Criton – 1946-07-06 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-07-06 – Le Chemin de la Paix.

La diplomatie, pour justifier son existence, doit donner l’impression de faire progresser les questions à résoudre. La seconde Conférence de Paris a réussi à produire cette illusion de mouvement.

 

Trieste

On y est arrivé. Internationalisation à la manière de Dantzig avec une double différence : le statut est provisoire (dix ans), et au lieu d’un haut-commissaire, l’O.N.U. et, en fait, les trois Grands, veilleront au grain. Au fond c’est le statu quo habillé de neuf.

Après quelques incidents, comme il se doit, les menues questions concernant l’Italie ont été réglées. Brigue et Tende sont à nous. Molotof a fini par consentir !

Les Italiens ont crié comme écorchés. Ils ont gardé le style fasciste : on se serait cru sur la Plazza Venezia. En réalité, c’est une comédie destinée à parer à de plus graves amputations, en impressionnant les maîtres du monde et l’opinion internationale. Jusqu’au chantage : « Il ne faut pas que la jeune république stalinienne naisse sous le signe de l’humiliation ». Comédie.

 

Les Ministres  Hongrois à Londres

La Hongrie, deux fois vaincue, se meurt. Une inflation sans précédent (il y en a eu pourtant pas mal), une économie épuisée par les pillages allemands et les réquisitions russes. L’inflation – répétons-le, Français – le pire des maux sociaux, la peste économique, ruine tous les citoyens, sauf les voleurs (en Hongrie).

Les ministres, affolés, même les communistes, sont allés quêter du secours à Londres. On ignore les résultats. Le curieux de l’affaire, c’est que les Russes avaient autorisé, sinon favorisé, ce voyage …..

 

La Palestine

Ce vilain abcès palestinien commence à devenir grave. Là, comme ailleurs, la politique seule est responsable. Car Juifs et Arabes se haïssent depuis trop longtemps pour ne pas être habitués à se supporter. Les jeunes Sionistes, terroristes bien entraînés, s’en prennent aux Anglais qui n’y peuvent rien et dont la colère monte.

Devant la répression, le président Truman s’est vu obligé d’intervenir, ce que les Britanniques cherchaient à obtenir depuis longtemps.

On installera les 100.000 Juifs qui veulent goûter de ce paradis.

Les Arabes réagiront-ils à leur tour, ou le mystérieux grand Mufti, installé au Caire, on ne sait par qui, servira-t-il de médiateur ?

 

Extrême-Orient

Les Américains, en l’espèce le général Marshall, poursuivent en Chine une politique très active en collaboration étroite avec Tchang-Kaï-Chek. Les hostilités avec les forces communistes, arrêtées puis reprises, semblent enfin de compte fort près de s’éteindre pour de bon. Les Russes, de ce côté, font une pause, et le projet Marshall prévoit l’incorporation de l’armée communiste chinoise, réduite à 10.000 hommes, dans l’armée nationaliste ramenée à 50.000. Si le projet se réalise, l’armée rouge de Chine aura vécu.

 

Le Nouveau Japon

Nos lecteurs ont sans doute apprécié les articles parus dans Le Monde sur le Japon d’aujourd’hui.

L’auteur met l’accent sur la légèreté de ce peuple, qui passe en quelques mois de la lutte tendue à l’extrême à l’accablement de la défaite et du désespoir, pour retrouver dans l’imitation de la démocratie américaine une bonne conscience et un moral optimiste.

Légèreté certes, goût enfantin du nouveau, mais aussi comme on s’en souvient, au jour de la défaite, soumission religieuse au destin selon la foi bouddhiste. Si le destin changeait encore …

 

Bikini

Cette fameuse expérience a paru presque anodine après les frayeurs qu’elle avait suscitées. Faut-il s’en étonner ? Organisée par des marins, il eut été paradoxal que les navires ne trouvassent pas le moyen d’échapper. La flotte demeure une force à toute épreuve. Si bien qu’après l’énorme sensation d’août 45, la bombe rejoindra les gaz asphyxiants et les chars d’assaut de 1917, les raids de forteresses volantes de 43, dans les annales des engins de mort. La destinée de la planète n’en sera point changée et la guerre demeurera possible.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-06-22 – Tournant de l’Histoire Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1946-06-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La reprise de la Conférence de Paris marque un tournant de l’histoire diplomatique. Les commentateurs les plus qualifiés sont divisés sur l’issue. Optimistes et pessimistes s’appuient sur des faits importants. En tous cas, on peut s’attendre à une activité intense qui changera l’aspect des choses.

 

La Rentrée de Litvinov

Tant de fois annoncé, le retour aux affaires du vieux diplomate soviétique est un fait aujourd’hui. Il participera aux conversations. Nous avons toujours dit que le jour où il reparaîtrait signifierait que la politique russe cherche enfin un modus vivendi avec les Puissances anglo-saxonnes. Reste à savoir s’il vient en observateur et en conseiller, ou en négociateur véritable. Quoi qu’il en soit, sa présence marque un effort de « compréhension » comme l’on dit.

 

Les Intentions de Bevin

La toile de fond des débats actuels entre Russes et Anglo-saxons est la bombe atomique. On en parle peu, on ne pense qu’à elle.

On prête aux Américains, à la veille de la démonstration de Bikini, l’intention d’en parler, c’est-à-dire de proposer de mettre le secret au jour et d’internationaliser cette redoutable puissance. Elle serait mise à la disposition et sous le contrôle de l’O.N.U. en échange d’une véritable coopération internationale qui assurerait la paix définitive.

Il y aurait, bien entendu, beaucoup de conditions, et la première serait que le rideau de fer fût levé. Les Russes y consentiront-ils ? La seconde serait la reconstitution de l’unité allemande et la troisième l’évacuation de l’Autriche. Le reste suivrait par voie de conséquence.

 

L’Agitation à Trieste

Tandis que la Roumanie, en signe de détente, promet aux Anglo-américains des élections prochaines, la tension à Trieste augmente. On reparle d’un coup de force. Les Anglo-saxons amènent troupes et navires de guerre. Les Russes envoient une armée. Les Italiens réclament un plébiscite, et on échange des coups.

