Criton – 1952-04-05 – Un Pas vers l’Unité

ORIGINAL-Criton-1952-04-05  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-04-05 – La Vie Internationale.

 

Un Pas vers l’Unité

 

Le conflit entre les deux mondes conduit les nations attachées par leur situation géographique, leurs idéaux et leur genre de vie à l’un des blocs, à une unification progressive. Le processus est, au moins en apparence, plus rapide dans le bloc soviétique où une autorité brutale s’impose. Dans le camp démocratique, les divergences sont plus malaisées à aplanir et les pressions plus discrètes. Malgré les difficultés politiques et surtout économiques, on progresse cependant vers l’unification. L’évolution de la politique française marque en ce moment le pas en avant le plus apparent.

 

Le Monde Arabe

Entre ces deux mondes dont la cohésion s’affirme, cet ensemble divisé et cependant solidaire qu’est le monde musulman a peine à s’orienter. Dans l’ordre idéologique, l’Islam est aussi loin de l’idéal démocratique et chrétien, que de l’athéisme totalitaire ; dans l’ordre économique, il est aussi loin du capitalisme occidental que de l’étatisme bolchévique. D’instinct, il chercherait à profiter de l’antagonisme des deux forces pour se désolidariser de l’une et de l’autre. Mais son intérêt matériel le retient à l’Occident. C’est ce qui explique l’évolution de l’Islam au cours des derniers mois que nous venons de suivre. Nous pensions que le coup d’état du roi Farouk contre le parti nationaliste du Wafd aurait des répercussions dans les autres pays musulmans en proie à l’agitation et nous en tirions bon augure pour les intérêts français en Afrique du Nord.

 

Les Trois Souverains

En effet, on ne peut qu’être frappé du parallélisme entre l’action du roi d’Egypte, celui du bey de Tunis et du sultan du Maroc. Ces souverains ont en effet soutenu l’action des Nationalistes tant qu’elle représentait l’aspiration populaire. Mais dès que les masses et les notables qui les gouvernent ont pris peur du terrorisme après les émeutes du 26 janvier au Caire et les incidents sanglants de Tunisie et du Maroc, ils ont cherché à dégager leur autorité de la dangereuse tutelle des fauteurs d’excès, qui, en définitive, deviendraient une menace pour leurs trônes.

Le bey de Tunis s’est laissé faire une douce violence pour débarquer ses ministres encombrants sans avoir à les désavouer lui-même. Le sultan du Maroc, en rédigeant personnellement un cahier de revendications présenté au président de la République Française, a enlevé l’initiative des réformes aux ambitieux de l’Istiqlal dont les idées républicaines, l’indépendance à l’égard de l’autorité du Maghzen, l’inquiétaient.

A en juger par les réactions de l’opinion, du parlement et de la presse, tant en France qu’à l’étranger, on a l’impression que ce renversement n’a pas été compris.

 

Explications

C’est pourtant simple. En dehors des masses, à des degrés divers peu évoluées, il y a, d’un côté les notables, les propriétaires, les commerçants arabes et juifs auquel l’ordre public importe avant tout. De l’autre, une poignée d’intellectuels et derrière eux, les agitateurs communistes habiles à entretenir le désordre. Au Caire, comme à Tunis et à Fez, c’est l’émeute qui a provoqué un revirement des chefs temporels et religieux. Il n’est ni accidentel ni le seul résultat d’une pression extérieure. L’avenir en montrera mieux la force. D’ores et déjà, les pessimistes ont eu tort.

 

Les Suites de la Note Russe

Dans un récent article, Walter Lippmann donne de la note russe sur l’unification de l’Allemagne, l’interprétation que nous dégagions d’une première lecture. Elle était destinée aux Allemands et non aux Alliés. Les Soviets n’ont qu’un but : provoquer la chute d’Adenauer. Le Chancelier qui a 75 ans, est assez isolé ; son autorité sans réplique a fait le vide et sa disparition amènerait une dislocation du parti démocrate-chrétien qu’aucune personne forte n’est là pour maintenir. L’action des Soviets, si elle a renforcé la solidarité des Alliés, surtout des Franco-Américains, a ébranlé la coalition gouvernementale de Bonn.

