Criton – 1955-02-05 – L’Europe et l’Asie

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Le Courrier d’Aix – 1955-02-05 – La Vie Internationale.

 

L’Europe et l’Asie

 

L’avenir de l’Europe est plus que jamais dans la balance. Confusion à Paris où la chute du ministère pourrait entraîner l’échafaudage de sa politique ; bataille de propagande en Allemagne occidentale où s’est formée, en face du bloc gouvernemental, une coalition d’opposants qui réunit les Socialistes, les syndicats et diverses personnalités, théologiens protestants et universitaires et anciens politiciens de Weimar, qui de Francfort ont lancé un manifeste contre les Accords de Paris et se préparent à organiser un référendum privé dans trois villes témoins de la République fédérale. Le chancelier Adenauer doit répliquer par trois grands discours pour défendre l’unité occidentale, sans être sûr qu’elle sera approuvée par les participants. Le public allemand, habitué à suivre des directives impérieuses, paraît hésitant.

 

La Réaction de l’Opinion Allemande

Effectivement, les conclaves des politiciens socialistes et syndicalistes n’ont pas entraîné de manifestation de foule. On voit trop qu’ils attendent d’une réunification de l’Allemagne surtout, l’occasion d’enlever le pouvoir à la coalition chrétienne et libérale et la masse a peur de perdre la protection des troupes américaines qui les garantit d’une nouvelle invasion russe insidieuse ou brutale. Si déçue qu’elle soit par les Occidentaux, et en fait par l’attitude française, elle craint plus encore d’être un « no man’s land » entre deux blocs armés.

Beaucoup d’Allemands sentent aussi qu’une réunification de leur pays dans les circonstances prévisibles remettrait en cause le bien-être si chèrement payé par sept ans d’efforts, s’il fallait rééquiper la zone orientale démantelée par dix ans d’occupation soviétique. Enfin, les conditions que mettraient les Russes à une réunification ne leur paraissent ni claires ni rassurantes. Cette perplexité devant la ligne à suivre est ce que l’Allemand déteste plus que tout. Il est difficile de prévoir ce que sera la conclusion des débats. Elle dépend plutôt de notre politique future.

 

Une Allocution de Sir Gladwyn Jebb

Dans un récent discours, Sir Gladwyn Jebb demandait :

« Quelle est la raison profonde de la campagne frénétique menée par les Russes, d’abord contre la C.E.D. et maintenant contre les Accords de Paris ? Ce n’est pas la crainte d’être envahis à nouveau, mais tout autre chose. Depuis la crise de 1929, le communisme n’a cessé d’affirmer que les Etats capitalistes renferment en eux-mêmes le germe de leur décadence et se trouvent voués à une fin misérable et prochaine. Quand l’union de l’Europe occidentale sera effective, cette théorie déjà injustifiable à l’heure actuelle, sera totalement indéfendable … Les idées sont plus puissantes que les armes et rien ne pourrait être d’une plus haute importance que l’écroulement de l’idée maîtresse de la doctrine communiste. Ce n’est pas une attaque que redoute l’U.R.S.S., mais l’écroulement d’un mythe. Le système soviétique serait alors réduit à ses proportions réelles : il n’apparaîtrait plus comme la préfiguration du monde à venir, le type inévitable et scientifique de la société industrielle future, mais comme l’exécutant brutal d’une industrialisation réalisée dans un pays arriéré qui n’a jamais profité des bienfaits de la liberté ! »

 

Les Offres Soviétiques d’Aide à l’Extérieur

Ces considérations qui correspondent aux nôtres peuvent se vérifier : malgré ses difficultés économiques, l’U.R.S.S. veut montrer aux peuples en voie d’industrialisation qu’elle peut les aider et faire mieux que les Occidentaux. Les Soviets n’ont-ils pas offert à l’Inde de monter une aciérie géante dépassant ce qui avait été fait jusqu’ici, et à la Turquie trois usines textiles avec des crédits allant jusqu’à trente ans, et payables en marchandises ? N’invite-t-elle pas les Occidentaux eux-mêmes à visiter une usine électrique atomique miniature qu’ils ont édifiée à cet effet ?

Les craintes que les Soviets éprouvent devant leurs échecs économiques et sociaux les préoccupent, non tant pour leur peuple mais pour leur prestige à l’extérieur. Ils sentent qu’une étroite coopération des pays de l’Europe occidentale avec l’expansion qu’elle amènerait fera sentir dangereusement leur insuffisance.

 

Diviser l’Europe

Pour empêcher cela, il faut avant tout isoler l’Allemagne. La France, repliée dans son protectionnisme, continuera à se débattre dans ses difficultés traditionnelles. Les Russes iront-ils pour cela jusqu’à abandonner la République orientale et le Gouvernement de Pankow ?

Dans un récent article, la « Pravda » admettait expressément que l’U.R.S.S. pourrait accepter le plan Eden pour des élections libres et la réunification de l’Allemagne tels qu’ils avaient été formulés à la Conférence de Berlin et que les Russes avaient alors repoussés. Cette offre est-elle sincère ? Nous avons mille raisons d’en douter. Les Russes ne le font sans doute que pour mettre le comble à la confusion en Allemagne, comme en France, et ils y réussiront sans peine. Mais peut-être préfèreraient-ils, en dernier ressort, ce recul en Europe à la constitution d’une puissante unité industrielle et agricole dans un climat de liberté dont les réalisations seraient telles qu’elles entraîneraient l’adhésion de tous et dans une certaine mesure, la collaboration des classes sociales au succès commun. Ne s’était-elle pas produite jusqu’à ces derniers mois en Allemagne de l’Ouest devant les progrès fulgurants de l’Économie, et en France même, le redressement plus modeste mais indéniable, n’a-t-il pas changé le climat dans le monde du travail ? La « coexistence compétitive » marquerait bien alors la fin d’un mythe.

 

L’Affaire de Formose

Le monde a plutôt en ce moment, les yeux fixés sur l’affaire de Formose et des îles côtières chinoises. C’est en effet un beau débat pour les diplomates et les juristes. La partie est compliquée à souhait ; les assauts oratoires et les escarmouches militaires, les intrigues et les manœuvres des politiques et des États-Majors vont s’entrecroiser. On attend avec anxiété la réponse de Pékin à l’invitation de se rendre à New-York. Iront-ils, n’iront-ils pas ? Cela a-t-il tant d’importance ?

Les Chinois savent bien qu’ils ne pourront prendre Formose, car personne, pas même les Anglais, ne s’y résignerait ne fut-ce qu’à cause du massacre en masse qui accompagnerait l’arrivée des communistes dans l’île. Les Américains et Tchang-Kaï-Chek sont décidés à évacuer les (îles) Tachen. Restent en litige au fond, les îlots de Quemoy et de Matsu. Les hypothèses à leur sujet ne sont pas nombreuses. Ou bien les Chinois – ce qui est probable – laisseront le feu allumé et multiplieront les incidents avec la flotte américaine pour entretenir la peur d’un conflit et le malaise entre les Alliés et leurs opinions publiques, ou bien les Américains les abandonneront à leur sort qui ne vaut pas un conflit, au risque de perdre un peu plus la face, ce qui ne serait pas la première fois.

De part et d’autre, malgré les prises de position de propagande et de prestige, on ne paraît pas disposé à mener les choses au pire. Quant à prévoir un règlement pacifique et formel, cela bouleverserait nos idées les mieux arrêtées. Alors, souhaitons-le de tout cœur.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1955-01-29 – Désillusions

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Le Courrier d’Aix – 1955-01-29 – La Vie Internationale.

 

Désillusions

 

La preuve est faite aujourd’hui que les Accords de Paris ne constituaient pas une solution de rechange à la C.E.D. La lenteur et les complications de la procédure de ratification ont mis en lumière l’inconsistance d’une solution qui ne satisfait personne, ni les Européens, ni leurs adversaires, ni les Français, ni les Allemands. Dans ces conditions, les Soviets n’auront pas grand peine à rendre caducs ces accords, qu’ils soient ratifiés ou non, à une minorité de faveur et à ajouter un succès de plus à ceux qu’ils ont remporté depuis Genève sur le terrain diplomatique.

 

Un article de l’ « Observer »

Un article très remarqué de l’« Observer » propose la seule solution qui en présence de l’opposition croissante aux traités, peut mettre fin à l’équivoque que nous dénonçons depuis deux mois. Il faut ajourner, non la ratification des accords, si elle est encore possible, mais la mise en train des clauses relatives au réarmement, tant que l’on n’aura pas obtenu de l’U.R.S.S. des précisions et des engagements sur ce que les Russes entendent par des élections libres dans toute l’Allemagne, comme ils l’ont proposé. Il faut mettre les Soviets au pied du mur et savoir s’il s’agit de propagande ou d’intentions réelles, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps.

On ne peut, dit l’«Observer » laisser aux Allemands le sentiment qu’ils renoncent à la réunification de leur pays pour l’avantage d’armer douze divisions qui, de l’aveu même du chancelier Adenauer dans sa réponse aux Socialistes, ne donnera pas à l’Allemagne de Bonn une force véritable. Il sera toujours temps d’en arriver là quand on aura la certitude que les Russes ne cèderont en rien. C’est le bon sens même et la très forte opposition, qui grandit chaque jour, des Allemands de l’Ouest contre une solution qui coupe les ponts avec Moscou sans leur apporter d’avantages sérieux, est pleinement justifiée. Comme nous le disions ici, l’«Observer » préconise de fixer un délai pour que les intentions russes soient tirées au clair. L’habileté des diplomates consistera à les obliger à le faire dans un temps aussi court que possible.

