Criton – 1946-04-13 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-13 – Le Chemin de la Paix.

 

Le conflit Russo-Persan parait réglé, mais la façon dont il a glissé des mains de l’O.N.U. le caractère secret des accords entre les intéressés, a produit plus de malaise que d’apaisement.

 

Le Discours Truman

Le président Truman est allé à Chicago, citadelle de l’Isolationnisme, pour proclamer que l’O.N.U., œuvre dont les U.S.A. sont responsables, ne se laisserait pas déposséder du devoir de maintenir la paix, que cette paix ne serait pas assurée par les tractations occultes mais par l’autorité unanime et publique de l’opinion représentée par les autorités responsables des Nations, que les Etats-Unis veilleraient à l’ordre international garanti par la force américaine plus que jamais nécessaire.

 

Impression à Londres

L’opinion anglaise s’est aussi insurgée contre l’escamotage du débat Russo-Persan. Et puis voilà aussitôt à l’horizon la requête de la Pologne qui va soulever à l’O.N.U. le problème espagnol et le sort de Franco. La France s’était chargée, bien maladroitement, de soulever le lièvre. Moscou pousse la Pologne en renfort. Et voilà l’O.N.U. à son second embarras.

Cette manière audacieuse de forcer l’action diplomatique inquiète les Anglais qui sentent vivement la situation d’infériorité où les place constamment leur attitude défensive. Il faut, disent-ils, opposer l’action à l’action.

 

La Politique Anglaise

On voit se dessiner deux manœuvres : l’alliance française et la fédération des partis socialistes européens contre le communisme.

C’est en effet, hélas, sur le terrain de la politique intérieure que va se jouer le sort international de la France.

Le voyage de M. Blum à New-York fut entrepris comme la manifestation de l’indépendance du grand parti français – qui s’incarne volontiers avec la France – vis-à-vis de l’influence russe ; hier, c’était le voyage à Milan de M. Lasky ; le grand prêtre du socialisme anglais est allé féliciter M. Nenni, son coreligionnaire politique italien, de la victoire toute relative du parti socialiste italien.

Le même M. Lasky va faire paraître un catéchisme socialiste – traduit en toutes les langues – opposant les théories socialistes aux théories communistes. Et c’est sous le signe de la confraternité politique que s’amorce une alliance Franco-Anglaise.

Très justement d’ailleurs, des Français veulent lier ce projet à un règlement satisfaisant pour la France du problème allemand. Mais le règlement ne dépend pas que des Anglais. Il faut l’accord des Russes et des Américains.

Disons-le nettement. Cette politique – les objections du leader communiste J. Duclos sont fort justes – risque de nous mêler à l’extérieur à un conflit d’idéologies et quoi qu’on fasse, l’alliance Franco-Anglaise paraîtra suspecte à Moscou. On ne voit pas bien pour quel avantage, sinon pour renforcer un prestige politique.

 

Le Problème Allemand

Les discours se succèdent et le problème allemand est toujours posé en termes de 1919.

Que voyons-nous en 46 ?

L’Allemagne a été amputée à l’Est des territoires les plus authentiquement allemands : Breslau et Koenigsberg passent sous contrôle soviétique. La population allemande chassée de ces territoires est comprimée entre le Rhin et l’Oder. Quel que soit le sort de la Rhur et de la Sarre, l’Allemagne future n’est pas viable. Fatalement une formidable pression va s’exercer à l’Ouest sur nous – par ces 65 millions d’hommes affamés sur un territoire pauvre et exigu.

Le problème n’est pas militaire mais économique et ethnographique. Il faut rogner les ongles de l’Allemagne, mais aussi lui permettre de vivre normalement, non par philanthropie mais par intérêt.

Le problème est insoluble si des frontières équitables ne sont pas fixées à l’Est. N’est-ce pas trop tard ?

 

La Conférence de la Paix

Là-dessus va s’ouvrir la Conférence de Paris. On examinera d’abord le cas de l’Italie. Nous avons dit que le problème grave pour nous était celui de la Tripolitaine.

En effet l’Egypte, pays arabe, réclame la tutelle de ce pays arabe. Et la ligue pan-arabe simultanément publie un manifeste contre l’impérialisme français oppresseur des pays arabes, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc. L’Angleterre laisse dire. Après les manifestations du Caire, on n’a guère remarqué que le gouvernement égyptien s’était sévèrement opposé à toute atteinte à l’autorité britannique. L’Angleterre, inquiète des ambitions russes, a refondu sa politique arabe, et après avoir éliminé la France du Proche-Orient, s’efforce de lier à ses intérêts cette masse musulmane qui tend à prendre une unité. On voit le danger d’un Etat arabe en Tripolitaine. Si l’alliance anglaise nous permettait d’éviter ce péril, alors …., mais nous en doutons.

D’ailleurs, les vraies alliances sont celles qui ne sont pas écrites (comme l’alliance Anglo-Américaine) de même que les bonnes constitutions. Le reste est « chiffon de papier ».

 

Le Drame Uniate

« Carrefour » donne enfin « sur le drame Uniate »,  pour la première fois dans la presse française, des renseignements succincts au sujet des persécutions atroces – disparitions et massacres – contre les prêtres et les communautés chrétiennes de la Russie sub-Carpathique et de l’Ukraine occidentale récemment annexés par la Russie, églises rattachées à l’autorité Romaine. Le Pape avait à ce sujet publié une encyclique, très douloureuse, dont les Français n’ont rien su. Le Patriarche Alexis de Moscou, de l’Eglise orthodoxe réorganisée par Staline, a présidé à ce schisme imposé par la violence à 5 millions de catholiques. Détail significatif dont nous laissons la responsabilité à « Carrefour » : Moscou s’était fait représenter au Concile par l’ex-chef de la section des « Athées militants ».

Qui niera après cela que la nouvelle église orthodoxe ne soit un instrument politique ?

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Peu d’événements d’importance. L’affaire persane, à l’Assemblée de l’O.N.U. a été marquée d’incidents, de querelles de procédure, d’atermoiements et enfin l’ajournement. Le départ de Gromyko et de la délégation russe avait soulevé quelque émotion. Mais le retrait des troupes russes de certains secteurs de la Perse a compensé ce geste. Le jeu de la diplomatie suivra son cours ….