L’opposition au sein du parti démocrate-chrétien, conduite par Jakob Kaiser s’exprima en ceci : Signer les accords contractuels et souscrire au plan d’armée européenne, c’est renoncer pour un temps indéfini à l’unité allemande. Il faut ajourner tout projet d’intégration au Bloc atlantique jusqu’à ce qu’on soit sûr que la réunification pacifique de l’Allemagne est impossible.

Le chancelier, au contraire, veut hâter les choses, l’avenir de l’Allemagne pour lui est dans une solidarité totale avec l’Occident et il a pour lui l’appui américain. D’autre part, jusqu’aux élections de 1953 il est pratiquement inamovible puisqu’une majorité des deux tiers au Bundestag serait nécessaire pour le renverser.

Les Américains aussi sont pressés. Acheson, en personne, va venir à Bonn en mai signer avec Adenauer, Schuman et Eden, le traité d’accord contractuel qui rendra à l’Allemagne sa souveraineté politique et économique à peu près complète. L’accord sur l’armée européenne suivrait dans les délais les plus courts possibles, et qui, en tout état de cause, mettrait d’éventuels successeurs du Chancelier devant un fait accompli sur lequel il serait difficile de revenir.

 

Les Détours de la Politique Anglaise

On a commenté la récente démarche de M. Eden au Conseil de l’Europe : il est venu proposer à ce malheureux Conseil désemparé depuis la démission de Speak, une raison de vivre qui servirait les vues britanniques. Au lieu de s’orienter vers la constitution d’une fédération européenne, appuyée sur une constitution commune et dirigée par une autorité supranationale, Eden propose de faire du Conseil de l’Europe un organisme fonctionnel apte à coordonner les différentes institutions séparées dont la formation et en cours ou en vue : le pool charbon-acier, l’armée européenne, le pool vert, le pool des transports, etc. Il a promis dans ce cas l’appui et la participation éventuelle de l’Angleterre qui par contre ne saurait s’associer à une fédération européenne. Son projet n’a rencontré que l’opposition déclarée des Italiens et des Hollandais.

La Hollande en effet déçue par le Benelux qui n’est plus qu’une étiquette vient d’amender sa constitution pour lui permettre d’entrer éventuellement dans une fédération qui impliquerait un abandon de souveraineté. Détachée de l’association belge et détournée de la coopération anglaise par les difficultés économiques de celles-ci, la Hollande ne voit d’avenir que dans de plus étroites relations avec une Allemagne européanisée.

Les représentants français au Conseil de l’Europe demeurent hésitants. Ils ne se résignent pas à voir l’Angleterre se détacher de l’Europe, par crainte d’un tête-à-tête avec une Allemagne qui aurait recouvré toute sa puissance, crainte aussi d’un nouvel isolationnisme américain si le danger soviétique venait à s’éloigner.

Eden joue très habilement de ces inquiétudes. Au cours de l’élaboration de la réponse commune à la note soviétique, on a senti que l’Angleterre ne serait pas opposée à une neutralisation de l’Allemagne qui rendrait impossible une fédération de l’Europe ; mais devant les craintes de la France et l’opposition américaine, Eden n’a pas insisté. Mais au cas où s’engageraient de véritables négociations entre l’Est et l’Ouest, nous retrouverons la politique traditionnelle des Britanniques : l’équilibre des forces en Europe par le maintien des antagonismes économiques, politiques et peut-être même militaires.

Une fédération européenne n’est pas pour demain. Mais après les élections américaines l’année prochaine, ou en 1954, il se pourrait que les Etats-Unis qui ont en main la clef du problème lui fasse faire un pas décisif. Le jour où l’Europe aurait retrouvé sa solvabilité, où son avenir économique serait assuré, parce que la pénurie de Dollars aurait disparu, quand l’Europe par un système de fournitures financé par les Etats-Unis trouverait un débouché illimité dans l’équipement des pays sous-développés, alors disparaîtraient les rivalités actuelles des économies séparées. Le monde libre formerait la chaîne. C’est pourquoi nous disions en commençant que l’assainissement financier français dont le succès ne fait aucun doute, est une étape essentielle.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1952-03-29 – La Guerre Tiède

ORIGINAL-Criton-1952-03-29  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-03-29 – La Vie Internationale.