 

L’Affaire du Grand Mufti

Le grand Mufti de Jérusalem s’est envolé. Roman policier aux énigmes multiples. Les Anglais, tout en les blâmant de l’avoir sauvé, avaient insisté pour que les Français le gardent. Et ceux-ci l’avaient installé tout près de Marly !

Est-il en train d’intriguer à Damas, ou prisonnier sur un destroyer anglais ? Les Soviets ont-ils voulu remettre en circulation un ennemi juré de l’Angleterre ? Des Français rancuniers, chassés de Syrie, ont-ils voulu se venger des Anglais en leur jouant ce mauvais tour ? Les Américains n’auraient-ils pas besoin de sa présence en Proche-Orient pour éviter de se compromettre dans la question palestinienne ? Et ces Anglais eux-mêmes, ne s’en servirent-ils pas pour diviser un peu plus la Ligue pan-arabe, jouant de leurs ennemis pour mieux s’assurer de leurs amis ?

Nous sommes en Orient …. A la différence des romans policiers, on ne saura pas le mot de l’énigme.

 

Querelles Religieuses

Les milieux protestants des Etats-Unis, émus des progrès politiques de l’Eglise catholique, sont allés solliciter Truman, leur fidèle coreligionnaire – qui les en avait peut-être priés – de ne pas conserver après la signature de la paix d’ambassadeur au Vatican.

On sait que Roosevelt avait placé là un ami personnel, Myron Taylor. Truman a promis, et les protestants des U.S.A., hantés par l’éventualité d’un pape américain, sont partis rassurés.

Mgr Spelmann a protesté avec énergie contre cette opération mesquine qui risque d’être une faute politique aux conséquences étendues.

 

La Politique Intérieure Française

La plus grande discrétion est observée à Londres et à Washington sur les lendemains des élections françaises.

Au moment de la démission du général de Gaulle, nous avions dit que sa retraite n’était pas tenue pour définitive dans ces milieux. L’échec des Oui au référendum et l’affaiblissement du parti socialiste n’ont laissé aux Anglo-saxons aucune illusion sur le retour au pouvoir du Général.

Après avoir influencé d’une façon décisive la rédaction d’une seconde Constituante, il rentrera en scène pour l’appuyer et ralliera sans peine une forte majorité aux élections qui suivront le nouveau référendum, avec une popularité retrouvée.

Les Anglo-Saxons ont déjà tiré les conséquences de cet avenir quasi-certain, dont au surplus aucun observateur avisé ne doutait, pour peu que les circonstances s’y prêtassent. Et elles s’y sont prêtées comme sur commande.

 

Extrême-Orient

Au moment où nous émettions timidement l’espoir d’une paix en Mandchourie et en Chine du Nord, voilà que les hostilités reprennent entre nationalistes et communistes.

Voilà aussi que le Siam cherche devant l’O.N.U. à la France une querelle d’Allemand. Est-on bien sûr qu’il n’y a personne derrière pour l’y pousser ? Car le prestige français en Indo-Chine s’est rétabli bien vite ……

 

                                                                                                CRITON

Criton. 1946-06-15 – Diplomatie au Point Mort

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Le Courrier d’Aix – 1946-06-15 – Le Chemin de la Paix.

 

La diplomatie internationale est, pour l’heure, au point mort. Le discours Bevin dont on attendait des suggestions nouvelles a déçu. Il a senti probablement que le rôle de médiateur était pour l’Angleterre encore prématuré. De nouveaux efforts viendront des Etats-Unis. On les attend.

 

La Mission Russe en Argentine

Un fait, sinon nouveau, qui du moins a pris un caractère précis, ce sont les négociations entre l’U.R.S.S. et Perón.

Reprenant le rôle joué par Hitler et déjà par Guillaume II, la Russie cherche à s’introduire en Argentine, centre de la résistance sud-américaine à la domination yankee. Peu importe que Perón soit un dictateur à la manière de Franco.

Les Américains ont commis là-bas quelques fautes lourdes. L’Argentine a besoin d’appuis pour se libérer économiquement de l’omnipotence des U.S.A. Elle se défie de l’Angleterre, dont les intérêts dans le pays sont considérables et qui les défend avec ténacité. L’U.R.S.S. est une force neuve qui ne s’est pas encore installée.

Naturellement, on suit avec déplaisir cette évolution aux U.S.A.

 

La Situation en Mandchourie

En Asie, par contre, la position américaine grâce, dit-on, à l’habileté du général Marshall, s’est considérablement renforcée.

Après de multiples incidents, les Russes paraissent autant qu’on puisse affirmer quelque chose de l’Extrême-Orient, avoir évacué la Mandchourie, comme on devait l’avoir décidé à Yalta.

Les communistes chinois, plus ou moins battus militairement et affaiblis, se soumettent, apparemment du moins, à Tchang-Kaï-Chek. La nouvelle unité de la Chine semble se reconstituer après 12 ans d’épreuves, sous l’égide du gouvernement nationaliste, épaulé très fortement par les U.S.A.

Ce sont eux d’ailleurs qui ont détourné Tchang-Kaï-Chek de ses ambitions en Indo-Chine pour ne pas compromettre de bonnes relations avec la France.

Ces faits nous amènent à reprendre le fil des événements de ces deux dernières années.

 

Les Conséquences de la conférence de Yalta

Nous avons longtemps entretenu nos lecteurs dans l’idée qu’un accord secret entre Roosevelt et Staline s’était conclu, dont l’essentiel donnait aux Etats-Unis les mains libres en Extrême-Orient, tandis que la Russie dirigerait l’Europe orientale et occuperait une grande partie de l’Allemagne.

C’est devant cette transaction que s’est trouvée l’administration de Truman après la mort du Président. Celui-ci croyait à une entente russo-américaine, et surtout voulait en finir avec les rivalités européennes de l’Est, les Balkans et la Pologne surtout, source de perpétuels conflits.

Depuis sa mort, on s’est aperçu aux U.S.A., que le problème européen était un, qu’il dominait toute autre question et que la paix ou la guerre, qu’on le veuille ou non, se déciderait en fonction de l’Europe.

On s’est avisé en outre que le problème allemand, posé comme il l’était – et cela dès la Conférence de Potsdam – était non seulement insoluble, mais intolérable à la longue si les Russes ne cédaient point.