 

La Politique Russe

Cette affaire a donné aux observateurs l’occasion de sonder plus attentivement la politique soviétique.

L’ « impérialisme russe, disent les Américains, est celui du XIX° siècle, des sphères d’influence et des pénétrations militaires ; l’impérialisme d’aujourd’hui utilise d’autres méthodes ».

Aveu charmant et fort juste. La querelle russo-persane, avec ses cliquetis de sabre et ses marchandages, nous ramène en effet aux épisodes qui précédèrent le Congrès de Berlin de 1878 et d’autres postérieurs, jusqu’aux tractations secrètes Ribbentrop-Staline de 1939, sur lesquelles le récent interrogatoire de Ribbentrop au procès de Nuremberg jette une curieuse lumière.

Les Russes se sentent mal à l’aise devant cette diplomatie publique et radiodiffusée de l’O.N.U. Déjà, Gromyko a remplacé Vychinski ; un jour ou l’autre, Litvinov remplacera Gromyko. Dans ces débats, le prestige russe se perd. Une opinion internationale se forme qui voit dans l’U.R.S.S. l’obstacle à la paix.

C’est à cela que l’apparente modération des Anglo-Saxons veut en venir. Derrière ces incidents politiques, on commence à découvrir des vérités premières.

 

C’est d’abord que la Russie, que sa révolution paraissait porter à l’avant-garde du progrès social, demeure par ses habitudes un pays du siècle passé. Une révolution signifie un changement de personnes, un changement d’idéologie. Mais elle est impuissante à remplacer la durée, à faire bondir une civilisation qui date d’un siècle et demi à peine.

Si les hommes et les institutions changent, les mœurs et la mentalité demeurent. La Russie actuelle est – si paradoxal que cela semble – une société aristocratique, au sens politique et non moral du mot : la hiérarchie militaire constitue une caste analogue à celle de l’armée « orthodoxe », la hiérarchie civile des fonctionnaires conserve la structure de l’administration des tsars, et la méthode politique est celle des grandes puissances de l’Europe à la fin du siècle dernier.

Aujourd’hui, la puissance retrouvée, la tradition et les habitudes mentales se renouent. L’on s’aperçoit peu à peu que la révolution de 1917, en isolant la Russie des autres Nations du monde, loin d’avoir élevé sa civilisation, en a considérablement retardé le progrès. Ce qui explique en partie l’incompréhension entre les deux mondes russe et anglo-saxon que nous déplorons aujourd’hui.

 

La Question Allemande

La lutte d’influence en Allemagne est toujours aigüe. Les Anglo-Saxons ont pris deux initiatives pour répondre à l’activité russe.

Accusés de favoriser les nazis, ils ont procédé à l’arrestation spectaculaire des dirigeants de groupements nationaux-socialistes qui se reformaient dans la clandestinité.

Contre la tentative de fusion des partis socialiste et communiste voulue par les Russes, ils ont organisé un plébiscite qui a donné, contre la fusion, une majorité de 7 contre 1. Les Russes, dans leur zone, ont interdit le vote.

Enfin, comme tous les partis allemands mettent en tête de leur programme, l’ « Unité allemande », aucun des trois occupants n’ose risquer son prestige en s’y opposant.

C’est pourquoi les demandes françaises, réduites maintenant à la seule internationalisation de la Ruhr – primitivement appuyée par Moscou – se heurtent à une mauvaise volonté unanime. Jusqu’au charbon, dont on n’ose priver les Allemands !

 

Querelles Idéologiques

Cette lutte pour ou contre la fusion entre socialistes et communistes, aigüe en Allemagne, l’est plus ou moins dans tous les pays. Le socialisme occidental, égalitaire, humanitaire, doctrinaire, antimilitariste et internationaliste, prend de plus en plus conscience de ce qui l’oppose au communisme d’inspiration soviétique autoritaire, partisan des méthodes de force, opportunisme militariste et nationaliste.

Le Congrès socialiste français a confirmé les déclarations des partis similaires en Scandinavie, Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre, etc.

L’issue de ce conflit, vieux de trente ans bientôt, est la passionnante énigme de l’histoire contemporaine.

 

Elections Grecques

Les Grecs ont voté monarchiste. Si les Russes avaient tenu la place, ils auraient voté communiste.

Changez d’occupant, et la Yougo-Slavie, la Bulgarie, seraient des royaumes constituants.

Cela ne prouve rien ; sinon que les peuples balkaniques ne sont pas assez évolués pour être maîtres de leur destin … Et nous-mêmes ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Peu d’événements d’importance. L’affaire persane, à l’Assemblée de l’O.N.U. a été marquée d’incidents, de querelles de procédure, d’atermoiements et enfin l’ajournement. Le départ de Gromyko et de la délégation russe avait soulevé quelque émotion. Mais le retrait des troupes russes de certains secteurs de la Perse a compensé ce geste. Le jeu de la diplomatie suivra son cours ….

 

La Politique Russe

Cette affaire a donné aux observateurs l’occasion de sonder plus attentivement la politique soviétique.

L’ « impérialisme russe, disent les Américains, est celui du XIX° siècle, des sphères d’influence et des pénétrations militaires ; l’impérialisme d’aujourd’hui utilise d’autres méthodes ».

Aveu charmant et fort juste. La querelle russo-persane, avec ses cliquetis de sabre et ses marchandages, nous ramène en effet aux épisodes qui précédèrent le Congrès de Berlin de 1878 et d’autres postérieurs, jusqu’aux tractations secrètes Ribbentrop-Staline de 1939, sur lesquelles le récent interrogatoire de Ribbentrop au procès de Nuremberg jette une curieuse lumière.

Les Russes se sentent mal à l’aise devant cette diplomatie publique et radiodiffusée de l’O.N.U. Déjà, Gromyko a remplacé Vychinski ; un jour ou l’autre, Litvinov remplacera Gromyko. Dans ces débats, le prestige russe se perd. Une opinion internationale se forme qui voit dans l’U.R.S.S. l’obstacle à la paix.