 

La Guerre Tiède

 

Un commentateur italien remarquait ces jours-ci qu’on accomplit de gigantesques efforts pour se préparer à une guerre qui n’aura pas lieu, alors qu’on est sans moyens efficaces pour lutter contre celle qui se déroule en ce moment, sous des formes diverses, dans le monde. Sans y prendre garde, on est encore en retard d’une guerre. On préparait avant 1939 une version nouvelle de la guerre de tranchées avec des lignes Maginot. Présentement, on envisage d’arrêter un nouveau « blitz » sous la forme d’une invasion brusquée de l’armée rouge en Europe Occidentale.

En fait, il y a en Malaisie une guerre de la Jungle, en Indochine une guérilla par infiltrations, en Corée une guerre de positions mi-diplomatique, mi-militaire, aussi épuisantes les unes que les autres pour les Occidentaux qui les subissent à 10.000 kilomètres de leurs bases. Et jusqu’ici, aucune solution n’est en vue. Bien au contraire, ces guerres menées par les communistes avec des moyens très faibles et à peu de frais, tournent lentement à leur avantage. Le terrorisme en Malaisie vide peu à peu le pays de sa valeur économique qui est essentielle pour le Commonwealth britannique, l’Indochine devient un fardeau insupportable et paralyse la France. En Corée, les Etats-Unis immobilisent à grand frais une large part de leurs forces militaires, avec, pour base, le Japon, terre étrangère, qui peut à la longue devenir hostile. Cela, sans parler de la guerre politique sous forme de propagande et de sabotages qui n’épargne ni l’Afrique, ni l’Europe, ni le Moyen-Orient, ni même les Etats-Unis.

 

Formes Nouvelles de la Guerre Tiède

D’autres formes de la guerre moderne pourraient bien, en effet, surgir un jour ou l’autre : la guerre toxicologique à laquelle nous faisions allusion samedi dernier. En ce moment on se perd en recherches aux Etats-Unis et au Canada sur de mystérieuses épidémies qui affectent les troupeaux et sur la dissémination rapide d’herbes qui empoisonnent le bétail dans les plaines du Middle-West. Ce sont sans doute des phénomènes naturels. Mais il n’est pas invraisemblable de supposer que la propagation de tels fléaux soit intentionnelle et qu’ils peuvent se manifester sous d’autres formes. Tout cela tandis qu’on construit par milliers des avions de combat et qu’on mobilise des millions de citoyens au grand dommage des budgets et du progrès économique.

 

L’Evolution de la Crise Economique

Dans le domaine économique précisément on est en train de s’apercevoir du développement d’une crise dont nous avons ici montré depuis longtemps l’approche. Les prix des grandes matières premières continuent de s’abaisser. La disette devient surabondance à peu près générale, et la surproduction est en vue. Aux Etats-Unis, où il n’était question que de lutter contre l’inflation, c’est le contraire qui inquiète ; à tel point que l’on dramatise la situation dans ce sens comme on l’avait fait dans l’autre depuis la guerre de Corée.

A notre avis, de même qu’on pouvait prévoir que la production accélérée par les hauts prix aurait vite raison de la pénurie, de même on peut affirmer que dans l’état présent de la technique, une crise économique de l’envergure de celles du passé est à exclure. Si la politique n’y fait obstacle, on a plus d’un moyen pour ramener le circuit économique à un mouvement normal après quelques frottements inévitables.

