Criton – 1949-04-16 – Les Lendemains du Pacte

ORIGINAL-Criton-1949-04-16  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-04-16 – La Vie Internationale.

 

Les Lendemains du Pacte

 

Comme on s’y attendait, la signature du Pacte Atlantique a été suivie immédiatement d’un accord des trois occupants sur le statut de l’Allemagne. Dans l’ensemble, aussi bien en Allemagne même qu’en France, la fin du provisoire et ses controverses interminables entre alliés a été accueillie avec soulagement. Les Allemands y voient un premier pas vers la conquête de leur souveraineté, bien qu’elle soit encore fort restreinte, et une promesse d’intégration de l’Allemagne dans la communauté occidentale. Les Français apprécient que leur droit de veto ait été reconnu dans les trois questions essentielles qui leur tiennent justement à cœur : la démilitarisation de l’Allemagne, le contrôle du potentiel de la Ruhr et de la répartition des réparations. Pour le reste la France a dû céder aux désirs américains : le fédéralisme germanique ne sera pas aussi fâché que nous l’aurions souhaité et les pouvoirs du Gouvernement central un peu trop étendus. Il est visible qu’à l’usage, ils le seront davantage. Il eut été toutefois déraisonnable d’exiger dans l’époque présente que se reconstitue au cœur de l’Europe une poussière d’états quasi indépendants. Une telle solution ne serait pas durable. La pression des nécessités politiques et surtout économiques aurait ramené tôt ou tard le Reich à l’unité. Il est sans doute préférable que cette unification ne se fasse pas par la force des Allemands eux-mêmes.

Si la constitution qui s’élabore si péniblement à Bonn tient suffisamment compte des droits des Lander, on peut espérer que l’Allemagne se trouvera bien d’un certain fédéralisme et que les états particuliers s’emploieront à le préserver. A tout prendre, la solution qui vient d’intervenir n’est pas définitive. On prévoit qu’elle sera révisable dans dix-huit mois.

 

Qu’en Pensent les Allemands ?

En dehors des communistes qui parlent du régime colonial appliqué à l’Allemagne, l’opposition au statut vient des socialistes qui ne veulent pas entendre parler de fédéralisme, exigent un gouvernement central puissant et la nationalisation des industries de la Ruhr.

Dans l’ensemble, les Allemands sont plus satisfaits qu’ils ne le disent. D’abord parce qu’ils ont le goût des règlements bien définis et ils sentent, qu’à défaut de droits souverains, qu’ils sont sortis du règne du bon plaisir. Ensuite, ils sont satisfaits d’avoir enfin certaines activités où ils ne seront plus contrôlés par les puissances occupantes en particulier, la presse et l’édition. Enfin, ils apprécient  l’espoir qui leur est offert d’une amélioration progressive du statut. Ce qui par contre les affecte le plus c’est de n’avoir pas de représentation à l’étranger, signe essentiel d’un état libre.

En fait, le problème allemand est pour le moment, et pour longtemps encore, un problème secondaire. L’essentiel, et M. Schuman l’a bien compris, est de conserver inscrit le droit de s’opposer à une résurrection de la puissance militaire allemande et de se garantir contre les faiblesses toujours possibles des autorités américaines, si un jour le problème essentiel, le conflit avec la Russie soviétique, était de façon ou d’autre résolu.

C’est au-delà de cette échéance, qui ne saurait être très lointaine, qu’il faut voir. Le danger Russe disparu, il ne faut pas que l’Allemagne retrouve sa prépondérance dans la nouvelle Europe libérée. Et c’est à ce moment-là qu’il faut craindre que les Etats-Unis, libres de soucis militaires, ne se désintéressent du sort de l’Europe et rentrés chez eux, ne voient l’Allemagne d’un œil confiant. Il faudra alors, mais alors seulement, que la France conserve des droits suffisants pour que sa vigilance s’exerce efficacement.

 

La Marche des Evénements

Le Pacte Atlantique et l’accord de principe sur le statut d’occupation ont fait dans le monde grande impression : celle d’une détermination puissante en face de l’impérialisme soviétique. L’énorme budget militaire américain qui vient d’être voté par le Sénat, le prêt-bail pour l’armement des pays européens, tout cela s’impose comme une machine en marche contre laquelle tout ne pourra que se briser.

Les Russes ne s’y sont pas trompés et on devine qu’ils hésitent devant la conduite à tenir.

 

L’Orientation de Moscou

Le blocus de Berlin sera-t-il levé ? Il n’est plus pour l’U.R.S.S. qu’une gêne ; son intérêt serait de négocier la levée du blocus contre l’autre blocus que les Alliés ont dressé en Allemagne devant la zone soviétique d’occupation et qui réduit l’industrie de cette région à l’impuissance et au chômage. S’engager dans des négociations, comme les Américains les y invitent, serait évidemment pour les Russes un aveu de défaite et une perte de prestige.

Mais dans l’état présent de désordre et de faiblesse économique où se trouve l’Allemagne de l’Est et les pays satellites de l’U.R.S.S., ce serait une mesure de sagesse et d’opportunité dont les maîtres du Kremlin ne sont pas incapables. Ils sentent bien en effet, que s’ils ne font pas le premier pas, la guerre deviendra inévitable et qu’elle sera pour eux un désastre.

 

Perspective

On n’a pas de peine à imaginer ce qui va se passer dans un avenir plus ou moins proche. Etant donné l’état d’esprit qui règne en Allemagne orientale, et surtout en Tchécoslovaquie où 90% maintenant de la population est contre le régime de Gottwald et de Zapotocki, les Etats-Unis pourront au moment voulu donner à Prague le signe de la révolte. Le gouvernement communiste sera balayé. Pour sauver leurs créatures, les Soviets seront contraints d’entrer armes à la main, mais les Etats-Unis s’y opposeront. Ce sera un véritable ultimatum. Et devant l’effort victorieux des Tchèques pour leur libération, l’opinion du monde soutiendra les Américains. Alors, si les Russes reculent, les autres satellites, les uns après les autres, se soulèveront et s’en sera fait du glacis édifié par les Russes en Europe.

Pour éviter un effondrement de ce genre, on s’attend à Washington à une démarche soviétique en vue d’un règlement, tout au moins du problème de Berlin. Reste à savoir si les exigences américaines ne dépasseront pas les concessions que les Russes se disposeraient à faire. Nous serions surpris s’ils n’essayaient pas quelque chose. Staline n’est pas Hitler. Il n’a pas le goût du suicide.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-04-09 – Le Pacte Atlantique

ORIGINAL-Criton-1949-04-09  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-04-09 – La Vie Internationale.

 

Le Pacte Atlantique

 

Le Pacte vient d’être signé avec toute la solennité désirable. Chaque participant y est allé de son discours pour en exalter les mérites. Cependant, sans parler des Communistes qui le combattent, il ne manque pas d’esprits sérieux aux Etats-Unis, et surtout en France, pour en contester l’efficacité. Cela vaut une mise au point.

Le gouvernement américain ne peut prendre aucun engagement sans l’appui très large de l’opinion. On se rappelle par quel travail patient le président Roosevelt amena ses concitoyens en 39-41 à accepter d’aider les Alliés par le prêt-bail et les habituer à l’idée qu’ils devraient un jour se battre eux-mêmes. C’est avec la même persévérance, des campagnes de presse savamment menées, que Truman aujourd’hui impose au peuple américain des obligations militaires que dans l’histoire les Etats-Unis il n’avait jamais assumées, qu’il répugnait profondément d’assumer.

