Criton – 1949-12-17 – Panorama Politique

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Le Courrier d’Aix – 1949-12-17 – La Vie Internationale.

 

Panorama Politique

 

Ce sont les problèmes de politique intérieure des Etats et le destin du socialisme qui retiennent particulièrement l’attention internationale. La défaite des Travaillistes en Nouvelle-Zélande, puis en Australie, la scission en trois tronçons du socialisme italien et dans l’autre sens, le succès du Labour anglais à l’élection de Bradford, les résolutions enfin de la nouvelle internationale ouvrière qui vient de se fonder en opposition à l’internationale communiste, autant de signes d’une évolution des idées et des tendances sociales.

 

Vers la Droite

Un fait domine cette évolution : un mouvement qu’on est convenu d’appeler de droite se dessine dans les divers points du monde dont la civilisation est la plus avancée. Recul du bolchévisme stalinien en Europe que ses fidèles n’osent plus nier et qui se traduit par la chute du tirage de leurs journaux, la baisse du nombre des cotisants, la démission de nombreux intellectuels à la suite de la rébellion titiste et des procès de propagande du Kominform.

Rien de plus significatif après tant de procès assortis d’aveux spontanés des coupables que la courageuse attitude du ministre bulgare Kostov reniant les confessions qu’il avait signées et que les inquisiteurs soviétiques lui avaient arrachées. Sans parler des purges successives dans tous les états-majors des partis communistes des pays satellites comme des pays libres. Autant d’indices d’une opposition qui n’attend qu’une occasion pour devenir révolte.

Les causes n’en sont que trop claires : l’exploitation systématique et cynique par les maîtres du Kremlin pour leurs fins propres des ressources et de l’influence de leurs valets et des peuples asservis, l’évidence qui se fait jour à travers les passions partisanes d’une escroquerie morale et matérielle dont sont victimes les travailleurs des pays soviétisés ; et puis surtout l’échec général des plans quinquennaux, reconnus par Moscou même, l’accroissement des difficultés économiques, l’appauvrissement général des peuples soumis et de la Russie même, obligée de consacrer aux armements une part grandissante du revenu national.

 

Recul du Socialisme

Le recul du Socialisme a d’autres causes. Elle est symbolisée par un fait. En ce moment, tandis que les dirigeants des Trade-Unions anglais recommandent le blocage des salaires et un travail intensif, Londres est privée de lumière parce que les électriciens font grève malgré l’ordre contraire de leurs dirigeants, et le gouvernement travailliste est obligé de proclamer l’état d’exception contre ses propres troupes. En même temps éclate la grève des mineurs écossais. Les ouvriers, conservant leur ancienne mentalité revendicative l’exercent contre l’Etat, comme auparavant contre les patrons. Ils ne comprennent pas qu’ayant acquis le pouvoir, il leur incombe d’assurer la prospérité nationale et que leurs conquêtes leur imposent des devoirs envers la collectivité. D’où ralentissement de la production, brimades contre le public en général, ce qui pour un pays dans une position dangereuse comme l’Angleterre peut avoir des conséquences tragiques dont la persistance de la baisse de la Livre est un symptôme alarmant.

Il y a plus : le public, surtout dans les pays anglo-saxons, sent que pour se maintenir, le socialisme est obligé de serrer de plus en plus les contrôles, de restreindre le champ des libertés individuelles et partant, de conduire, sans le vouloir, au même totalitarisme bâti par Hitler et achevé par Staline. Par ailleurs, le socialisme dans tous les pays a réalisé d’un trait toutes ses promesses sociales, et ces réformes gigantesques et coûteuses absorbant d’un coup l’épargne accumulée et en formation, conduisant l’Etat à prélever non pas 30 comme on le dit, mais près de 50% du revenu national, ont tari les sources d’enrichissement public et en regard d’avantages souvent illusoires, abaisse en fait le niveau de vie.

Toutes ces causes jouent et n’ont pas fini de jouer.

 

La Démocratie Chrétienne

Parallèlement, on a vu en Europe se renforcer une autre internationale : la Démocratie Chrétienne. On l’oublie trop en France où le parti est plus faible qu’ailleurs, a moins de racines populaires et a perdu de son prestige dans des compromissions inévitables avec d’autres partis et aussi, après la libération, en partageant la responsabilité des fautes d’un homme. Par contre, les personnalités comme de Gasperi en Italie, Adenauer en Allemagne, Van Zeeland en Belgique, Figl en Autriche, des partis au pouvoir ou associés au pouvoir en Hollande et au Danemark dont l’autorité est bien assise, ouvrent une voie vers un avenir social équilibré et meilleur.

En Italie en particulier, malgré des difficultés énormes et un communisme agissant, la Démocratie Chrétienne gagne de plus en plus la faveur populaire. Des réformes sociales étudiées réalisées lentement et sagement comme la réforme agraire, une remise en ordre des finances qui semblaient en position désespérée, un sens du possible et de l’opportun ont permis à de Gasperi de préserver son pays du pire et Dieu sait quelles menaces pesaient sur lui. Pas de démagogie pour cela. Aucun problème n’est vraiment résolu, on le sait, on va vers le mieux et cela suffit. Cela dispense de revenir en arrière.

Au seuil de 1950, il semble que l’opinion dans beaucoup de pays s’assagit, comprend que l’établissement de la justice sociale implique de ne rien détruire, d’orienter patiemment l’ordre actuel vers l’ordre nouveau qui demandera pour être l’effort de plusieurs générations, ordre qui assurera la liberté et la dignité de la personne humaine.

 

Jérusalem

Les Juifs de Tel-Aviv ont proclamé Jérusalem leur capitale contre la résolution des Nations-Unies qui veut en faire une ville internationale. Juifs et Arabes, ligués pour la circonstance, s’opposent à la solution souhaitée par le monde chrétien. L’O.N.U. aura-t-elle la force d’imposer sa volonté ? Les Etats-Unis qui seuls pourraient exercer sur les deux partis belligérants d’hier une pression efficace, sauveront-ils la ville sainte ? Les Juifs sont influents aux Etats-Unis et les Arabes tiennent le Pétrole. Faudra-t-il une nouvelle croisade pacifique et puissante pour que Jérusalem demeure le bien commun des hommes de foi ?

 

                                                                                            CRITON