Il faudrait profiter de la déflation qui s’amorce pour assainir les monnaies et en assurer la convertibilité par un juste choix des parités, et réunir de vastes crédits internationaux pour ouvrir des débouchés industriels et commerciaux qui ne manquent pas. Quelque chose de ce genre est à l’étude à la conférence de Karachi pour le Sud-Est Asiatique de transformer la péninsule Indienne en états modernes. Le Japon, dont la concurrence commence à se faire redoutable, trouverait là un champ d’activité qui soulagerait l’industrie britannique. De même en Indonésie, l’Allemagne et l’Italie pourraient exercer une activité qui commence à se contracter, faute de marchés, et ainsi de suite. Les crédits à prévoir sont énormes, mais pas au-dessus des moyens du grand dispensateur, les Etats-Unis.

 

L’Election Présidentielle aux U.S.A.

Heureusement pour ce pays et pour le monde, le jour de l’élection présidentielle approche, ce qui permettra de nouvelles initiatives. Il semble d’ailleurs que, sauf accident, le résultat soit déjà acquis. Le général Eisenhower, et avec lui le Parti républicain prendront le pouvoir en novembre et, bien que la transmission effective n’ait lieu qu’en janvier, on présume que la politique d’Eisenhower diffère assez peu de celle de Truman pour que le passage s’accomplisse sans à-coups.

Reste à savoir si dans le Parti républicain se trouvent assez d’hommes d’envergure pour agir dans l’ordre économique et financier avec toute la hardiesse voulue, comme Marshall ou Harriman l’ont fait chez les Démocrates. Il manque, jusqu’ici à ce parti, un large sens international que les Démocrates ont récemment acquis au contact des réalités. C’est précisément dans ce domaine que les initiatives vont s’imposer.

Comment rendre au monde libre un équilibre économique qui est en train de se dérégler ? L’opinion américaine est toute hypnotisée sur la défense militaire et l’on a hâte d’en finir avec le plan Marshall et ses succédanés, alors qu’un effort beaucoup plus grand va être nécessaire sous des formes nouvelles, précisément dans l’aide économique. Il faut faire vite et voir grand, car dans ce domaine les événements vont avec une rapidité déconcertante pour les esprits habitués aux oscillations à long terme du passé.

 

Trieste

Un point névralgique de l’Europe s’est brusquement réveillé. De récentes déclarations de l’amiral Carney ont rappelé que l’Italie était pour le monde libre une position stratégique de première importance, et la diplomatie italienne, toujours habile, en a fait son profit. On sait que les trois Occidentaux avaient, avant la rébellion de Tito contre Moscou, promis Trieste à l’Italie. Depuis, Tito est devenu pour les Alliés un pion majeur dans la chaîne défensive de la Méditerranée centrale ; le dictateur yougoslave a abusé de la situation. Il s’est fait octroyer 500 millions de dollars d’aide et a pris à l’égard de l’Italie sur la question de Trieste et de l’Istrie, une position plutôt cavalière.

Les Italiens en ont eu assez et De Gasperi, à la veille des élections municipales dans le Sud, à cause aussi des dissensions dans son parti et dans la coalition gouvernementale, a jugé le moment opportun pour faire vibrer la corde patriotique. D’où les émeutes spontanées de Trieste qui ont eu pour cible ces pauvres Anglais qui ont là-bas un rôle ingrat et n’ont pas besoin d’être davantage démoralisés par des manifestations d’inimitié injustifiées. De Gasperi semble, à l’heure où nous écrivons, avoir gagné la partie en obtenant que des troupes italiennes viennent « relayer » à Trieste les forces anglo-américaines qui resteraient seulement à titre symbolique.

Solution pleine de périls, car on ne sait comment réagira Tito. Il est regrettable que des motifs de prestige et de chauvinisme désuet viennent rendre insoluble et périlleux un problème que le bon sens et la sagesse pourraient résoudre tout autrement. En réalité, Trieste et l’Istrie sont sans intérêt économique pour l’Italie comme pour la Yougoslavie. Ce grand port mourrait sous leurs dominations respectives. Trieste est le débouché naturel de l’Autriche, et en d’autres temps de toute l’Europe centrale. Voilà pour les Italiens une occasion de manifester leurs sentiments fédéralistes européens en proposant une européanisation de Trieste comme on suggère pour la Sarre. Malheureusement, Trieste est un point où les passions s’échauffent et se concentrent. Il serait temps que ce nouvel abcès soit le dernier.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1952-03-22 – Cruelle Enigme

ORIGINAL-Criton-1952-03-22  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-03-22 – La Vie Internationale.