 

Controverse

Cependant, dans un article très remarqué du « Monde » M. Gilson croit utile de mettre l’opinion française en garde contre des illusions.

« Le bon vouloir du département d’Etat, dit-il, n’est pas en cause, mais il a devant lui le Sénat. Nous ne devons pas oublier qu’un président des Etats-Unis nous fit jadis cadeau d’une Société des Nations dont son peuple refusa de faire partie. Nous nous souvenons de la folle confiance que Clémenceau, mal informé des pouvoirs du Sénat américain, mit dans la promesse que Wilson lui avait faite de garantir la France contre une invasion possible. C’est encore de là que vinrent toutes les difficultés d’application du traité de Versailles. Tout Français est désormais inexcusable d’ignorer qu’un traité avec les Etats-Unis n’engage pas nos amis d’un pouce au-delà des engagements qu’eux-mêmes ont signé, ni du sens précis qu’ils leur donnent. Si ces engagements ne nous suffisent pas, c’est avant de signer qu’il faut le dire. Après, il sera trop tard. ».

Et auparavant, M. Gilson notait que le Pacte laisse chaque nation et naturellement les Etats-Unis libres de décider : a) si une attaque s’est réellement produite ; b) s’il convient ou non d’y répondre par les armes ; c) si l’attaque menace effectivement la sécurité de la zone atlantique.

Nous nous permettons de ne pas partager l’avis de notre éminent maître. Les Etats-Unis ont précisément compris les erreurs fatales qu’ils ont commises en 18 et en 39. Ils ont évolué. Ils se sont rendu-compte que par leur faute, la guerre d’Hitler n’a pu être évitée, et ils veulent sans restriction épargner au monde, si possible, un troisième conflit. Ils en font non seulement une question d’intérêt propre mais une question morale, et même religieuse. Leur mission est de préserver la paix. Car ils savent qu’ils détiennent la seule force qui le puisse faire. Les temps sont vraiment changés, et les clauses restrictives en apparence que le pacte contient, ne signifient pas que les Etats-Unis se réservent une échappatoire, mais que les circonstances d’un conflit peuvent être si complexes qu’une obligation automatique de recourir aux armes serait d’une rigueur absurde et contraire à l’intérêt général en une matière aussi grave. Ils prévoient que le cas doit être délibéré et jugé d’un accord commun, ce qui est fort raisonnable.

Mais le Pacte, à notre avis, ne contient aucune restriction mentale, et la détermination de recourir aux armes, si l’U.R.S.S. attaque un des signataires du Pacte, est libre de toute condition. Mettre cette résolution en doute serait paraître soi-même nourrir des restrictions et se réserver le droit de retirer son épingle du jeu ce qui dans le cas envisagé serait folie. Il serait très dangereux de donner une telle impression et d’éveiller des doutes. Il faut donc considérer le pacte comme un fait sans précédent et qui exprime justement une résolution que les erreurs du passé ne devront pas être commises. Les votes prochains du sénat américain confirmeront que l’engagement pris l’est sans réserve.

 

Côté U.R.S.S.

L’U.R.S.S. n’a fait que prendre position contre le Pacte, et en dehors des notes diplomatiques de pure forme, on ne devine pas encore la riposte ni même, s’il y en aura une. L’U.R.S.S. est en effet aux prises avec des difficultés croissantes dont la principale est une révolte de plus en plus forte des peuples satellites, malgré les épurations qui se succèdent.

 

En Bulgarie

C’est en Bulgarie que le torchon brûle. Dimitrov se débat avec une opposition ouverte. L’exemple de Tito, sa résistance jusqu’ici efficace aux ordres du Kominform a partout des échos. Il a fallu arrêter le vice-président du Conseil Kostov, deux ministres et 300 hauts fonctionnaires considérés comme hostiles aux ordres de Moscou.

En Tchécoslovaquie, la grève perlée des masses ouvrières met en échec les projets du gouvernement et on devine parmi ses membres des dissensions qui pourraient bien amener une vague d’épuration. Les masses en veulent à la Russie de les avoir privées des bénéfices du plan Marshall et de piller et de vider leur patrie au lieu de leur fournir de l’aide. Tito a cité des chiffres : les marchandises livrées à l’U.R.S.S. par la Yougoslavie l’étaient au dixième de leur prix de revient, et les fournitures Russes rares et de mauvaise qualité, fort au-dessus du prix mondial. L’opposition à la tutelle de Moscou a des raisons économiques encore plus que sentimentales. On ne pardonne pas au bolchévisme d’accentuer la misère, tandis que de l’autre côté du rideau l’abondance renaît. Si bien qu’on peut dire déjà sans paradoxe que le communisme fait plus de tort à la cause révolutionnaire qu’il ne la sert et qu’il est de toute évidence l’instrument de la politique russe plutôt que de la libération des travailleurs.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-04-02 – Remue-Ménage

ORIGINAL-Criton-1949-04-02  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-04-02 – La Vie Internationale.

 

Remue-Ménage

 

Tant aux Etats-Unis qu’en U.R.S.S. des changements de personnes et de postes, ont modifié la disposition, sinon la politique des milieux dirigeants.

En U.R.S.S., cela semble signifier que l’action diplomatique a pris fin, que l’action directe commence. Une révision des tactiques communistes parait aussi à l’ordre du jour de la réunion plénière du Kominform au quartier général russe près de Berlin. Là aussi, les militaires diplomates comme Sokolovski sont remplacés par des soldats, de même qu’à Moscou le maréchal Boulganine a cédé la direction de l’armée au général Vassilevski.

Aux Etats-Unis, ce sont les militaires diplomatiques qui partent. Clay en Allemagne et Forrestal le ministre de la défense inféodé au parti militaire. De part et d’autre, on cherche plus de cohésion et d’unité dans l’action.

 

Le Pacte

Le Pacte de l’Atlantique va être signé. Seul le Portugal n’a pas encore fait connaître sa décision. Franco et Salazar ont discuté, l’Espagne cherchant à retenir le Portugal pour maintenir l’unité diplomatique et militaire de la péninsule ; l’adhésion du Portugal au Pacte est considérée à Madrid comme un moyen de pression trop direct sur l’Espagne.

 

Finlande et Yougoslavie, Grèce

Mais l’intérêt se porte surtout sur la Finlande et la Yougoslavie. L’adhésion de la Norvège au pacte est envisagée à Moscou comme une menace qui ne peut rester sans réplique. Il faut que le rideau de fer tombe sur la Finlande pour que les troupes Russes puissent s’installer aux frontières Norvégiennes. L’U.R.S.S. cherche un prétexte pour se débarrasser du ministère Fagherholm. Nul doute qu’il ne le trouve.

L’action contre Tito n’a pas encore pris une tournure décisive. Le Maréchal se défend à l’intérieur par des épurations massives. Il a reçu des Etats-Unis le pétrole et les outillages que les satellites de Moscou lui refusent.

