Criton – 1950-02-04 – Des Positions se Précisent…

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Le Courrier d’Aix – 1950-02-04 – La Vie Internationale.

 

Des Positions se Précisent ….

 

La reconnaissance d’Ho Chi Minh par l’U.R.S.S. a soulevé une émotion qui montre que la tactique de la guerre froide n’est pas encore familière au public. Après la reconnaissance de l’agitateur par Mao Tsé, celle de Staline ne pouvait tarder. Que l’Indochine devienne la Grèce de l’Extrême-Orient, cela ne pouvait faire de doute. L’essentiel c’est que les Etats-Unis aient pris parti.

Après les déclarations de Jessup et d’Acheson, l’Amérique s’oblige à appuyer Bao Daï et la France. La partie sera évidemment de plus en plus dure, aucune illusion là-dessus. Si notre volonté est aussi tendue que celle des Grecs, elle triomphera. Et le prestige américain est aussi engagé que dans l’insurrection grecque ou le blocus de Berlin. Les Etats-Unis n’ont pas l’habitude de se laisser battre, et leurs moyens sont illimités.

En définitive, la France a plutôt gagné dans l’affaire : l’hospitalité de l’U.R.S.S. et de Mao Tsé était acquise et en face d’eux, nous n’avons rien à attendre que de notre force ; l’appui des Etats-Unis par contre était douteux. Matériellement et moralement, nous devons nous sentir plus forts.

Autre avantage : l’attitude hostile et insultante de l’U.R.S.S. faisant suite aux insolences du gouvernement soviétique de Pologne ne manquera pas de soulever l’indignation des moins fanatiques parmi les communistes français. Moscou ne se soucie guère du prestige de ses partisans quand son intérêt est en jeu. Nous l’avons vu, bien souvent. Il n’est pas sûr que le Politburo ait raison.

 

Les Elections Anglaises

Les incidents de la guerre froide nous touchent directement, mais présentement c’est le résultat des élections anglaises du 23 qui est la préoccupation majeure du monde occidental. Chaque jour, un Gallup tâte le pouls de l’opinion britannique. Les travaillistes paraissent regagner du terrain après en avoir passablement perdu. Comme nous l’avons répété, c’est l’orientation économique et sociale du monde civilisé qui se décidera, non sur des programmes. Car au fond, les manifestes des deux partis se ressemblent, ce qui prouve qu’en politique, si l’on veut être réaliste et éviter la démagogie, les faits sont plus forts que les doctrines et que les changements possibles sont minimes.

Travaillistes et Conservateurs sont d’accord pour maintenir et perfectionner le mécanisme de sécurité sociale connu sous le nom de « Welfare State ». Il n’est même pas question de revenir sur les nationalisations acquises et en politique extérieure, Bevin et Churchill se sont montrés presque également nationalistes ; la lutte est donc exclusivement une question de personnes et d’esprit.

Les Conservateurs au pouvoir ne feront qu’entériner les réformes du travaillisme, mais ils permettront aux entreprises privées de se dégager de la tutelle de l’Etat. Surtout, ils trouveront aux Etats-Unis une oreille complaisante aux besoins de crédit de l’Angleterre. Car il faut encore 2 milliards de dollars, en plus du plan Marshall, pour éviter une crise économique après les élections. Si les Conservateurs l’emportaient et surtout réussissaient à surmonter dans les deux prochaines années les difficultés qui les attendent, ils auraient prouvé que le fonctionnement du capitalisme tel qu’il a évolué, est compatible avec le plein emploi et la sécurité sociale, et de plus sauvegarde la liberté individuelle contre un étatisme grandissant. Le mouvement qui tend à faire de chaque citoyen un fonctionnaire et qui se développe plus ou moins vite depuis un demi-siècle pourrait être renversé maintenant que les avantages sociaux maxima sont acquis aux travailleurs.

 

L’Affaire Sarroise

S’il ne le savait par avance, le chancelier Adenauer est fixé sur les sentiments du président Truman pour le nationalisme allemand. Washington lui a fait savoir qu’il était préférable de se taire et il a suffi de retarder un peu le déblocage des crédits Marshall pour montrer à Bonn qu’on ne plaisantait pas.

D’autre part, les déclarations du Président du Conseil sarrois, Hoffmann, ont dû fixer les Allemands mal informés sur les sentiments de la population du territoire. Malgré des contradictions apparentes, son état d’esprit s’explique bien. Profondément attachés à la culture germanique, les Sarrois –ce qui peut faire allusion – n’ont jamais manqué de manifester leur solidarité morale avec la patrie allemande. Ils n’en sont pas moins décidés à défendre leur autonomie, pour des raisons matérielles d’abord, la Sarre et la Lorraine sont complémentaires et dépendent l’une de l’autre, la Sarre surtout.

De 18 à 35, les liens qui se sont développés entre les deux régions se sont révélés solides, indispensables et conformes à la nature géographique et économique. Si de 35 à la guerre, le rattachement au Reich n’a pas été défavorable au territoire, c’est grâce au réarmement et à l’intense activité industrielle qui en résultait et aussi à l’autarcie du III° Reich.

En période normale où la concurrence joue, la séparation d’avec la France se serait fait sentir. Sur le plan moral, les Sarrois se voient appelés à jouer le rôle de trait d’union entre les deux cultures et ils préfèrent ce rôle à celui du 13ème rang ou de dépendance négligée de la Westphalie-Palatinat. L’Université de Sarrebrück deviendra ce qu’aurait été Strasbourg si une solution Franco-Allemande avait prévalu avant 14. Le rattachement de la Sarre au Reich rencontrerait l’hostilité de la majorité des Sarrois. Qu’on se le dise.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-01-28 – Parties d’Echecs

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-28 – La Vie Internationale.

 

Parties d’Echecs

 

Une sorte de trêve des confiseurs s’était établie depuis un mois dans les querelles internationales ; les esprits enclins à l’optimisme s’y étaient abandonnés ; nous avions fait de notre mieux pour le suivre ; en quelques jours, tous les antagonismes ont repris leur acuité ; l’évolution un instant voilée se retrouve en progrès vers le pire ; le conflit Russo-Américain s’étend pratiquement aux trois continents ; le bloc occidental est remis en question par la soudaine tension franco-allemande. Enfin l’O.N.U. semble menacée de paralysie par la querelle des deux Chines.

 

A l’O.N.U.

Voyons cela d’abord : En refusant de siéger aux côtés des représentants de Tchang-Kaï-Chek, les Russes ont boycotté l’O.N.U. et l’on se demande si les séances du Conseil de Sécurité ont quelque valeur en leur absence. Quel est le but des Soviets ? Empêcher le Gouvernement américain de reconnaître Mao Tsé Tung. Cela semble paradoxal ; mais non : s’ils avaient voulu obtenir cette reconnaissance, ils n’avaient qu’à attendre que la France et l’Egypte, sur un signe de Washington, reconnaissent le gouvernement de Pékin, et la majorité était obtenue au Conseil. Au contraire, Mao Tsé, poussé par Moscou, a créé des incidents avec les Etats-Unis, l’arrestation du consul à Moukden, la confiscation des bâtiments diplomatiques à Pékin.

En même temps, il cherchait querelle à la France par des saisies analogues et par une note sur de prétendues atrocités françaises exercées contre des sujets en Indochine. Ces provocations sont évidemment calculées pour exaspérer l’opinion américaine et créer à Truman et à Acheson des difficultés intérieures s’ils adoptaient une attitude conciliante.