Mais les Russes n’ont point cédé et, en remplissant leurs engagements en Extrême-Orient et en Moyen-Orient, se sentent dans leur droit en proclamant pour l’Europe « J’y suis, j’y reste ».

Ainsi s’explique que jusqu’au voyage de Churchill, les Etats-Unis et la Russie donnaient l’impression d’une entente secrète dont les Anglais faisaient les frais.

Depuis, la situation s’est retournée et, en quelques rapides étapes, des discours de Churchill à la Conférence de Paris, le bloc anglo-saxon s’est ressoudé. La politique russe est devenue totalement négative. Toute ébauche de solution se heurte à son veto.

 

L’Evolution Politique en Europe

Contrairement aux espoirs anglais, qui avaient misé sur la Social-démocratie, c’est la démocratie chrétienne qui triomphe en Europe. Victorieuse aux élections en Italie, en France, en Belgique, en Hollande, en Autriche,dans les zones anglo-américaines d’Allemagne, la Slovaquie et en Hongrie même, occupées par les Russes.

Cette puissance de l’Eglise, Roosevelt l’avait longtemps estimée. Il avait entretenu avec le Vatican des rapports très étroits, et la vitalité du mouvement chrétien est appréciée aux Etats-Unis.

Les Russes ne l’ignoraient point et firent au Vatican la guerre que l’on sait, opposant au catholicisme l’église orthodoxe ressuscitée.

 

La Question Allemande

On se rend compte en Amérique comme en Angleterre, que le problème allemand est capital. En France, est-il besoin de le dire ? L’antagonisme des vainqueurs se concrétise actuellement sur un point :

Les Anglo-Saxons veulent une Allemagne fédérale à la manière des U.S.A., solution qui s’accorde avec l’histoire allemande. Autant d’Etats, autant de gouvernements.

Les Russes, au contraire, tout en refusant actuellement de refaire l’unité allemande sous un gouvernement central, préparent pour un avenir encore lointain, quand l’occupation étrangère aura pris fin, une république soviétique allemande, dont la fusion des partis ouvriers – social-démocrate et communiste – est la première étape.

Pratiquement ce sont deux Allemagnes qui se dessinent et peut-être un champ de bataille.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix

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Le courrier d’Aix – 1946-06-08 – Le Chemin de la Paix.

 

  1. Payot écrit : « Depuis l’échec de la Conférence de Paris, la situation internationale n’a fait qu’empirer, et si aucun événement nouveau ne se produit d’ici le 15 juin, la prochaine réunion s’ouvrira dans de bien mauvaises conditions … Peu à peu, l’idée s’implante qu’un conflit est inévitable et qu’il convient de s’y préparer ». Et il conclut : « L’histoire montre que la faillite de la diplomatie aboutit toujours à la guerre ».

On ne saurait mieux dire.

 

Les Incidents en Europe Orientale

Les Anglais, suivis ou précédés par les Américains, ont envoyé des notes énergiques aux Gouvernements « fantoches » de Pologne, d’Albanie, de Roumanie et de Yougoslavie.

Protestation à Tirana contre le bombardement de deux cuirassés anglais par les batteries albanaises.

Note très sèche au Gouvernement Groza qui, en Roumanie, ne tient aucune de ses promesses : ajournement sine die des élections, poursuites contre les libéraux et le parti paysan, maintien de la censure politique, refus de fournir du papier aux journaux d’opposition, voies de fait contre les adversaires politiques, terrorisme policier, etc.

Pour le Gouvernement Tito, il s’agit du sabotage organisé contre l’administration militaire anglo-américaine en Vénétie Julienne : campagne de presse, excitations populaires, incidents légers qui entretiennent la suspicion, sabotages des secours de l’U.N.R.R.A., etc.

Plus sérieuse encore est la tension entre Anglo-Saxons et le Gouvernement polonais. On sait que les Américains ont annulé le prêt de 90 millions de dollars à ce pays. Les Soviets ont répliqué par un accord financier russo-polonais, dont certains détails restent secrets. Il confirme, si besoin est, la quasi-annexion de la Pologne aux Soviets. Le rideau de fer est plus hermétique que jamais.

 

L’Autriche et le Danube

Les malheureux Autrichiens, occupés, rançonnés, tout comme les Hongrois, réclament leur libération.

Les Américains s’intéressent particulièrement au problème autrichien. Un traité de paix est prêt pour eux.

Mais les Russes ne veulent rien entendre. Enfin le monopole qu’ils se réservent de la navigation sur le Danube, a eu pour résultat de paralyser complètement le trafic sur le fleuve entre la Tchéco-Slovaquie et l’Autriche.

 

La Politique Russe

Alors qu’on pouvait jusqu’ici se demander où l’U.R.S.S. voulait en venir, on peut, semble-t-il, s’en faire l’idée aujourd’hui.

La Russie, intransigeante sur toutes les questions en litige, se refusera à toute concession. Partout où elle s’est installée, elle se cramponnera farouchement. Par contre, elle ne fera plus rien vraisemblablement pour soulever de nouvelles questions ; l’apaisement de l’affaire persane paraît l’indiquer ; en Mandchourie, en Turquie, de même.

La Russie, qui sent la nécessité de se défendre sur le plan moral, va prendre une attitude défensive. Toute tentative de résoudre un problème européen sera présentée comme une atteinte des pays capitalistes à la sécurité de l’état prolétarien.

L’offensive sera menée uniquement par la propagande. Les récentes élections en Tchécoslovaquie, et aussi en France, ont déjoué les pronostics. Les partis prosoviétiques, puissamment organisés, munis de subsides énormes, maîtres en l’art d’impressionner les masses, ont tenu leurs positions. Cette hypothèque politique sur les pays qui sont géographiquement hors d’atteinte peut avoir des conséquences primordiales en cas de conflit. Aussi les Soviets y mettent-ils le prix.

 

La Réplique Anglo-Saxonne

Les résultats électoraux, et en général l’infiltration psychologique, inquiètent les Anglo-Saxons plus que les  offensives diplomatiques.