 

Les Craintes Occidentales

Mais le veut-on réellement ? On craint à Bonn comme à Londres et à Washington que toute solution russe du problème allemand n’implique la neutralisation de l’Allemagne réunifiée, ne rejette les Alliés derrière le Rhin et les Russes derrière l’Oder, neutralisation qui jouerait bientôt contre les Occidentaux et mettrait par-delà la France, « no man’s land », au premier rang d’éventuels combats. C’est pourquoi les Russes ont beau jeu. Ils peuvent pousser leur campagne alléchante aussi loin qu’ils le veulent sans risquer d’être pris au mot, et laisser finalement l’Allemagne de Bonn, malgré la répugnance de l’opinion mutilée, comme avant-garde de la coalition atlantique.

Un fait est acquis. Les manœuvres du Président du Conseil français contre la C.E.D., les marchandages autour de la Sarre ont convaincu les Allemands qu’ils ne seraient, dans l’Europe de demain, que des otages et non des partenaires, et même s’ils croient maintenant à la sincérité des désirs de réconciliation franco-allemande, ils n’y voient pas le gage d’une véritable égalité morale.

 

L’Agence des Armements

De même, le Pool des armements que l’on a tout fait ici pour accréditer, ne rencontre l’adhésion de personne. Le ministre allemand de l’économie, Ludwig Erhard, y voit, non sans raison, un instrument d’oppression de la liberté industrielle, une lourde machine dirigiste au service d’un monopole pluri-étatique. Sauf peut-être les Italiens qui ont tout à gagner là et rien à perdre, tous les partenaires atlantiques y sont hostiles.

Les Allemands ne sont d’ailleurs pas du tout favorables à la reconstitution d’une industrie de guerre. Elle leur imposerait des investissements coûteux et gênerait l’expansion présente de leur économie. Ils préfèreraient acheter à l’extérieur au meilleur prix les engins que les Américains ne leur fourniraient aps. Nous ne sommes plus du tout à l’époque où les marchands de canons faisaient vivre l’industrie germanique au détriment du bien-être national.

L’erreur capitale de la récente politique française et qui se traduira par un échec total – nous n’hésitons pas à le prévoir – est d’avoir cherché dans tous les domaines, Sarre, armements, échanges et coopération économique, des solutions de marchands alors qu’on attendait des solutions humaines. La décomposition des Accords de Paris est la sanction de cette politique.

 

Lippmann et les deux Chines

Les journalistes marquent un autre point sur les diplomates. W. Lippmann qui n’est pas tendre pour le président Eisenhower dont il a souvent marqué les contradictions et les faiblesses, critique le dernier message du Président sur la défense de Formose. Il lui reproche une erreur juridique. Le Président présente la défense des îles tenues par Tchang-Kaï-Chek comme une nécessité militaire pour la sauvegarde du Monde libre.

Or, il faut distinguer entre les îles côtières qui ont toujours été chinoises et dont la possession est affaire intérieure entre Chinois communistes et nationalistes, ce qui ne regarde pas les U.S.A., et Formose et ses dépendances qui étaient japonaises et demeurent sous le contrôle des vainqueurs, malgré la promesse faite de les restituer un jour à la Chine, promesse qui ne vaut que si les habitants sont d’accord, pour décider de leur sort.

L’argument « militariste » présenté par Eisenhower est fâcheux alors que l’argument juridique suffisait. Le message du Président laisse en outre dans l’équivoque l’étendue des engagements pris ou à prendre dans le domaine militaire et de ce fait ouvre la voie à un conflit qui ferait bien l’affaire des Soviets. Les U.S.A. se battront-ils pour Quemoy et Matsu ? Bombarderont-ils le continent chinois si les communistes s’opposent à l’évacuation de ces îles par la VII° Flotte américaine ? Si l’on espère intimider Pékin par ces menaces, on se trompe. L’événement le prouvera. Le message du Président est plutôt de nature à provoquer le conflit qu’à l’écarter et, s’il se produit, à quoi, disent ses adversaires, aura-t-il servi de céder la Corée du Nord à Pan Mun Jon, et le Tonkin à Genève ?

 

L’Évolution de la Politique Intérieure en U.R.S.S.

Marquons encore un point à l’actif des journalistes. L’évolution de la politique intérieure russe confirme ce qui n’était dans nos précédentes chroniques, qu’une impression. Le retour au stalinisme s’accélère en U.R.S.S. Les trois maréchaux, Joukov, Vassilevski et Boudienny ne figurent plus sur la liste du Conseil Suprême ; Mikoyan, ministre de l’économie est écarté. Les éléments militaires et les civils, qui avaient collaboré au renversement de Beria et de son appareil policier paraissent retourner à l’ombre où Staline les avait placés. Un article significatif de Chapilov dans la « Pravda » sonne la fin de la politique Malenkov qui cherchait à développer l’industrie légère pour élever le niveau de vie de la population. L’accent est mis au contraire sur la nécessité de renforcer l’industrie lourde et par là, la défense militaire comme l’avait toujours fait Staline. De là à prévoir le prochain retour à la dictature d’un homme qui serait Krouchtchev, il n’y a pas loin. Si cet événement se produisait, la paix du Monde, ou tout au moins la coexistence pacifique et la fin de la guerre froide, pourrait bien être remise en question. Bien des illusions s’évanouiraient.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1955-01-22 – Nouvelles Manoeuvres

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Le Courrier d’Aix – 1955-01-22 – La Vie Internationale.

 

Nouvelles Manœuvres

 

L’habileté des Soviets est de frapper au point faible. Ce point c’est maintenant l’Allemagne. Non qu’ils se fassent illusion sur les chances d’empêcher la ratification des Accords de Paris, mais pour affaiblir Adenauer et donner aux Allemands le sentiment qu’en suivant le Chancelier, ils renoncent à l’espoir d’une réunification qu’on leur fait mine de proposer.

 

L’Offre Soviétique

Cette offre d’une réunification de l’Allemagne après des élections libres sous contrôle international qui rejoint le plan Eden de la dernières Conférence de Berlin, n’a pas été faite par voie diplomatique, mais par le truchement de la presse convoquée à cet effet. Le but de propagande auprès des Allemands est atteint, sans que la position diplomatique soit compromise par un engagement qu’il faudrait définir. Cette nuance n’a échappé à personne. Pour protester contre les Accords de Paris, Moscou s’adresse aux Chancelleries ; pour influencer l’opinion allemande, on convoque les journalistes.

 

Les Embarras de Bonn

Bonn s’attendait à la manœuvre ; d’autres sans doute suivront. Adenauer ne peut que les repousser : même l’orage qui gronde dans la République fédérale n’en sera que plus violent ; les Syndicats de Bavière viennent de proposer un plébiscite contre le réarmement. Le Parti socialiste multiplie les meetings de protestation contre les Accords de Paris et les ultra-nationalistes et quelques libéraux visent l’accord sarrois.

Les Socialistes allemands cependant ne sont pas tellement satisfaits de l’offre soviétique. S’ils l’accueillent en effet, les voilà soupçonnés de faire le jeu de Moscou, et la méfiance à l’égard des Russes est générale en Allemagne. Après avoir réclamé une négociation avec les Soviets avant tout accord avec l’Occident, ils se trouvent au pied du mur. Moscou offre également d’entretenir avec le Gouvernement de Bonn qui était jusqu’à hier, la clique revancharde d’Adenauer, des relations diplomatiques et des conversations économiques et culturelles. Mais alors, les deux Allemagnes seraient également représentées à Moscou, ce qui serait inadmissible à tous les Partis occidentaux. Cependant, le Chancelier s’était à plusieurs reprises – pour faire passer les Accords de Paris – engagé à négocier directement avec les Soviets. Peut-il se dérober ? On voit ainsi la confusion qui règne en Allemagne, malgré la sérénité apparente des officiels. Le pion russe sur l’échiquier a été placé au point sensible.

 

Les Entretiens de Rome et de Baden-Baden

S’il n’est rien sorti de précis des entretiens de Baden-Baden entre M. Mendès-France et le Chancelier, il est indéniable que l’atmosphère fut cordiale, plus peut-être qu’à Rome où les Italiens semblent avoir attendu mieux. Le désir d’une entente durable entre les deux pays ennemis d’hier, une collaboration économique plus étroite, a paru sincère. Si les Traités de Paris sont conduits à bon port au Conseil de la République, M. Mendès-France aura fait aux yeux des Allemands de Bonn la preuve de sa bonne foi. Il en était grand besoin. De plus, l’intention du Président du Conseil de remettre le portefeuilles des Affaires étrangères à M. Edgar Faure qui l’aurait accepté, est une garantie que la teneur des Accords de Paris ne sera pas remise en cause sans entente préalable entre les deux gouvernements, ce qui veut dire que, si les Russes, contre toute vraisemblance, se décidaient à demander la suspension du réarmement allemand en échange de la réunification, les négociations à cet effet ne se feraient qu’en commun avec les Allemands et les Occidentaux, Angleterre et Etats-Unis compris. Eden a d’ailleurs pris soin dans un exposé qu’il a fait à dessein radiodiffuser, de mettre la ratification des accords une fois de plus comme condition préalable à toute conversation avec Moscou.