C’est à cela que l’apparente modération des Anglo-Saxons veut en venir. Derrière ces incidents politiques, on commence à découvrir des vérités premières.

 

C’est d’abord que la Russie, que sa révolution paraissait porter à l’avant-garde du progrès social, demeure par ses habitudes un pays du siècle passé. Une révolution signifie un changement de personnes, un changement d’idéologie. Mais elle est impuissante à remplacer la durée, à faire bondir une civilisation qui date d’un siècle et demi à peine.

Si les hommes et les institutions changent, les mœurs et la mentalité demeurent. La Russie actuelle est – si paradoxal que cela semble – une société aristocratique, au sens politique et non moral du mot : la hiérarchie militaire constitue une caste analogue à celle de l’armée « orthodoxe », la hiérarchie civile des fonctionnaires conserve la structure de l’administration des tsars, et la méthode politique est celle des grandes puissances de l’Europe à la fin du siècle dernier.

Aujourd’hui, la puissance retrouvée, la tradition et les habitudes mentales se renouent. L’on s’aperçoit peu à peu que la révolution de 1917, en isolant la Russie des autres Nations du monde, loin d’avoir élevé sa civilisation, en a considérablement retardé le progrès. Ce qui explique en partie l’incompréhension entre les deux mondes russe et anglo-saxon que nous déplorons aujourd’hui.

 

La Question Allemande

La lutte d’influence en Allemagne est toujours aigüe. Les Anglo-Saxons ont pris deux initiatives pour répondre à l’activité russe.

Accusés de favoriser les nazis, ils ont procédé à l’arrestation spectaculaire des dirigeants de groupements nationaux-socialistes qui se reformaient dans la clandestinité.

Contre la tentative de fusion des partis socialiste et communiste voulue par les Russes, ils ont organisé un plébiscite qui a donné, contre la fusion, une majorité de 7 contre 1. Les Russes, dans leur zone, ont interdit le vote.

Enfin, comme tous les partis allemands mettent en tête de leur programme, l’ « Unité allemande », aucun des trois occupants n’ose risquer son prestige en s’y opposant.

C’est pourquoi les demandes françaises, réduites maintenant à la seule internationalisation de la Ruhr – primitivement appuyée par Moscou – se heurtent à une mauvaise volonté unanime. Jusqu’au charbon, dont on n’ose priver les Allemands !

 

Querelles Idéologiques

Cette lutte pour ou contre la fusion entre socialistes et communistes, aigüe en Allemagne, l’est plus ou moins dans tous les pays. Le socialisme occidental, égalitaire, humanitaire, doctrinaire, antimilitariste et internationaliste, prend de plus en plus conscience de ce qui l’oppose au communisme d’inspiration soviétique autoritaire, partisan des méthodes de force, opportunisme militariste et nationaliste.

Le Congrès socialiste français a confirmé les déclarations des partis similaires en Scandinavie, Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre, etc.

L’issue de ce conflit, vieux de trente ans bientôt, est la passionnante énigme de l’histoire contemporaine.

 

Elections Grecques

Les Grecs ont voté monarchiste. Si les Russes avaient tenu la place, ils auraient voté communiste.

Changez d’occupant, et la Yougo-Slavie, la Bulgarie, seraient des royaumes constituants.

Cela ne prouve rien ; sinon que les peuples balkaniques ne sont pas assez évolués pour être maîtres de leur destin … Et nous-mêmes ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1946-03-30 – La détente attendue

Le Courrier d’Aix – 1946-03-30 – Le Chemin de la Paix.

 

La semaine nous a apporté la détente attendue.

Les déclarations de Staline ont été bien accueillies à New-York. On est plus réservé à Londres, car la radio russe continue ses attaques contre la politique anglaise.

On pouvait craindre que la tension en Perse n’aboutisse à une démonstration de force, qui aurait mis face à face les deux armées ; une sorte de Sébastopol, qui n’eût peut-être pas été sanglant, mais aurait laissé tout de même un vainqueur et un vaincu, ce qui pouvait être le premier acte d’une plus longue lutte.

 

La Question Persane

Le problème est tout de même posé devant l’O.N.U., et les débats seront vifs, bien que Vychinski ne doive pas représenter les Soviets. L’affaire durera, traînera, rebondira avec des alternances de rémission et d’acuité, en attendant qu’en d’autres points du monde de nouveaux différends s’accusent.

Si nous respirons, ce ne sera pas pour longtemps. Mais la solution pacifique ayant prévalu pour la Perse, il en sera sans doute de même ailleurs.

En Proche-Orient, il s’agit d’abord et avant tout d’un problème politique : la poussée de la Russie vers la Méditerranée et le Golfe Persique, la défense de l’Empire britannique et des Indes en particulier.

Il ne faut cependant pas sous-estimer le problème du pétrole qui a été généralement mal exposé. La Russie manque de pétrole, car ses besoins sont immenses, dans un immense pays où les longs transports en consommeront de plus en plus ; la production russe atteint à peine 25 millions de tonnes contre 30 avant-guerre. Elle augmentera ; de nouveaux gisements vont être exploités. Cependant, si l’on songe que la Perse représente actuellement 17 millions de tonnes, et beaucoup plus en puissance, on comprend les convoitises russes, d’autant que les Anglo-Saxons qui contrôlent 90% de la production mondiale, n’en abandonneront rien volontiers. Nous en savons quelque chose.

Le problème politique qui divise les Russes et les Anglo-Saxons peut se résoudre ; à longue échéance, le problème économique peut le compliquer : les Américains ont été indisposés de l’envoi de blé russe en France ; l’activité des missions soviétiques, qui vont jusqu’en Argentine où le succès de Péron va créer aux U.S.A. des difficultés, prélude à une lutte nouvelle entre monopoles d’Etat soviétique et trusts privés anglo-saxons.

Nous avons déjà vu le conflit se dessiner en Hongrie. Il surgira ailleurs.

 

La Question Kurde et la Syrie

Le centre de gravité de la crise paraît se déplacer plus avant en Proche-Orient.