Ils ne sont pas absolument à l’abri d’une désagrégation interne : grèves, sabotages, espionnage. Il faut reconnaître, en en souriant un peu si l’on compare la politique anglaise et américaine avec celle de 1919, avec quelle énergie MM. Bevin et Byrnes mènent aujourd’hui contre la Russie le jeu que leurs prédécesseurs, après Versailles, ont si mollement joué.

A ce moment-là, les Rockets et autres V2 n’existaient pas. La France et d’autres étaient là pour recevoir les premiers coups et permettre de voir venir. Aujourd’hui, Londres et New-York sont virtuellement sous un feu qui passerait à quelques lieues au-dessus de Paris … Cette menace, ils n’attendront pas qu’elle se précise, soyons-en sûrs.

 

Les Elections Françaises

On avait beaucoup misé, à Londres, sur un succès socialiste. On voyait se nouer autour du Gouvernement travailliste de Londres la chaîne des social-démocraties européennes.

Le vieux cheval est devenu poussif. En Italie, en Allemagne, en France, les masses se détournent des politiciens usagés.

Notons que la presse anglaise a fait un accueil chaleureux aux déclarations de M. Schumann, qui fit remarquer que le véritable pendant du travaillisme anglais était, non la S.F.I.O., mais le M.R.P., chrétien et national comme lui, un peu trop national peut-être pour la politique britannique.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-05-25 – La Politique Américaine

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-25 – Le Chemin de la Paix.

 

Tout ce qu’on peut dire pour ne pas désespérer, c’est que les négociations continuent. Les diplomates anglo-saxons ont dû, parait-il, faire appel à leur légendaire patience pour ne pas claquer les portes. Mais ces négociations, qui dureront tant que durera la paix, ne seront probablement qu’une façade.

 

La Politique Américaine

On sent s’ébaucher dans la coulisse anglo-américaine un statut mondial qui englobera tous les pays que la Russie n’occupe pas : statut politique et économique. Aucune entente n’étant possible avec les Soviets, puisqu’on ne peut les déloger par la force, on leur abandonnera provisoirement toutes leurs conquêtes, tout en entretenant dans les pays asservis par eux une cinquième colonne, comme celle que les Russes entretiennent chez leurs amis et adversaires.

La période qui s’ouvre est celle de la guerre sans combat. Durant cette phase, trois tâches s’imposent aux Anglo-Américains :

D’abord, harmoniser leurs relations mutuelles économiques, militaires et politiques. Ce fut le prêt des Américains aux Anglais, les accords entre dominions et la métropole sur la défense impériale, ceux entre le Canada et les Etats-Unis, entre le Canada et Terre-Neuve relatifs à la défense des lignes polaires.

Secundo, une vaste réorganisation militaire, dont Américains et Anglais avaient un urgent besoin, car la bombe atomique ne suffit pas à gagner une guerre.

Enfin, une mise au point de leurs relations avec les autres pays : on a vu les Anglais régler leur position à l’égard du monde arabe. Ils vont s’efforcer conjointement avec les Etats-Unis, après les élections du 2 juin, de mettre au point leurs relations avec la France. Entre temps, les questions pendantes, la Palestine, le statut de l’Inde, recevront une solution provisoire. Une paix de facto avec l’Italie, à laquelle est associée la France, maintiendra la péninsule dans l’orbite anglo-saxonne. L’alliance anglo-grecque est resserrée ; des vaisseaux de guerre modernes sont offerts aux Hellènes pour leur défense.

Partout on met de l’ordre, en vue des luttes de demain.

 

La Guerre Civile en Iran

Bien qu’on s’efforce de minimiser les combats d’Azerbaïdjan, c’est une véritable guerre qui s’engage entre Peschevari et les Soviets d’une part, et le Gouvernement d’Ispahan, guerre à l’orientale, faite d’intrigues, d’embuscades, de pauses et de coups de force. Cette bouche volcanique ne s’éteindra pas de sitôt.

Les Soviets savent qu’ils ont un an devant eux avant que leurs adversaires soient en mesure de les arrêter. Nul doute qu’ils n’en profitent.

 

Le Problème Allemand

Aucune solution n’a pu être envisagée pour l’Allemagne à la Conférence de Paris. Malgré l’insistance de la France pour obtenir un règlement des frontières occidentales et du statut de la Ruhr, solutions auxquelles les Américains se seraient volontiers prêtés, les Anglais ne veulent pas que la question soit posée.

Plus que jamais, les intérêts français et anglais s’opposent sur la question allemande. Voici pourquoi.

 

Un article du « Times »

Le Times, dans un article qui a fait sensation, a comme d’habitude, lâché le mot de l’énigme. En substance, il signifie ceci :

Puisqu’il n’y a pas de chance d’entente avec l’U.R.S.S., que l’unité allemande ne peut se constituer, coupons l’Allemagne en deux : regroupons les trois zones française, américaine et anglaise en un seul pays. Donnons à ce pays les moyens de vivre et de s’équiper et, ce qu’on n’ajoute pas, faisons-en un allié qui pourra jouer dans la guerre de demain un rôle de premier plan.

On voit dans ce ballon d’essai du Times pourquoi l’Angleterre retarde toujours la solution des questions allemandes et s’oppose aux projets français sur la Sarre et la Ruhr ; se servir de l’Allemagne pour rétablir l’équilibre européen.

 

Les Elections Tchécoslovaques

Les Tchèques vont voter, et ce n’est un mystère pour personne que, depuis l’occupation du pays par l’armée rouge, le parti communiste a fondu.

Les troupes russes ont évacué le territoire, mais à la veille des élections, des régiments de l’armée rouge, sous prétexte de relève, traversent les principales villes du pays. Ce rappel discret de la puissance soviétique fera réfléchir les électeurs – Ah ! Les méthodes de feu Hitler ont été perfectionnées !

 

Le problème alimentaire

Comme nous l’avons dit, le problème alimentaire – est-il ou n’est-il pas aussi grave qu’on le dit ? – a un large aspect politique.

A la suite d’une nouvelle déclaration de Staline, qui annonce la suppression des restrictions alimentaires en U.R.S.S., Truman lui a écrit pour lui demander d’aider les Nations-Unies à sauver l’Europe de la famine. Staline a répondu qu’il avait déjà disposé de ses ressources, et la Russie est absente de toutes les réunions qui se multiplient sur les problèmes de ravitaillement.