 

Cruelle Enigme

 

Si les propositions soviétiques pour un traité de paix avec l’Allemagne n’ont pas soulevé les passions, elles ont, par contre, été abondamment et diversement commentées. Entre l’avis de ceux, comme Joseph Newman qui y voient un renversement de la politique russe analogue à l’accord Molotov-Ribbentrop de 1939, et ceux qui n’y trouvent que matière à propagande, on rencontre toutes les nuances de l’interprétation ingénieuse. Devant pareilles contradictions, il ne reste qu’à fixer les points indiscutables.

 

La Réaction Occidentale

D’abord, la note soviétique ne pouvait, comme d’autres qui l’ont précédée, avoir pour but de diviser les Alliés entre eux ou, en chacun d’eux, l’opinion nationale. Les traits essentiels de la réponse commune vont être élaborés en commun à Paris entre Schuman, Eden, Adenauer et le représentant américain Bohlen.  L’accord ne paraît pas difficile : on mettra la Russie à l’épreuve, tant sur la question du traité autrichien que sur l’admission de la Commission de l’O.N.U. chargée d’enquêter sur la possibilité d’élections libres en Allemagne, et qui attend à Berlin-Ouest la permission de franchir le rideau de fer, qui se fait attendre.

Loin d’accentuer les divergences de vues dans l’opinion française, la note les a plutôt atténuées. La perspective d’une armée nationale allemande libre de se fournir elle-même d’armes même atomiques est unanimement rejetée par les Français. Un second traité de Versailles, personne n’y souscrirait. Les communistes eux-mêmes ont jugé prudent de ne pas insister. De son côté, l’opinion allemande a été très calme, sinon réservée. Elle se méfie des Russes surtout quand ils offrent – à l’exception des provinces de l’Est – tout ce dont rêvent les Allemands. De tels cadeaux ne peuvent être que piège.

Evidemment les premières déclarations d’Adenauer à Bonn et Holstein à New-York, équivalent à une fin de non-recevoir, ont été mal accueillies par l’opinion. Adenauer, sous la pression de Jacob Keyser, a dû corriger cette impression première et poser à la Russie des conditions analogues à celles que les Alliés envisagent. Méfiante, l’opinion allemande n’entend pas cependant qu’on se refuse devant des propositions aussi nouvelles, à en étudier attentivement la portée et les chances. On ne peut que lui donner raison. Le Chancelier a été maladroit.

 

Une Suggestion

Nous nous demandons pourquoi il n’a pas saisi une occasion magnifique de faire un geste populaire et de mettre les Russes dans l’embarras. Il aurait pu montrer un feint enthousiasme pour l’offre russe et demander l’entrée immédiate en zone soviétique de délégués de tous les partis constitutionnels de la République de Bonn pour organiser sans délai des réunions publiques en vue des élections. Les Russes ne proposent-ils pas à tous les Allemands sans distinction « la liberté de parole, d’assemblée, de religion , de presse et de convictions politiques » (article 3 du texte soviétique). Nul besoin de commission d’enquête : un simple visa d’entrée pour les délégués sociaux-démocrates, libéraux, Démo-chrétiens et, en avant, meetings, tracts, journaux, discours. Nous aurions attendu avec le sourire la réponse du général Tschnkof. Il aurait été plus embarrassé que le camarade Duclos. Mais les Allemands manquent d’esprit. Notre avis est que les Russes ne se font aucune illusion sur les chances de leur projet. Le seul profit qu’ils en peuvent attendre, c’est précisément de renverser la situation politique en Allemagne occidentale et de « tomber » Adenauer. Les socialistes au pouvoir, bien des espoirs leur seraient permis.

