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Le Courrier d’Aix – 1949-12-03 – La Vie Internationale.
Réflexions Amères
L’inqualifiable attitude des autorités bolchéviques de Pologne à l’égard de nos diplomates, l’apathie de l’opinion et de la presse française devant des procédés prohibés en Europe depuis le XVI° Siècle, montre que ce retour à la barbarie parait chose naturelle après deux guerres mondiales et la proximité d’une troisième. Cela fait voir aussi le défaitisme de l’intelligence française, ou de ce qui en tient lieu, devant ce même bolchévisme ; complexe de peur et de séduction dont M. Jean-Jacques Servan Schreiber vient dans « Le Monde » d’exposer la résignation et la complaisance. Où est le temps de l’affaire Schnoeble où il suffisait qu’un Allemand manquât de respect à l’un des nôtres pour que l’opinion se dressât. Il est vrai qu’il y avait alors une opinion et des journaux. Nouvelle « Trahison des clercs ».
La Question Allemande
Les signes de cette même décadence se retrouvent dans les débats de la Chambre française sur les relations avec l’Allemagne. Certes le parlement n’a jamais été composé de lumières, mais la vulgarité et la sottise – tant à droite qu’à gauche – se sont ici surpassées, exception faite de M. Paul Reynaud, qui l’a rappelé avec une cinglante vigueur : personne ne veut voir le problème franco-allemand en face et les projets de « Fritalux » et autres palabres ne sont que des farces et non des solutions.
L’Etatisme et le dirigisme qui font merveille pour dépouiller le citoyen et abaisser son niveau de vie sont impuissants quand il s’agit d’imposer un plan de production et d’échanges qui puisse s’harmoniser avec un programme européen. Ici, centrales syndicales et patrons sont d’accord, socialistes et réactionnaires ; les uns et les autres pour protéger une paresse confortable et des profits assurés avec un outillage désuet et un travail au ralenti contre une éventuelle concurrence, ou simplement une émulation qui obligerait à sortir de la routine.
La Position de la France
Le Français se rend-il compte qu’il n’est pas assuré du lendemain ? Que notre existence nationale et encore plus notre relative prospérité sont « problématiques » ; l’exemple de 40 n’a-t-il pas servi ? Menacée de perdre peu à peu son empire colonial, incapable de vivre sans l’aide des Etats-Unis, à la merci d’un accès de folie du bolchévisme qui emporterait en quelques semaines sa civilisation comme en Tchécoslovaquie, la France doit à défaut de la force perdue, s’imposer par l’intelligence et le courage.
Une occasion s’offrait : créer entre l’Allemagne et la France vaincues et menacées à peu près en somme, au même titre sinon dans les mêmes proportions, une solidarité d’intérêts et d’efforts. Il ne s’agissait ni d’alliance militaire ni de fraternité sentimentale, mais de mise en commun de ressources et d’énergies.
A quoi a-t-on abouti ? tout simplement à faire aux Allemands quelques concessions indispensables, qu’on ne pouvait pas ne pas faire, tout juste assez pour les mettre en appétit de nouvelles revendications. Il est effrayant de voir que les diplomates réagissent toujours de la même façon et refont les mêmes sottises. On finira par donner aux Allemands une troisième fois des armes pour nous battre, et cependant on peut affirmer que cette fois ils n’en ont guère envie. Nos lecteurs excuseront cette incursion dans un domaine proprement national.
De ci, de là
Revenons aux faits divers. Les Américains ne sont pas mieux traités que les Français par le bolchévisme international : en Hongrie, on arrête des hommes d’affaires ; en Chine des consuls, l’opinion américaine ressent ces insultes. De nouvelles expériences atomiques vont se dérouler à Eniwetok. Le crescendo de xénophobie et d’agressivité à l’endroit du monde extérieur va de pair en Russie avec l’intensification d’une propagande pacifiste qu’en France même, des gens qui paraissent de bonne foi et à jeun et d’esprit sain, discutent et appuient, ce qui doit faire rire les maîtres du Kremlin ; ce genre de jobardise était toutefois l’apanage des Anglais. La paix à tout prix, l’avons-nous entendu !, est le maître mot : comme si le maintien de la paix dépendait de la volonté de quelques individus apeurés.
Depuis 1900, la plupart des hommes veulent la paix, ce qui n’a rien empêché. Il faut voir les faits dans la perspective de leur déterminisme. En les niant, on fait le jeu des tricheurs.
L’Afrique
De sérieux troubles ont éclaté en Nigéria anglais. Après les incidents sanglants de la « Côte de l’Or », et les échauffourées du Kenya, l’agitation fait tache d’huile dans l’Afrique noire. Ces mouvements sont plus nationalistes que communistes, au contraire de ce qui se passe dans les colonies d’Asie. Les Anglais vont délibérément de l’avant en offrant aux indigènes des constitutions et des assemblées représentatives ; ils pensent que l’ère coloniale close, une ère de collaboration est possible. Tout le problème est là. Le colonialisme correspondait à un stade de l’évolution des peuples arriérés. Il a commis quelques fautes et accompli de grandes choses. Sans excitation étrangère, ce colonialisme tout comme le capitalisme dont il est une forme aurait pu s’assouplir peu à peu et disparaître presque sans qu’on s’en aperçoive. Il est à craindre au contraire qu’à vouloir brusquer les choses et faire la révolution on n’aboutisse à l’anarchie et à la destruction des richesses accumulées par l’ère coloniale, comme c’est le cas en Indochine et en Birmanie et qu’en croyant aller vers le progrès on ne ramène l’aiguille de l’histoire, comme en U.S.S. quelques décades en arrière.
CRITON