La propagande et le prestige moral des Anglo-Saxons se servent largement de cette carence et la soulignent. Car la charité, elle aussi, est une arme. ……

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-05-18 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-18 – Le Chemin de la Paix.

 

Impression très confuse, cependant meilleure. Que s’est-il passé dans les tête-à-tête de Paris ? La Conférence, à la veille d’une rupture, s’est prolongée. On croit sentir une hésitation chez les Russes ; chez les Américains, on parle de crise ministérielle ; diplomate et hommes politiques en désaccord, ces derniers avec Atcheson, voulant qu’on s’entende avec les Russes.

Sur les grandes questions débattues, on ne sait rien de définitif. Nous allons donner cependant quelques indications qui ne sont encore que des hypothèses.

 

La Question d’Egypte et les Colonies Italiennes

Le Gouvernement anglais a annoncé qu’il avait décidé, en accord avec les Ministres de Dominions, l’évacuation militaire de l’Egypte – sensation – pas pour demain, bien sûr, mais en principe. Pratiquement il faudra pour déplacer les installations quelques cinq ans ! Voilà pour le monde arabe une satisfaction majeure.

Oui, mais …  on apprenait le lendemain que la question des colonies italiennes avait reçu un projet de solution. La France, l’Italie et l’Angleterre y trouveraient leur compte : la Tripolitaine resterait sous mandat italien, comme nous le désirions, avec supervision de l’O.N.U. La Cyrénaïque serait sous mandat anglais dans les mêmes conditions, en sorte que, tandis qu’ils évacueraient la base navale d’Alexandrie, les Anglais s’installeraient à Tobrouk, base beaucoup plus sûre et profonde, la plus belle de la Méditerranée orientale. Nous avions toujours pensé que, malgré les promesses de ne chercher aucun agrandissement territorial, les Anglais n’abandonneraient pas Tobrouk.

Par une fiction du même genre, les Anglais s’attribuent la Somalie italienne et la province éthiopienne adjacente de l’Ouganda. Les Abyssins, en compensation, recevraient une partie de l’Erythrée, avec le port d’Assab, situé à quelques milles au Nord de Djibouti. Voilà qui nous plaît moins. Car en raccordant Assab au chemin de fer Djibouti-Addis-Abbeba, le trafic éthiopien ne serait plus tributaire de Djibouti, et le port perdrait toute valeur économique.

 

La Sarre

En compensation, on nous accorde la Sarre. La solution envisagée comble nos espoirs, car le territoire et ses mines seraient pratiquement français. Les habitants désavouant le plébiscite organisé en 1935 par Hitler avec la complicité de Laval, demandent la nationalité française : un nouveau plébiscite s’impose, et rapidement.

Sur la Ruhr, évidemment, le point de vue anglo-saxon l’emporte. Il est possible d’ailleurs qu’il n’en soit pas ainsi. L’indépendance de la Ruhr, politiquement détachée du Reich, aurait été pleine de dangers, et à la longue une source de difficultés et de déceptions.

Qu’auraient obtenu en échange les Russes ? Probablement des concessions dans la question du Danube.

Restent les problèmes du Dodécanèse et de Trieste. Nous ne serions pas surpris, bien qu’on n’en ait jamais parlé, que la ville devienne un jour une ville libre, comme le fut Dantzig, avec contrôle et occupation de l’O.N.U., et port franc en même temps, ce qui permettrait de lui conserver un hinterland assez large, sans trop mécontenter Italiens et Yougoslaves, et autoriserait les Anglo-Saxons à y maintenir des forces. Nous verrons.

 

L’Attitude Russe

On apprenait en même temps que les négociations entre l’Azerbaïdjan et la Perse étaient rompues, et que le Gouvernement de Téhéran refusait de laisser entrer en fonction la mission économique russe prévue par l’accord récent des deux pays. Ici encore les Anglo-Saxons s’entendent pour demeurer fermes.

Les Russes ont-ils compris que leur cause perdait partout du terrain ? Ils n’ont pas davantage répondu à un appel des Arabes pour solliciter leur intervention en Palestine. Sagesse ou prudence ? Les Américains ont-ils avancé des arguments décisifs ?

En tous cas, les expériences militaires ne chôment point : essais de fusées, d’avions à réaction, de bombes atomiques vont se succéder, tandis que les négociateurs de la grande Conférence de la Paix, en juin ou juillet se rassembleront.

 

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Criton – 1946-05-11 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-11 – Le Chemin de la Paix.

 

Les négociations internationales se sont poursuivies activement, sans résultat appréciable. L’atmosphère de suspicion mutuelle s’est plutôt épaissie et rien ne fait prévoir un accord.

 

La Conférence de Paris

L’essentiel des pourparlers se déroule dans le secret. Les Russes cherchent à obtenir, par un marchandage concret, des satisfactions sur certains points essentiels comme celui de Trieste.

Les Anglo-Saxons veulent un accord général sur chaque point litigieux traité séparément. Il est hors de doute qu’ils n’entendent pas abandonner Trieste au maréchal Tito.

Sur la question des colonies italiennes, les Anglais se retranchent derrière la promesse faite pendant la guerre aux Senoussis, arabes de l’Afrique du Nord, de ne pas retomber sous la domination italienne. Ils désirent, pour plaire aux Arabes, une Tripolitaine indépendante.

Mais l’opposition des Etats-Unis et de la France leur donnera la faculté de se rallier à la proposition américaine d’un trusteeship de l’O.N.U. sur ces colonies.

Cette solution prévaudra probablement. Elle aura pour les Anglo-Saxons l’avantage d’éluder la présence des Russes en Afrique du Nord.

Les Russes cèderaient moyennant compensation sur un autre point. Mais leurs adversaires sont intransigeants.

 

La Question Allemande

Pour donner plus de poids à sa politique, Byrnes s’est fait accompagner des deux sénateurs les plus influents de la Commission des Affaires Étrangères : Connolly et Vandenberghe.

Appuyé par eux, représentant les deux partis, Démocrate et Républicain, il a lancé son projet de contrôle de l’Allemagne pendant vingt-cinq ans, ce qui signifie que l’Amérique entend manifester sa présence en Europe pendant ce temps.