Seconde certitude : les Alliés et le Chancelier vont, sans presser les choses, amorcer avec Moscou un dialogue préliminaire sans pour cela ralentir, bien au contraire, la réalisation des projets d’accord contractuel destinés à se substituer au statut d’occupation, et de l’armée européenne telle qu’elle a été conçue à Lisbonne. Pour renverser ces plans, les Soviets devraient payer un gros prix. Nous doutons fort qu’ils y songent.

 

Au Caire

Les événements du Caire retiennent l’attention : Hilaly Pacha a eu l’audace de faire arrêter deux des principaux ex-ministres du Wafd dont Saraj al Din, le ministre de l’intérieur naguère tout puissant. Le Wafd paraît fort ébranlé. Si Hilaly Pacha met au jour toutes les corruptions dont le parti s’est rendu coupable, il n’aura pas de peine à en détacher tous les députés qui auront reçu la promesse d’être blanchis par ses soins. De nouvelles élections permettraient alors à Hilaly d’obtenir une majorité de coalition où figureraient la moitié du parti wafdiste définitivement écarté du pouvoir par cette dislocation. Quoi qu’il arrive – et il faut être réservé sur les pronostics – l’extension nationaliste en Egypte est bien tombée. Le calme règne partout dans la rue et tous les compromis sont maintenant possibles avec l’Occident.

Voilà le fait dont les répercussions dans le monde arabe tout entier seront considérables. Elles s’étendront, peu à peu, bon gré, mal gré, du Maroc à l’Iran, en passant par la Tunisie, et cela est de bonne augure pour notre avenir et pour la Paix.

 

Lord Ismay, Secrétaire du Nato

Après de multiples tractations dont il serait intéressant de connaître les dessous, les Anglais ont enlevé le poste de secrétaire général du Nato en la personne de Lord Ismay, le chef d’état-major personnel de Churchill. On sait que Sir Oliver Franks, l’ambassadeur d’Angleterre à Washington s’était récusé – sous quelles pressions – que Pearson, le ministre canadien et Stikker le Hollandais n’avaient pas cru pouvoir accepter. Ce poste est capital. Il représente pour le Nato ce que Trygve Lie est à l’O.N.U. Lord Ismay aura à arbitrer toutes les questions qui surgiront à l’organisation Nord-Atlantique dans l’ordre politique économique et financier à l’exception des problèmes strictement militaires.

Les Anglais qui n’ont, comme on sait, pas grande sympathie pour l’armée européenne et toute forme d’intégration qui impliquerait une autorité supra nationale, vont se trouver en position de jouer les arbitres. On peut se demander si cela était bien souhaitable, et quels sont les mobiles qui ont poussé les nations associées, et surtout les Américains, à consentir à cette nomination ; sans doute l’impossibilité d’imposer leurs vues, et la nécessité d’un compromis qui venant des Anglais et garantie par eux serait susceptible de vaincre les résistances parlementaires des différents pays en cause. Cela promet des négociations difficiles. On s’y attendait.

 

La Guerre Bactériologique

Les pourparlers de Pan Mun Jon sont toujours au point mort, et ce ne sont pas les accusations de Pékin contre les Etats-Unis d’employer les armes bactériologiques qui en faciliteront la conclusion. En répétant que les Américains ont envoyé la peste en Mandchourie, les Sino-Coréens ont-ils simplement voulu exploiter la crédulité des esprits simples et donner aux victimes de l’épidémie un ennemi à maudire ?

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’affaire est mise en propagande par les communistes. On peut toujours craindre qu’ils ne répètent ces accusations absurdes pour justifier plus tard l’emploi de ces mêmes armes par eux-mêmes. Quand on se rappelle que des usines entières et intactes de divers types d’armes toxicologiques ont été trouvées en Allemagne et déménagées par les Russes en 1945, on ne peut retenir un frisson d’inquiétude.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1952-03-15 – Propagande et Réalités

ORIGINAL-Criton-1952-03-15  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-03-15 – La Vie Internationale.