La révolte kurde, soutenue par les Russes, prend de l’ampleur en Irak et en Perse. Si cette agitation inquiète les Anglais, elle les sert aussi.

Les négociations dont nous avons parlé entre pays arabes s’accélèrent ; l’Irak et la Syrie semblent s’accorder, et le conflit entre la Syrie et la Turquie au sujet d’Alexandrette (la Syrie réclame aux Turcs le Sandjak que nous avons cédé en son nom) ne semble pas un obstacle décisif.

Comme dit Moscou, les chefs réactionnaires, Fayçal, Abdullah, Noury Pacha s’unissent contre le péril « démocratique », où la Syrie, délivrée des Français, va pouvoir, malgré ses répugnances, apporter le lien décisif.

 

La France aux Colonies et en Proche-Orient

Notre diplomatie a eu raison, puisque la partie est perdue pour nous là-bas, d’accélérer le retrait de nos troupes. C’est désormais le meilleur moyen de conserver, sinon du prestige, du moins des sympathies. C’est pouvoir éviter de prendre parti, sans profit, dans le long et gigantesque conflit, pacifique ou non, dont le Proche-Orient sera le théâtre.

Peut-être nous regrettera-t-on un jour. Peut-être la roue de la Fortune tournera-t-elle à la faveur de l’absence quand les présents sont haïs …

  1. Moutet a fait du problème colonial français un exposé intelligent.

Nous savons notre empire en danger, matériellement et moralement. Il faudra que l’indigène, qui évolue, comprenne l’intérêt qui le lie à  nous. Si la force doit demeurer présente, ce n’est pas en l’employant qu’on étouffera les rébellions.

Il faudra que les Russes et les Américains n’aient aucun moyen de pression morale pour nous évincer de nos possessions. Il faudra du tact et de l’habileté, dont nos représentants ont manqué souvent.

Cependant, le succès de notre action en Indochine, l’entrée pacifique à Hanoï fait bien augurer de l’avenir. C’est dans l’œuvre d’après-guerre le point satisfaisant. Marquons-le.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Discours de Churchill

Le retentissement des trois discours de Churchill aux Etats-Unis a donné à la situation internationale toute la clarté que la fiction de « l’Union des Trois Grands » avait jusqu’ici voilée.

Ce voyage, ces discours, cette publicité avaient été soigneusement préparés. L’autorité de Churchill avait été renforcée par la présence du président Truman.

Cependant les officiels, tant du côté anglais que du côté américain, se sont empressés de calmer l’émotion que l’énoncé brutal de la vérité avait provoquée : – Churchill n’avait parlé qu’à titre privé ; il ne saurait être question d’alliance étroite entre Grande-Bretagne et U.S.A. La politique de l’O.N.U. et de la sécurité collective reste la ligne maîtresse des diplomaties officielles, etc. : attitude qui n’est ni très courageuse, ni très sincère, mais il fallait donner à l’opinion inquiète l’impression que les dirigeants responsables maintenaient une ligne pacifique.

D’une part, l’opinion américaine, nous l’avons dit, redoute les aventures où le soutien aux Anglais risque encore de l’entraîner.

Du côté britannique, de larges cercles influents, tant conservateurs que travaillistes, répugnent à envisager des périls qui ne sont pas encore imminents : empirisme bien anglais, qui opposait en mars 1936 – il y a dix ans – aux prophéties de Churchill, les Eden, Lloyd George, Alexander qui, contre l’évidence, parlaient encore de la « confiance dans Hitler ».

Retenons de ce discours de Churchill deux mots essentiels :

  1. Il est aussi vrai que le soleil se lèvera demain, que les Anglo-Saxons seront tôt ou tard unis dans la même tâche ;
  2. Staline ne veut pas la guerre « pour le moment ».

Deux certitudes.

 

La Politique Russe

On a cherché à Londres surtout, toutes sortes d’explications rassurantes à l’expansion russe. Surtout cette méfiance et cette crainte d’un encerclement de l’Union Soviétique par ses adversaires capitalistes.

Certes, cet état d’âme est réel. Mais Staline est un trop grand politique pour en être dupte ; il s’en sert. Il a expérimenté la mentalité anglo-saxonne, la lenteur de ses réactions, sa répugnance à prévoir au-delà de l’immédiat, les hésitations de peuples qui tiennent à leur confort matériel et moral.

Il fallait agir vite, tirer le maximum d’avantages jusqu’au moment où la résistance s’avère trop forte pour être vaincue pacifiquement. Staline va jusqu’aux limites du possible.

De plus, – et ceci est à nos yeux capital – rien n’affaiblit mieux l’économie anglo-saxonne que la guerre des nerfs.

Mais Staline saura, au moment critique donner les apaisements nécessaires, afin de maintenir une paix qui lui est indispensable pour l’heure.

 

Le Conflit Persan

L’affaire persane et ses incidents dominent l’actualité. Les troupes russes se sont avancées aux portes de Téhéran. L’Angleterre, qui a retiré les siennes, hésite à les y renvoyer. L’Amérique a peur de compromettre son prestige au cas, probable, d’une révolution intérieure.

Voici les Russes tout le long de la frontière du pays Kurde, qui proclame son indépendance. Le pays Kurde va jusqu’au Golfe d’Alexandrette.

Si la révolte réussit, Staline aura posé une « dame » sur la Méditerranée, à moins qu’une garnison anglaise ne l’ait devancé. Si la révolution réussit en Perse, il aura posé une autre « dame » sur le Golfe Persique.

Et alors, les Indes ? Les Anglais ont compris, et une mission part de Londres pour donner aux Hindous les satisfactions qu’ils attendent de l’indépendance avec, bien entendu, de la part des Anglais, quelques restrictions mentales.

 

L’Espagne et le Blé Russe

L’Espagne a toujours été pour les Soviets le terrain choisi, le plus favorable à une pénétration politique. C’est un gros point stratégique, l’autre bras de la pince dans laquelle tout l’Islam est enfermé.

Pour réussir, il faut l’appui de la France. L’U.R.S.S., qui s’était toujours refusée à fournir quoi que ce soit à l’U.N.R.A. n’a pas hésité à payer cet appui de quatre millions de quintaux d’un blé précieux.