L’Occident ne peut, France comprise, se déjuger sur ce point sans perdre la face. Et si les Soviets se souciaient de la face, ils renonceraient, comme ils l’ont répété, à négocier après la ratification. Heureusement, ils n’en sont pas à une contradiction près  ce qui, en un sens, est une force – . Quant à notre opinion, elle n’a pas varié depuis dix ans. Il n’y aura rien de changé pas plus après qu’avant. Tant que Molotov sera en place, l’armée russe occupera Weimar.

 

Le Traité Turco-Irakien

Les Occidentaux, en l’espèce les Américains et les Anglais dont l’entente en Proche-Orient paraît complète, ont marqué un point d’importance dans la guerre froide. L’Irak de Nouri Saïd a adhéré au Pacte turco-pakistanais, ce qui veut dire que la chaîne de l’Alliance occidentale s’enrichit d’un maillon.

L’importance stratégique de l’Irak est secondaire dans la mesure où déjà par accord antérieur les Anglais y stationnaient, mais l’influence du Pacte sur le reste du monde arabe sera sérieuse. Le Ministre turc après son succès à Bagdad est allé à Beyrouth. Le Liban préfère jouer les honnêtes courtiers entre le monde de l’Islam et l’Occident et n’adhèrera sans doute pas à l’Alliance, mais il ne pourra éviter de la soutenir implicitement. Quant à Damas, on le dit hostile. Mais depuis l’exécution au Caire des Frères Musulmans, la Syrie, en mauvais termes avec l’Egypte, va se trouver isolée, surtout si l’Egypte à son tour se rallie au Bloc occidental. On dit que la Junte du Caire est divisée sur ce point capital. Nasser serait pour et Sala Salem contre. Si Nasser demeure le maître, il apparaît que l’attitude de l’Egypte se rapprochera de celle des Occidentaux ; la Ligue Arabe, instrument du neutralisme dans le Proche-Orient, sera morte, en fait sinon en droit.

On peut reconnaître là l’action occulte de Mohammed Ali du Pakistan qui, tout en paraissant suivre le groupe de Colombo n’a d’ambition que de faire échec à Nehru. Et la main de Washington n’est pas loin. Le sort du monde ne dépend pas heureusement de toutes ces intrigues en quelque sorte traditionnelles.

 

Économie et Politique

La situation économique du monde libre demeure bonne ; elle n’a jamais été meilleure, et toutes les statistiques vont de l’avant avec ensemble. La spéculation à la hausse sur toutes les bourses du monde profitait du mouvement pour s’emballer. New-York qui commençait à avoir peur de revoir les excès de 1929 a cassé les reins à la spéculation, dès que l’indice Dow Jones, le thermomètre des cours à Wall Street, a passé la cote fatidique de 400.

L’incident aurait peu d’intérêt en soi s’il ne mettait à l’épreuve les possibilités de contrôle dont disposent les autorités aussi bien privées que publiques pour maintenir dans l’ordre les mouvements d’échanges, qu’ils soient financiers ou commerciaux. On ne saurait, en effet, prétendre tenir en main le développement de l’économie, si l’on permettait aux marchés de se laisser aller à des excès dans un sens ou dans l’autre.

Il est certes, plus facile de freiner la hausse que d’endiguer la baisse, et il faut du doigté pour calmer l’empressement des acheteurs sans les décourager. On verra si, dans les prochains mois, les indices financiers se règlent sur le mouvement des affaires, sans anticiper sur les progrès futurs et sans que non plus le volume des échanges se réduise outre mesure. Dans ce cas, ce serait une preuve de plus des possibilités de manœuvre des techniques modernes sur la conjoncture, gage de stabilité et de progrès dans la mesure. Sous réserve, bien entendu, d’une nouvelle guerre en Extrême-Orient qui menace.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1955-01-15 – Énigmes et Certitudes

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Le Courrier d’Aix – 1955-01-15 – La Vie Internationale.

 

Enigmes et Certitudes

 

On ne saurait accuser la politique française de manquer de dynamisme. On lui reprocherait plutôt le contraire ; voyages, conférences et plans se succèdent sans que l’on puisse voir où l’on veut aller. Si bien que les commentaires étrangers sont souvent contradictoires.

 

Énigmes

Doit-on voir dans le pool des armements un pas vers une nouvelle C.E.C.A., c’est-à-dire un retour à la ligne désavouée de la Communauté de Défense ? Ou bien une tentative pour assurer un contrôle supplémentaire du réarmement allemand et, en même temps, écarter l’Angleterre de cette Union européenne occidentale créée justement pour lui permettre d’en faire partie, car les Anglais se refusent à soumettre leur industrie militaire à un pouvoir supranational ?

Les Allemands se méfient. Les Hollandais s’insurgent. Les Belges demandent à réfléchir. D’autres vont plus loin : les Accords de Paris n’ont été ratifiés que par l’Assemblée Nationale et le Conseil de la République peut ébranler un vote acquis de justesse. Ne cherche-t-on pas simplement à gagner du temps pour amorcer la négociation parallèle avec les Russes qui rendrait peut-être caducs les accords ?

On voit que la méfiance persiste, et que l’équivoque qui pèse sur notre politique depuis six mois, n’est à aucun degré dissipée.

 

Les Entretiens de Rome

Les entretiens franco-italiens ont eu principalement pour objet de préparer un sondage diplomatique à Moscou. Les milieux avertis ne doivent cependant pas se faire d’illusion sur un changement d’attitude soviétique dans les mois qui viennent. On croit en effet, que la lutte pour le pouvoir a repris en U.R.S.S.

L’oligarchie qui dirige l’U.R.S.S. est un paradoxe dans ce pays par nature autocratique, le régime même suppose un maître. Des bruits qui courent, on peut conclure que Malenkov n’a pas grand pouvoir, et que Krouchtchev en prend chaque jour davantage. On dit aussi que le maréchal Vassilevski joue un rôle prépondérant, et que Molotov est près de la disgrâce. En tous cas, ce n’est pas le moment que choisirait le Kremlin pour reconsidérer ses rapports avec l’Occident. La plupart des indices portent à croire que le parti des durs est en ce moment plus influent que celui des conciliants. D’autre part, ce n’est pas la confusion et la défiance qui règnent entre partenaires européens qui pourraient décider Moscou à se montrer plus souple.

 

Le Plan Vanoni

Les plans économiques à longues perspectives qui étaient jusqu’en ces dernières années le monopole des Soviets avec leurs « Piatiletki » a gagné les Démocraties. Nous avons eu un plan de dix-huit mois que les circonstances ont favorisé. Les Italiens mettent en chantier un plan décennal de grand format dont l’objectif serait ni plus ni moins que la création de quatre millions d’emplois pour les chômeurs et les ruraux de la Péninsule. Ce plan repose d’ailleurs sur l’aide que l’on compte recevoir de l’extérieur. Les Etats-Unis viennent, en effet, de conclure avec l’Italie des accords qui seront suivis d’autres dans le domaine économique, et qui montrent l’intérêt que Washington met à sauver l’Italie du communisme, très menaçant il y a quelques mois. En échange du gros effort de Scelba pour le combattre, les Américains vont consentir une aide étendue. Ce qui caractérise cette aide, c’est qu’elle sera beaucoup plus privée que gouvernementale.

La politique américaine en ce domaine définie par le message d’Eisenhower, s’oriente vers des accords qui, du côté étranger, offriraient des garanties et des facilités en capital privé américain pour s’investir, et du côté des Etats-Unis des assurances et des exemptions d’impôts pour stimuler ces investissements. Les Italiens dans ce domaine offriront tout ce qu’on attend d’eux. Mais ce type d’arrangement se proposera partout et l’aide américaine, sauf en matière d’armements,  se fera sous forme de participation privée au développement des pays qui manquent de capitaux. Les candidats ne manquent pas.

 

Le Message d’Eisenhower au Congrès

Le message du président Eisenhower au nouveau Congrès américain est fort instructif. IL montre que les Démocrates tendent vers un même politique économique et sociale qui rend les controverses purement doctrinales sans objet.

De même que l’on a vu en France notre Président du Conseil porté au pouvoir par le « gauchisme » suivre sans y rien changer la politique de ses prédécesseurs en la matière, inversement le Président américain poussé par les Conservateurs il y a deux ans, définit une politique qui ne diffère pas sensiblement de celles de Roosevelt et de Truman. D’abord le dogme de l’équilibre budgétaire est renié. Le déficit continuera. L’Etat fera un nouveau pas vers le Welfare State jadis si décrié aux Etats-Unis ; on augmente les fonctionnaires, on prévoit un vaste programme décennal de constructions et de réfection du système routier ; de nombreuses mesures d’assurance sociale, des constructions de logements économiques, etc…

Les contacts avec les réalités du pouvoir mettent en présence des nécessités qui s’imposent et des courants sociaux qui ne peuvent être remontés. Il faut élever sans cesse le pouvoir d’achat des consommateurs pour que la production croissante trouve des débouchés. Il faut convoiter ( ?)  l’aspiration à la sécurité requise par les masses. Il faut que l’Etat intervienne pour assurer les besoins que l’initiative privée ne peut satisfaire, faute d’y trouver profit.