Cette installation durable de la puissance des E.U. n’est pas du goût des Russes. Elle a été fraîchement accueillie en France et en Angleterre, où l’on désirerait que l’Europe soit rendue aux Européens.

Dans de remarquables articles du « Journal de Genève », Georges Blun, envoyé spécial à Berlin, décrit la compétition des Trois Grands pour s’assurer la faveur des Allemands. Il explique les manœuvres de l’Angleterre pour conserver à l’Allemagne son unité et la disposition de ses ressources industrielles, en particulier la Ruhr, par le désir de maintenir aux exportateurs anglais de charbon les débouchés qu’ils avaient en France et en Belgique, de ne pas perdre en l’Allemagne une cliente importante, et de se servir de cette puissance pour maintenir l’équilibre européen qui fut toujours la politique anglaise. D’où l’opposition britannique renforcée par les Ministres des Dominions aux projets français.

Sur les Russes, Blun écrit : « Les gens du Kremlin sont des maîtres et il faut être naïf pour mettre sur le compte de leur méfiance native ce qui n’est que tactique. Moscou s’efforce de mettre fin, en les escamotant, à l’existence des partis purement communistes qui servaient d’épouvantails en les refondant dans les creusets socialistes consacrés … ». « Leur but est d’instituer la dictature de la classe ouvrière et de soviétiser l’Allemagne tout entière ».

 

Le Referendum Français

Les résultats étaient attendus sans passion par les Anglo-Saxons. D’abord, parce qu’ils ont décidé une fois pour toutes que les querelles intérieures de la France sont vaines et incompréhensibles ; ensuite et surtout parce que, dans la situation financière actuelle de la France, ils savent bien qu’ils tiennent les ficelles. Quel que soit le gouvernement, il ne pourrait rien, privé de matières premières et de crédit.

Dans le Monde européen, au contraire, l’événement a eu un retentissement considérable. On a surtout remarqué que ce sont les masses ouvrières elles-mêmes qui ont fait triompher le « Non ». Révolte, dit-on, de l’individualisme français contre la tyrannie syndicaliste que certaines grèves avaient déjà manifestée.

A Moscou, les dirigeants ont toujours considéré l’ouvrier français comme le plus bourgeois du monde. Ils l’ont toujours méprisé.

A Londres et à New-York, on y voit le signe du déclin de l’influence soviétique. Les Anglais surtout espèrent que ce vote facilitera la cohésion des socialismes occidentaux qu’ils cherchent à rassembler pour en faire un bloc idéologique contre les Soviets.

Il est certain, dit-on, que l’Europe libre refoule rapidement les apprentis dictateurs que Moscou cherchait à installer. Le revirement de la politique française est hautement significatif.

 

Le Procès de Nuremberg

L’interrogatoire du docteur Schacht a éclairci un point d’histoire : C’était en avril 37, après la fameuse entrevue Lansbury-Hitler. On était en pleine guerre d’Espagne, et les Travaillistes anglais menés par Henderson, espéraient sauver la paix par des concessions aux Allemands. C’est alors que Léon Blum offrit à Schacht la restitution des colonies allemandes pour apaiser le Führer. Les Conservateurs anglais, alors au pouvoir, paraissaient consentir. Mais l’affaire tourna court. Le souvenir, néanmoins, est à méditer ….

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1946-05-04 – La Conférence de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-05-04 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de la Paix promet d’être longue. Plus d’éclats de voix. On revient au secret, et s’il y a rupture, on pourra amortir le choc.

 

La Conférence de Paris

On est entré en pourparlers avec une extrême prudence. D’abord les problèmes anodins pour créer une ambiance favorable : la flotte italienne, les réparations.

Du côté américain, on prévient qu’on est décidé à mener ferme le jeu, et du côté russe, à certains indices, on semble se rendre compte que l’heure des précautions est venue.

Cependant, le discours du 1er mai de Staline rend un son peu agréable : « l’U.R.S.S est menacée par un complot des forces réactionnaires dans le monde. La sécurité du pays impose la vigilance. Il faut travailler à forger de nouvelles armes, renforcer la discipline … », etc. …

Je voudrais que ceux de nos lecteurs qui nous soupçonnent de partialité aient pu écouter la Radio russe le 1er mai. Les plus prévenus n’auraient pu échapper au malaise : Danton en 1791 et Hitler en 1939, n’ont pas prononcé de discours plus enflammés. On verrait d’où vient l’exaltation belliqueuse.

  • * * * * * * * *

En fait, les problèmes aigus ne tarderont pas à venir en discussion. Trieste d’abord, les colonies italiennes qui nous intéressent tant. Notre point de vue a peu de chance d’être entendu.

Les Américains, très habilement, veulent obliger l’U.R.S.S. à faire connaître son avis sur les frontières occidentales de l’Allemagne. On sait que l’U.R.S.S. veut éviter de se prononcer avant les élections françaises, pour ne pas affaiblir la position de ses candidats chez nous.

Les Anglais, pour d’autres raisons, ne tiennent pas à se presser.

Des élections municipales ont eu lieu en Allemagne, en zones anglaise et américaine. Les démocrates-chrétiens l’emportent haut la main. Les communistes ne dépassent pas 5%.

En zone russe, à quelques lieues, ils atteignaient 47%. Il est vrai qu’on a rouvert les camps de concentration.

 

La Conférence de Londres

A Londres, les représentants des dominions au complet discutent avec le Cabinet britannique de la sécurité de l’Empire.

En prévision de la guerre atomique, les industries militaires anglaises seront déplacées aux quatre coins de l’Empire avec leur personnel. Les grandes lignes de l’action diplomatique seront arrêtées en commun.

Jamais la solidarité des Dominions avec la mère patrie n’a paru si forte.

 

La Situation Intérieure Anglaise

Malgré la popularité de M. Bevin, l’opinion paraît déjà lasse de la direction socialiste. L’alignement de maisons neuves toutes pareillement laides, le nivellement par le bas des revenus, le rétrécissement du secteur privé de l’économie. Cette égalité des destins choque en l’Anglais cet amour de l’aventure, ce goût des espoirs brillants qu’ils nomment « l’opportunity ». C’est elle qui fait les peuples forts.