Elle s’assure ainsi un double avantage, car ce même blé sera une manne électorale bienfaisante pour ses partisans, un peu défaits par les événements en France.

Pour qui l’affaire sera-t-elle bonne ? Mangeons-le toujours ce blé, dit-on à Paris, nous verrons bien après.

Il y a 23 divisions espagnoles sur les Pyrénées, mais elles ne les franchiront pas.

 

L’Indo-Chine

Comme on s’y attendait, c’est toujours du côté chinois que les obstacles à la pacification sont le plus redoutables.

Le Gouvernement de Tchoung-King multiplie ses assurances amicales, mais les généraux chinois nous tirent dessus. Comme le pouvoir central en Chine n’a jamais eu beaucoup d’autorité sur ses généraux, il se peut que le double jeu soit fortuit, mais il se peut aussi ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-23 – Le Chemin de la Paix.

 

Le Discours de Churchill

Le retentissement des trois discours de Churchill aux Etats-Unis a donné à la situation internationale toute la clarté que la fiction de « l’Union des Trois Grands » avait jusqu’ici voilée.

Ce voyage, ces discours, cette publicité avaient été soigneusement préparés. L’autorité de Churchill avait été renforcée par la présence du président Truman.

Cependant les officiels, tant du côté anglais que du côté américain, se sont empressés de calmer l’émotion que l’énoncé brutal de la vérité avait provoquée : – Churchill n’avait parlé qu’à titre privé ; il ne saurait être question d’alliance étroite entre Grande-Bretagne et U.S.A. La politique de l’O.N.U. et de la sécurité collective reste la ligne maîtresse des diplomaties officielles, etc. : attitude qui n’est ni très courageuse, ni très sincère, mais il fallait donner à l’opinion inquiète l’impression que les dirigeants responsables maintenaient une ligne pacifique.

D’une part, l’opinion américaine, nous l’avons dit, redoute les aventures où le soutien aux Anglais risque encore de l’entraîner.

Du côté britannique, de larges cercles influents, tant conservateurs que travaillistes, répugnent à envisager des périls qui ne sont pas encore imminents : empirisme bien anglais, qui opposait en mars 1936 – il y a dix ans – aux prophéties de Churchill, les Eden, Lloyd George, Alexander qui, contre l’évidence, parlaient encore de la « confiance dans Hitler ».

Retenons de ce discours de Churchill deux mots essentiels :

  1. Il est aussi vrai que le soleil se lèvera demain, que les Anglo-Saxons seront tôt ou tard unis dans la même tâche ;
  2. Staline ne veut pas la guerre « pour le moment ».

Deux certitudes.

 

La Politique Russe

On a cherché à Londres surtout, toutes sortes d’explications rassurantes à l’expansion russe. Surtout cette méfiance et cette crainte d’un encerclement de l’Union Soviétique par ses adversaires capitalistes.

Certes, cet état d’âme est réel. Mais Staline est un trop grand politique pour en être dupte ; il s’en sert. Il a expérimenté la mentalité anglo-saxonne, la lenteur de ses réactions, sa répugnance à prévoir au-delà de l’immédiat, les hésitations de peuples qui tiennent à leur confort matériel et moral.

Il fallait agir vite, tirer le maximum d’avantages jusqu’au moment où la résistance s’avère trop forte pour être vaincue pacifiquement. Staline va jusqu’aux limites du possible.

De plus, – et ceci est à nos yeux capital – rien n’affaiblit mieux l’économie anglo-saxonne que la guerre des nerfs.

Mais Staline saura, au moment critique donner les apaisements nécessaires, afin de maintenir une paix qui lui est indispensable pour l’heure.

 

Le Conflit Persan

L’affaire persane et ses incidents dominent l’actualité. Les troupes russes se sont avancées aux portes de Téhéran. L’Angleterre, qui a retiré les siennes, hésite à les y renvoyer. L’Amérique a peur de compromettre son prestige au cas, probable, d’une révolution intérieure.

Voici les Russes tout le long de la frontière du pays Kurde, qui proclame son indépendance. Le pays Kurde va jusqu’au Golfe d’Alexandrette.

Si la révolte réussit, Staline aura posé une « dame » sur la Méditerranée, à moins qu’une garnison anglaise ne l’ait devancé. Si la révolution réussit en Perse, il aura posé une autre « dame » sur le Golfe Persique.

Et alors, les Indes ? Les Anglais ont compris, et une mission part de Londres pour donner aux Hindous les satisfactions qu’ils attendent de l’indépendance avec, bien entendu, de la part des Anglais, quelques restrictions mentales.

 

L’Espagne et le Blé Russe

L’Espagne a toujours été pour les Soviets le terrain choisi, le plus favorable à une pénétration politique. C’est un gros point stratégique, l’autre bras de la pince dans laquelle tout l’Islam est enfermé.

Pour réussir, il faut l’appui de la France. L’U.R.S.S., qui s’était toujours refusée à fournir quoi que ce soit à l’U.N.R.A. n’a pas hésité à payer cet appui de quatre millions de quintaux d’un blé précieux.

Elle s’assure ainsi un double avantage, car ce même blé sera une manne électorale bienfaisante pour ses partisans, un peu défaits par les événements en France.

Pour qui l’affaire sera-t-elle bonne ? Mangeons-le toujours ce blé, dit-on à Paris, nous verrons bien après.

Il y a 23 divisions espagnoles sur les Pyrénées, mais elles ne les franchiront pas.

 

L’Indo-Chine

Comme on s’y attendait, c’est toujours du côté chinois que les obstacles à la pacification sont le plus redoutables.

Le Gouvernement de Tchoung-King multiplie ses assurances amicales, mais les généraux chinois nous tirent dessus. Comme le pouvoir central en Chine n’a jamais eu beaucoup d’autorité sur ses généraux, il se peut que le double jeu soit fortuit, mais il se peut aussi ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-03-16 – La Situation Internationale s’est tendue

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-16 – Le Chemin de la Paix.