D’autre part, la volonté russe d’établir, aux dépens de la Grèce, une Macédoine indépendante a provoqué une scission parmi les communistes grecs et de nombreuses défections parmi les rebelles, qui par ailleurs ne reçoivent plus l’aide yougoslave : L’armée nationale grecque est aussi beaucoup plus forte que l’an passé et une action directe des bulgares représenterait un effort militaire considérable. Les choses en sont là.

 

L’Allemagne

L’organisation de l’Allemagne occidentale ne va pas toute seule. Un conflit assez vif a éclaté entre les représentants allemands chargés de rédiger la Constitution de Bonn et les autorités alliées. Les Américains ont rejeté le projet allemand et des avertissements sévères ont été adressés aux chefs de parti. D’autre part, l’accord Franco-Anglo-Américain sur l’Allemagne et sur le statut d’occupation n’est pas encore réalisé. Les Français veulent éviter à tout prix une centralisation du pouvoir en Allemagne et ne veulent pas qu’après la fusion inévitable des trois zones, le commandement français soit soumis à la décision anglo-américaine, c’est-à-dire à la loi de la majorité. Ils veulent que les décisions soient unanimes, ou qu’on ne change rien. Il ne semble cependant pas possible que ces discussions s’éternisent ; la réunion à Washington à l’occasion de la signature du Pacte Atlantique, de MM. Schuman, Bevin et Acheson fait prévoir qu’on aboutira à des résolutions définitives. Le statut de l’Allemagne occidentale ne peut plus attendre si l’on veut faire face à la menace Russe sur tous les fronts et incorporer l’Allemagne à l’unité européenne. On a l’impression que dans les deux camps on cherche à stabiliser les pions et à se trouver face à face sur des positions précises. On n’aura plus alors qu’à se dire : se battre ou s’entendre.

Sur ce point capital, il est difficile de se prononcer. Evidemment, le mouvement profond des événements va vers une tension de plus en plus raide des attitudes respectives. Les portes de la discussion se ferment les unes après les autres comme au sujet du blocus de Berlin et du traité avec l’Autriche. Partout on arrive au point mort et l’on renonce à se parler.

Par ailleurs la course aux armements va s’accélérant de part et d’autre. Les manœuvres se répondent ; les Russes en Allemagne exercent leurs troupes ; les Alliés combinent leurs exercices sur terre et sur mer. Tout se passe comme toujours quand on va vers la guerre. Les préparatifs se précipitent tandis que les conversations perdent tout intérêt. Il ne semble pas sûr cependant que les Russes aient renoncé à une nouvelle et plus retentissante offensive de paix. Nous ne serions pas surpris, d’après certains propos de la Radio soviétique, qu’une manifestation spectaculaire de Staline ne soit sous roche, et pour tacher de ressaisir la faveur de l’opinion mondiale, et aussi pour gagner du temps et troubler la résolution américaine. Mais il est à craindre que le moment de l’apaisement ne soit passé. Les Anglo-Saxons ont trop répété que l’on ne pouvait accorder aucune confiance à l’U.R.S.S. pour se laisser ébranler par un geste d’apaisement. Ils seront cependant obligés, bon gré, mal gré, d’y répondre.

 

En Extrême-Orient

Comme tout le faisait craindre, la collusion des communistes chinois et des partisans d’Ho-Chi-Minh est chose faite. Notre frontière du Tonkin est sérieusement menacée et nos effectifs là-bas sont faibles et irremplaçables. On ne peut les renforcer davantage. La pression va s’accentuer dans une région heureusement assez montagneuse où les mouvements d’ampleur sont impossibles. Il faudrait que nous soit fourni d’urgence un matériel assez puissant pour contenir l’avalanche. Les Etats-Unis s’y prêteront-ils ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-03-26 – La Fin de la Peur

ORIGINAL-Criton-1949-03-26 pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-26 – La Vie Internationale.

 

La Fin de la Peur

 

Le Pacte

Le Pacte de l’Atlantique est prêt. Il va être signé. Les Etats-Unis, pour la première fois dans l’histoire, se chargent d’assurer la paix mondiale. Le ministre Acheson, félicité par Truman, a accompagné la publication du pacte d’avertissements tout à fait nets à l’Union Soviétique. Un avion abattu dans le couloir aérien de Berlin serait un acte d’agression. Un coup d’état fomenté par une minorité dans un des pays signataires, appellerait une intervention armée si le gouvernement menacé faisait appel aux Etats-Unis. Un pas de plus et ce serait la guerre. On est fixé à Moscou.

Les termes du pacte néanmoins sont conçus de telle manière qu’ils laissent aux pays intéressés la liberté de juger s’ils sont ou non attaqués. Il prévoit des consultations ; une riposte armée ne serait pas automatique. Le Congrès américain aurait à se prononcer ; mais tout cela est procédure. La détermination des Etats-Unis de bloquer définitivement l’expansion soviétique est aussi claire que possible. Et l’électeur et les élus, dans leur ensemble, approuvent.

La portée de l’événement est incalculable. C’est l’acte le plus important depuis la chute de la première bombe atomique, et pour donner au pacte une efficacité réelle, un prêt-bail pour l’armement des pays européens, va être payé par le contribuable américain.

Que de chemin parcouru depuis 1940 !

 

La Réplique Russe

On se rend mieux compte de la signification des changements survenus dans le personnel et les fonctions du Politburo. Comme nous le disions, il ne s’agit pas d’un tournant dans la politique soviétique. Simplement l’action diplomatique ayant perdu toute importance, puisque les ponts, de ce côté, sont coupés entre l’U.R.S.S. et le bloc occidental, on confie la direction des affaires étrangères à un sous ordre, Vychinski. C’est au Kominform que revient l’action proprement dite. Dans quelle direction et par quels moyens va-t-elle s’exercer ? D’abord liquider Tito à tout prix, car il constitue un danger, non seulement dans son propre pays, mais par la contagion de l’exemple et de la propagande qu’il mène, un obstacle à la mise au pas complète des pays satellites. Il a des partisans partout. Il faudra donc frapper à la tête.

Un second point gêne le Kremlin. La Finlande n’est pas sous sa coupe. Des attaques quotidiennes visent le premier ministre accusé d’entretenir des relations secrètes avec les impérialistes anglo-saxons ; il y a la Norvège qui maintenant a passé dans leur camp. Pour surveiller la Norvège et intimider la Suède dont le Chef d’Etat-major est aussi pris à partie, il faudra sans doute occuper et maîtriser la Finlande.

Troisièmement, la Perse. Depuis l’attentat manqué contre le Shah et le procès contre le parti pro-soviétique Tudeh, les moyens politiques ne peuvent plus réussir. Les Américains et les Anglais tiennent fortement la place. Il faudra employer la tactique révolutionnaire. On est assez inquiet à Téhéran.

Mais des trois pointes de l’action soviétique c’est celle qui vise Tito qui semble la plus menaçante. On est assez pessimiste – en particulier en Turquie d’où la situation est mieux observée que d’ailleurs – sur les capacités de résistance du dictateur yougoslave. Il a beaucoup d’ennemis à l’intérieur ; sa popularité est le fait d’une minorité appuyée par un groupe militaire de partisans. Serbes et Croates ne sont pas disposés à se faire tuer pour lui. Ils n’ont pas grand-chose à perdre ; un régime soviétique ne serait pas pire pour eux que celui du maréchal. Tout dépend du loyalisme sur lequel il peut compter et de l’aide militaire qu’en cas de conflit les Américains lui accorderont.