Par contre, il faut laisser à l’économie de marché toute liberté pour déployer et apporter l’initiative et le dynamisme, le goût du risque que l’autorité publique ne peut suppléer puisque là où elle s’exerce, la concurrence cesse de jouer. L’absurde serait de brimer un système économique sans avoir les moyens de le remplacer. Le président Eisenhower recommande, malgré toutes les oppositions, un abaissement des tarifs douaniers et un élargissement des échanges internationaux sans lesquels le système libéral s’étiole. Il ne fait que rejoindre là les tendances qui s’expriment en Europe.

Le Monde libre ne connaîtra d’expansion durable que lorsque les monnaies seront convertibles et les marchandises échangeables, sans restrictions injustifiées. Les experts sont d’accord sur ces points, et si la nouvelle technocratie a ses défauts, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir mis en évidence les conditions mêmes du progrès économique et d’avoir mis fin à bien des controverses.

Sans doute, cela n’ira pas sans planification, mais cela ne vaut-il pas mieux que les doctrines et les passions qui les soutiennent ? Et d’ailleurs, un plan qui serait appliqué à l’échelle mondiale cesserait d’avoir les inconvénients du planisme compartimenté, surtout si, accepté par tous les producteurs, il leur laissait le soin de le réaliser par leur propre discipline, que les Etats auraient pour seule tâche de faire respecter.

On n’en est pas encore là, il s’en faut. Il y a cependant entre tous les plans gouvernementaux récemment présentés avec plus ou moins de précision, un ensemble de moyens communs. Les dirigeants ont pris conscience des seules méthodes propres à assurer à la prospérité une continuité sans à-coups majeurs.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-01-08 – Une Nouvelle Constellation Politique

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Le Courrier d’Aix – 1955-01-08 – La Vie Internationale.

 

Une Nouvelle Constellation Politique

 

Le monde aborde l’année 1955 avec un sentiment de confiance dans la paix ; l’impossibilité de la guerre atomique est un acte de foi bien que, dans le passé, on ait déjà entretenu l’illusion que les effets d’une guerre seraient rendus trop effroyables par le progrès  technique pour que des hommes osent l’entreprendre ; on s’appuie aussi sur les signes de détente qui sont marqués plutôt par de bonnes paroles que par des faits, car les positions restent immuables.

 

L’Oligarchie du Kremlin

Cependant une raison, peut-être la seule valable au fond, de croire pour l’heure à la paix et dont il est assez curieux que personne n’ait parlé jusqu’ici : Ce n’est plus un homme seul qui règne au Kremlin. Le pouvoir d’un dictateur a presque toujours représenté le danger majeur. Neuf guerres sur dix au moins ont été provoquées par un empereur ou un tyran. Or, il n’y a plus aujourd’hui à Moscou de maître absolu ; le culte de la personne a été remplacé par l’autorité d’une oligarchie plus ou moins anonyme, et cela est rassurant. Au sein d’une oligarchie, il y a assez de rivalités cachées pour que chacun évite de trop gros risques qui mettraient en cause les positions de tous les participants.

 

Les Conflits Locaux

On s’accorde à reconnaître que si la paix générale ne court pas de danger, les possibilités de conflits localisés abondent. En Europe, si le réarmement de l’Allemagne provoque des incidents, ils ne peuvent être que limités à des escarmouches.

Mais en Asie, la menace est plus que jamais aigüe. Le sort du Sud-Vietnam est de plus en plus critique, et les moyens d’y faire face de plus en plus incertains. Le problème de Formose et du Gouvernement Tchang-Kaï-Chek peut, de manœuvre politique, dégénérer en militaire ; la Corée demeure brûlante comme nous l’avons maintes fois souligné ; les difficultés du monde sont beaucoup plus redoutables en Asie qu’en Europe, parce que la position du communisme russo-chinois y est plus facile et plus forte et celle de l’Occident précaire.

Les problèmes européens, malgré les passions qu’ils soulèvent, sont et demeureront secondaires. Que le Monde libre réussisse ou non à s’unir sur cette pointe étroite qu’est aujourd’hui l’Europe occidentale, la carte n’en sera pas modifiée. Il en va autrement en Asie.

 

Le Voyage de Tito en Asie

Nous nous sommes demandé ce que Tito était allé faire en Inde et en Birmanie ; quels intérêts poussaient le dictateur balkanique à se mêler de la politique du Sud de l’Asie ? Il a fallu quelque temps pour comprendre. La conférence qui s’est tenue à Bogor en Indonésie entre les pays dits de Colombo – Inde, Indonésie, Pakistan, Birmanie et Ceylan – nous a éclairés sur le rôle que cherchent à jouer les pays asiatiques qui ont conquis la liberté et qui s’efforcent de la conserver.

En réplique à la Conférence du S.E.A.T.O qui doit se tenir à Bangkok en février et qui réunira outre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, l’Australie, la Thaïlande et les Philippines et derrière ces derniers, en coulisse, le Cambodge, le Laos et la Chine de Formose, tous liés à l’Occident, les pays de Colombo ont décidé de réunir en Avril en Indonésie, près de Djakarta, non seulement elles-mêmes, mais la Chine communiste et les pays africains plus ou moins libres ; c’est-à-dire un vaste ensemble hétéroclite de peuples qui ambitionnent, sous l’égide de Nehru, de jouer le rôle d’une troisième force dans le monde.

C’est là que l’on vit la manœuvre du maréchal Tito, qui, s’il n’est pas invité à la réunion des peuples de couleur, servirait d’intermédiaire (maintenant qu’il a renoué prudemment avec le Kremlin), entre ce nouvel amalgame et les deux blocs ennemis de l’Ouest et de l’Est ; fructueux champ d’intrigues s’il en est. Pour avoir les mains plus libres dans le grand jeu, il s’est débarrassé de l’affaire de Trieste qui compromettait ses relations avec les grands occidentaux.

 

L’Affaire Djilas-Dedijer

Il a fait mieux : pour ne pas faire figure de tyran, il a laissé jouer à deux de ses intimes Djilas et Dedijer le rôle politique d’opposants au régime. Tandis qu’il chassait le tigre, ces deux personnages ont bruyamment provoqué l’émoi du monde occidental en se prononçant pour une sorte de socialisme démocratique genre anglais, contre le parti monolithique et autoritaire du type stalinien qui règne à Belgrade. Les officiels de ce Parti ont condamné les dissidents, mais le Maréchal s’est tu. On imagine aisément que ce n’est pas par sentiment. Il y a longtemps que Djilas aurait été, à la suite de tant d’autres proches collaborateurs, liquidé sans bruit si son opposition avait gêné les desseins du Maréchal. Mais celui-ci a besoin d’un semblant de démocratie pour se mêler aux intrigues des Asiatiques qui veulent, plus ou moins sincèrement, en conserver eux-mêmes l’apparence en Birmanie en particulier.

 

La Nouvelle Alliance des Peuples de Couleur

Ce qui est intéressant dans ce projet de réunion pan-afro-asiatique, ce n’est pas la liste des invités, mais celle des omis. L’Australie d’abord, la plus proche voisine des Indonésiens, et la Russie soviétique qui occupe en Asie une place de première grandeur. On voit le but : fédérer dans une même politique inspirée par l’Inde les aspirations et les intérêts des peuples jaunes et noirs. Favoriser une prise de conscience de cette masse hétérogène dont la seule force est le nombre, et sans doute formuler un programme de revendications communes à toutes les races. Exalter un racisme et un nationalisme de couleur – l’Afrique du Sud étant elle aussi exclue pour son racisme blanc – contre la domination de la race blanche et profiter, si possible, de la division aigüe de cette race en capitalistes et communistes, pour l’expulser.

 

Les Chances de cette Coalition

L’ambition est immense et bien à la mesure de l’orgueil hindou. Le succès de cette nouvelle constellation est bien problématique pour deux raisons. D’abord parce qu’économiquement les pays réunis ne représentent rien que de négatif, puisqu’ils ne peuvent s’organiser industriellement sans l’appui du monde blanc et qu’ils ne détiennent encore aucune richesse suffisante, ni pour mettre leurs territoires en valeur, ni des produits de base essentiels dont ils pourraient, en en privant les grands pays industriels, mettre l’économie en péril. Quant à leur puissance militaire elle demeure inexistante, sauf la Chine, et c’est là justement l’écueil. Les pays de Colombo et leurs invités pourront-ils mettre la Chine rouge dans leur jeu ? Sans doute dans la mesure où ils pourront nuire à la cause occidentale, mais pour le reste, ils se heurteront à l’impérialisme chinois qui a les dents longues et se propose, dans un avenir indéterminé, de croquer les associés du Sud.

Ce qui est grave malheureusement, c’est le nouveau ferment levé parmi les peuples noirs encore informes ou sous tutelle occidentale, qui verront dans la nouvelle constellation le foyer de leurs ambitions. Il y aura à Bandung des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des représentants de la Côte de l’Or, des Rhodésies, etc… Bien que l’intention de Nehru soit pacifique, c’est une sorte de Mecque pour la guerre sainte qui va se créer en Asie du Sud-Est, et c’est pourquoi Russes et Chinois leur donneront leur encouragement, même si l’on tient Moscou à l’écart. Quant à dissocier les Soviets de Mao Tsé Tung, Nehru n’y réussira pas plus que Londres ou Washington. Les Rouges seront solidaires pour tirer les marrons du feu.