 

La situation internationale s’est tendue de jour en jour ; les notes ont succédé aux notes. Mouvements de troupes, discours, manifestations. Autrefois, on se serait cru à la veille d’un conflit. Aujourd’hui, on conçoit que les choses peuvent s’aggraver encore sans que guerre s’ensuive. Cet optimisme est fondé, et Churchill lui-même le partage.

Une remarque cependant s’impose. Si nous pouvons deviner ce qui dépend de la volonté des hommes, il s’en faut que leurs intérêts et leurs raisons déterminent les faits essentiels. Ceux-ci sont précipités par des forces obscures d’ordre passionnel, et c’est un mouvement de cette nature qui prend aujourd’hui une force croissante.

Il peut devenir irrésistible et échapper à la direction des chefs comme à l’intelligence des observateurs. Nous pourrions en être là avant même d’avoir pu en prendre conscience.

 

Le Discours de Churchill

Le discours dont nous avions bien à l’avance exposé les motifs et même la teneur, a provoqué des mouvements divers dans une vive excitation. C’était son but.

Il venait à point après l’affaire d’espionnage au Canada, pour aider le Gouvernement Américain à s’opposer aux Russes.

Il visait à faire connaître à l’Américain moyen que le même péril menace les deux pays et non l’Empire britannique seul. Car l’Américain moyen a ancré dans son esprit, que l’Angleterre est la cause de toutes les guerres pour lesquelles il doit se faire tuer. L’isolationnisme populaire est fait de ce sentiment. Une politique solidaire anglo-américaine se réveille. Cette méfiance est tenace : « Cela va finir mal », pense-t-on.

Le subconscient des masses, dans chaque pays, couve de ces préjugés instinctifs. Aucun discours ne les ébranle.

 

La Question Persane

Les faits sont à la fois nombreux et confus. Ils se tiennent. D’abord l’échec prévu de M. Sultaneh, premier ministre de Perse, rentré de Moscou sans accord ni promesse. Moscou n’a pas davantage répondu aux notes anglaises et américaines demandant des explications sur le maintien des troupes russes.

On parle maintenant d’un coup d’Etat à Téhéran. D’importantes forces russes se dirigent vers cette ville ; Washington proteste à nouveau. Si les Russes font en Perse ce qu’ils ont fait ailleurs et mettent au pouvoir un gouvernement fantoche, que se passera-t-il ?

 

Le Proche-Orient

Un frisson d’inquiétude a secoué le Proche-Orient.

Les Américains agissent avec rapidité ; ils s’installent en Turquie, équipent des aérodromes ; leur présence en Proche-Orient peut changer la face des choses. Le monde arabe s’unirait sous l’égide anglo-américaine, jamais sous celle de l’Angleterre seule. De plus, ce monde est encore socialement féodal et les chefs craignent pour leurs privilèges populaires dont les Russes se servent.

L’activité américaine pourrait cristalliser brusquement cette solidarité panarabe de la Turquie et de l’Egypte. L’obstacle principal : la rivalité entre Damas et Bagdad pourrait céder.

On ne peut nier, hélas, que la disparition de la France ait singulièrement facilité la politique anglo-saxonne.

 

Autres faits

La place nous manque pour parler de la controverse entre Américains et Russes dans l’affaire du gouvernement bulgare, le coup d’Etat des rouges en Hongrie contre le parti des petits propriétaires, la lutte acharnée des gauches en Grèce et la crise politique avant les élections.

Partout s’exaspèrent des conflits alimentés par les passions sur lesquelles soufflent les Soviets : le danger est là.

 

La Question Allemande

Le plus grave pour nous – et l’opinion s’en émeut – c’est l’appel fait par le communisme allemand pour se servir du pangermanisme. Plan vraiment diabolique !

Nous livrons à la méditation des Français cette phrase du chef communiste allemand Pick au Congrès de Berlin :

« Nous ne comprenons pas pourquoi certains veulent tenir à l’écart les anciens nazis. Leur rééducation faite, ils peuvent devenir d’excellents citoyens ».

Changeons la chemise brune pour une rouge, et la rééducation se fera par surcroît, n’est-ce pas ?…

 

                                                                                                 CRITON

Criton – 1946-03-09 – Le Discours de Byrnes

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-09 – Le Chemin de la Paix.

 

Chemin sinueux, a dit le président Truman. Un brusque tournant est apparu durant cette semaine, laquelle a été marquée par le discours de Byrnes et la note américaine à l’Union Soviétique sur les incidents de Mandchourie.

 

Le Discours de Byrnes

Les paroles du sénateur Vanderberghe faisaient prévoir un raidissement de la politique des Etats-Unis. Devant la volonté de puissance des Russes, devant les attaques verbales et les empiètements successifs, l’Amérique avait jusqu’ici usé de patience. Un certain accord semblait tacite entre les deux puissances ; mais les limites des concessions ont été dépassées.

L’opinion s’est émue des révélations canadiennes sur les fuites de documents relatifs à la bombe atomique. On commençait à critiquer la faiblesse de la diplomatie : le discours de Byrnes, très net et ferme, a répondu à l’attente générale : l’Amérique défendra la charte par la force, si besoin est.

Elle ne tolèrera pas que la Russie agisse contrairement aux traités et, dans ses relations avec les petits Etats, sans accord préalable avec ses ex-Alliés.

On va donc, soit vers l’apaisement, soit vers une crise aigüe.

Et le lendemain, le département d’Etat envoyait une note de protestation sur les attaques contre des avions américains au-dessus de Port-Arthur, et sur l’enlèvement par les Russes de matériel industriel en Mandchourie.

L’opinion américaine, assez indifférente aux choses européennes, est très susceptible  en ce qui touche à l’Extrême-Orient. Une atteinte au pavillon américain est toujours un cas grave. Les Russes n’ont pas encore réagi.

Contre Mackenzie King, après la note au Canada qui est un aveu de l’espionnage soviétique, une violente campagne de presse et de radio se déchaîne à Moscou : l’homme d’Etat est rangé parmi les fascistes … Byrnes suivra-t-il ?

Tout porte à espérer que les Russes réfléchiront. Sinon, une tension plus vive conduirait bien vite à de graves événements.