En cela d’ailleurs, nous pensons que le Kremlin se trompe. Nous avons dit, seuls de cet avis et contre toute apparence il y a quelques trois semaines, que l’attitude de Truman était une feinte ; en se montrant disposé à un accord, il mettait le bon droit et les pacifistes de son côté, ce qui compte aux Etats-Unis. Mais il sera sans doute satisfait d’être obligé, à regret, de se montrer ferme, et en particulier de défendre Formose, si Mao Tsé devenait agressif, ce qui referait l’unité aux Etats-Unis.

 

L’Attitude Soviétique à l’O.N.U.

Il y a une autre hypothèse fort vraisemblable sur l’attitude soviétique ; sans se retirer formellement de l’O.N.U., les Russes auraient intérêt à achever de détruire le prestige de l’Assemblée et de l’empêcher d’agir. Si dans les prochains mois ils passaient à l’attaque contre Tito, le Conseil ne serait pas là pour dénoncer l’agresseur et donner ainsi aux Etats-Unis le droit d’intervenir.

Cette hypothèse s’accorde avec le dernier incident que les Bulgares ont soulevé en demandant le rappel de l’ambassadeur américain Heath. Pratiquement, il n’y aura plus ni particuliers – qu’on arrête sans préavis, – ni représentation diplomatique étrangère dans les pays satellites pour contrôler les préparatifs contre Tito, ni sanctions internationales possibles.

 

L’Affaire Sarroise

L’explosion de nationalisme allemand au lendemain du voyage de M. Schuman, le rejet brutal par le Gouvernement de Bonn de l’accord commercial franco-allemand sous le fallacieux prétexte d’une opposition des agriculteurs allemands, ont fait dans le monde entier la plus déplorable impression.

Il ne fait pas de doute que l’avenir de l’Europe en est pour longtemps assombri ; à quels mobiles a pu obéir un homme aussi habile qu’Adenauer ? Il a voulu donner aux Allemands l’impression que son gouvernement n’était pas aux ordres des Alliés, et dissiper le scepticisme des électeurs à son endroit ; il a voulu s’affirmer lui aussi le champion de l’unité allemande contre les Alliés, même Américains, alors que M. Acheson appuyait officiellement le point de vue français sur la Sarre. Derrière cette manœuvre s’en dessine une autre non moins redoutable : le réarmement mi-officiel et mi-clandestin d’une force allemande composée d’officiers en disponibilité, susceptibles d’encadrer de nombreux volontaires secrètement associés ; cette armée serait, avec l’assentiment des Américains qui fourniront le matériel de guerre, destinée à contrebalancer les forces policières que les Russes dans leur zone ont formées et mettront en place au jour où ils offriront aux Allemands d’évacuer leur zone d’occupation et de signer avec eux une paix séparée.

Les Américains soutiennent le plan d’Adenauer dans l’espoir que les Russes avertis renonceront à une évacuation qui rendrait moralement difficile le maintien d’une armée américaine en zone occidentale. On voit comme la partie qui se joue est complexe et encore n’en décrivons-nous que les points essentiels.

 

Mao Tsé et Staline

Une troisième partie d’échecs se joue à Moscou où le ministre chinois des Affaires étrangères est venu rejoindre son chef, Mao Tsé Tung. Même si de sérieuses divergences politiques et économiques séparent les deux dictateurs, ils sont d’accord sur la tactique : mener conjointement la guerre froide sur les deux fronts, obtenir le plus de reconnaissances possibles du côté des puissances éloignées, celles de l’Angleterre et des Dominions étant acquises, et rendre impossible par une attitude agressive celle des puissances coloniales d’Asie, la France et la Hollande, et enfin tenir tête aux Etats-Unis ; les Américains voient venir le moment où ils seront obligés de soutenir la France en Indochine et de risquer dans le Sud-Est asiatique un conflit plus ou moins ouvert avec le Communisme, ce qui ne les effraie pas autant qu’on pourrait croire, mais comporte des risques tels qu’une fausse manœuvre pourrait être fatale à la paix, les foyers d’incendie se multipliant.

 

A Berlin

Ce qui se passe à Berlin en est la preuve : les Américains avaient saisi l’immeuble des chemins de fer allemands occupé par les Russes en zone américaine ; les Soviets ont riposté en désorganisant le trafic et en rétablissant un blocus partiel par route et par fer. Les américains ont dû faire machine arrière ce qui nuit à leur prestige.

Ajoutons à cela le traité autrichien renvoyé aux calendes grecques : le tableau n’est pas réconfortant.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-01-21 – Le Voyage à Bonn

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-21 – La Vie Internationale.

 

Le Voyage à Bonn

 

Le voyage de Monsieur Schuman à Bonn a fait passer au second plan les préoccupations asiatiques. La paix du monde, non dans l’immédiat mais dans l’avenir, dépend de l’harmonie franco-allemande. Cet effort de rapprochement coïncidait malheureusement avec le malaise provoqué en Allemagne par les négociations Franco-Sarroises. Esquissons une vue objective du différend.

 

Le Point de Vue Allemand

Comme toujours, on a laissé traîner la question litigieuse. C’est au lendemain de la défaite allemande que l’on devait régler dans le détail le statut des mines de la Sarre. C’est une des fautes du gouvernement de la libération d’avoir laissé planer un soupçon d’annexionnisme dans les intentions françaises. Les Allemands admettaient alors que nous avions le droit d’intégrer le territoire dans notre système économique, comme réparation des dommages infligés à la France par Hitler. Par contre, les Allemands ne pouvaient admettre que le territoire soit détaché politiquement de l’Allemagne. Il fallait donc trouver une formule qui concilie les deux exigences ; c’est évidemment difficile. Si l’on est de part et d’autre de bonne foi, c’est possible. Il le faut. On ne peut faire grief aux Allemands de refuser de détacher la Sarre du Reich. Ce serait implicitement souscrire à l’abandon des territoires au-delà de la ligne Oder-Neiss que la Russie a annexés au profit du vassal polonais. Un peuple n’admettra jamais le démembrement de son patrimoine territorial.

Et l’histoire prouve que toutes les violations de ce droit naturel à l’unité nationale ont été à l’origine des grands malheurs. Il est malheureusement symptomatique qu’il ait suffi qu’on discutât de la propriété des mines de la Sarre pour que les passions chauvines soient déchaînées outre Rhin. Le chancelier Adenauer a été obligé d’en tenir compte. Son discours au Bundesrat – que nous avons attentivement écouté – était plein de nuances et de modération laissant la voie ouverte aux compromis. Souhaitons que l’intégration de l’Allemagne dans l’Europe occidentale et la coopération franco-allemande ne soient pas remises en question.

Répétons-le : l’enjeu est grave et le temps presse. L’Allemagne remise sur pied, dotée d’une monnaie saine animée par une puissance de travail qui manque d’emploi cherche sa voie et la trouvera. Elle n’a pas choisi. Elle balance encore. Nous entendions au micro de Francfort une discussion entre présidents d’associations estudiantines allemandes de part et d’autre du rideau de fer. Cette jeunesse souffre du découpage de l’Allemagne et veut avant tout le retour à l’unité. Cela seul compte et doit être réalisé par tous les moyens. Les Soviets le savent si bien que toute leur propagande s’appuie sur cette aspiration. Et notre impression est que s’ils réalisaient leur promesse, beaucoup d’Allemands malgré leur haine et leur mépris du Russe, suivraient.