Nous nous excusons de ce long exposé, mais il a à nos yeux une importance capitale. Réussie ou non, cette Conférence afro-asiatique marque une étape de la politique internationale, peut-être même une ère nouvelle des rapports internationaux. Elle pourrait bien signifier en autre chose la condamnation de l’O.N.U. On a noté la froideur avec laquelle M. Nehru a accueilli le président de l’organisation, M. Hammarskjöld, venu de la Nouvelle Delhi avant de se rendre à Pékin pour discuter avec Chou en Laï de l’affaire des prisonniers américains. L’O.N.U. sert de tribune aux propagandes adverses de l’U.R.S.S. Les Pays arabo-asiatiques n’ont jamais réussi à y faire triompher leurs causes. On cherchera à les grouper autour de l’Inde pour qu’ils y trouvent la force d’imposer leurs vues.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1955-01-01 – Double Bilan

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Le Courrier d’Aix – 1955-01-01 – La vie Internationale.

 

Double Bilan

 

L’heure est venue de dresser le bilan de 1954. Il convient de le diviser en deux chapitres bien distincts : le bilan politique des plus médiocres, le bilan économique plus brillant qu’aucun ne pouvait le prévoir au seuil de l’année, et cette division vaut particulièrement pour la France.

 

Les Erreurs Politiques de l’Année

Un observateur étranger écrivait récemment, sans indulgence : « La France s’est beaucoup plainte de ses malheurs, la vérité oblige à dire qu’elle y a largement contribué ». A l’heure où nous écrivons, on ne sait pas encore si les Accords de Paris seront ratifiés. En tous cas, ils ne le seront que de justesse. Ce n’est pas seulement l’Alliance Atlantique qui est en cause ; même momentanément brisée, elle se reconstituerait bientôt sous la pression des nécessités, ce sont les relations futures franco-allemandes, et surtout l’avenir de la jeune et fragile démocratie de Bonn.

Le rejet de la C.E.D., l’opposition à l’Union Européenne Occidentale, ne rappellent que trop aux Allemands les coups portés à la République de Weimar. On peint sur nos murs 1870-1914-1940. On pourrait mettre dessus 1866-1911-1922. Ceci certes ne compense pas cela. Mais les trois années fatidiques n’auraient-elles pu être évitées si l’on s’était mieux avisé au cours des trois autres ? Cela n’est pas certain pour les deux premières, mais bien probable pour la troisième.

Parlons clair. Le réarmement de l’Allemagne n’est engagé de gaieté de cœur par personne, ni par les Allemands eux-mêmes, ni par les Anglo-Saxons. Mais il est impossible que la Ruhr tombe aux mains des Russes sans que l’Europe disparaisse derrière le rideau de fer, et pour monter la garde, la France, aux yeux des treize pays de l’Union Atlantique, n’est pas un allié sûr. L’Alliance franco-russe n’est pas seulement la nostalgie de politiciens attardés ou l’espoir d’un nouveau boulangisme, c’est l‘attachement secret d’une diplomatie dont les traditions sont aussi tenaces que celles de toute bureaucratie, et c’est pour cela que l’Allemagne, sans doute malgré elle et à la rigueur, malgré nous, sera réarmée ; ce n’est pas tant qu’on a un besoin indispensable de quelques divisions germaniques, c’est que l’on n’a pas confiance dans la France, et ce ne sont pas les épisodes politiques de ces six derniers mois qui ont atténué ce sentiment ; bien au contraire, ils l’ont considérablement renforcé.

Allons plus loin : si nos partenaires avaient eu la certitude que nous mettrions toutes nos forces et toute notre résolution à faire face au péril venu de l’Est, si notre détermination avait été égale à celle de l’Allemagne occidentale ou de l’Espagne, par exemple, on aurait pu se contenter au lieu d’une armée allemande d’un corps logistique et d’une police auxiliaire militarisée composée de volontaires et cela aurait, entre autres avantages, enlevé un prétexte à la reprise de la guerre froide ; mais il eut fallu pour cela que notre politique ne soit pas suspecte, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.

Nous en sommes malheureusement fort loin : l’affaire des fuites et les manœuvres du chef du gouvernement ont concrétisé tous les soupçons, et cette impression ne sera pas aisément dissipée. C’est pourquoi le bilan de 1954 est particulièrement lourd pour notre pays : Dien Bien Phu, les « accords » de Genève, le rejet de la C.E.D., les pénibles débats sur les Accords de Paris, le terrorisme en Afrique du Nord, et cela parce que malgré toutes les protestations aimables ou intéressées, la France est seule en Asie comme en Afrique et dans une certaine mesure même en Europe, alors que le Monde libre devrait n’être qu’un, présent partout collectivement et solidairement. Mais de cela, répétons-le, nous ne sommes pas seuls responsables.

 

Le Redressement Économique

Heureusement pour nous détourner de ce tableau assez sombre, l’explosion d’activité économique de 1954 ouvre de brillantes perspectives ; on se plaindrait plutôt qu’elles ne le soient un peu trop, car l’excès d’optimisme ne va jamais sans quelques déceptions. Les économistes une fois de plus se sont trompés. Se souvient-on, il y a guère plus d’un an des sombres prédictions de Colin Clark ? Il voyait se creuser l’abîme de la crise économique aux U.S.A. et par contrecoup, l’effondrement de l’économie des pays européens ; le rhume de cerveau de l’Amérique, c’était la pneumonie en Europe. C’est le contraire exactement qui s’est révélé exact. Tandis que les Etats-Unis subissaient effectivement  une crise légère qui ne s’est tout-à-fait résorbée qu’à l’automne, l’économie européenne, dès le début du printemps prenait une allure ascendante. On l’accélérait là où elle était déjà marquée. Depuis, l’ascension va de pair partout et sauf peut-être en Angleterre, il n’y a aucun signe d’un ralentissement prochain.

Ainsi, l’économie de marché, animée par la libre concurrence, a fait preuve d’une vitalité, d’une efficacité à satisfaire les besoins humains dont on s’était pris à douter. En face de la paralysie bureaucratique du capitalisme d’Etat, l’économie libre a fait merveille.

 

Economie de Désir et Economie de Besoin

Un professeur de droit, plaidant récemment dans « Le Monde », la cause d’un travaillisme français, reprochait à cette économie libre de satisfaire plutôt les désirs que les besoins ; de s’adresser uniquement à la richesse, à la solvabilité, et non aux nécessités élémentaires correspondant à la dignité humaine. Cela était vrai du capitalisme classique. On ne peut le soutenir aujourd’hui.

Si l’économie de désir est effectivement satisfaite, si l’économie de besoin n’est pas complètement réalisée, à beaucoup près, elle n’est pas négligée pour cela. La prospérité et l’activité de l’une permet, par le développement des richesses qu’elle crée, de prélever sur ces richesses une part croissante réservée aux besoins élémentaires non solvables au sens technique du mot.

On a construit, cette année, 1.200.000 logements aux U.S.A., 500.000 en Allemagne ; 300.000 en Angleterre, un peu moins en France et cela dans des conditions non rentables au sens capitaliste du terme. En Europe surtout, ce sont précisément les pays à économie libérale qui ont dépassé ceux à économie mixte. A Moscou, des familles relativement aisées de quatre à cinq personnes ne disposent souvent que de dix mètres carrés et partagent avec d’autres la cuisine et la salle d’eau quand il y en a. Mais ceci est une parenthèse.

 

Y aura-t-il encore des Crises ?

Le développement rapide de la production en Occident est le grand événement de 1954. Tout fait espérer qu’il en sera de même en 1955. Peut-on se flatter que les crises économiques appartiennent désormais au passé ? De crises catastrophiques comme celle de 1929-1933 sans doute. La technique a de puissants moyens de guider l’économie, et la preuve de leur efficacité est faite. Cependant, on ne peut se dissimuler qu’elles ont dans une large mesure, en France surtout, un caractère artificiel. Comme les remèdes des médecins, on peut craindre que le microbe ne s’adapte et que le patient ne réagisse plus.

L’économie est du domaine du vivant, on le voit bien au caractère pratiquement imprévisible de ses manifestations. S’attendre à une prospérité continue et constamment ascendante, c’est peut-être faire bon marché du caprice des choses et se fier à l’excès à la technique. Il y a dans l’économie des élans inexplicables et des replis qu’on ne peut forcer, comme dans la mode. Le désir qui la stimule et même le besoin ont des appétits et des satiétés aussi mystérieux que la psychologie des foules. La part de l’irrationnel est immense. On peut prétendre à la limiter, non à l’abolir.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1954-12-25 – Malaises

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Le Courrier d’Aix – 1954-12-25 – La Vie Internationale.

 

Malaises

 

Le malaise de la politique occidentale s’est accentué dans l’opinion, tandis que les réunions des ministres ont montré, en apparence tout au moins, une certaine unité de vues, ce qui prouve que les aspirations des peuples n’ont pas été comblées. Malaise à Paris où les Accords de Paris et de Londres ne satisfont à peu près personne, ni les Cédistes pour qui ces traités ne sont qu’un pis-aller qui présente plus d’inconvénients que d’avantages en comparaison des anciens projets de Bonn et de Paris, ni les Neutralistes que le resserrement des liens franco-américains et le réarmement allemand irritent, ni les Nationalistes particulièrement dressés contre notre politique en Afrique du Nord. On s’attend à un vote de résignation pour ne pas revenir à la confusion.