On peut se demander si cette politique du Kremlin est bien habile. Car il y a tout de même une opinion mondiale. En toute impartialité, elle n’est pas russophile ; et cela compte.

 

Les Troubles d’Egypte

En corrélation avec le discours énergique de Byrnes, Bevin, à son tour, a parlé haut à l’Egypte ; les troubles anti-anglais qui ont coûté la vie à des soldats britanniques doivent cesser. Sinon on emploiera la force.

 

Le Problème Persan

Une vive inquiétude s’est emparée de la presse anglaise devant le refus des Russes d’évacuer le Nord-Ouest de la Perse, contrairement au traité de 1942.

C’est la première fois, dit-on, qu’un traité est délibérément violé ; cela, six mois après la fin de la guerre.

Les troupes russes n’occupent pas seulement l’Azerbaïdjan, mais toute la frontière turco-persane ; le pays Kurde est à leur merci.

Par ailleurs, on annonce en dernière heure que le premier ministre persan, choisi justement pour ses tendances conciliantes à l’égard des Soviets, n’a pu s’accorder avec Staline. A moins d’un changement à la dernière minute, il rentre en Perse les mains vides. Va-t-il en appeler à l’O.N.U. ?

 

La Question Espagnole

Nos remarques précédentes n’étaient pas vaines ! La déclaration commune franco-anglo-américaine est au fond sans portée pratique. Franco est condamné, mais il ne s’en portera pas plus mal.

Les Anglo-Saxons ne veulent ni rompre avec lui, ni intervenir en Espagne.

Les Espagnols devront dans le pays même régler leur propre sort. Et il n’est pas certain que la majorité souhaite une aventure. Les républicains eux-mêmes pensent à la sanglante guerre civile encore proche. Et ils ont un sens particulièrement ombrageux de l’honneur national. En voulant leur imposer un changement de régime par une pression extérieure, on va peut-être consolider le régime … Il est fort possible que certains aient cherché ce résultat.

En attendant, la France a fermé ses frontières. Une violente campagne de presse en Espagne hurle contre nous. Auprès d’hommes simples et naturellement xénophobes, il en restera quelque chose.

Mais enfin on a fait de beaux meetings, excité les troupes, essayé les voix ; pour certains, c’est l’essentiel. Quant à l’intérêt français….

Qu’on prenne gare cependant : les Français se remettent progressivement du choc moral qui les a étourdis. Ils sont devenus défiants et critiques, et peut-être meilleurs juges qu’on ne pense. L’affaire d’Espagne pourrait bien servir d’avertissement.

 

Le Problème Allemand

La lutte aigüe pour ou contre la fusion des partis communiste et socialiste voulue par Moscou, ne semble pas devoir favoriser finalement ses desseins. En Allemagne, on votera toujours pour le plus fort.

Et cette querelle entre Allemands explique aussi pourquoi les Anglo-Saxons se sont décidés à parler haut. La partie internationale devient serrée ; peut-être cela vaut-il mieux dans l’intérêt même de la paix ?

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-03-02 – Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

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Le Courrier d’Aix – 1946-03-02 – Le Chemin de la Paix.

 

L’actualité a été dominée par les difficultés de l’Angleterre en Egypte et aux Indes. Manifestations sanglantes des étudiants du Caire, émeutes à Bombay, révolte de la flotte indoue. Ces troubles ne sont pas nouveaux, mais leur gravité tient à l’affaiblissement de la Grande-Bretagne, violemment attaquée par la Russie, peu soutenue par les Etats-Unis.

Leur importance croît parce que la fin de la guerre a poussé les forces obscures des masses indigènes, travaillées par la propagande soviétique, à chercher une libération rapide.

L’Angleterre lutte de toute son énergie, tout en cherchant à donner certaines satisfactions aux plus raisonnables des revendications posées.

 

Le Voyage de Churchill aux U.S.A.

Devant la gravité des événements, à cause aussi des résistances du Congrès américain à la ratification de l’emprunt anglais, le Gouvernement travailliste n’a pas hésité à déléguer Churchill aux U.S.A.

On sait peu de choses des problèmes discutés. Tous sans doute l’ont été. On prête à Churchill le projet qu’il avait en 1940 après notre défaite proposé à la France –  d’une association des deux mondes anglo-saxons (au lieu d’une fusion des deux empires français et britanniques). Cela impliquerait la double nationalité pour tous les ressortissants anglais et américains et une commune politique internationale.

Churchill est trop averti pour se faire illusion sur les chances de succès du projet. Mais il prépare l’avenir pour que, en cas d’événements cruciaux, l’idée soit déjà familière. Le grand homme d’Etat sait que l’Angleterre n’est plus en état de suffire à sa propre défense, et que tôt ou tard, le bloc anglo-saxon devra se souder complètement pour survivre.

On voit le chemin parcouru depuis qu’une fusion franco-anglaise semblait devoir suffire à ses yeux pour faire contrepoids aux autres forces dans le monde.

 

La Chine

De violentes manifestations contre la Russie – chacun son tour – ont eu lieu en Chine du Sud pour réclamer la libération de la Mandchourie par l’armée rouge. L’unité chinoise semble en voie de réalisation. Il y aura encore des dissensions, certes, mais le nationalisme est en train de l’emporter sur le particularisme. Nous savons combien les Américains tenaient à ce résultat. S’ils ont plus ou moins sacrifié l’Europe à l’influence soviétique, c’est pour l’écarter d’Asie.

De temps à autre, et malgré des conflits apparents, une certaine entente secrète se révèle entre Russes et Américains. Il est peu probable que les Russes s’obstinent en Mandchourie. Ils ne se heurteront pas à fond avec les Etats-Unis, mais marchanderont quelques avantages stratégiques et économiques.

 

La Politique Russe

Des voix autorisées ont discuté à fond le problème russe : leurs conclusions ne diffèrent guère de nos commentaires.

L’opinion prévaut que Staline ne pousse pas à un conflit prochain : Bevin a dit, d’ailleurs, qu’un tel conflit lui semblait inconcevable. Les Russes veulent plutôt profiter au maximum des circonstances ; et sans courir le risque fatal, aller jusqu’aux limites du possible.