 

Espagne

On sait que depuis longtemps des négociations plus ou moins secrètes se trament entre Franco et les U.S.A. La presse soviétique a révélé ce que la presse américaine ne dit pas. Outre le prêt de 200 millions de dollars, on s’attend à ce qu’une aide très large soit fournie à l’Espagne qui traverse des jours difficiles. En échange, le pays serait inclus en fait dans le système défensif américain en Méditerranée. Octroi de bases, fournitures aux Etats-Unis de matières premières stratégiques, réorganisation des forces militaires de la péninsule et construction d’aérodromes de large capacité ; amélioration du réseau ferroviaire et routier, tout cela est plus ou moins en train. Mais pour ne pas froisser les susceptibilités des pays démocratiques et de l’opinion américaine, on agira en silence et le statut international de l’Espagne ne sera pas modifié.

 

Conséquences du Pacte

Bien qu’il fût escompté, le pacte n’a commencé d’agir dans les esprits que depuis quelques jours ; on en a compris la portée. Venant à point nommé quand l’aide Marshall donne des résultats évidents, que l’économie et la finance des pays européens jusqu’ici chancelants se rétablissent manifestement et avec une rapidité surprenante. Le recul du communisme n’est pas seulement inscrit dans les statistiques électorales. Il a cessé d’effrayer ; on le combat ouvertement. On sait qu’une force incommensurable le tient en respect, qu’une garantie efficace s’étend sur des pays désarmés qui se savaient à quelques jours d’attente des hordes soviétiques. La fin de cette grande peur qui a commencé avec la prise de Berlin par les Russes en 45, va permettre un retour à l’équilibre moral et après quelques remous inévitables et salutaires dus à la fin de l’inflation, le retour de la prospérité.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-03-19 – Le Pacte Atlantique et les Balkans

ORIGINAL-Criton-1949-03-19  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-19 – La Vie Internationale.

 

Le Pacte Atlantique et les Balkans

 

Tandis que les négociations relatives au pacte de l’Atlantique vont leur train, une nouvelle menace se dessine sur les Balkans. Les Russes d’autre part accélèrent la mise au pas de tous les restes d’opposition dans les pays satellites avec une hâte singulière.

Une nouvelle phase de la guerre froide continue.

 

La Macédoine

Voilà que le problème macédonien, de triste mémoire, redevient d’actualité. Depuis la disgrâce de Markos accusé de complicité avec Tito, on devinait que l’U.R.S.S. avait un nouveau plan. Il s’agit de reconstituer sous l’égide de la Bulgarie de Dimitrov, fidèle aux Soviets, un mouvement pour l’indépendance de la Macédoine. En fait, ce serait enlever aux Yougoslaves et aux Grecs leur portion de ce pays et réunir le tout sous le contrôle bulgare.

Ainsi la Bulgarie, c’est-à-dire les Soviets, auraient accès à la Mer Egée et du même coup amputant la Yougoslavie d’une partie de son territoire reprendraient un contact direct avec l’Albanie actuellement isolée et qui n’est ravitaillée par les Soviets que par un précaire pont aérien. Le projet serait réalisé par des bandes macédoniennes et les partisans grecs réarmés par Dimitrov. Mais il faut pour cela affronter Tito dont l’armée est solide et les Grecs d’Athènes soutenus par les Anglo-Saxons. Cela peut-il se faire sans une guerre ouverte entre les trois pays ?

 

Le Traité Autrichien

Par ailleurs, les négociations relatives au traité avec l’Autriche sont au point mort. Les Russes cherchent à faire échouer les négociations, car la paix signifierait le retrait des troupes russes d’Autriche qui surveillent Tito. Les Soviets ont manœuvré de telle sorte qu’ils ont soutenu les revendications yougoslaves sur la Carinthie.

Tito qui était prêt à renoncer ne pouvait plus le faire sans paraître auprès de ses sujets abandonner les ambitions nationales et se soumettre à la volonté des Anglo-Saxons. Thème magnifique de propagande qui eut été utilisé par les Soviets. Tito est donc obligé de maintenir ses prétentions auxquelles France, Angleterre et Etats-Unis s’opposent et le traité est ajourné.

En outre, des incidents de frontière éclatent quotidiennement entre les yougoslaves et les hongrois et roumains. Un encerclement militaire menace Tito qui a dégarni la frontière de Trieste pour porter ses forces en Macédoine. L’affaire en est là.

 

L’Espagne

Pendant ce temps, les Etats-Unis achèvent d’organiser la ceinture d’états libres. L’Islande, après le Danemark et la Norvège adhère au Pacte Atlantique. L’Italie, malgré l’agitation politique, va suivre. Reste l’Espagne, le moment est particulièrement opportun pour amener Franco à la raison : une sécheresse sans précédent afflige la péninsule. Plus d’eau, plus d’énergie : les usines chôment, les blés sont secs. Une crise de chômage et la famine menacent le pays, d’autant que les relations économiques avec l’Argentine sont redevenues difficiles à cause de la situation financière critique du gouvernement Perón. Il faut des secours, c’est-à-dire des dollars pour sauver Franco d’une situation inquiétante. Les négociations avec les Etats-Unis sont actives. L’Espagne est une position de première importance sans laquelle la fédération de l’Europe occidentale serait incomplète.

 

A Moscou

La série de remaniements parmi les dirigeants du Kremlin paraît le signe d’une réorganisation brutale d’un édifice économique qui laissait fort à désirer. Le budget soviétique a été publié : les sommes affectées à l’armement sont en augmentation sensible. Les autres chapitres témoignent d’un effort plus intense du rééquipement encore fort en retard, surtout pour l’industrie lourde, instrument militaire.

Dans l’ensemble, les progrès accomplis en U.R.S.S. cette année, malgré le travail forcé et les camps de main-d’œuvre constitués de prisonniers, sont inférieurs à ceux qu’a réalisés la Grande-Bretagne par exemple. Ils ne sont pas négligeables, cependant il est certain que le potentiel militaire de l’U.R.S.S. s’accroit. Le ministre américain de la guerre a donné des indications alarmantes sur les possibilités d’une guerre bactériologique. Propagande, espérons-le.

De leur côté, les anglais paraissent avoir trouvé le moyen de parer à la menace des sous-marins soviétiques dont les plans ont été pris aux Allemands et qui par leur nombre et leur efficacité constituent une menace d’importance pour la marine marchande alliée, en cas de guerre : Partout la recherche scientifique d’engins de destructions est fiévreusement poussée.

 

Palestine

La lutte entre Juifs et Arabes donne périodiquement lieu à de nouveaux incidents. Mais on sait depuis plusieurs semaines qu’ils ne peuvent rien avoir de tragique. Hier Israéliens et Transjordaniens étaient aux prises devant le port d’Akaba que tiennent les Anglais. Un armistice a été conclu à temps.

Reste le problème de Jérusalem dont les uns tiennent la ville haute et les autres la basse, et dont les Anglo-Saxons veulent faire une ville internationale. La paix définitive semble proche de ce côté. L’Egypte a conclu la paix avec Israël : Abdullah qui veut annexer la Palestine arabe à sa pauvre Transjordanie est pressé de traiter malgré l’opposition toute théorique des autres états arabes. Israël a été reconnu par 49 nations. La cause est entendue.