 

L’Affaire Niemöller

L’affaire Niemöller révèle la même tendance. Le célèbre pasteur lui aussi veut une solution qui laisse l’Allemagne libre de son orientation, qui la débarrasse de tous ses occupants, la mette sous la protection des Nations Unies, et sous le couvert de cette neutralité, lui permette d’attendre l’issue de la guerre froide. Si le bolchévisme venait à s’écrouler, il y a gros à parier que l’Allemagne se tournerait alors vers la nouvelle Russie et que la frontière de suspicion, de concurrence, d’antagonisme séculaire se redresserait sur le Rhin. C’est ce qu’il faut empêcher, même au prix de grands sacrifices matériels et moraux. Beaucoup d’Allemands le comprennent. Une récente enquête très objective – et qui nous a surpris – montrait qu’en zone française, grâce à notre administration dont il est juste de faire l’éloge, l’entente entre Français et Allemands était possible, la coopération fructueuse et facile.

 

L’Avenir

Mais il faut arriver à autre chose qu’à des accords de troc commercial du genre de celui qu’on vient de signer. Il faut créer des liens économiques permanents sur lesquels il soit pratiquement impossible de revenir. L’idéal évidemment serait que cela se fit dans le cadre de l’unité européenne.

Il n’y aurait plus alors de question sarroise. Mais cette union, si elle est un jour, ne l’est pas pour demain. Attendre serait renoncer. Nous ne nous protègerons pas de la concurrence allemande par des barrières douanières. Au contraire, elle se fera sentir plus durement par le retour des marchés extérieurs. Ces barrières nous coûteront cent fois plus cher qu’une harmonisation de nos efforts. Mais il faut pour cela retrousser les manches, se mettre avec les Allemands à égalité d’activité, d’initiative, de sacrifices. C’est cela qui fait peur, tant aux employeurs qu’aux employés. On préfère s’en tenir aux ajustements sans portée durable : on verra bien. Ce qu’on verra, c’est une France isolée, produisant cher, avec des méthodes désuètes vivant chichement, paralysée par le poids des impôts.

Il souffle en ce moment un vent de nationalisme désuet qui est comme un écho des coups de clairon du lendemain de libération. Il porte deux slogans : tenir l’Allemagne en tutelle et se libérer de l’aide américaine. Ce sont aussi les mots d’ordre de la section française du bolchévisme.

Le vrai patriotisme a évolué comme tous les idéaux humains. Les notions de dignité et d’indépendance nationale ont subi la pression des transformations économiques et des rapports de force. Il faut faire l’Europe et pour que cela soit un jour – encore lointain – possible, coopérer avec l’Allemagne et maintenir, aussi étroitement qu’il se peut, la solidarité et la coresponsabilité devant la civilisation de la France et des Etats-Unis sans lesquelles il n’y a pas de prospérité possible. Toute autre attitude est démagogie – ou trahison.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-01-14 – Manoeuvres en Asie

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-14 – La Vie Internationale.

 

Manœuvres en Asie

 

Les déclarations officielles de Truman et de Bevin ne nous renseignent pas exactement sur les intentions des Anglo-Saxons quant au problème asiatique. Y a-t-il accord ou désaccord entre les deux partenaires ? Mao Tsé Tung lui, est toujours à Moscou et ce n’est pas par-là que nous saurons quelque chose des projets du bolchévisme en Asie.

 

Le Discours de Truman

La position de Truman est difficile ; le bipartisme en politique extérieure semble révolu. Les élections sont proches aux Etats-Unis, et les républicains attribuent à tort ou à raison leurs récents échecs à ce qu’ils appellent le « Metooisme » , c’est-à-dire au fait que leur programme ne s’est pas révélé assez nettement opposé à celui de leurs adversaires. Ils ont souscrit en politique extérieure à une tactique prudente et indécise pour contenir le communisme sans que celui-ci ait été beaucoup gêné dans son expansion. En Chine surtout, les hésitations du département d’Etat ont affaibli la position morale des Etats-Unis et permis aux Asiatiques de défier la puissance américaine et celles des blancs en général. Cet échec évident est exploité par les républicains qui d’isolationnistes sont devenus interventionnistes en Asie tout au moins, là où des intérêts spécifiquement américains sont en jeu, l’opinion les suit.

Truman ne pouvait pas, cependant soutenir plus longtemps les Nationalistes chinois dont la cause était perdue sans encourir le reproche d’impérialisme. Il a donc réaffirmé qu’il n’interviendrait pas à Formose pour y maintenir le pouvoir de Tchang-Kaï-Chek. D’autre part, la reconnaissance du Gouvernement de Pékin par les Anglais mettrait en conflit les deux puissances anglo-saxonnes, si les Etats-Unis avaient envoyé des troupes à Formose comme le voulait Mac Arthur. Cela ne veut pas dire qu’on ne mette pas tout en œuvre pour que l’île ne tombe pas aux mains des communistes et qu’on ne s’arrangera pas pour que l’assaut contre l’île échoue. Des armes et de l’argent sont déjà partis. Les Anglais, de leur côté, ne souhaitent pas plus que les Américains que l’île tombe aux mains de Mao Tsé Tung. Mais ils veulent sauver leurs avoirs en Chine et ne pas se trouver en opposition avec les Dominions asiatiques, particulièrement l’Inde qui a pris vis-à-vis du dictateur chinois une attitude amicale.

 

L’Attitude de Mao Tsé Tung

Quoi qu’il en soit, la paix du monde est entre les mains de Mao Tsé Tung. Tout porte à croire qu’il ne cherchera pas à entrer en conflit ouvert avec les Etats-Unis quels que soient les conseils du Kremlin. S’attaquer aux pays du Sud-Est asiatique serait une lourde aventure analogue au coup de folie des Japonais en 41, encore les Japonais avaient-ils des raisons impérieuses pour s’ouvrir la voie vers les richesses de ces régions. Mao Tsé userait là des forces qui ne sont pas de trop pour organiser son pouvoir dans l’immense Chine. Il obtiendra beaucoup plus pacifiquement qu’en semant le désordre dans des contrées qui du jour au lendemain cesseraient d’être en mesure de lui fournir vivres et matières premières et il ne peut s’exposer à un blocus naval qui serait la première conséquence d’un conflit.

 

Les Elections Britanniques

Les élections anglaises sont bien, comme on le prévoyait, fixées au 23 février. Le moment est propice aux Travaillistes. Ils peuvent s’appuyer sur les résultats immédiats toujours favorables d’une dévaluation, sans attendre que se fasse voir le revers de la médaille. La hausse des prix et le ralentissement des exportations et sans doute une nouvelle « crise du dollar ». Dans l’état présent de l’opinion, on pense que les Travaillistes peuvent l’emporter de justesse, ce qui conduirait tôt ou tard à un gouvernement d’union nationale quand la situation deviendrait critique.

 

La Conférence de Colombo

La réunion de Bevin et des ministres des Dominions asiatiques est déjà en soi un succès. Ces Dominions dont on sentait naguère la hâte de briser tout lien avec le Commonwealth se serrent aujourd’hui autour de la Couronne. Ce n’est certes pas par sentiment, mais ils craignent qu’une rupture avec l’Angleterre n’entraîne l’écroulement du bloc sterling et ne mette leurs pays à la merci des financiers américains. La rivalité économique des deux puissances leur laisse une large liberté de manœuvre.