C’est avec un autre tempérament la politique même d’Hitler avant 39. N’oublions pas qu’en obligeant ses adversaires à des armements ruineux, en entretenant l’inquiétude et la misère, la Russie crée un climat favorable au travail idéologique intérieur. Il faut empêcher à tout prix le retour à la paix et à la prospérité, sinon la propagande tombe.

 

L’Affaire Espagnole

Les bêtises recommencent ; en 36, les Franquistes de France ont paralysé l’action du Gouvernement qui voulait et pouvait empêcher le fascisme de l’emporter. On mêle encore aujourd’hui politique extérieure et intérieure. Il ne s’agit pas de Franco, que chacun exècre. Mais connait-on les intentions profondes des Anglo-Saxons ? Nous exaspérons nos ennemis d’Espagne, dont plus d’un sera au pouvoir quand Franco n’y sera plus. Des ennemis, nous n’en avons nulle part plus que dans la péninsule, même parmi ceux que nous croyons amis.

 

Indochine

Terminons sur une note agréable : grâce à d’habiles diplomates et d’heureux soldats dignes des grands aînés, notre influence se rétablit rapidement en Indochine. Les Chinois ont promis, une fois de plus, de partir. Leurs généraux d’ailleurs ont, par leurs exactions, indisposé la population qui souhaite notre retour, et jusqu’au Viet-Minh qui perd pied et autorité sur les bandes qui terrorisent le pays.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-02-23 – Le Chemin de la Paix

 

La semaine internationale, abondante en événements qui concernent la France, a mis à jour des questions graves qui ne nous apportent pas les pensées optimistes auxquelles nous aspirons tous, auxquelles cependant on ne peut sacrifier la vérité.

 

La Question Syro-Libanaise à l’O.N.U.

Les protestations des Etats syrien et libanais portées devant le tribunal de l’O.N.U. contre le maintien des troupes Franco-Anglaises ont été presque exclusivement dirigées contre la France.

Bevin s’était absenté, laissant la parole à Sir Cadogan pour l’Angleterre. M. Cichnisky a soutenu vigoureusement la cause Syro-Libanaise, portant contre le gouvernement du général de Gaulle des accusations précises. La défense de M. Bidault, calme et modérée, a porté.

Le délégué soviétique, qui s’est servi de l’occasion pour user pour la première fois du droit de veto, n’en a pas moins essuyé devant l’opinion mondiale un échec qui ne fait que souligner d’ailleurs l’attitude hostile de l’U.R.S.S. à nos intérêts, en Proche-Orient en particulier, et à toute notre politique extérieure en général.

 

Le Problème de l’Unité Allemande

Plus grave est la double offensive menée conjointement par la Russie et les Etats-Unis contre notre opposition à un gouvernement central allemand.

On sent qu’en l’absence de tout appui, même anglais, après la note de M. Byrnes au gouvernement français, il est inévitable que nous cédions sur ce point. Nous n’en avons jamais douté.

Mais il y a plus : nous tenons de toutes nos forces, comme un intérêt vital pour notre sécurité, à l’internationalisation de la Ruhr et à l’autonomie des pays Rhénans.

Jusqu’ici, si nous avions rencontré des réticences, nous n’avions pas été en présence d’une hostilité déterminée ; l’Angleterre et les Etats-Unis avaient paru vouloir tenir compte, au moins dans une certaine mesure, de nos aspirations.

Mais la Russie, en dépit même de l’attitude très nette du parti communiste français en complet accord avec le gouvernement, revenant sur ses intentions premières favorables à l’internationalisation de la Ruhr, soutient la thèse des partis allemands, qui réclament l’indépendance et l’unité de ce qui sera le quatrième Reich.

Cette évolution, à laquelle nos lecteurs pouvaient s’attendre, met dans un jour cruel notre total isolement. Nous étions en droit d’attendre de l’alliance Russe le maintien de la sécurité française à l’Ouest, la double vigilance Franco-Russe devant tenir l’Allemagne dans une impuissance définitive.

Il n’en sera malheureusement rien. Les trois Grands, qui se disputent l’appui de la nouvelle Allemagne, ne consentiront pas, pour des raisons identiques, au démembrement de l’Allemagne.

Les Russes craignent, à la suite des élections qui ont eu lieu dans les zones américaine et anglaise, que la force allemande divisée ne soit en partie dirigée contre eux, et que l’attraction anglo-saxonne ne gêne leurs desseins dans la zone qu’ils occupent. Ils ne veulent pas que l’Allemagne de l’Ouest échappe complètement à leur contrôle.

De même, les Anglo-Saxons voient dans la reconstitution de l’unité allemande l’impossibilité de rétablir un certain équilibre européen.

Tout cela était latent et devient aujourd’hui évident.

 

Le Trusteeship et la Question Coloniale

Une autre menace non moins grave et dont nous avons suivi l’évolution est dirigée contre notre colonisation, et spécialement contre notre position en Afrique du Nord.

Le Gouvernement français avait bien vu que, si la Tripolitaine était définitivement enlevée à l’Italie, mise sous contrôle international par le système du Trusteeship et destinée à recevoir au bout de quelques années sont indépendance, c’était un état arabe qui se constituerait, aux portes de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc.

Comment notre autorité résistera-t-elle à ce voisinage ? Les Anglais, qui auraient pu nous aider, ont, comme on l’a vu, épousé complètement la cause arabe ; Russes et Américains veulent, les uns pour des raisons politiques, les autres pour des raisons économiques, que la porte soit ouverte et la concurrence libre dans ces pays. Notre souveraineté y est nettement visée.

Ajoutons à cela que la décision malheureuse, sur laquelle nous avions fait silence, d’établir dans nos colonies africaines de l’intérieur un régime de change spécial établissant entre la métropole et ces territoires une véritable barrière douanière compliquée de formalités et de restrictions, met en danger la solidarité morale de la France et de ses colonies.

C’est tout l’édifice de l’Empire français qui est ainsi en question. Un vaste mouvement d’union, de patriotisme et de bonne foi pourrait encore nous rendre assez de prestige pour retrouver des appuis. Il n’est que temps.

 

                                                                                                       CRITON