-mêmes. Ceux-ci sont obligés – et ils le font de bonne grâce – d’approuver les initiatives de leurs adversaires.

En politique extérieure, les intérêts britanniques sont défendus âprement ; les capitaux anglais protégés ; la politique budgétaire qui vient d’être définie est libérale et pas du tout démagogique. La Banque d’Angleterre nationalisée conserve une administration autonome. Contre les grévistes, le Gouvernement s’est courageusement opposé à toute surenchère.

Il cherche à se concilier tout Anglais raisonnable : l’exemple est à observer …

 

Les Conversations

Attlee va aller à Washington, et Staline – qui n’est pas mort – reçoit Harriman.

La Russie, comme nous le disions, vit des jours difficiles : en Mer de Chine, aux Dardanelles, au Golfe Persique, à Trieste, au Canal de Kiel, au Spitzberg, la garde anglo-saxonne veille à refouler le rêve de Pierre le Grand.

Et malgré l’arme idéologique qui lui donne des alliés en tous pays, la Russie, épuisée par la guerre, n’est pas la plus forte ; nous ne tarderons pas à le voir.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-10-27 – La Situation

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Le Courrier d’Aix -1945-10-27 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

La tension diplomatique n’a fait que s’accroître. Une effervescence générale se développe : grèves, coups d’état, guerres civiles, révoltes, en Asie, en Europe, en Amérique latine. L’apparence est inquiétante.

Heureusement, l’épuisement des peuples impose à leurs maîtres une relative sagesse. Ainsi Moscou, après avoir poussé à l’extrême le défi, propose par téléphone de mystérieux arrangements.

 

La Situation Russe

Des bruits persistants et certains faits font deviner l’agitation des sphères dirigeantes :

Staline serait mourant ou mort.

Joukof attendu à New-York est si malade qu’on ne le voit plus.

La santé des généraux russes est très fragile.

On reparle (à New-York) de la grande république d’Ukraine, etc. …

Ce qui est sûr, c’est que la diplomatie russe a fait dans tous les domaines en son pouvoir, un effort suprême pour tirer le maximum d’avantages d’une situation favorable qui ne se retrouvera plus dès que les provisions venues d’Amérique auront réconforté les peuples désespérés d’Europe.

Nous avons pu voir en France quel luxe de propagande on avait déployé pour s’assurer un fort parti à son service, aux élections de dimanche.

 

L’Affaire Hongroise

C’est la Hongrie qui a été le point névralgique.

Le Maréchal Vorochilov avait publiquement menacé le parti des petits propriétaires, vainqueurs aux élections municipales de Budapest, si, aux élections législatives du 4 novembre, ils ne faisaient pas liste commune avec leurs adversaires communistes.

Les petits propriétaires ont osé passer outre. C’est surtout à propos du trust Hungaro-Soviétique qui devait livrer les richesses hongroises à la Russie, que les Américains ont réagi.

Nous avions souligné l’importance de l’affaire ; la même question se pose pour les pétroles de Roumanie, dont une part est aux sociétés américaines.

Les Etats-Unis ne transigeront pas. Ils n’admettront nulle part en Europe le monopole russe, pas plus que d’autres.

 

Le Sort de Tito

Le Maréchal, par ses arrestations, sa police secrète et ses massacres a soulevé une opposition non moins sauvage. Sa chute semble probable, d’autant que les Anglais le combattent ouvertement.

Notons à ce propos l’histoire suivante : dernièrement Tito avait chassé de son poste le personnel français des mines de Bor, la plus riche affaire de cuivre d’Europe, propriété française. Encouragé, il a voulu en faire autant à Tropea, mine de plomb à capital anglais. Les Anglais n’admettent pas qu’on nationalise leurs entreprises à l’étranger. Et Tito céda ; la mine fut rendue.

Des expropriations massives se préparent en Europe Centrale, d’entreprises françaises prospères.

Notre Gouvernement saura-t-il faire respecter les droits de ses nationaux ? On attend encore le premier geste.

 

L’Autriche

C’est en Autriche que l’antagonisme Russo-Anglais se manifeste ; des incidents éclatent entre soldats ; les Russes ont près d’un million d’hommes dans ce petit pays.

Les Anglo-Saxons envoient des renforts. Les forteresses volantes font des tournées ….

 

Le Service Obligatoire aux Etats-Unis

Ce bruit de bottes n’est pas absolument pour déplaire au président Truman et à l’Etat-major. Il s’agit de faire passer, à la faveur de l’inquiétude, le projet de service militaire obligatoire. Nous avons déjà dit quelle opposition cela soulève dans l’opinion.

Il a fallu les déclarations du général Marshall, le petit frisson d’émoi qu’on a lancé à travers la presse et sur l’écran. Néanmoins, le citoyen américain a l’horreur de la vie militaire. Comment arrivera-t-on pendant de longues années à maintenir en Europe une troupe d’occupation suffisante ?

 

La Grève Anglaise

On est très impressionné en Angleterre par la durée de la grève des dockers et son caractère révolutionnaire. L’Anglais moyen pensait que le communisme était une affaire entre indigènes du continent, article trop grossier pour un citoyen britannique.

 

Extrême-Orient

Ripostant aux débarquements américains, les Russes ont déclenché dans le Chantoung la guerre civile. Les communistes ont pris les trois-quarts du pays.

Ces nouvelles difficultés pour le gouvernement de Tchoung King pourraient soulager les nôtres en Indochine où, d’ailleurs, la situation continue à s’améliorer malgré les intrigues.

 

Les Elections Françaises

Les Anglo-Américains ont parlé avec beaucoup de faveur de nos élections. On a surtout apprécié le calme de la nation, et le succès personnel du général de Gaulle est bien accueilli.

Les grands journalistes, de retour de France, ont voulu rassurer leurs lecteurs sur les propos et les étiquettes révolutionnaires de certains partis.

A New-York aussi bien qu’à Moscou, on considère la France comme le pays le plus conservateur du monde, ce qui n’est pas tout à fait un compliment. …..

 

                                                                                                           CRITON