On sait que l’Inde détient, du fait de la guerre, une énorme créance sur l’Angleterre que celle-ci a intégralement reconnue et qu’elle rembourse par annuités par des exportations, ce qui permet à l’industrie britannique de travailler à plein, d’éviter le chômage et aussi de conserver la clientèle de l’Inde dont le vaste marché représente une assurance pour les entreprises anglaises dans l’avenir. Le fardeau néanmoins est très lourd pour l’Angleterre, car en fait, les marchandises exportées ne sont pas payées et c’est en définitive le contribuable britannique qui solde la facture. Les Américains ont fait ressortir que cette charge était trop onéreuse pour le Royaume-Uni et détournait une large part de son activité des pays qui pourraient payer en dollars. En bons apôtres, ils ont offert de se substituer aux Anglais et de prendre en charge une part de ces dettes, moyennant quoi le marché hindou serait passé aux mains des entreprises américaines. Jusqu’ici, les Anglais sont restés sourds. Pourront-ils tenir indéfiniment, et l’Inde elle-même, pressée par ses besoins, ne sera-t-elle pas obligée de s’adresser davantage aux Etats-Unis ? C’est à l’heure présente l’aspect le plus aigu de la lutte Sterling-Dollar.

 

  1. Schuman en Allemagne

On annonce le prochain voyage de M. Schuman à Bonn. Il est grand temps ; les négociations économiques franco-allemandes ajournées et au point mort, laissaient peu d’espoir de succès. Les Italiens, déçus de l’échec de l’union douanière avec la France, cherchaient déjà à contracter une autre union avec l’Allemagne, qui avait donné de bons résultats au temps du fascisme, les deux pays étant complémentaires, tandis que la France et l’Italie ne le sont point. Souhaitons pour l’avenir de l’Europe que M. Schuman surmonte les obstacles accumulés par les intérêts particuliers aussi bien ouvriers que patronaux qui s’opposent à l’unité européenne dont l’union franco-allemande est la clef.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1959-01-07 – Barrage en Extrême-Orient

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Le Courrier d’Aix – 1950-01-07 – La Vie Internationale.

 

Barrage en Extrême-Orient

 

Le nouveau ministre australien des affaires étrangères Spender dit que le centre de gravité de la politique internationale s’est déplacé de l’Europe au Pacifique. C’est exact. Les changements de personnes au département d’Etat de Washington, que nous avons commentés récemment, annonçaient une nouvelle orientation du Gouvernement américain en Extrême-Orient. Après de longs tâtonnements que l’opposition républicaine reprochait à Truman, celui-ci paraît s’être décidé pour une politique active, barrer la route au communisme en Extrême-Orient. Cette résolution ne sera pas approuvée partout et pourra être modifiée. Elle comporte des risques et l’on n’en peut prévoir les résultats.

 

Décisions

La première décision serait croit-on, de ne pas reconnaître Mao Tsé Tung comme représentant la Chine, ce qui provoquera des difficultés à l’O.N.U. La seconde, d’appuyer la résistance de Tchang-Kaï-Chek à Formose et de maintenir dans l’île une base américaine en fait sinon officiellement, et peut-être aussi à Hainan c’est-à-dire à proximité de l’Indochine. Il s’agira ensuite de reconnaître Bao Daï qui vient d’être intronisé à Saigon et éventuellement de prendre position au Siam et en Birmanie.

Les raisons de cette politique sont claires : l’opinion américaine est plus sensible à ce qui se passe dans le Pacifique qu’ailleurs. Une attitude de faiblesse en Extrême-Orient provoquerait des réactions puissantes et les élections aux Etats-Unis sont proches. Il fallait rassurer l’Australie qui depuis la défaite du socialisme cherche une alliance formelle avec les Etats-Unis contre la menace communiste. Washington considère en outre que de céder à Mao Tsé Tung c’était perdre sur lui tout moyen de pression, et Mac Arthur, le très puissant pro-consul, a insisté pour organiser la défense du Japon dont Formose est une base essentielle. L’influence d’Eisenhower aussi dont la candidature aux élections de 1952 contre Truman commence à se dessiner est venu renforcer les requêtes de l’Etat-major ; on a spéculé enfin sur les difficultés que doit rencontrer Mao Tsé Toung à Moscou pour obtenir de Staline un appui effectif.

 

Chine et U.R.S.S.

Le séjour de Mao Tsé à Moscou, en effet, se prolonge, signe qu’aucun accord n’était prêt à l’avance. La Chine a besoin d’un prêt en monnaie qui puisse servir de moyen d’achat sur les marchés internationaux, c’est-à-dire en dollars. La Russie pourra-t-elle en fournir ? Il faut du riz, du pétrole, des machines, des textiles pour les filatures de Shanghai, du caoutchouc, etc… Il est douteux que l’Union Soviétique qui écume tout ce que peuvent fournir les satellites sans pouvoir alimenter à plein son économie, puisse se charger si peu que ce soit, de la reconstruction d’un pays de 400 millions d’âmes.

Sur le plan politique, il y a des questions épineuses ; la restitution à la Chine du port de Darrey ( ?) et des chemins de fer Mandchouriens, les questions du Sing Wiang et du Tibet. Pour conclure un accord qui ne soit pas purement verbal, il faut que le partenaire russe puisse fournir autre chose que des tracts de propagande et des instructeurs politiques, surtout à présent où les Chinois n’ont plus besoin de combattre. Washington espère que Mao Tsé, revenant de Moscou avec des promesses et les mains vides et se trouvant en face d’une résolution américaine inflexible, se gardera des aventures.

Tout bien pesé, si le plan ne se révèle pas juste en tous points dans l’avenir, il vaut d’être essayé. Il sera toujours temps de réviser cette attitude. On ne se dissimule pas cependant à Washington d’un barrage en Asie contre le mouvement mi- communiste, mi- nationaliste du gouvernement de Pékin mécontentera l’Inde, et sans doute – en apparence du moins – l’Angleterre qui ne veut pas perdre Hong-Kong et la clientèle chinoise.

 

Bevin contre les U.S.A.

On assiste par ailleurs à un raidissement de Bevin contre la politique américaine. Le premier épisode était le refus de consentir aux conditions que Washington mettait au prêt d’armements. Washington céda. Plus, le refus de souscrire aux exigences présentées par la Banque internationale sous contrôle américain pour accorder aux colonies anglaises un prêt de cinq millions de dollars au titre de l’aide aux pays économiquement arriérés. Là-dessus, la banque est restée ferme et le 4ème point Trumey, pour ce qui est des colonies, risque d’être irréalisable.

Les Anglais qui se sentent plus forts maintenant que l’hémorragie d’or et de devises appréciées est arrêtée, au moins pour un temps, veulent préserver la zone sterling d’une ingérence et les colonies qu’une mainmise américaine : ils comptent sur l’appui des autres puissances coloniales, la France et la Belgique. Cette politique de résistance aux Etats-Unis est populaire en Grande-Bretagne. Elle servira de plate-forme pour les élections qui pourraient bien avoir lieu fin février, et si Bevin est renversé à la suite du vote, il gardera pour l’avenir le bénéfice de son attitude pour rallier les voix de la petite bourgeoisie qui constitue la masse d’opinion flottante ; excellent si l’on doit retourner dans l’opposition.

 

Difficultés de l’Union Européenne

Le refroidissement de l’intérêt que les Etats-Unis portent à l’Europe va s’accentuant. Une certaine lassitude, l’atténuation des craintes d’un prochain conflit, pour le moment du moins, les difficultés que rencontrent les plans d’unification des pays de l’O.E.C.E., tout cela nous invite à nous préparer à une diminution de l’aide Marshall qui va rencontrer au Sénat une opposition sérieuse ; l’échec pourtant facile à prévoir de l’union économique Franco-Italienne, la lenteur des pourparlers franco-allemands malgré la pressante invitation d’Adenauer, tout sert à critiquer un effort stérile et coûteux. L’Europe est en passe de manquer sa chance faute d’hommes d’autorité et de vouloir. On n’est pas loin de penser aux Etats-Unis que la décadence de l’Europe est sans remède. Se résignera-t-elle, elle-même à cet abandon ?