 

En Chine

La Chine nationaliste a un nouveau premier ministre de tendance socialiste, qui avec l’appui des Anglo-Saxons va essayer de faire la paix avec les communistes. Tchang-Kaï-Chek est définitivement éliminé. Mais les négociations demeurent difficiles et les communistes préparent un nouvel assaut sur le Gyang-Tse, dit-on. Les intrigues politiques sont compliquées, il convient d’attendre.

 

                                                                                  CRITON

 

 

 

Criton – 1949-03-12 – Autour d’un Départ

ORIGINAL-Criton-1949-03-12  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-12 – La Vie Internationale.

 

Autour d’un Départ

 

Nous énumérions samedi la série impressionnante de récents échecs de la diplomatie soviétique. Le résultat n’a pas manqué : Molotov a été démis. Jamais événement aussi considérable n’a donné lieu à des commentaires plus contradictoires. Les uns y voient un limogeage pur et simple ; d’autres une promotion vers le trône de Staline. Un fait est certain : s’il avait réussi, Molotov serait encore en place. Est-ce à dire que la politique soviétique va changer ? C’est peu probable.

Vychinski qui succède à Molotov et Gromyko qui va le seconder ne sont que des agents d’exécution. Le vieux procureur est une sorte de Goebbels, fanatique et demi fou, ivre de discours et d’arguments baroques. Il n’occupe aucun rang dans la hiérarchie du parti et n’est pas admis dans le conseil des treize. Y a-t-il comme le prétend Truman des dissensions dans ce comité ? C’est probable, mais si l’on y réfléchit présentement la politique russe n’a pas le choix des moyens ; la guerre, c’est trop tard ; il fallait envahir l’Europe il y a quinze mois, comme le voulait Jdanov. Faire un geste vers la Paix, endormir la vigilance occidentale et ralentir le réarmement américain ; trop tard aussi. Le bolchévisme est démasqué.

Quoiqu’ils fassent aujourd’hui les Soviets n’arrêteront pas le destin ; l’Europe ne peut pas demeurer asservie à cette dictature déjà trop usée. Soit par un coup de massue, soit par une révolte des peuples esclaves, soit par dislocation interne du régime, la Russie restera dans ses frontières un jour.

 

La Politique Américaine

L’adhésion de la Norvège au pacte atlantique suivie à n’en pas douter de celle du Danemark est un gros succès pour Acheson. Ce succès n’a été possible que par la communication secrète faite par les Américains aux intéressés, des énormes progrès militaires réalisés par les Etats-Unis. La supériorité des armements anglo-saxons est aujourd’hui beaucoup plus considérable qu’en 1945.

Loin de rattraper son retard dans le domaine technique, la Russie ne fait que l’accentuer. Si d’ailleurs les Soviets tentaient aujourd’hui une politique d’apaisement, elle n’aurait aucune chance d’être prise au sérieux. Les Anglo-Saxons ont fait leur opinion comme ils disent et n’y reviendront pas. Ils pousseront leurs préparatifs jusqu’au bout. L’U.R.S.S. est un adversaire de mauvaise foi avec lequel on ne négocie pas parce qu’il n’a pas de parole, par conséquent un ennemi, quoiqu’il fasse. Dans ces conditions, que les Russes connaissent bien, la politique de Molotov a des chances de continuer ; guerre froide d’un côté, offensive de paix toute verbale destinée à la propagande de l’autre, et agitation révolutionnaire accrue dans tous les pays.

 

Nouvelles Tactiques

Après l’échec des grèves, l’accueil assez frais des déclarations Thorez-Togliatti et Cie auprès des masses populaires patriotes, le Kominform essaie d’autres moyens : le sabotage technique fait par des spécialistes entrainés à cet effet et ayant pour but de paralyser l’économie des pays du plan Marshall pour faire échouer celui-ci. En Italie, l’autre méthode s’appelle la non-collaboration : les ouvriers de certaines usines limitent leur effort au geste strictement requis, ce qui a pour effet de réduire la production de 20% et d’augmenter d’autant le prix de revient. Le vent tourne cependant même en Italie : les Socialistes de droite viennent de voter l’adhésion au Pacte Atlantique, ce dont on doutait.

 

Tito

Le point névralgique en Europe est toujours la Yougoslavie. Moscou craint par-dessus tout Tito et l’esprit Titiste. Il y a longtemps qu’on cherche à l’abattre soit par assassinat, soit même par la guerre. Il ne serait pas étonnant qu’une expédition militaire russe ait lieu à la fin du printemps.

Le risque est gros pour l’U.R.S.S. mais l’enjeu aussi est d’importance. Il est certain que des mouvements de troupes soviétiques ont lieu en direction de la frontière serbe. D’autre part, l’accord entre les Etats-Unis et Tito n’est plus un mystère. L’embargo sur les armes et les matières premières stratégiques est levé. Les Etats-Unis aideront Tito à résister par tous les moyens. Le jeu est dangereux, on n’oublie pas Seraïeno. Mais cette considération n’arrêterait pas Staline. Entretenir la peur, c’est de bonne guerre.

 

En chine

Il est difficile de savoir comment évolue la situation : il ne semble pas qu’on se batte encore beaucoup, et des négociations de paix se poursuivent. Ceux qui les mènent ont-ils quelque qualité pour cela ? Tchang-Kaï-Chek qui refuse d’abdiquer semble bien discrédité. Les communistes paraissent déjà divisés entre eux et on parle même de quelques disparitions mystérieuses parmi les dirigeants. La question est particulièrement préoccupante pour la France à cause de l’accord entre Mao Tsé Toung et Ho Chi Minh. Le communisme chinois allié au communisme indochinois ferait peser sur nos frontières du Tonkin une menace que rien ne pourrait écarter. En Extrême-Orient, heureusement, il ne faut jamais croire à un événement fatal. Un hasard opportun vient toujours changer la face des choses et le résultat est toujours la guerre civile et la confusion : c’est ce qui se passe en Birmanie, ce qui a failli se passer au Siam. A la faveur du désordre, on peut toujours espérer se maintenir. Cela semble être actuellement la politique des U.S.A. et, en un autre sens, celle de l’U.R.S.S. Tout le monde craint une Chine unifiée.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-03-05 – ” E “

ORIGINAL-Criton-1949-03-05  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-03-05 – La Vie Internationale.

 

«  E »

 

La semaine a été décevante pour la diplomatie soviétique.

A la conférence de Londres où l’on discute du traité autrichien, le représentant de Tito, Bebler a fait aux Anglo-Américains des concessions significatives. A Paris et à Rome, les déclarations Thorez-Togliatti sur l’attitude de leur parti en cas d’invasion soviétique ont suscité de telles réactions qu’il a été possible en France de mettre la main au collet des espions de Moscou.

La crise économique aux Etats-Unis et ailleurs demeure légère jusqu’ici. Il s’agit plutôt d’un ajustement aux conditions nouvelles créées par l’augmentation rapide de la production, un remous qui annonce l’équilibre des prix, des budgets, des monnaies et des échanges, qui ne saurait s’établir d’un coup après tant de bouleversements. En réalité, contrairement aux espoirs de Moscou, le retour de l’abondance et la baisse des prix semble jouer en faveur de la démocratie libérale. Sur un autre plan, le procès de Sofia intenté aux pasteurs bulgares faisant pendant au procès Mindszenty a raffermi la solidarité chrétienne souvent bien hésitante, contre la persécution religieuse.

