Criton – 1949-12-31- 1950

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-31 – La Vie Internationale.

 

1950

 

Si l’on nous demande quel fut l’événement le plus important en 49, nous répondrons : C’est que la crise économique qui se dessinait en juin aux Etats-Unis a tourné court et que les pronostics pour 1950 sont optimistes. C’est sur cette crise économique prophétisée par le Kremlin que comptait le bolchévisme pour achever son œuvre. Effectivement, si l’économie américaine avait subi une secousse analogue à celle de 29-30, les Russes seraient aujourd’hui à Paris, soit en armes, soit par personne interposée.

L’autre fait capital de l’année c’est la résistance de Tito aux menaces de Moscou. Il a fallu les procès à grand spectacle de Rayk et de Kostov et les révélations de la propagande yougoslave sur l’activité du Kominform pour que tombât le bandeau de crédulité qui aveuglait tant d’intellectuels et de militants du parti : l’exploitation brutale des travailleurs de tous les pays par l’impérialisme soviétique est apparue aux yeux les plus prévenus jusqu’ici en faveur de la « démocratie populaire ». Cette perte de prestige est de grande conséquence : l’enjeu est définitivement perdu pour Staline en Occident. Sauf guerre, le « parti des travailleurs » n’a plus aucune chance de s’emparer légalement du pouvoir dans les pays que Moscou n’a pas déjà conquis et dans ceux-là même sa domination ne peut plus s’exercer que par la force, c’est dire qu’elle n’aura qu’un temps et que le reflux soviétique, un jour peut-être prochain, commencera.

 

Perspectives

L’année 50 s’ouvre en somme sous des auspices favorables. Les points sombres ne manquent pas, mais il y a un an, on s’attendait à pire. Les résultats acquis se résument par deux faits : la production américaine n’a fléchi que de 2% par rapport à 48 et celle de l’Europe « Marshallisée » a augmenté de 20% depuis l’application du Plan, ce qui n’empêche pas que la crise du plan Marshall est ouverte et que son procès est commencé.

 

L’Aide Américaine

Il ne fait aucun doute que les Américains sont déçus sur l’efficacité de leur aide. Certes, elle a déjà suffi à remettre sur pied l’Europe occidentale avec une rapidité qui dépasse les prévisions. Mais elle n’a pas réussi à créer, ce que les Américains attendaient en contre-partie de leur effort, un marché européen unique d’où les autarchies nationales auraient disparu. Mais les Etats-Unis ont-ils fait tout ce qu’ils devaient ? Ce qui nous afflige, c’est qu’aucune voix autorisée ne leur ait dit clairement ceci, par exemple : si vous voulez former une union européenne, il faut d’abord assurer l’avenir, c’est-à-dire l’équilibre financier de chacun de ses pays, la première condition est de dissiper tout espèce de doute sur leurs monnaies respectives ; tant qu’il y aura un marché noir du Franc et de la Livre, rien ne sera possible ; pour défendre une monnaie chancelante, pour se couvrir d’une menace permanente d’inflation et de hausse des prix, les pays en cause s’abritent d’instinct derrière leurs barrières douanières.

Cette stabilité, les Etats-Unis peuvent la réaliser sans délai, Il y a 24 milliards de dollars d’or stérile enfouis à Fort Knox, pour garantir une monnaie qui n’en a nul besoin. C’est le plus stupide exemple de thésaurisation qui soit au monde.

Il suffirait sans déplacer un kilo d’or que le quart du trésor soit moralement prêté aux pays appauvris en échange d’une promesse solennelle d’équilibrer leurs propres budgets pour que les problèmes insolubles que l’on feint de vouloir résoudre soient nous ne disons pas résolus, mais abordables avec quelque chance de succès.

 

Donnez l’Exemple

Il faut dire aux Américains : vous ne pouvez assurer l’équilibre des changes sans ouvrir d’abord vos marchés à l’Europe. Or cet égoïsme national, c’est vous qui en donnez l’exemple. Le Danemark a besoin de dollars pour se procurer des matières premières ; il vous offre ce qu’il a : son beurre, vous n’en voulez pas. Les Anglais cherchent à économiser des dollars en achetant du pétrole sterling, les Compagnies américaines protestent et Washington négocie avec Londres pour éviter qu’elles ne perdent de l’argent par suite de surproduction et d’effondrement des prix sur le marché intérieur.

Les Américains se rendent bien compte de cela, mais une politique efficace chez eux, comme chez nous, est paralysée par les coalitions d’intérêts qui ne sont pas tous capitalistes. Tout le monde se défend, syndicats, fermiers, chefs d’entreprises. Dans ces conditions, les réformes établies sur le papier seront inopérantes. Les Etats-Unis devront en maugréant continuer à entretenir les neveux d’Europe pour qu’ils ne tombent pas dans les bras de l’ogre russe. Mauvais et coûteux service pour tout le monde.

 

Les Etats-Unis d’Indonésie

Cette date du 29 décembre 1949 marque l’apparition dans la Société des Etats libres du premier empire colonial : les Etats-Unis d’Indonésie.

Les Anglais avaient déjà libéré l’Inde et la Birmanie. Mais l’Inde a un passé, et la Birmanie tombée dans l’anarchie n’est peut-être pas viable comme état indépendant. L’Indonésie semble avoir fait un bon départ. Les Hollandais ont fini par accepter leur renonciation avec le sourire et les Indonésiens font preuve de bonne volonté, de modération et de prudence. Les difficultés du nouvel état sont telles qu’on ne saurait prédire que le calme sera durable. Moscou qui aurait dû se réjouir de la naissance d’un état libéré du joug colonial a au contraire refusé de reconnaître les Etats-Unis d’Indonésie. Où le bolchévisme n’est pas le maître, on sait bien qu’il n’y a pas de vraie liberté !

 

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