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-12-31- 1950

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-31 – La Vie Internationale.

 

1950

 

Si l’on nous demande quel fut l’événement le plus important en 49, nous répondrons : C’est que la crise économique qui se dessinait en juin aux Etats-Unis a tourné court et que les pronostics pour 1950 sont optimistes. C’est sur cette crise économique prophétisée par le Kremlin que comptait le bolchévisme pour achever son œuvre. Effectivement, si l’économie américaine avait subi une secousse analogue à celle de 29-30, les Russes seraient aujourd’hui à Paris, soit en armes, soit par personne interposée.

L’autre fait capital de l’année c’est la résistance de Tito aux menaces de Moscou. Il a fallu les procès à grand spectacle de Rayk et de Kostov et les révélations de la propagande yougoslave sur l’activité du Kominform pour que tombât le bandeau de crédulité qui aveuglait tant d’intellectuels et de militants du parti : l’exploitation brutale des travailleurs de tous les pays par l’impérialisme soviétique est apparue aux yeux les plus prévenus jusqu’ici en faveur de la « démocratie populaire ». Cette perte de prestige est de grande conséquence : l’enjeu est définitivement perdu pour Staline en Occident. Sauf guerre, le « parti des travailleurs » n’a plus aucune chance de s’emparer légalement du pouvoir dans les pays que Moscou n’a pas déjà conquis et dans ceux-là même sa domination ne peut plus s’exercer que par la force, c’est dire qu’elle n’aura qu’un temps et que le reflux soviétique, un jour peut-être prochain, commencera.

 

Perspectives

L’année 50 s’ouvre en somme sous des auspices favorables. Les points sombres ne manquent pas, mais il y a un an, on s’attendait à pire. Les résultats acquis se résument par deux faits : la production américaine n’a fléchi que de 2% par rapport à 48 et celle de l’Europe « Marshallisée » a augmenté de 20% depuis l’application du Plan, ce qui n’empêche pas que la crise du plan Marshall est ouverte et que son procès est commencé.

 

L’Aide Américaine

Il ne fait aucun doute que les Américains sont déçus sur l’efficacité de leur aide. Certes, elle a déjà suffi à remettre sur pied l’Europe occidentale avec une rapidité qui dépasse les prévisions. Mais elle n’a pas réussi à créer, ce que les Américains attendaient en contre-partie de leur effort, un marché européen unique d’où les autarchies nationales auraient disparu. Mais les Etats-Unis ont-ils fait tout ce qu’ils devaient ? Ce qui nous afflige, c’est qu’aucune voix autorisée ne leur ait dit clairement ceci, par exemple : si vous voulez former une union européenne, il faut d’abord assurer l’avenir, c’est-à-dire l’équilibre financier de chacun de ses pays, la première condition est de dissiper tout espèce de doute sur leurs monnaies respectives ; tant qu’il y aura un marché noir du Franc et de la Livre, rien ne sera possible ; pour défendre une monnaie chancelante, pour se couvrir d’une menace permanente d’inflation et de hausse des prix, les pays en cause s’abritent d’instinct derrière leurs barrières douanières.

Cette stabilité, les Etats-Unis peuvent la réaliser sans délai, Il y a 24 milliards de dollars d’or stérile enfouis à Fort Knox, pour garantir une monnaie qui n’en a nul besoin. C’est le plus stupide exemple de thésaurisation qui soit au monde.

Il suffirait sans déplacer un kilo d’or que le quart du trésor soit moralement prêté aux pays appauvris en échange d’une promesse solennelle d’équilibrer leurs propres budgets pour que les problèmes insolubles que l’on feint de vouloir résoudre soient nous ne disons pas résolus, mais abordables avec quelque chance de succès.

 

Donnez l’Exemple

Il faut dire aux Américains : vous ne pouvez assurer l’équilibre des changes sans ouvrir d’abord vos marchés à l’Europe. Or cet égoïsme national, c’est vous qui en donnez l’exemple. Le Danemark a besoin de dollars pour se procurer des matières premières ; il vous offre ce qu’il a : son beurre, vous n’en voulez pas. Les Anglais cherchent à économiser des dollars en achetant du pétrole sterling, les Compagnies américaines protestent et Washington négocie avec Londres pour éviter qu’elles ne perdent de l’argent par suite de surproduction et d’effondrement des prix sur le marché intérieur.

Les Américains se rendent bien compte de cela, mais une politique efficace chez eux, comme chez nous, est paralysée par les coalitions d’intérêts qui ne sont pas tous capitalistes. Tout le monde se défend, syndicats, fermiers, chefs d’entreprises. Dans ces conditions, les réformes établies sur le papier seront inopérantes. Les Etats-Unis devront en maugréant continuer à entretenir les neveux d’Europe pour qu’ils ne tombent pas dans les bras de l’ogre russe. Mauvais et coûteux service pour tout le monde.

 

Les Etats-Unis d’Indonésie

Cette date du 29 décembre 1949 marque l’apparition dans la Société des Etats libres du premier empire colonial : les Etats-Unis d’Indonésie.

Les Anglais avaient déjà libéré l’Inde et la Birmanie. Mais l’Inde a un passé, et la Birmanie tombée dans l’anarchie n’est peut-être pas viable comme état indépendant. L’Indonésie semble avoir fait un bon départ. Les Hollandais ont fini par accepter leur renonciation avec le sourire et les Indonésiens font preuve de bonne volonté, de modération et de prudence. Les difficultés du nouvel état sont telles qu’on ne saurait prédire que le calme sera durable. Moscou qui aurait dû se réjouir de la naissance d’un état libéré du joug colonial a au contraire refusé de reconnaître les Etats-Unis d’Indonésie. Où le bolchévisme n’est pas le maître, on sait bien qu’il n’y a pas de vraie liberté !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1949-12-24 – Mondes Asiatiques

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-24 – La Vie Internationale.

 

Mondes Asiatiques

 

La visite de Mao Tsé Tung à Moscou consacre la défaite définitive de Tchang-Kaï-Chek en Chine. Les combats ont pratiquement cessé ; l’armée communiste occupe la frontière d’Indochine. De Lang Son à Weimar flotte le drapeau rouge. Le colloque des deux dictateurs rouges n’a cependant pas été celui d’un empereur avec son vassal. Mao Tsé, vainqueur a beaucoup à demander à son allié et celui-ci n’a rien à offrir, ni le riz, ni les machines, ni les matières premières, ni les capitaux qu’il faut pour remettre la Chine sur pied. Et la Mandchourie, arsenal industriel de l’immense pays, est au service des Soviets et c’est là-dessus que les divergences portent. Les Américains suivent ces conversations de près ; puisqu’ils détiennent ce que précisément Mao Tsé veut obtenir.

 

Problèmes Chinois

Deux problèmes brûlants : Formose et le riz ; le Gouvernement nationaliste tient la mer et bloque les ports de ravitaillement, et les Etats-Unis ne se soucient pas d’abandonner l’île stratégique aux communistes. Comment la conserver libre sans l’occuper avec les dix divisions nécessaires ? D’autre part, la Chine pour se nourrir a besoin du riz qui vient du sud : Indochine, Birmanie, Siam ; tenir les greniers à riz, c’est avoir la Chine en tutelle. Les Etats-Unis feront-ils savoir à Mao Tsé qu’une action militaire contre les pays du sud signifierait la guerre ? La question pour la France est capitale. Le maintien à un titre quelconque de notre présence en Indochine dépend de l’attitude américaine. Les Etats-Unis décideront-ils de barrer à Mao Tsé la route du riz ? Ils ont envoyé à Saïgon deux de leurs généraux pour étudier le système de défense sur place. Jessup va faire la tournée de l’Asie du Sud-Est pour enquêter sur les chances d’une résistance politique aux visées chinoises.