Enfin au Siam, un coup d’état bien préparé par les communistes chinois, ce qui aurait pu avoir des conséquences très graves pour l’équilibre si fragile du Sud-Est asiatique, a finalement échoué. L’événement n’a pas fait grand bruit mais on a eu chaud à Londres et à Paris et aussi à Calcutta et à Bombay.

Pour clore cette revue, signalons l’accord des trois gouvernements militaires sur le statut d’occupation de l’Allemagne et la Constitution de Bonn. Le moment n’est pas éloigné où les trois Alliés ayant aplani les difficultés entre eux, l’Allemagne occidentale pourra devenir  un Etat. Ainsi, petit à petit les Russes sentent se fermer autour d’eux  le cercle d’acier qu’ils ont tout fait pour forger eux-mêmes et dont en réalité ils redoutent l’étreinte.

Maladresse, incompréhension des réactions occidentales, ou bien calcul, qui peut le dire ? Le Destin des peuples peut-être.

 

L’Europe

A Bruxelles s’est tenu le congrès pour l’Union Européenne. Churchill a parlé. L’Europe doit être, parce que les nouvelles conditions économiques exigent l’unification des grands espaces, parce que moralement, l’Europe doit prendre conscience de son unité spirituelle menacée par deux matérialismes, l’un cynique et intégral et l’autre plutôt pratique et plus subtil.

Le succès de la réunion de Bruxelles, l’échec de la contre-manifestation communiste malgré le chômage qui sévit en Belgique, montrent que l’idée européenne est sortie du domaine purement académique, qu’elle répond à une exigence de l’âme des peuples, les uns asservis, les autres menacés de l’être. Un patriotisme européen commence à gronder : « l’Europe aux Européens ».

 

«  E » 

Cela peu à peu se traduira officiellement par des institutions, des organismes, des conférences et des traités plus ou moins efficaces, mais aussi par une activité souterraine qui déjà existe et s’étend et finira par se souder en un vaste réseau de résistance analogue à celui qui s’est noué pour la libération du Nazisme. Cette organisation souterraine de tous les patriotes européens aura pour emblème un «  E »  qui rappelle notre «  V »   de 40-44. Le noyau de ce mouvement vient des intrépides patriotes ukrainiens, l’U.P.A., associés au mouvement polonais « Wolnosc » et aux Slovaques.

Les Tchèques se sont rapidement organisés eux aussi et leur maquis est très solide. Grâce à une liaison avec la Résistance allemande en zone soviétique, de nombreux déserteurs russes, dont en moyenne 300 civils fonctionnaires, passent chaque mois en zone occidentale. De proche en proche, tout se relie aux comités des patriotes en exil dispersés principalement en Angleterre et aux Etats-Unis.

Ces mouvements de libération n’ont pas seulement pour tâche de libérer l’Europe de la tyrannie bolchévique, mais de toute hypothèque étrangère. Ils luttent pour l’indépendance totale, pour voir disparaître du sol européen les policiers et les uniformes étrangers.

La puissance de ce mouvement s’est particulièrement fait sentir lors de la célébration de l’anniversaire à Prague du coup d’état communiste. On ne vit à la cérémonie que la police et les milices armées. Le président Gottwald était absent. On le dit en désaccord avec le premier Zapotocky et l’éminence grise Slansky. Ceux-ci ont d’ailleurs montré quelque réserve devant les exigences de Vychinski qui s’était installé à Carlsbad pour organiser l’épuration de l’armée tchèque. Le peuple tchèque comme les Berlinois et les Allemands de zone soviétique montrent une détermination extraordinaire. Les Russes auraient fort à faire en cas de guerre pour maintenir leurs communications. Ils le savent et c’est pourquoi ils multiplient les arrestations et les épurations même dans les pays qu’ils ne contrôlent pas.

Cela peut en définitive être une garantie pour la paix.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-02-26 – Derrière les Pactes

ORIGINAL-Criton-1949-02-26  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-26 – La Vie Internationale.

 

Derrière les Pactes

 

Une véritable lutte d’influence s’est exercée autour des capitales scandinaves ; comme prévu, les Américains l’ont emporté. Le parti socialiste Norvégien a voté l’adhésion au Pacte Atlantique. Le Danemark suivra. La Suède se réserve encore. Il semble qu’au Kremlin cet échec a été vivement ressenti. A Moscou on cherche une revanche.

 

La Lutte Economique

Malgré les pronostics rassurants, la conjoncture économique préoccupe tous les pays et surtout les Etats-Unis. On sent qu’une crise serait un désastre de première grandeur, non seulement pour l’économie intérieure mais pour l’avenir politique des Etats-Unis et du monde. Et l’on sait aussi que la science des économistes est comme la météorologie. Prévoir la tendance, autant tirer dans un chapeau ; les forces économiques, comme celles de l’atmosphère, échappent aux calculs et les moyens de les diriger sont si aléatoires qu’on ne sait jamais ce qu’on fait en intervenant. Les Français en ont fait l’expérience et les Anglais pourraient bien avoir sous peu un réveil aussi cruel.

Les Russes vont donc essayer de frapper un grand coup pour détraquer le système économique des pays capitalistes qui donne des signes de faiblesse.

Ils vont d’abord, si leur récolte 49 est bonne – ce qui se pourrait car l’hiver russe a été très doux et humide – écraser le marché du blé. Ils ont demandé d’ores et déjà à la conférence internationale un contingent de 100.000 tonnes. Si la récolte mondiale est excédentaire, cela suffirait à provoquer un effondrement qui entrainerait celui de tous les produits agricoles.

Secundo, ils ont mis en action leur docteur Schacht, le Rothschild du Kremlin, Olaf Aschberg qui vint à Paris financer la grève des mineurs. Une grande quantité d’or soviétique a été déposée en Suisse. On a supposé qu’une manœuvre se préparait contre le nouveau mark occidental et contre le marché de l’or qui dans tous les pays va vers une baisse rapide.

Les moyens sont obscurs, le but est clair. Provoquer une déflation brusque par la baisse des valeurs et des devises appréciées et amener un chômage généralisé qui est, comme on le sait, le meilleur terrain de propagande communiste.

 

Le Pacte Atlantique

Les discussions plus ou moins byzantines entre le Maison Blanche et les sénateurs n’ont pas encore abouti à un accord sur la formule définitive du pacte ; mais Washington est si anxieux d’aboutir qu’on finira par accorder les principes sacro-saints de la Constitution avec les exigences de la situation. Les cinq alliés de Bruxelles proposent qu’un pays attaqué puisse faire appel aux forces armées américaines dès l’invasion de son territoire, la décision de la déclaration de guerre étant laissée ultérieurement au Congrès. La formule plaira-t-elle ?

 

Extrême-Orient

La menace Russe en Extrême-Orient préoccupe de plus en plus les milieux militaires des Etats-Unis, les services de renseignements ont donné ces temps-ci des détails sur les gigantesques préparatifs militaires des Russes en Sibérie centrale et orientale, les rampes de lancement, les usines souterraines, les aérodromes que des centaines de milliers d’esclaves recrutés dans toute l’Europe centrale construisent.