De même à Bonn où la position du chancelier Adenauer continue de s’affaiblir et les relations franco-allemandes à s’envenimer à cause de l’accord sarrois que l’on semble s’efforcer de part et d’autre du Rhin de rendre plus difficilement acceptable. Aucun des buts que l’on s’était proposé n’est atteint parce que l’équivoque que nous avons signalée n’a pas été dissipée. Ce qui eut été cependant facile.

 

Pourquoi a-t-on renoncé à une Mise en Demeure à Moscou ?

Sous prétexte d’entretenir avec les Soviets une négociation parallèle, on n’a pas réussi à mettre Molotov au pied du mur. Puisque l’opinion tant allemande que française le souhaitait, il n’était pas besoin d’intrigues compliquées pour demander à l’U.R.S.S. si elle était disposée à accepter avant les débats sur les Accords de Paris l’indépendance totale de l’Autriche et de l’Allemagne après les élections libres sous contrôle international, et cela sans ambiguïté ni délai. Près de trois mois se sont passés entre la signature des accords et leur ratification, il n’en fallait pas tant pour obtenir, soit un oui, soit un non, soit encore une dérobade qui équivalait à un refus. Le dilemme posé en termes clairs, on aurait enlevé aux Allemands qui semblent en avoir encore toute illusion sur les intentions soviétiques, et du même coup à l’opinion française tout espoir d’autre issue que le Pacte Atlantique étendu à l’Allemagne.

Le drame, c’est que les accords vont être ratifiés sans que l’essentiel ait été démontré : qu’il n’y a pas de solution possible en accord avec l’U.R.S.S. Les Allemands demeureront persuadés que les traités qui lient leur pays à l’Occident empêchent la réunification, et les Français qu’on n’a pas fait le nécessaire pour s’expliquer avec la Russie.

C’était l’occasion ou jamais pour un Président du Conseil qui aime les solutions et les rendez-vous à date fixe, de mettre sous forme d’ultimatum les Soviets en demeure de choisir. Au contraire, l’équivoque a été entretenue à tel point que la veille du scrutin de confiance sur l’Indochine beaucoup se sont demandé si M. Mendès-France ne cherchait pas à être renversé pour éviter de soutenir la ratification des Accords de Londres et de Paris. En toute bonne foi, la chose semblait plausible après le précédent également équivoque du vote sur la C.E.D. Il faut dire aussi que ni Churchill, ni Eisenhower ni leurs ministres n’ont fait un geste pour obliger la politique française à se définir clairement. Ils ont agi comme si leur importait seule la ratification des traités dans n’importe quelles conditions. Cela acquis, on verrait bien.

 

La Question Sarroise

On verra surtout le malaise franco-allemand s’alourdir quand il faudra avec ou sans le concours de Londres et de Paris, préciser les modalités pratiques de l’accord sarrois dont les principes seuls ont été fixés. Et même au cas où l’on parviendrait à s’entendre, un accord conclu dans ces conditions sera constamment l’objet de tentatives directes ou indirectes de révision. On a en effet défini le statut de la Sarre comme si l’Europe était, sinon faite du moins en train de se faire, alors que pour les autres modalités des accords on s’en tenait au principe d’une coalition d’états souverains.

 

La Politique en Indochine

Equivoque aussi la politique indochinoise. Les conventions plus ou moins claires conclues entre M. Sainteny et Ho Chi Minh ne sont manifestement qu’un piège destiné à déconsidérer la politique française en Asie du Sud-Est. Si Ho Chi Minh célèbre à Hanoï l’amitié franco-vietminh, c’est pour montrer aux Vietnamiens du Sud que la France ne cherche qu’à conserver des positions en Asie, à leurs dépens si besoin est. Ho Chi Minh a besoin des techniciens français juste le temps nécessaire pour pouvoir les remplacer et éviter que les populations ne sentent du jour au lendemain l’effondrement de la situation économique résultant du départ des Français. Avant deux ans, les accords seront annulés par formes, et nos intérêts subiront le sort de ceux que les Anglais et nous-mêmes avions naguère à Shanghaï et ailleurs, mais alors le plébiscite sera fait au Sud-Vietnam, s’il ne l’est virtuellement déjà.

La façon dont les communistes russes, chinois et vietminh ont manœuvré à Genève a été comme nous l’avons vu, fort habile. En choisissant notre capitulation à terme au lieu de vaincre dans l’immédiat, ils ont neutralisé toute velléité de résistance, tant du côté français qu’américain, et ils ont évité le chaos économique qui aurait suivi en Indochine une opération brutale. Ni le Pacte de Manille, ni la politique – si politique il  y a – conjointe et semble-t-il accordée des Français et des Américains, n’éviteront l’éviction totale des Européens de cette partie de l’Asie. Disons pour être équitable, que la responsabilité sera largement partagée entre Français, Anglais et Américains. Que fallait-il faire, dira-t-on. C’est d’ailleurs ce que l’on fait à l’Assemblée nationale en des querelles sans grandeur. Les Occidentaux refusant de poursuivre la guerre, on ne pouvait aboutir à autre chose que ce qui est, à quelques détails près. Les communistes ont exécuté leur plan, ils le poursuivent, et sans recours à la force rien n’y peut faire obstacle. Les querelles rétrospectives n’ont pas grand sens.

 

Les Deux Ordres

Un écrivain allemand qui vient de parcourir l’Europe disait récemment qu’à son avis, sous la rivalité des Deux Mondes, c’était encore le conflit entre l’Église chrétienne et ses ennemis qui se perpétuait. Et de le montrer en Allemagne, en Italie et même en France et par-delà le rideau de fer. Par la résistance symbolisée surtout par le sentiment religieux contre la persécution bolchévique beaucoup plus que par la force des sentiments purement nationaux. Ceci est à la fois une évidence et aussi un paradoxe, si l’on tient compte du fait qu’il s’agit plus d’organisation sociale et politique que d’ordre spirituel. Et cependant, si l’on réexamine à la lumière de cette idée, toutes les oppositions et les passions qui se sont déchainées en Europe sur des questions qui n’appelaient guère de controverses pratiques (c’est bien le cas chez nous en ce moment, en Italie et en Bavière pour ne citer que les luttes du jour), on se demande si les confits humains ne sont pas toujours et avant tout nourris de cette opposition millénaire entre un ordre d’essence supraterrestre et une conception purement matérielle et borne de l’existence humaine.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1954-12-18 – Retour à la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1954-12-18 – La Vie Internationale.

 

Retour à la Guerre Froide

 

Le temps des sourires paraît révolu à Moscou. Certains estiment que la « détente » était plus dangereuse pour l’unité du Monde libre que les menaces de Staline-le-terrible.

 

Le Raidissement Soviétique

Molotov pensait-il réussir à faire échouer les Accords de Londres et de Paris comme il l’avait fait pour la C.E.D. ? C’est peu probable. Leur ratification lui donne un prétexte pour renforcer le Bloc communiste des satellites européens. En confiant au maréchal Rokossowski le commandement suprême des armées d’Europe centrale, il ne changera pas grand-chose à la situation de fait, mais il accorde un droit d’occupation indéfinie pour les troupes de l’U.R.S.S. qui y stationnent. Au cas où il serait un jour tenté de troquer l’abandon de l’Autriche contre quelque autre avantage, les traités qui lient cette occupation à celle des autres satellites ne jouerait plus, ce qui en droit n’est pas négligeable.

 

La Fin de la Négociation Parallèle

La dernière note du Kremlin et le silence sur les avances françaises relatives au traité autrichien mettent un point final aux intrigues de la négociation parallèle, ce qui satisfait vivement Londres et Washington et consterne nos neutralistes.

D’aucuns trouvent que Molotov n’a pas été très adroit en refusant un si bon jeu. Mais ce n’est pas sa manière de paraître disposé à céder devant la force, même pour un profit certain. La diplomatie soviétique telle qu’il la conçoit se doit de ne jamais reculer. La guerre froide reprendra donc si tant est qu’elle ne se soit jamais relâchée.

 

L’Opinion Allemande et les Traités

Les Allemands ont plus que jamais le sentiment qu’ils font les frais de ce raidissement. La politique du chancelier Adenauer, même si elle est finalement suivie par sa majorité parlementaire, n’est plus populaire. Très significatif à cet égard, le renversement du gouvernement de Bavière où, malgré le succès du Parti démocrate-chrétien aux récentes élections, le pouvoir passe à une coalition quadripartite dont les partisans du Chancelier sont exclus. Les voilà rejetés dans l’opposition, tout comme en Hesse où, bien que moins forts en Bavière, ils auraient pu constituer un gouvernement local avec le concours des partis qui composent la coalition au Bundestag.