La partie n’est donc pas perdue d’avance. Mao Tsé n’a aucun intérêt à défier les Etats-Unis. Staline ne veut sans doute pas davantage engager en Asie une lutte qui serait le départ d’une guerre mondiale, et la peur des Chinois est dans ces pays fertiles le commencement de la sagesse. Ho Chi Minh lui-même chercherait à négocier par le truchement des Nations-Unies un compromis qui ressemblerait à celui qu’ont signé Indonésiens et Hollandais à La Haye.

En tout état de cause, des événements brutaux sont peu probables en Extrême-Orient. De part et d’autre on n’est pas pressé de mettre cartes sur table. Ce qu’on peut craindre, c’est que l’affaire d’Indochine ne prenne la tournure de la guérilla grecque et n’épuisent peu à peu, les forces déjà affaiblies qui défendent le Tonkin. Cependant, par le détour du P.A.M. (aide militaire aux pays du pacte atlantique), les Etats-Unis rendent possible l’envoi en Indochine des armes françaises qui seront remplacées à l’intérieur par les armes fournies par les Etats-Unis. Il est en outre question de reverser pour la défense du Sud-Est asiatique, les 75 millions de dollars prévus pour soutenir la Chine nationaliste. Un appui matériel et surtout moral des Etats-Unis semble ces jours-ci plus probable qu’auparavant. Il permettrait de conclure en Indochine un accord politique qui évidemment ne laisserait pas à la France une position prépondérante, mais éviterait une débâcle militaire, à la longue inévitable, et peut-être atténuerait l’actuelle tension. La question est angoissante. Elle n’est pas désespérée.

 

Une Nouvelle Orientation des U.S.A.

La politique américaine semble à un nouveau tournant. Le personnel du département d’Etat change. Kennan est remplacé par Paul Nitze ; Bowling part également et Jessup prochainement. Ce qui signifie que la politique américaine dont Kennan et Jessup avaient été les conseillers cherche d’autres plans que les leurs. Kennan avait deux idées maîtresses. D’abord qu’il fallait contenir l’expansion soviétique par des moyens pacifiques en attendant la mort de Staline et la décomposition du régime bolchévique. Secundo, il voyait dans un étroit accord avec l’Angleterre, sur tous les problèmes mondiaux, y compris la Chine et le Moyen-Orient, la base de la défense américaine.

Ces deux directives, sans avoir réellement failli n’ont pas donné de résultats positifs. La Russie consolide ses conquêtes et l’Angleterre ne cède jamais que contrainte quand ses intérêts sont en jeu : question chinoise, question palestinienne, problème du pétrole d’Asie mineure et de la politique arabe, Union Européenne, Traité avec l’Allemagne, aucune des grandes affaires débattues n’a trouvé d’accord anglais et américains. D’autre part, la bombe atomique russe a modifié les plans stratégiques et place, comme nous l’avons vu, la défense de l’Europe sur de nouvelles données. Les Etats-Unis pressent avec énergie le continent européen de s’organiser et de s’unifier. Un nouveau plan, le plan Bissell, va tâcher de se substituer au Fritalux, mort-né : un système compliqué et de réalisation difficile, mais qui, s’il est accepté pourrait décider le Congrès américain à continuer l’aide Marshall sans trop la réduire. Les Etats-Unis trouvent sur le continent plus de bonne volonté qu’en Angleterre et aussi possèdent plus de moyens de pression sur les Gouvernements. Enfin, n’oublions pas – et les derniers événements confirment nos vues – que l’idée profonde des Etats-Unis est de faire sauter un jour le bloc Sterling qui est l’obstacle majeur à l’unification économique du monde, indispensable à l’expansion américaine.

 

A Moscou

L’empereur de toutes les Russies va avoir 70 ans. Comme Néron et Caligula, il fait célébrer lui-même son culte : et dire que devant le mausolée de Lénine, on lit que la religion est l’opium du peuple ! Un historien anglais énumérait l’autre soir à la Radio les causes de l’échec du communisme soviétique dans les pays occidentaux. Toutes les raisons, disait-il, ont joué leur rôle, mais la principale est que les hommes de notre Europe n’aiment pas qu’on les prenne pour des imbéciles.

En attendant, le monarque rouge continue de liquider ses vieux camarades. Voici que Pleck nouvellement installé président de la république orientale d’Allemagne et dont on ne pouvait encore faire le procès a bu un mauvais café qui le retient à l’hôpital, tout comme le camarade Dimitrov que, comme Lénine, l’on vient d’embaumer avec tant de succès. Il ne reste guère d’ouvriers de la première heure, ni même de la onzième. Il n’y a plus que ceux qui ont la chance d’habiter de l’autre côté du rideau de fer et ceux-là doivent, in petto, s’en réjouir.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-12-17 – Panorama Politique

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-17 – La Vie Internationale.

 

Panorama Politique

 

Ce sont les problèmes de politique intérieure des Etats et le destin du socialisme qui retiennent particulièrement l’attention internationale. La défaite des Travaillistes en Nouvelle-Zélande, puis en Australie, la scission en trois tronçons du socialisme italien et dans l’autre sens, le succès du Labour anglais à l’élection de Bradford, les résolutions enfin de la nouvelle internationale ouvrière qui vient de se fonder en opposition à l’internationale communiste, autant de signes d’une évolution des idées et des tendances sociales.

 

Vers la Droite

Un fait domine cette évolution : un mouvement qu’on est convenu d’appeler de droite se dessine dans les divers points du monde dont la civilisation est la plus avancée. Recul du bolchévisme stalinien en Europe que ses fidèles n’osent plus nier et qui se traduit par la chute du tirage de leurs journaux, la baisse du nombre des cotisants, la démission de nombreux intellectuels à la suite de la rébellion titiste et des procès de propagande du Kominform.

Rien de plus significatif après tant de procès assortis d’aveux spontanés des coupables que la courageuse attitude du ministre bulgare Kostov reniant les confessions qu’il avait signées et que les inquisiteurs soviétiques lui avaient arrachées. Sans parler des purges successives dans tous les états-majors des partis communistes des pays satellites comme des pays libres. Autant d’indices d’une opposition qui n’attend qu’une occasion pour devenir révolte.

Les causes n’en sont que trop claires : l’exploitation systématique et cynique par les maîtres du Kremlin pour leurs fins propres des ressources et de l’influence de leurs valets et des peuples asservis, l’évidence qui se fait jour à travers les passions partisanes d’une escroquerie morale et matérielle dont sont victimes les travailleurs des pays soviétisés ; et puis surtout l’échec général des plans quinquennaux, reconnus par Moscou même, l’accroissement des difficultés économiques, l’appauvrissement général des peuples soumis et de la Russie même, obligée de consacrer aux armements une part grandissante du revenu national.

 

Recul du Socialisme

Le recul du Socialisme a d’autres causes. Elle est symbolisée par un fait. En ce moment, tandis que les dirigeants des Trade-Unions anglais recommandent le blocage des salaires et un travail intensif, Londres est privée de lumière parce que les électriciens font grève malgré l’ordre contraire de leurs dirigeants, et le gouvernement travailliste est obligé de proclamer l’état d’exception contre ses propres troupes. En même temps éclate la grève des mineurs écossais. Les ouvriers, conservant leur ancienne mentalité revendicative l’exercent contre l’Etat, comme auparavant contre les patrons. Ils ne comprennent pas qu’ayant acquis le pouvoir, il leur incombe d’assurer la prospérité nationale et que leurs conquêtes leur imposent des devoirs envers la collectivité. D’où ralentissement de la production, brimades contre le public en général, ce qui pour un pays dans une position dangereuse comme l’Angleterre peut avoir des conséquences tragiques dont la persistance de la baisse de la Livre est un symptôme alarmant.