On craint aux Etats-Unis qu’en un tournemain, les parachutistes soviétiques ne s’emparent de l’Alaska où les défenses américaines sont dérisoires et il semble bien que d’ores et déjà, les autorités militaires ont décidé d’évacuer le Japon considéré comme indéfendable en cas de conflit.

De leur côté, les Russes qui avaient depuis l’interview Staline essayé d’une offensive de paix reviennent à la propagande alarmiste aussi bien chez eux que parmi les suppôts du Kominform. Les déclarations de Maurice Thorez en France en sont une manifestation. Cela sans doute pour déprimer le moral des nations libres et aider à la crise économique.

Manœuvre ou non, tout se passe comme si le spectre d’une troisième guerre mondiale, après s’être éloigné, revenait plus menaçant. Ce qui est grave, c’est que chacun est persuadé qu’elle est inévitable, ce qui n’est que trop évident depuis 44.

 

Le Traité Autrichien

A Londres se poursuit la discussion entre les quatre : Etats-Unis, Angleterre, France et Russie, sur le traité de paix avec l’Autriche. On en faisait la pierre de touche de la bonne volonté soviétique. En fait, c’est plutôt la question des relations de Tito tant avec l’U.R.S.S. qu’avec les occidentaux qui fait l’intérêt du débat. Les Soviets soutiennent les revendications yougoslaves pour éviter que Tito ne passe aux Anglo-Saxons. Et ceux-ci ne peuvent abandonner l’Autriche pour acheter Tito. Si bien que personne n’a  l’air très pressé d’aboutir ; le ministre autrichien Gruber se plaint de ce que l’Autriche soit l’enjeu de tant d’intrigues, et cela retarde indéfiniment l’évacuation de ce pays qu’on a proclamé libre et qui est toujours traité comme un vaincu.

 

Moyen-Orient

Le vent est à l’apaisement de ce côté. Egyptiens et Israéliens signent un accord. La Transjordanie, le Liban et d’autres suivront. On est atteint aussi là-bas de la Pactomanie. Il y a en perspective un pacte de la Méditerranée qui irait de l’Espagne au Pakistan en passant par l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Egypte, Israël et l’Irak.

Qu’est-ce-que tout cela signifie en face de la bombe atomique américaine et des blindés et des fusées russes ?

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-02-19 – Intrigues et Théories

ORIGINAL-Criton-1949-02-19  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-19 – La Vie Internationale.

 

Intrigues et Théories

 

Bien que l’activité diplomatique soit intense et complexe, chacun sent bien que l’avenir du monde se joue en ce moment sur le terrain économique. Le renversement de la tendance des marchés est-il le prélude à une crise et si crise il y a, pourra-t-on la maîtriser ? Si oui, une économie orientée mais libérale, fondée sur l’initiative privée pourra triompher, sinon on assistera à l’avènement d’un totalitarisme universel qui ne sera pas nécessairement communiste, mais fatalement autoritaire et collectiviste.

 

La Politique Russe

L’impérialisme soviétique voit dans ce fléchissement de la conjoncture, une chance appréciable. Comme le disait récemment Paul Hoffman, l’administrateur du plan Marshall, la politique russe par l’ampleur et la variété de son activité, la brutalité, l’astuce et le cynisme des méthodes qu’elle emploie, fait penser qu’Hitler lui-même n’était qu’un amateur.

Moscou est partout. En Corée où les Soviets cherchent à renverser le gouvernement du sud installé par les Américains ; Au Japon où la propagande bolchévique persuade les masses que les Etats-Unis abandonneront le pays en cas de guerre et que l’U.R.S.S. l’occupera ; En Chine où profitant de la faiblesse de Nankin et de la guerre civile, les Russes cherchent à s’emparer du Turkestan chinois ; En Perse où les notes se multiplient pour intimider le gouvernement mal assuré du Shah, sans compter les attentats.

En Yougoslavie, la lutte contre Tito devient de plus en plus serrée. L’U.R.S.S. craint de lancer ses satellites Hongrois, Roumains ou Albanais, trop faibles contre une Yougoslavie bien armée. Elle n’ose pas attaquer directement Tito ;  le recours aux armes pour liquider une querelle intestine ferait certainement mauvais effet sur les camarades. Tito tient tête.  En Grèce enfin. Markos débarqué par le Kominform, les rebelles réarmés ont essayé une attaque d’envergure sur Florina pour en faire une capitale de la République populaire grecque, mais l’armée gouvernementale a résisté. L’affaire sera remise.

 

La Norvège et le Pacte de l’Atlantique

Mais l’intérêt essentiel va en ce moment à la Norvège. Les commentateurs s’accordent à dire que Acheson pour ses débuts n’a pas fait un coup de maître. Nous le remarquions l’autre jour : Fallait-il mettre le gouvernement d’Oslo dans l’embarras et risquer un échec qui serait pour l’U.R.S.S. un gros succès diplomatique ? Ce qui gâte l’affaire, c’est que le gouvernement américain ne peut déclarer une guerre sans un vote du Congrès, ce qui l’empêche de contracter des engagements militaires qui entraîneraient automatiquement les U.S.A. dans la lutte. Les Norvégiens  se disent que les Russes sont assez habiles pour mettre la main sur eux comme ils l’ont fait pour la Finlande sans provoquer en même temps un Pearl Harbour. Et le Congrès pourrait bien temporiser. Si bien qu’on ne sait encore ce qui va se passer. Probablement pas mal d’eau sous les ponts.

  1. Lange, ministre de la Norvège est allé à Washington, puis à Londres où il a vu Bevin qui l’a vivement exhorté en faveur du pacte atlantique et finalement la question sera portée devant le Parlement Norvégien.

Les pourparlers avec le Danemark et la Suède pourraient bien reprendre aussi, car, si on peut aboutir à faire signer le pacte par la Norvège, on cherchera à sauver la face par une formule mixte qui engloberait les trois états et qui leur permettrait de recevoir des armements américains. Personne ne voudra en effet donner à l’U.R.S.S. un prétexte pour triompher.

 

A Londres

Depuis que la crise économique est à l’ordre du jour, un revirement soudain s’est fait dans la politique anglaise. Le gouvernement travailliste voit venir les élections en 1950. Si dans quelques mois les marchés extérieurs se ferment et que le chômage apparaisse, les électeurs lui règleront son compte. Aussi Londres appuie-t-il toutes les initiatives américaines : le pacte de l’Atlantique, l’union européenne, la coopération économique des dix-neuf, rencontrent un empressement nouveau. Le projet Truman qui a trait au développement des régions arriérées est accueilli aussi très favorablement.

A Paris de même, l’Afrique va s’ouvrir aux capitaux américains publics et privés. On peut s’en féliciter puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement. Pour la France, on ne peut que déplorer que la stupide politique économique et financière pratiquée depuis la Libération ne nous ait pas permis de mettre en valeur notre empire nous-mêmes. Vouloir la grandeur d’un pays, très bien. Mais il ne faut pas d’abord le ruiner ….