Du même coup, la majorité des deux tiers que le Chancelier détenait à la Chambre haute est perdue, ce qui n’a pas d’importance dans l’immédiat, mais peut être un obstacle dans l’avenir. L’opinion a le sentiment que les Accords de Londres et de Paris enlèvent au pays la dernière chance, si faible qu’elle soit, d’une réunification possible. En échange, elle ne voit que la perte de la Sarre comme territoire allemand, ce qui ne change rien à l’état de choses, mais le rend légal et pratiquement définitif. En échange, le réarmement et l’entrée à l’O.T.A.N. est une satisfaction de prestige dont beaucoup se passeraient volontiers ; quant à la souveraineté de l’Allemagne de Bonn, elle était en tout état de cause acquise sans les nouveaux traités, encore n’est-elle pas absolue. Le public allemand estime qu’il n’y avait aucun inconvénient à attendre une occasion favorable.

La C.E.D., par contre, qui lui donnait le sentiment d’une réhabilitation morale, d’une réconciliation complète avec le monde hier ennemi, et d’une coopération sans limitation avec les autres européens, avait acquis un prestige sentimental qui ne se retrouve pas aujourd’hui. Et l’idée d’une collusion tacite entre la France et la Russie, même si elle apparaît sans fondement, demeure à l’arrière-plan du malaise.

 

La Nouvelle Politique Américaine

Par contre, la politique des Etats-Unis qui ne voient plus désormais d’obstacle à la coopération militaire et économique de l’Europe, donne à la France et à l’Angleterre des gages nouveaux de soutien. Ils ont fait pression sur l’Egypte pour amener le colonel Nasser à tempérer la campagne anti-française de la Radio du Caire. Les antagonismes au sein de la Ligue Arabe entre le dictateur égyptien et le groupe Syrie-Liban-Irak à la suite de l’exécution des frères musulmans, ont aussi contribué à rendre le Caire plus souple à l’égard de l’Occident.

Les Etats-Unis ont de plus désavoué les tentatives du Bloc arabo-asiatique à l’O.N.U. de faire juger l’affaire marocaine par l’Assemblée. Ils se sont de même abstenus de soutenir la Grèce contre l’Angleterre dans l’affaire de Chypre devant le même aéropage. Très franchement, et sans se soucier des préjugés anticolonialistes, ils font confiance à une politique française d’apaisement et de réformes. Les pays arabes ont cédé avec plus de facilité et de bonne grâce qu’on ne le prévoyait, et cela est un succès qu’on ne peut contester à M. Mendès-France. Reste à savoir si cette politique réussira ; peut-être, s’il n’y avait que les nationalistes arabes pourrait-on compter au moins sur une accalmie durable.

Mais Moscou ne désarmera pas, au contraire. Les communistes ont du terrorisme une expérience consommée. Ils organisent des attentats réciproques, tantôt contre les partisans de la France et les Français, tantôt contre les Nationalistes eux-mêmes. Peu importent les victimes pourvu que la haine demeure vive. Et nos moyens de faire face sont bien impuissants. Sans sécurité, l’économie de l’Afrique du Nord demeurera précaire, l’activité réduite, les investissements réticents. Et c’est sur le plan économique que l’action pourrait être efficace plus que sur le plan juridique ou moral. La prospérité peut, dans une certaine mesure, aider les races à se supporter. Moscou ne l’ignore pas.

 

La Chine rouge et l’O.N.U.

L’affaire des aviateurs américains détenus par Pékin comme espions a provoqué à l’O.N.U. une profonde agitation. Le président M. Hammarskjöld n’a pas hésité à jouer son prestige et celui de l’Assemblée en demandant au Gouvernement de Mao Tsé Tung de se rendre personnellement en Chine pour régler le grave incident. Le Pandit Nehru appuie cette démarche. Le président Eisenhower de son côté a montré une émotion particulière de cette condamnation de soldats en uniforme détenus en violation des lois de la guerre. Il y a bien peu de chances pour que Pékin cède tout à fait. Le coup était trop bien prémédité et les conséquences pesées. Sans doute l’admission de la Chine rouge à l’O.N.U. sera-t-elle de la sorte reculée à d’autres temps, mais les Chinois y tiennent-ils réellement ? Pékin est appelé à jouer le premier rôle dans la guerre froide. Les progrès du nationalisme, du militarisme, de l’organisation aussi de la Chine communiste sont de plus en plus inquiétants. A preuve que les Anglais, depuis huit ans en conflit avec les Etats-Unis sur les questions d’Extrême-Orient, ont publiquement, par la voix du Sous-Secrétaire Nutting, rangé le Royaume-Uni aux côtés de l’Amérique en cas d’attaque contre Formose. Il est vrai que depuis quelques mois, les Français ne sont plus à Hanoï, mais cela n’explique pas tout.

 

                                                                                  CRITON

 

 

 

 

Criton – 1954-12-11 – Équivoques

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Le Courrier d’Aix – 1954-12-11 – La Vie Internationale.

 

Equivoques

 

L’équivoque qui pèse sur les buts de la politique française depuis six mois s’était à demi dissipée après la conclusion des Accords de Londres et de Paris. Elle reparaît aujourd’hui à la veille de leur ratification. Les réserves faites par M. Dulles sur l’initiative française à Moscou, et l’accueil réticent de Londres, montrent que le jugement porté en juin dernier sur le « néonationalisme » demeure valable. Il est difficile de faire la part de ce qui représente une tactique parlementaire destinée à faciliter la ratification des traités et du but véritable qui tendrait à ranimer l’esprit de l’accord franco-soviétique de 1944. Le satisfecit donné par le Général de Gaulle à la politique actuellement suivie laisse le doute entier.

 

Négociation Parallèle

Il n’en reste pas moins que l’idée d’une négociation parallèle avec Moscou pouvant remettre en cause, sinon les accords entre les Alliés, du moins leur application est bien engagée. M. Mendès-France propose aux Soviets de ratifier le traité autrichien en concédant aux Russes un délai de deux ans au lieu de trois mois pour évacuer le pays. Le chancelier Raab a-t-il ou non donné son accord à ce projet ? On n’en est pas sûr. Le risque, en cas d’acceptation par Moscou, est de laisser à l’U.R.S.S au cours de ce long délai toutes sortes de prétextes pour le prolonger indéfiniment.

Les Russes pourraient donner cette preuve de bonne volonté à bon compte. Il y a tant de clauses dans l’accord autrichien dont ils pourraient contester l’observation, soit par les Autrichiens eux-mêmes, et par les autres occupants. De plus, on peut toujours se demander si la visite de l’ambassadeur Vinogradov à Colombey-les-Deux-Églises n’avait pas pour objet de préparer un marché de ce genre. La modération de l’ordre du jour qui a suivi à Moscou la Conférence des Satellites tend à faire croire que la porte reste ouverte à un compromis qui enlèverait toute valeur pratique aux accords des Alliés occidentaux avec l’Allemagne.

En tous cas, malgré la réserve du chancelier Adenauer qui ne peut pas compromettre les chances d’obtenir de son propre parlement une ratification prochaine en dépit des réticences des députés du Bundestag sur l’accord sarrois, le malaise franco-allemand que l’on voulait, en paroles, dissiper est plus lourd qu’il n’était depuis la fin de la guerre. On soupçonne la France de chercher à endormir l’opinion d’outre-Rhin pour l’enfermer mieux dans l’étau Paris-Moscou. Les Soviets de plus, conservent l’initiative que les Accords de Paris et de Londres avaient pour objet de leur retirer. Il suffit d’un geste de Molotov pour en revenir à la situation d’après le rejet de la C.E.D. Il n’est pas sûr qu’il s’y décide, mais cela demeure possible.

 

Dangers de cette Politique

Le plus fâcheux est que l’on n’y gagnera rien. On ne sauvera pas le Sud-Vietnam en pleine décomposition politique et militaire. L’accalmie en Afrique du Nord ne durera que le temps nécessaire aux tractations franco-russes, et le terrorisme apaisé par quelques tours plus ou moins équivoques et sans garantie pour l’avenir reprendra avec une force accrue, et l’on aura perdu la confiance des Alliés dont l’appui est indispensable pour en venir à bout.

La seule politique digne de la France est celle de la loyauté à l’égard du Monde libre dont, quoi qu’elle fasse, elle demeure solidaire, dans la prospérité comme dans le malheur. Elle en a pâti, dans le passé, de s’en écarter avec la politique de Pierre Laval que nous évoquions précédemment et qui lui aussi proclamait la pureté de ses intentions, et elle n’a fait que fortifier les desseins agressifs d’Hitler et de Mussolini.

 

Le Voyage de Tito aux Indes

Une autre équivoque se précise dont nous avons toujours signalé les tendances. Le maréchal Tito entreprend un voyage aux Indes et en Birmanie – c’est-à-dire chez les neutralistes d’Asie – après avoir souri aux toasts chaleureux de Malenkov et de Krouchtchev. Que peut avoir à faire le maître de la Yougoslavie dans cette partie du monde où aucun intérêt économique ou politique ne l’appelle ? Le Pandit Nehru va se rendre à Moscou. Les conversations préalables avec Tito préparent-elles un détour pour ouvrir au Maréchal la porte du Kremlin ? Ce rapprochement avec l’Italie consécutif à l’accord sur Trieste ne serait-il qu’un moyen de couvrir ses arrières ? L’homme est astucieux, et Londres et Washington ne paraissent pas rassurés.