Il y a plus : le public, surtout dans les pays anglo-saxons, sent que pour se maintenir, le socialisme est obligé de serrer de plus en plus les contrôles, de restreindre le champ des libertés individuelles et partant, de conduire, sans le vouloir, au même totalitarisme bâti par Hitler et achevé par Staline. Par ailleurs, le socialisme dans tous les pays a réalisé d’un trait toutes ses promesses sociales, et ces réformes gigantesques et coûteuses absorbant d’un coup l’épargne accumulée et en formation, conduisant l’Etat à prélever non pas 30 comme on le dit, mais près de 50% du revenu national, ont tari les sources d’enrichissement public et en regard d’avantages souvent illusoires, abaisse en fait le niveau de vie.

Toutes ces causes jouent et n’ont pas fini de jouer.

 

La Démocratie Chrétienne

Parallèlement, on a vu en Europe se renforcer une autre internationale : la Démocratie Chrétienne. On l’oublie trop en France où le parti est plus faible qu’ailleurs, a moins de racines populaires et a perdu de son prestige dans des compromissions inévitables avec d’autres partis et aussi, après la libération, en partageant la responsabilité des fautes d’un homme. Par contre, les personnalités comme de Gasperi en Italie, Adenauer en Allemagne, Van Zeeland en Belgique, Figl en Autriche, des partis au pouvoir ou associés au pouvoir en Hollande et au Danemark dont l’autorité est bien assise, ouvrent une voie vers un avenir social équilibré et meilleur.

En Italie en particulier, malgré des difficultés énormes et un communisme agissant, la Démocratie Chrétienne gagne de plus en plus la faveur populaire. Des réformes sociales étudiées réalisées lentement et sagement comme la réforme agraire, une remise en ordre des finances qui semblaient en position désespérée, un sens du possible et de l’opportun ont permis à de Gasperi de préserver son pays du pire et Dieu sait quelles menaces pesaient sur lui. Pas de démagogie pour cela. Aucun problème n’est vraiment résolu, on le sait, on va vers le mieux et cela suffit. Cela dispense de revenir en arrière.

Au seuil de 1950, il semble que l’opinion dans beaucoup de pays s’assagit, comprend que l’établissement de la justice sociale implique de ne rien détruire, d’orienter patiemment l’ordre actuel vers l’ordre nouveau qui demandera pour être l’effort de plusieurs générations, ordre qui assurera la liberté et la dignité de la personne humaine.

 

Jérusalem

Les Juifs de Tel-Aviv ont proclamé Jérusalem leur capitale contre la résolution des Nations-Unies qui veut en faire une ville internationale. Juifs et Arabes, ligués pour la circonstance, s’opposent à la solution souhaitée par le monde chrétien. L’O.N.U. aura-t-elle la force d’imposer sa volonté ? Les Etats-Unis qui seuls pourraient exercer sur les deux partis belligérants d’hier une pression efficace, sauveront-ils la ville sainte ? Les Juifs sont influents aux Etats-Unis et les Arabes tiennent le Pétrole. Faudra-t-il une nouvelle croisade pacifique et puissante pour que Jérusalem demeure le bien commun des hommes de foi ?

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1949-12-10 – Armements, Economie, Colonies

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-10 – La Vie Internationale.

 

Armements,  Economie,  Colonies

 

On s’est un peu détourné de la guerre froide dont les incidents se répètent sans varier beaucoup, pour mesurer les progrès de l’entente militaire entre les Etats-Unis et les pays d’Europe occidentale. Le voyage du général Bradley, les interviews et commentaires ont laissé une bonne impression. Là-dessus est venue la résolution anticolonialiste de l’O.N.U. et l’optimisme en a été quelque peu refroidi.

 

L’Accord Militaire de Paris

L’Etat-Major américain a mis au point les préparatifs d’application du prêt d’aide militaire d’un milliard de dollars décidé par le Gouvernement ; on a discuté stratégie, effectifs.

Deux point acquis : l’Europe sera défendue sur l’Elbe ou sur le Rhin, – l’Allemagne ne sera pas réarmée, pour le moment du moins.

Il ne faudrait pas se faire d’illusion sur la valeur de ces plans de campagne éventuels. Les dispositifs défensifs ont presque toujours été déjoués au début d’une guerre et il est presque sûr que rien ne se passerait comme prévu, en cas d’attaque russe. Plus que jamais, on ignore ce qui peut sortir des laboratoires et des usines ; sans compter les surprises sur le terrain, les risques de cinquième colonne et le moral des soldats.

Ces jeux de militaires nous laissent, par suite d’une triste expérience, sceptiques. Mais l’intention est réconfortante. Les américains semblent avoir réussi à rallier à leurs vues les états-majors européens, mieux même, les avoir réconciliés ! Cela suffit à remonter le courant défaitiste qui emportait à la dérive le moral des continentaux. Ils prévoyaient la réédition de 1939, une occupation éclair et une libération à longue échéance qui ne libèrerait que des ruines.

Ce qui a décidé les Américains à se défendre avec leurs alliés sur le continent même, ce sont les difficultés prévues sur mer. Malgré d’actives recherches scientifiques, le danger des sous-marins Schnorkel est plus grave que jamais ne fut menace sous-marine. Et les Russes en possèdent une trentaine et en construisent sans arrêt. Malgré son écrasante supériorité, la flotte de surface serait impuissante à protéger des convois. Ravitailler une armée est possible, en débarquer une, non. Il faut donc avoir les moyens de tenir sur place, si possible.

 

Les Débats Economiques

Les projets Italie-France-Benelux présentés par la France se sont aussitôt heurtés à des difficultés majeures. On s’y attendait. Sur le plan financier on pourra aboutir ; sur le plan commercial et industriel il faudrait un accord exhaustif minutieux qui comporterait des sacrifices considérables de chacun, un remaniement des productions, une répartition nouvelle des marchés, un nivellement des prix.

La bonne volonté ne manque pas, mais personne ne veut abandonner ses avantages. De plus, la Hollande qui a vu ses espoirs trompés dans l’association Benelux tourne ses regards vers l’Angleterre avec laquelle une coopération lui parait plus avantageuse. En faisant de la surenchère, en proposant un plan trop vaste, elle a d’emblée poussé les négociations au point mort.

Les Anglais de leur côté pour contrecarrer une entente continentale qu’ils redoutent, ont fait aux trois pays scandinaves des propositions d’union douanière qui ont rencontré un accueil favorable, même du côté suédois. La Suède qui a eu des déboires commerciaux avec les Soviets et ne compte plus guère sur le marché allemand ferait affaire avec les Anglais, si ceux-ci y mettent le prix. La Hollande aidant, le bloc économique continental, s’il finissait par se constituer se trouverait en face d’un autre bloc. Pour peu qu’une lutte de tarifs s’ensuive, le nouvel état de choses serait pire que l’actuelle mosaïque d’économies à demi ouvertes. Comme on voit, on est loin d’une communauté européenne en la matière. On s’en doutait un peu.

 

Les Résolutions de l’O.N.U.