 

La Politique Américaine

Le Fondement de la politique américaine en ces matières a été exposé par Acheson et il est ressorti un pur matérialisme historique ( ?). On est Marxiste sans le savoir à Washington. Voici : Les pays démocratiques sont ceux où le revenu moyen est le plus élevé. Les pays où le niveau de vie est bas et le peuple sous-alimenté est le terrain de choix des dictatures blanches ou rouges. Il faut donc élever le revenu moyen, augmenter le nombre de calories dont chaque habitant de ces pays déshérités dispose pour affaiblir les tendances communistes ou fascistes, et faire triompher la démocratie. Il est certain que les statistiques corroborent la théorie.

En Europe, les pays où le niveau de vie était le plus élevé, le sol et l’industrie plus riches Angleterre, France, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Pays Scandinaves, la démocratie fleurissait. Même en Autriche et en Tchécoslovaquie, les institutions libres étaient appuyées par un peuple industrieux et relativement aisé. Par contre, les pays méditerranéens plus pauvres ont connu toutes les formes de dictature et ceux de l’Europe orientale plus misérables encore en revenus et en calories, n’en sont jamais sortis. Et voilà pourquoi nous avons le plan Marshall et le plan Truman. Nos lecteurs jugeront.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-02-12 – Crimes et Manoeuvres

ORIGINAL-Criton-1949-02-12 pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-12 – La Vie Internationale.

 

Crimes et Manœuvres

 

Bouleversée par le procès et la condamnation du Cardinal Mindszenty, l’opinion a prêté moins d’attention aux manœuvres de Staline pour intimider la Norvège et faire échec au pacte de l’Atlantique ainsi qu’au brusque retournement de la conjoncture économique qui s’est traduit par une baisse profonde des marchés américains.

 

Le Procès du Cardinal

De tous les coins du monde, gouvernements, groupes privés de toute opinion ou confession envoient au pseudo-gouvernement de Hongrie des protestations.

Ce procès reproduit tant d’autres crimes analogues : mêmes accusations absurdes, mêmes pratiques pour anéantir la volonté de l’accusé, même emploi des procédés scientifiques de toxicologie criminelle ; enfin, les aveux spontanés et la condamnation par un tribunal fantôme. On a l’impression que le bolchévisme tient périodiquement à se rappeler à l’exécration universelle. La bande de vieux révolutionnaires qui règne à Moscou est persuadée que la terreur est le seul moyen d’en imposer aux hommes. Ils ne voient pas qu’ils donnent par là des atouts à ceux qui un jour les abattront. Car la véritable habileté serait d’enlever aux Américains la seule arme qu’ils  ne peuvent pas forger eux-mêmes : l’arme morale.

Il est bien clair que les Etats-Unis ne pourront frapper le coup de massue, que nous avons toujours prévu que sur un adversaire qui par son abjection et ses crimes, sera d’avance, comme Hitler répudié par l’humanité. Mais c’est ce que les bolchéviks sont incapables de comprendre.

En frappant un prince de l’Eglise et une grande figure nationale, ils ont voulu écraser l’Eglise et effrayer tous les chrétiens sous leur joug. En Pologne, en Allemagne occupée et surtout en Tchécoslovaquie une épuration sauvage se poursuit. Elle vise surtout l’armée, le clergé et ce qui reste des résistants patriotes que les Russes n’ont pas réussi à faire massacrer par les Allemands. En Tchécoslovaquie, la population se défend, surtout les ouvriers, mais la répression est impitoyable.

 

Le Pacte de l’Atlantique

On pense communément que l’offensive de paix de Staline visait surtout à empêcher la conclusion du pacte de l’Atlantique et la constitution d’une chaîne d’états libres autour de l’U.R.S.S.  Moscou, après avoir réussi à intimider la Suède – ce qui n’a jamais été bien difficile –, a cherché à détacher la Norvège de l’Alliance Américaine. Deux notes contenant des menaces voilées et des promesses ont été remises à Oslo. Staline offre à la Norvège un pacte de non-agression !  Ce genre de pacte évoque de trop tristes souvenirs pour tenter les Norvégiens. Moscou en avait conclu avec tous ses voisins dont la Finlande et les pays baltes, elle en avait même proposé un à la Pologne ! Néanmoins, abandonné par la Suède et le Danemark, la  Norvège semble encore hésiter ou plutôt cherche à obtenir des Etats-Unis des engagements pratiques que la constitution américaine défend au gouvernement d’assumer. Si la Norvège ne signe pas le pacte de l’Atlantique qui sera prêt en mars, ce sera un gros échec pour le département d’Etat et un succès énorme pour Staline.

 

Sur le Plan Economique

Depuis quelques semaines nous attirons l’attention sur le nouvel aspect de la lutte pour la domination mondiale : la rivalité économique.

En effet, nous venons de voir le premier signe évident d’un changement radical dans l’orientation des marchés. Après neuf ans d’inflation et de rareté, d’un seul coup apparaît la baisse, l’abondance, le spectre de la surproduction. C’est l’heure tant attendue par les Soviets, celle de la dépression économique et du chômage. Nous n’en sommes pas là.

Il était fatal que la production en se développant atteindrait tôt ou tard le point où les marchés seraient saturés. Il est certain qu’ils l’auraient été moins vite si la répartition des moyens d’achats était plus équitable. Mais il y a aussi une raison psychologique. Dès que la rareté fait place à l’abondance, l’appétit des consommateurs diminue, leur hâte à s’assurer ce dont ils ont peur de manquer s’éteint. Le tout réuni provoque un arrêt brutal de la demande auquel nous assistons aujourd’hui dans tous les pays. Le fait est normal, il était prévu. Reste à savoir si, de proche en proche, il ne se transforme pas en dépression cyclique, et si l’on pourra trouver un point d’équilibre : l’avenir du monde dépend de cette issue.

 

Le Contre-Blocus

Les Soviets connaissent à Berlin et dans leur zone une désillusion cuisante. Le blocus de Berlin, qui n’a pas pu chasser les alliés, tourne au désastre.

Après des mois d’hésitation, maintenant qu’ils sont surs, l’hiver fini, de tenir le pont aérien, les Américains ont décidé de bloquer la zone soviétique d’Allemagne, coupant ainsi le commerce des pays derrière le rideau de fer des voies de communication terrestres avec leurs clients d’occident, privant aussi l’Allemagne orientale de ses sources d’approvisionnement. Cette zone est d’ailleurs dans un état tel de détresse économique que les usines sont obligées de fermer. Les Russes ont tellement pillé qu’il ne reste plus qu’un outillage rare et à bout de course ; les chemins de fer sans matériel, les voies défectueuses, les routes mal entretenues. Les Russes ne peuvent rien fournir pour remettre la machine en marche et la production de cette riche contrée est presque négligeable.

 

Protestations Anglaises

L’ère de facilité pour les producteurs exportateurs est close et les Anglais s’en effraient. Ils ont réussi merveilleusement il faut le dire et contre toute attente à remonter la pente et à réduire dans des proportions miraculeuses leur déficit commercial. Cela n’a été possible que parce que le monde solvable manquait de tout. Que se passera-t-il demain ?

Les Anglais sont effrayés tout particulièrement de la concurrence allemande qui se développe avec rapidité, grâce au salaire très bas que touche l’ouvrier allemand et aux facilités que les Américains et les Anglais eux-mêmes ont donné à l’Allemagne de produire pour se suffire et payer sa nourriture. Mais on se souvient à Londres de l’astuce des Allemands pour s’emparer d’un marché et l’on ne voit aucun moyen de s’en défendre.

 

                                                                                  CRITON