 

Propagande et Réalités

 

Si les Soviets, en sept ans de vaines négociations, n’avaient pas discrédité leur diplomatie, ils auraient aujourd’hui une belle chance de diviser à leur profit le monde occidental. Présentement, les propositions de traité avec l’Allemagne qu’ils viennent de formuler ne changeront rien au cours des choses. Tout au plus, les Communistes en feront-ils matière à propagande qui, pour ne pas se dissoudre dans la monotonie, a sans cesse besoin de slogans nouveaux.

 

Les Propositions Soviétiques de Traité avec l’Allemagne

Leur plan de traité est exclusivement destiné à séduire les Allemands eux-mêmes. Les Russes offrent la réunification du pays, le retrait des forces étrangères, l’indépendance politique et économique et même une armée nationale en place d’une participation à l’armée européenne, et l’amnistie et la liberté politique pour les anciens nazis que Bonn leur refuse. Une clause malheureusement gâche tout. C’est l’obligation pour le nouvel Etat unifié et libéré de reconnaître pour définitive la frontière Oder-Neisse, ce qui laisse au chancelier Adenauer un argument décisif pour repousser l’ensemble du projet : Aucun gouvernement allemand ne signera une amputation de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse Orientale.

 

Les Elections du Sudweststadt

Les élections qui viennent d’avoir lieu dans le nouvel état du Sud-Ouest réunissant le Wurtemberg, Bade et Hohenzollern, ne laissent aucun doute sur le genre d’audience que les Soviets peuvent atteindre : 115.000 voix communistes sur trois millions : Adenauer n’aura aucune peine à convaincre son public que les offres de Moscou ne sont qu’une ruse diplomatique après tant d’autres. Il en aura d’autant moins que les élections ont été pour lui un succès inespéré. On s’attendait à un recul très vif des voix de la Démocratie Chrétienne relativement à 1949. La campagne se faisait sur le projet d’armée européenne, et l’on sait combien les Allemands d’aujourd’hui répugnent à reprendre l’uniforme.

Les Socialistes croyaient la politique du Chancelier assez impopulaire pour que leur triomphe soit assuré ; et de ce succès ils comptaient se servir pour exiger des élections générales avant la date fixée, l’été 1953. Or, l’avance socialiste sur 1949 qui marque l’apogée du prestige d’Adenauer n’a été que de 6 pour cent, chiffre d’ailleurs en recul sur l’avance obtenue en 1950. Aussi la déception de Schumacher est grande. Notons en outre que les néo-nazis n’ont eu que 2 pour cent seulement des voix, le résultat dépasse les prévisions les plus optimistes du Gouvernement en place ce qui, dans les circonstances difficiles qu’il traverse, tient du miracle.

 

La Démocratie en Allemagne

Malgré ses défauts évidents, la démocratie dans les pays évolués, même politiquement jeunes, comme l’Allemagne, réussit à traduire la réaction instinctive d’un certain bon sens populaire grâce à cette alchimie subtile qu’est la loi du nombre qui efface les mouvements individuels d’humeur, et met en évidence une moyenne réfléchie. Le même effet serait certainement apparent en France si l’on procédait à une consultation. Un gouvernement (ou ce qui chez nous en tient lieu) peut n’être pas populaire, mécontenter la majorité, et dans les urnes se trouver confirmé dans son office. Le peuple allemand, s’il n’aime guère l’occupant, s’il répugne à l’uniforme, s’il souffre de la coupure en deux tronçons de sa patrie, sait que son destin et sa foi le rattachent à l’Occident qui le protège d’une barbarie qu’il a pu voir à l’œuvre et dont aucune séduction ne peut l’atteindre.

 

Le Kremlin et les Français

Le Politbureau sait tout cela mieux que nous. On se demande même si en proposant aux Allemands de leur rendre une armée nationale, ils ne perdront pas plus de leur influence en France, qu’ils n’en gagneront outre-Rhin. Car quoi qu’ils en disent, c’est pour les communistes français un coup imprévu. Quel Français, en effet, ne réalise qu’une Allemagne indépendante, libérée de troupes étrangères et réunifiée, même si on limitait par traité le nombre de ses divisions et le calibre de ses canons, serait en position d’exercer sur la France appauvrie et désarmée une pression qui, les circonstances aidant, pourrait tourner au drame. L’armée que Moscou propose, c’est exactement celle qu’a autorisé le traité de Versailles en 1919 ; on sait ce qu’il en est advenu en 1939.