Comme nous le disions, le préjugé anticolonialiste se fait plus agressif que jamais aux Etats-Unis. Quand une idéologie devient passionnelle chez un peuple, l’intérêt et la raison perdent leurs droits. Les Nations-Unies ont donc voté à une grande majorité une série de résolutions – d’ailleurs juridiquement illégales – qui tendent à soumettre les puissances coloniales à un contrôle de plus en plus étroit sur leurs activités dans les territoires qu’elles administrent, contrôle social, politique et économique. Le paradoxe, c’est que des pays où comme chacun sait, les droits de l’homme sont respectés et la liberté florissante comme par exemple, le Guatemala ou la République Dominicaine, sans parler de l’U.R.S.S., auraient droit d’envoyer des enquêteurs vérifier les conditions de travail, d’hygiène, de représentation parlementaire des indigènes du Congo Belge, de la Nigéria ou de l’Afrique du Nord.

Ces résolutions, bien entendu, resteront lettre morte, mais elles suffiront à attiser les foyers d’agitation qui se répandent dans les colonies africaines et autres, cela pour le bénéfice du bolchévisme. M. Vichinsky, à Lake-Success était ravi. Il y a de quoi. Le Département d’Etat américain est parfaitement conscient du danger que représenteraient l’anarchie et le sabotage dans des territoires dont les ressources seraient taries pour longtemps. Mais il est prisonnier de la politique Roosevelt. Il a peur de paraître favoriser les puissances coloniales et de perdre la confiance des pays soi-disant libres. Il sait pourtant que les difficultés actuelles à Panama par exemple, pour ne rien dire de ce qui se passe au Venezuela, en Colombie et au Pérou, ne sont qu’un avant-goût de celles que rencontrerait le commerce américain, si les colonies devenaient autonomes.

Le flottement présent de la politique des Etats-Unis devant le problème Chinois et Indochinoise st une autre preuve de ce malaise. Ce n’est pas la première fois que les Démocraties prisonnières de leurs principes donnent ainsi des armes aux dictatures. Devant cette faiblesse, celles-là ont beau jeu.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1949-12-03 – Réflexions Amères

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-03 – La Vie Internationale.

 

Réflexions Amères

 

L’inqualifiable attitude des autorités bolchéviques de Pologne à l’égard de nos diplomates, l’apathie de l’opinion et de la presse française devant des procédés prohibés en Europe depuis le XVI° Siècle, montre que ce retour à la barbarie parait chose naturelle après deux guerres mondiales et la proximité d’une troisième. Cela fait voir aussi le défaitisme de l’intelligence française, ou de ce qui en tient lieu, devant ce même bolchévisme ; complexe de peur et de séduction dont M. Jean-Jacques Servan Schreiber vient dans « Le Monde » d’exposer la résignation et la complaisance. Où est le temps de l’affaire Schnoeble où il suffisait qu’un Allemand manquât de respect à l’un des nôtres pour que l’opinion se dressât. Il est vrai qu’il y avait alors une opinion et des journaux. Nouvelle « Trahison des clercs ».

 

La Question Allemande

Les signes de cette même décadence se retrouvent dans les débats de la Chambre française sur les relations avec l’Allemagne. Certes le parlement n’a jamais été composé de lumières, mais la vulgarité et la sottise – tant à droite qu’à gauche – se sont ici surpassées, exception faite de M. Paul Reynaud, qui l’a rappelé avec une cinglante vigueur : personne ne veut voir le problème franco-allemand en face et les projets de « Fritalux » et autres palabres ne sont que des farces et non des solutions.

L’Etatisme et le dirigisme qui font merveille pour dépouiller le citoyen et abaisser son niveau de vie sont impuissants quand il s’agit d’imposer un plan de production et d’échanges qui puisse s’harmoniser avec un programme européen. Ici, centrales syndicales et patrons sont d’accord, socialistes et réactionnaires ; les uns et les autres pour protéger une paresse confortable et des profits assurés avec un outillage désuet et un travail au ralenti contre une éventuelle concurrence, ou simplement une émulation qui obligerait à sortir de la routine.

 

La Position de la France

Le Français se rend-il compte qu’il n’est pas assuré du lendemain ? Que notre existence nationale et encore plus notre relative prospérité sont « problématiques » ; l’exemple de 40 n’a-t-il pas servi ? Menacée de perdre peu à peu son empire colonial, incapable de vivre sans l’aide des Etats-Unis, à la merci d’un accès de folie du bolchévisme qui emporterait en quelques semaines sa civilisation comme en Tchécoslovaquie, la France doit à défaut de la force perdue, s’imposer par l’intelligence et le courage.

Une occasion s’offrait : créer entre l’Allemagne et la France vaincues et menacées à peu près en somme, au même titre sinon dans les mêmes proportions, une solidarité d’intérêts et d’efforts. Il ne s’agissait ni d’alliance militaire ni de fraternité sentimentale, mais de mise en commun de ressources et d’énergies.

A quoi a-t-on abouti ? tout simplement à faire aux Allemands quelques concessions indispensables, qu’on ne pouvait pas ne pas faire, tout juste assez pour les mettre en appétit de nouvelles revendications. Il est effrayant de voir que les diplomates réagissent toujours de la même façon et refont les mêmes sottises. On finira par donner aux Allemands une troisième fois des armes pour nous battre, et cependant on peut affirmer que cette fois ils n’en ont guère envie. Nos lecteurs excuseront cette incursion dans un domaine proprement national.

 

De ci, de là

Revenons aux faits divers. Les Américains ne sont pas mieux traités que les Français par le bolchévisme international : en Hongrie, on arrête des hommes d’affaires ; en Chine des consuls, l’opinion américaine ressent ces insultes. De nouvelles expériences atomiques vont se dérouler à Eniwetok. Le crescendo de xénophobie et d’agressivité à l’endroit du monde extérieur va de pair en Russie avec l’intensification d’une propagande pacifiste qu’en France même, des gens qui paraissent de bonne foi et à jeun et d’esprit sain, discutent et appuient, ce qui doit faire rire les maîtres du Kremlin ; ce genre de jobardise était toutefois l’apanage des Anglais. La paix à tout prix, l’avons-nous entendu !, est le maître mot : comme si le maintien de la paix dépendait de la volonté de quelques individus apeurés.

Depuis 1900, la plupart des hommes veulent la paix, ce qui n’a rien empêché. Il faut voir les faits dans la perspective de leur déterminisme. En les niant, on fait le jeu des tricheurs.

 

L’Afrique

De sérieux troubles ont éclaté en Nigéria anglais. Après les incidents sanglants de la « Côte de l’Or », et les échauffourées du Kenya, l’agitation fait tache d’huile dans l’Afrique noire. Ces mouvements sont plus nationalistes que communistes, au contraire de ce qui se passe dans les colonies d’Asie. Les Anglais vont délibérément de l’avant en offrant aux indigènes des constitutions et des assemblées représentatives ; ils pensent que l’ère coloniale close, une ère de collaboration est possible. Tout le problème est là. Le colonialisme correspondait à un stade de l’évolution des peuples arriérés. Il a commis quelques fautes et accompli de grandes choses. Sans excitation étrangère, ce colonialisme tout comme le capitalisme dont il est une forme aurait pu s’assouplir peu à peu et disparaître presque sans qu’on  s’en aperçoive. Il est à craindre au contraire qu’à vouloir brusquer les choses et faire la révolution on n’aboutisse à l’anarchie et à la destruction des richesses accumulées par l’ère coloniale, comme c’est le cas en Indochine et en Birmanie et qu’en croyant aller vers le progrès on ne ramène l’aiguille de l’histoire, comme en U.S.S. quelques décades en arrière.

 

                                                                                  CRITON