La lutte pour la vie consacre l’inégalité des talents, brise les limites médiocres de l’horizon social.

On craint que ce régime de fonctionnarisme égalitaire ne mène l’Angleterre, déjà blessée, à la décadence.

 

L’Attitude Américaine

« Il faut enfoncer le rideau de fer », dit-on aux Etats-Unis. Le problème le plus aigu sera l’évacuation de l’Autriche, demandée par les Américains, première étape de la libération de l’Europe.

Les Russes paraissent décidés à s’y opposer ; ce serait un premier recul. Cependant, les Autrichiens veulent revenir à la communauté européenne.

Pourra-t-on négocier ? Parmi les diplomates anglo-saxons chargés des pourparlers avec les Russes, la lassitude est générale de discuter avec des gens qu’on ne convainc jamais, qui remettent tout en question à chaque étape.

Cependant, après un moment d’inquiétude, les Finlandais ont pu traiter avec l’U.R.S.S. comme l’avaient fait les Hongrois. La note était très modérée. L’existence nationale des deux pays ne paraît pas menacée. Tout dépend de la suite qu’y donneront les Soviétiques.

On évolue pratiquement vers un régime de paix séparées entre les vaincus et chacun des deux blocs rivaux.

 

Le Jugement Palestinien

Il est bien dangereux de s’efforcer d’être impartial et de dire à chacun ses défauts. Nous en savons quelque chose.

Les experts qui viennent de publier leur jugement sur le problème palestinien ont mécontenté tout le monde.

Les Arabes sont furieux, et menacent de se révolter. Les Juifs trouvent leurs droits méconnus.

Le résultat probable sera de nouveaux troubles. Mais, comme les Américains veulent en finir avec toutes les agitations, où qu’elles se manifestent, il est probable qu’ils préparent sous le couvert du Trusteeship leur présence militaire.

Tout le monde en sera calmé.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-04-27 – Un Calme Apparent Demeure

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-27 – Le Chemin de la Paix.

 

Un calme apparent demeure. Mais des faits légers révèlent l’antagonisme des rivaux.

 

A l’O.N.U.

Pour ou contre, le maintien à l’ordre du jour de l’affaire persane, la discussion fut rude et passionnée ; la France, soit dans un esprit de conciliation, soit pour répondre à certaines réticences d’outre-Atlantique, a cru devoir soutenir le point de vue russe.

Cette attitude a été très commentée et personne n’a approuvé. Dans l’état de tension des esprits, le rôle d’arbitre présente des dangers, surtout quand on est faible.

 

La Disette alimentaire

C’est le spectre de la famine qui a occupé le gros plan. Une vaste enquête, une organisation d’effort collectif, un assaut de générosité pour aider les peuples en danger ; humanité certes, politique aussi.

Seule jusqu’ici, la Russie s’est refusée à un effort. Elle a bien cédé du blé à la France contre or comptant, mais n’a rien fait pour la Pologne, pays officiellement ami et allié où, d’après le président Hoover, la situation alimentaire est la plus tragique.

C’est le moment choisi par les Soviets pour supprimer en Russie la carte de pain et ouvrir partout de nouvelles boulangeries. Les Anglo-Saxons ont très amplement exploité cette carence. Ils croient avec raison que, en définitive, les grands événements de l’histoire sont déterminés par des facteurs spirituels, et qu’en créant en faveur de leur initiative une solidarité morale, ils fortifient leur position. Ils ont toujours très habilement associé l’action charitable et l’influence politique.

Dans tous les pays où l’attitude morale et religieuse des gouvernants compte, cette aide aux affamés organisée par les Anglo-Américains, contrastant avec l’égoïsme russe, a fait une impression dont, en France où le sens moral est si affaibli, on ne mesure pas l’ampleur.

 

La Conférence de Paris

La réunion des ministres des affaires étrangères s’ouvre dans une ambiance de pessimisme total.

D’un côté, les Américains n’ont pas caché qu’ils envisageraient un échec, de l’autre, les Russes annoncent la veille de la Conférence qu’ils ont signé avec la Hongrie un traité d’amitié et de collaboration, ce qui devait être l’objet des conversations.

 

Les Affaires Allemandes

C’est toujours la fusion socialo-communiste qui agite les esprits. Les députés travaillistes anglais sont allés à Berlin apporter leur réconfort aux sociaux-démocrates, toujours aux abois.

Côté Russe, on fait espérer que, si l’Allemagne se donne au nouveau parti, elle récupèrera une partie des territoires de l’Est promis aux polonais, que la Ruhr resterait allemande ; sinon, on appuierait la France.

D’ailleurs, en prévision des prochaines élections françaises, auxquelles les Russes attachent une grande importance, on évitera tout ce qui peut paraître opposer ces deux pays, après ….

C’est pourquoi les Soviets ne se sont pas prononcés sur le problème Ruhr-Rhénanie bien que leurs intentions en soient pas douteuses …..

 

Un Nouvel Orage

Nous avons dit que les nuées s’amoncelleraient l’une après l’autre.

Après l’Espagne, nous voyons poindre l’Islande ; les Russes ont évacué avec quelque bruit l’île danoise de Bornholm à l’entrée de la Baltique, et prié les Américains d’en faire autant en Islande. Ceux-ci au contraire renforcent leurs bases dans l’ile pour contrecarrer la « menace polaire » que les Russes feraient peser sur les U.S.A.

Du même coup, une brusque campagne, presse et radio, s’est ouverte contre le bloc scandinave. Une conférence, purement économique d’ailleurs, s’était tenue à Oslo.

Les Russes ont feint d’y voir un complot. Ils accusent les sociaux-démocrates suédois inspirés par l’Angleterre, d’intriguer contre eux. Ils arguent de poursuites anti-communistes en Finlande, de camouflage de nazis en Norvège, et de sentiments antirusses des réactionnaires paysans danois.

Cette campagne prépare peut-être une nouvelle action en Finlande. Le ton presque amical à l’égard de ce pays est devenu soudainement agressif ….