 

L’Action Anticommuniste en Italie

Cependant, des nouvelles d’importance nous viennent d’Italie. Nos lecteurs savent à quel péril la Péninsule est exposée : la prise du pouvoir légal par l’alliance des communistes et des socialistes nenniens à la suite des prochaines élections. La discorde entre les démocrates, la politique du pire pratiquée par les néofascistes, rendent l’hypothèse vraisemblable. Le gouvernement Scelba, fortifié par l’amélioration de la situation économique, profite du discrédit jeté sur le Parti communiste par le scandale soulevé autour du Président du Conseil général de Rome, Sotgiu, pour frapper un grand coup contre l’organisation clandestine des gens de Moscou.

Action délicate, car elle doit demeurer dans les limites constitutionnelles, sans loi d’exception, avec les armes dont dispose un régime démocratique. Il ne saurait donc s’agir de mettre le parti hors la loi, on ne le dissoudra pas, mais d’atteindre non point son caractère de parti politique, mais sa nature de société secrète. Les moyens exposés par Scelba sont encore vagues mais rappellent avec plus de force les mesures préconisées ici par M. Pinay et reprises timidement au Congrès des Indépendants.

D’abord exiger des fonctionnaires occupant un poste de responsabilité la loyauté absolue au régime démocratique. On en était presque aussi loin en Italie que chez nous, bien qu’il n’y ait pas eu « d’affaire des fuites ». Dissolution ensuite des organisations sociales ou coopératives qui couvrent l’action du Parti et qu’il a monopolisées, et les rendre à la collectivité tout entière, couper à la frontière le courant de subsides clandestins qui alimente la caisse du Parti, et contrôler les transactions bancaires et commerciales qui masquent ces apports de fonds, enlever enfin à l’usage du Parti les commandes, subventions publiques et adjudications ainsi que l’usage de tout bien ou établissement relevant de l’autorité de l’Etat et des collectivités locales.

Si ces mesures sont appliquées, le communisme sera limité à son action légale de parti politique sans privilège public ou clandestin, et perdra les moyens de pression qu’il détient par l’intérêt matériel sur les électeurs. L’œuvre est immense, de longue haleine et demandera une énergie peu commune dans ce pays de l’ « Omerta », c’est-à-dire de la complicité occulte. On dit que Scelba en est capable ; nous le suivrons avec intérêt.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1954-11-27 – Retour à 1913

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Le Courrier d’Aix – 1954-11-27 – La Vie Internationale.

 

Retour à 1913

 

Mendès-France a clairement défini à la tribune des Nations-Unies les buts de la politique française telle qu’il la conçoit. Cet exposé sans équivoque a été accueilli avec réserve à Washington, aussi bien qu’à Londres et plus encore à Bonn. Politique qui marque en effet un retour vers un passé qu’on voulait mort, celle de l’équilibre européen tel qu’on le cherchait en 1913.

 

Le Programme Français aux Nations-Unies

Les positions ont changé, ainsi que les protagonistes, l’esprit demeure. On peut résumer en quelques traits ce programme : constituer à l’Ouest du rideau de fer une coalition militaire, cette fois-ci avec l’Allemagne occidentale et les Etats-Unis, axée comme naguère sur l’arbitrage anglais. De l’autre côté, on accepterait volontiers une coalition militaire semblable soumise aux mêmes règles, englobant tous les satellites de la Russie, y compris l’Allemagne orientale. On établirait en commun entre les deux coalitions un équilibre bien organisé avec publicité des armements et limitation des effectifs, et on continuerait l’arme au pied à coexister pacifiquement. C’est ce qu’on avait réalisé avant 1914 pour les forces navales des grandes puissances : le nombre de cuirassés, leur tonnage et leur armement, l’épaisseur des blindages jusqu’au calibre des pièces, tout avait été fixé pour un peu jusqu’à l’âge des capitaines. On sait comment tout cela a fini.

 

Réalisme et Idéaux

Qu’on nous entende bien : cette politique a le mérite d’être réaliste et dans l’esprit de son auteur, elle est la seule possible dans l’état présent du monde. Il se peut, en effet, qu’il n’y ait pas d’autre solution pratique et qu’il faille s’en contenter puisqu’il ne saurait être question de guerre préventive pour modifier les données du problème.

C’est en tous cas la seule politique que les Soviets pourraient peut-être accepter. On ne voit pas de leur côté d’objections possibles, puisqu’elle assurerait à l’U.R.S.S. la consolidation définitive et reconnue de la totalité de ses conquêtes en Europe, et lui laisserait les mains libres en Asie. En consacrant la coupure de l’Allemagne pour un temps indéfini, en délivrant l’Occident des soucis d’une politique en Europe centrale abandonnée par contrat à la domination russe, elle ne ferait que reconnaître un statu quo susceptible de durer jusqu’à ce que les circonstances viennent en rompre l’équilibre. Elle servirait en tous cas ce qu’on appelle le néonationalisme français : maintien du statut de la Sarre, réduction de l’Allemagne à une portion de territoire lié à l’Occident et limitée dans ses initiatives par le contrôle des armements.

Tout cela a le mérite d’être simple et réalisable, si l’autre camp y trouve son compte et y consent de bonne foi. En tous cas, on pourrait en attendre un assez long répit, avant d’autres drames. Ce qui ne fut pas le cas en 1913, mais aurait pu l’être.

 

Où est la Différence ?

On voit combien différente est cette conception de celle qui animait les prédécesseurs de M. Mendès-France. L’Europe de Schuman n’était pas celle de Poincaré, ni de De Gaulle. C’était un monde cohérent et intégré, impuissant sans doute pour le moment à s’étendre à l’ensemble du continent, mais susceptible par son rayonnement de donner espoir aux peuples asservis et de rendre possible un jour un monde libre et uni par le jeu même de ces impondérables qui font à la longue crouler les empires fondés sur la force seule. La différence entre les deux politiques est beaucoup plus d’ordre moral que pratique. Deux coalitions d’états souverains armés qui se surveillent est quelque chose de statique, établi sur de vieux modèles, réalisable sans doute, mais dépourvu d’inspiration. C’est peu d’offrir à la jeunesse qu’on entend favoriser.

 

L’Oraison Funèbre de Vichinsky

Quant à l’éloge funèbre de Vichinsky, il ne peut pas ne pas avoir choqué l’opinion de beaucoup. Le vieux procureur représentait en ce milieu du XX° Siècle ce que le Bolchévisme a réalisé de plus odieux : la passion froide d’un bourgeois devenu révolutionnaire sans conviction véritable, feignant avec autant d’habileté la haine et l’amabilité, heureux seulement de faire tomber des têtes sur l’ordre de son maître, et d’insulter les adversaires qu’on lui désigne et dont il eut aussi bien serré la main, s’il en avait reçu l’ordre. Exécuteur des basses œuvres de Staline auquel il ressemblait moralement et dont il a si fidèlement servi la politique, il s’était fait un succès de ses réquisitoires et de ses invectives. On peut trouver des excuses aux passions mêmes sanglantes, on peut en trouver à Saint-Just, aux plus exaltés des conventionnels, il n’y en a pas pour ceux pour lesquels la passion n’est qu’une comédie qu’on pourrait au besoin jouer à rebours, toujours au service de la raison d’état.

Tel fut Vichinsky, bourgeois passé au service d’une révolution qu’il méprisait et dont il s’était fait l’instrument par ambition, avec d’autant plus de zèle qu’il demeurait suspect à cause de ses origines. Sa disparition ne changera rien à la politique soviétique dont il n’était que le porte-parole, son successeur, Malik ou Gromyko, avec moins de talent remplira l’office : utiliser la tribune de l’O.N.U. pour répandre la propagande et diviser les gouvernements adverses.

 

Le Boom Économique et Financier

Plus important pour l’avenir du Monde libre que les mouvements divers sur l’échiquier diplomatique est le redressement absolument sensationnel de l’économie des nations qui le composent. Un optimisme, parfois un peu délirant, a succédé aux sombres prévisions de l’an dernier. Les bourses américaines, anglaises, françaises, allemandes, hollandaises connaissent un boom presque sans précédent ; sauf l’envolée de 1936 à la suite des dévaluations qui a rapidement tourné court et la hausse de 1928-29, qui s’est terminé par la catastrophe que l’on sait, il faudrait, si l’on omet la courte fièvre de l’après-guerre en 1919-1920, remonter à la fin du siècle dernier pour trouver un équivalent, c’est-à-dire qui ne soit pas le simple résultat de circonstances exceptionnelles.

Les experts du « brain trust » américain considèrent ce mouvement comme justifié et parfaitement sain et normal et le voient se continuer sans à-coup dans le proche avenir. Peut-être, l’expérience conseille-t-elle un peu plus de réserve. Un mouvement quel qu’il soit se termine toujours par des excès dans un sens ou dans l’autre. Il n’en demeura pas moins que le monde dit capitaliste montre une vitalité, sinon une santé, insoupçonnée, après les années sombres de l’après-guerre. Des capitaux sortent de partout pour s’investir, enfouis depuis deux décades ; la production industrielle monte en flèche, sans que les prix des matières premières s’élève en même temps ; la libre entreprise et la concurrence jouent avec des moyens accrus. Si le mouvement réussit à se poursuivre sans que trop d’excès ne soient commis, la liberté économique aura donné des preuves éclatantes de ses capacités à améliorer le sort des hommes en multipliant les richesses. Il faudrait toutefois que les consuls veillent, et que les augures ne se prennent pas pour des dieux. Ils se sont si souvent trompés.

 

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