Criton – 1954-12-18 – Retour à la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1954-12-18 – La Vie Internationale.

 

Retour à la Guerre Froide

 

Le temps des sourires paraît révolu à Moscou. Certains estiment que la « détente » était plus dangereuse pour l’unité du Monde libre que les menaces de Staline-le-terrible.

 

Le Raidissement Soviétique

Molotov pensait-il réussir à faire échouer les Accords de Londres et de Paris comme il l’avait fait pour la C.E.D. ? C’est peu probable. Leur ratification lui donne un prétexte pour renforcer le Bloc communiste des satellites européens. En confiant au maréchal Rokossowski le commandement suprême des armées d’Europe centrale, il ne changera pas grand-chose à la situation de fait, mais il accorde un droit d’occupation indéfinie pour les troupes de l’U.R.S.S. qui y stationnent. Au cas où il serait un jour tenté de troquer l’abandon de l’Autriche contre quelque autre avantage, les traités qui lient cette occupation à celle des autres satellites ne jouerait plus, ce qui en droit n’est pas négligeable.

 

La Fin de la Négociation Parallèle

La dernière note du Kremlin et le silence sur les avances françaises relatives au traité autrichien mettent un point final aux intrigues de la négociation parallèle, ce qui satisfait vivement Londres et Washington et consterne nos neutralistes.

D’aucuns trouvent que Molotov n’a pas été très adroit en refusant un si bon jeu. Mais ce n’est pas sa manière de paraître disposé à céder devant la force, même pour un profit certain. La diplomatie soviétique telle qu’il la conçoit se doit de ne jamais reculer. La guerre froide reprendra donc si tant est qu’elle ne se soit jamais relâchée.

 

L’Opinion Allemande et les Traités

Les Allemands ont plus que jamais le sentiment qu’ils font les frais de ce raidissement. La politique du chancelier Adenauer, même si elle est finalement suivie par sa majorité parlementaire, n’est plus populaire. Très significatif à cet égard, le renversement du gouvernement de Bavière où, malgré le succès du Parti démocrate-chrétien aux récentes élections, le pouvoir passe à une coalition quadripartite dont les partisans du Chancelier sont exclus. Les voilà rejetés dans l’opposition, tout comme en Hesse où, bien que moins forts en Bavière, ils auraient pu constituer un gouvernement local avec le concours des partis qui composent la coalition au Bundestag.

Du même coup, la majorité des deux tiers que le Chancelier détenait à la Chambre haute est perdue, ce qui n’a pas d’importance dans l’immédiat, mais peut être un obstacle dans l’avenir. L’opinion a le sentiment que les Accords de Londres et de Paris enlèvent au pays la dernière chance, si faible qu’elle soit, d’une réunification possible. En échange, elle ne voit que la perte de la Sarre comme territoire allemand, ce qui ne change rien à l’état de choses, mais le rend légal et pratiquement définitif. En échange, le réarmement et l’entrée à l’O.T.A.N. est une satisfaction de prestige dont beaucoup se passeraient volontiers ; quant à la souveraineté de l’Allemagne de Bonn, elle était en tout état de cause acquise sans les nouveaux traités, encore n’est-elle pas absolue. Le public allemand estime qu’il n’y avait aucun inconvénient à attendre une occasion favorable.

La C.E.D., par contre, qui lui donnait le sentiment d’une réhabilitation morale, d’une réconciliation complète avec le monde hier ennemi, et d’une coopération sans limitation avec les autres européens, avait acquis un prestige sentimental qui ne se retrouve pas aujourd’hui. Et l’idée d’une collusion tacite entre la France et la Russie, même si elle apparaît sans fondement, demeure à l’arrière-plan du malaise.

 

La Nouvelle Politique Américaine

Par contre, la politique des Etats-Unis qui ne voient plus désormais d’obstacle à la coopération militaire et économique de l’Europe, donne à la France et à l’Angleterre des gages nouveaux de soutien. Ils ont fait pression sur l’Egypte pour amener le colonel Nasser à tempérer la campagne anti-française de la Radio du Caire. Les antagonismes au sein de la Ligue Arabe entre le dictateur égyptien et le groupe Syrie-Liban-Irak à la suite de l’exécution des frères musulmans, ont aussi contribué à rendre le Caire plus souple à l’égard de l’Occident.

Les Etats-Unis ont de plus désavoué les tentatives du Bloc arabo-asiatique à l’O.N.U. de faire juger l’affaire marocaine par l’Assemblée. Ils se sont de même abstenus de soutenir la Grèce contre l’Angleterre dans l’affaire de Chypre devant le même aéropage. Très franchement, et sans se soucier des préjugés anticolonialistes, ils font confiance à une politique française d’apaisement et de réformes. Les pays arabes ont cédé avec plus de facilité et de bonne grâce qu’on ne le prévoyait, et cela est un succès qu’on ne peut contester à M. Mendès-France. Reste à savoir si cette politique réussira ; peut-être, s’il n’y avait que les nationalistes arabes pourrait-on compter au moins sur une accalmie durable.

Mais Moscou ne désarmera pas, au contraire. Les communistes ont du terrorisme une expérience consommée. Ils organisent des attentats réciproques, tantôt contre les partisans de la France et les Français, tantôt contre les Nationalistes eux-mêmes. Peu importent les victimes pourvu que la haine demeure vive. Et nos moyens de faire face sont bien impuissants. Sans sécurité, l’économie de l’Afrique du Nord demeurera précaire, l’activité réduite, les investissements réticents. Et c’est sur le plan économique que l’action pourrait être efficace plus que sur le plan juridique ou moral. La prospérité peut, dans une certaine mesure, aider les races à se supporter. Moscou ne l’ignore pas.

 

La Chine rouge et l’O.N.U.

L’affaire des aviateurs américains détenus par Pékin comme espions a provoqué à l’O.N.U. une profonde agitation. Le président M. Hammarskjöld n’a pas hésité à jouer son prestige et celui de l’Assemblée en demandant au Gouvernement de Mao Tsé Tung de se rendre personnellement en Chine pour régler le grave incident. Le Pandit Nehru appuie cette démarche. Le président Eisenhower de son côté a montré une émotion particulière de cette condamnation de soldats en uniforme détenus en violation des lois de la guerre. Il y a bien peu de chances pour que Pékin cède tout à fait. Le coup était trop bien prémédité et les conséquences pesées. Sans doute l’admission de la Chine rouge à l’O.N.U. sera-t-elle de la sorte reculée à d’autres temps, mais les Chinois y tiennent-ils réellement ? Pékin est appelé à jouer le premier rôle dans la guerre froide. Les progrès du nationalisme, du militarisme, de l’organisation aussi de la Chine communiste sont de plus en plus inquiétants. A preuve que les Anglais, depuis huit ans en conflit avec les Etats-Unis sur les questions d’Extrême-Orient, ont publiquement, par la voix du Sous-Secrétaire Nutting, rangé le Royaume-Uni aux côtés de l’Amérique en cas d’attaque contre Formose. Il est vrai que depuis quelques mois, les Français ne sont plus à Hanoï, mais cela n’explique pas tout.

 

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