 

Une ténébreuse affaire

Toujours entre le marteau et l’enclume, la politique française s’est mis sur les bras un encombrant personnage : le grand Mufti de Jérusalem, ennemi mortel des Anglais, nazi cent pour cent, propagandiste et compagnon d’Hitler et de Goebbels.

Sa situation de chef religieux lui donnait beaucoup d’autorité, et il a créé de gros embarras aux Anglais en Orient pendant la guerre. Ce personnage s’est réfugié quelque part chez nous, et s’y trouve bien.

Les Anglais n’osent pas le réclamer comme criminel de guerre pendant qu’ils négocient avec les musulmans de l’Inde et les autorités égyptiennes. Tout en blâmant notre attitude, ils ne sont pas fâchés, au fond, d’éviter un souci.

Mais les Américains, surtout les milieux juifs (car le Mufti voulait les exterminer tous) sont indignés de cette protection.

Sans doute pense-t-on ici qu’un otage n’est pas de trop si l’on veut prévenir la guerre sainte un jour ou l’autre en Afrique du Nord, et qu’un bienfait peut se retrouver.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1946-04-20 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1946-04-20 – Le Chemin de la Paix.

 

Après les grandes représentations publiques de l’O.N.U., voici l’heure des conversations. Les trois grands se réunissent en la personne des Ministres Byrnes, Bevin et Gromyko. Il s’agit de préparer les traites de paix avec les satellites de l’axe. Les États-Unis ont averti que, si l’on ne pouvait aboutir, ils signeraient des traités séparés. On prévoit que ce sera le cas pour l’Italie. De l’Allemagne, malgré les insistances de la France, il ne sera pas question.

 

L’Attitude Américaine

Plus que jamais, les paroles officielles, toujours optimistes, contrastent avec les pensées de plus en plus sombres : l’idée s’implante dans tous les esprits qu’il n’y aura jamais de paix entre le monde Anglo-Saxon et le Soviétique. « La guerre n’est pas finie », dit Eisenhower.

Cette conviction est grave, car si l’Américain, au contraire de l’Anglais, change facilement d’humeur, il ne revient pas plus que lui sur des opinions bien arrêtées. Un article de M. Gilson paru dans le Monde, et qui a fait grand bruit, montre cette évolution rapide de l’opinion américaine.

 

Préparatifs militaires

Sitôt après la victoire, nous l’avons vu, l’armée américaine a subi une crise.

Toutes les secousses données à l’opinion, l’affaire d’espionnage atomique, les discours Churchill, les débats de l’O.N.U. visaient à faire d’abord accepter la conscription. On a agité tous les épouvantails.

Aujourd’hui, c’est l’invasion russe par la voie du Pôle Nord.

Le but est atteint, dépassé même. L’armée se reconstitue et l’on se dit : « S’il n’y a pas moyen de travailler en paix, autant cogner tout de suite tant qu’on est le plus fort ».

 

L’Armée Anders

Partout, côté Russe ou Américain, manœuvres, fortifications, construction de matériel.

De source Suisse, des plus sérieuses, on apprend que les usines allemandes d’armement travaillent à plein pour livrer des V2 et des Taïfun.

Enfin, fait significatif : tandis que les officiels polonais liés à Moscou accusent les Anglais de conserver et d’entraîner l’armée polonaise du général Anders en Italie, voilà que les Etats-Unis offrent à ces mêmes polonais de s’engager dans l’armée américaine. Au bout de trois ans, ils seront citoyens des Etats-Unis. Cette mesure s’étendrait aux soldats yougoslaves de Mikhaïlovitch, aux Russes, Baltes, Autrichiens, Hongrois fugitifs ou déserteurs. A court d’effectifs, les Américains recrutent des mercenaires, comme les Anglais. Et les amateurs ne manqueront pas.

 

Les Réactions Russes

Les hôtes du Kremlin sont trop avertis pour s’y tromper.

Ils ont longtemps ménagé les Américains : cependant, Gromyko et Byrnes ont échangé des mots aigres.

Où cela mène-t-il ?  Nous espérons encore que les Russes, après avoir profité au maximum des circonstances, trouveront une voie de repli qui leur permettra de se poser en champions de la paix.

Le danger est que les choses n’aient pris trop de vitesse. Les chefs alors hésitent quand déjà ils ne sont plus capables de retenir.

Au cas où l’on aboutirait au pire, que se passerait-il ?

Après avoir donné de solennels avertissements, les Américains poseraient des conditions en quelques points à la Russie. L’un d’eux comporterait l’évacuation de toutes les terres non Russes dans le monde, d’autres viseraient la sécurité collective et le désarmement.

En cas de refus, ce serait une démonstration de force, un formidable coup de poing. Après quoi on ne peut rien dire ….

 

Le règlement Allemand  et la Politique Anglaise

Bien entendu, hors la France, tous s’entendent à ajouter indéfiniment le problème allemand.

Le charbon ne nous arrive pas ; on sait à quoi il sert. Le différend entre M. Gouin, qui voulait céder sur le fond, et M. Bidault qui maintient toutes nos exigences, a convaincu les Anglais qu’une entente avec la France n’était pas opportune : on s’en tiendra aux bonnes paroles.

Par contre, le ralliement des forces du socialisme en Europe continue avec vigueur. C’est M. Schumacher, chef de la Social-Démocratie allemande, ardent défenseur de l’unité allemande et anti-communiste, qui est invité à Londres.

Des Sociaux-démocrates bulgares, autrichiens, hongrois, polonais, intriguent également. C’est pourtant un bien mauvais cheval que cette vieille social-démocratie : elle a capitulé partout. Devant chaque dictature, divisée, dispersée, elle s’est tue ou s’est ralliée aux nouveaux maîtres. Son histoire n’est qu’une suite d’abandons.

En Russie, c’est la chute de Kerenski. En Italie, trahisons et reniements, hymnes à Mussolini. En Allemagne, c’est l’acceptation joyeuse de la guerre de Guillaume, l’évanouissement devant Hitler. En France, devant Pétain. Jetons un pudique voile … En Angleterre même, si nous avions la cruauté de publier les discours des ministres travaillistes d’aujourd’hui en 1936 et après Munich !

Pourquoi compliquer de querelles idéologiques une rivalité classique d’impérialismes ?

 

                                                                                                CRITON