D’ailleurs, faut-il le répéter, depuis sept ans le Kremlin ne s’est jamais soucié de fortifier la propagande de ses commis français. Il les tient en piètre estime et considère, non sans raison, la France comme le pays du monde le plus imperméable à l’idéologie bolchévique. Le nombre de ses adhérents aux élections peut tromper et trompe effectivement l’étranger. On confond un esprit de classe combatif avec le goût du collectivisme.

 

Des Négociations sont-elles possibles

La proposition soviétique aura-t-elle une suite ? Après les accusations de guerre bactériologique, les Américains sont mal disposés à négocier. Ils demanderont d’abord qu’on en finisse avec le traité autrichien qui est en suspens depuis trois ans ; ils poseront comme condition préalable aux pourparlers sur l’Allemagne que les Soviets acceptent de recevoir en zone orientale la délégation de l’O.N.U. qui doit enquêter sur les conditions d’élections libres.

D’ailleurs, au moment même où les Soviets parlent, dans leur note, de rétablir le droit de parole et de réunion pour tous les partis dans toute l’Allemagne, ils viennent dans leur zone de « purger » les derniers représentants, pourtant bien dociles, des partis bourgeois indépendants, libéraux et chrétiens démocrates. Cela, les Allemands de l’Ouest ne l’ignorent pas. D’autre part, les Français ne seront guère tentés de favoriser une Allemagne qui recouvrerait sa pleine souveraineté et pour commencer la Sarre. Quant aux Anglais, la liberté commerciale d’une Allemagne réunifiée leur paraîtrait un danger suffisant pour se refuser à discuter. Reste donc l’effet de propagande en Allemagne même. Il sera nul.

Si nous nous sommes étendus sur cet événement c’est qu’il fera l’objet de toutes les conversations. En réalité, il est de peu d’importance.

 

Le Renversement de la Conjoncture Economique

Ce qui est grave en ce moment, c’est le repli économique auquel tous les pays se trouvent contraints par l’affaiblissement de la conjoncture mondiale. Les prix mondiaux des matières premières baissent ; la pénurie qui fut la conséquence de la guerre de Corée disparaît plus vite qu’on ne le pensait (nos lecteurs en avaient été avertis dès l’abord). Il y a une crise du coton, une du caoutchouc, une de la laine, d’autres suivent en chaine. L’Australie et la Nouvelle-Zélande bloquent toutes leurs importations. La pénurie de Dollars s’aggrave. Les marchés d’exportation subissent une concurrence accrue, et les acheteurs se dérobent. On ne va pas tarder à se plaindre de la baisse des prix après avoir déploré la hausse. Et celle-ci est plus malfaisante que celle-là.

Le réarmement, comme nous l’avons montré l’an passé, n’apportera qu’un remède partiel au développement excessif de la production. Fait plus fâcheux : les pays menacés de chômage vont revenir à un protectionnisme qui rendra impossible la libération des échanges et la constitution rêvée de larges espaces économiques. Le chômage reparaîtra, il sera un nouvel obstacle à la formation de l’Europe unifiée. Il se pourrait même que tous les dangers d’inflation que l’on veut combattre à grand renfort de prix ne se dissipent d’eux-mêmes, à moins que le déficit du budget n’agisse en sens inverse. De toute façon, les problèmes qui se posent ne sont plus ceux d’il y a six mois. Qu’on prenne garde de vouloir guérir un mal qui n’est plus, et qu’on n’en méconnaisse un autre qui commence.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1952-03-08 – Après Lisbonne

ORIGINAL-Criton-1952-03-08  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-03-08 – La Vie Internationale.

 

Après Lisbonne

 

Les résultats de la conférence de Lisbonne demandent réflexion. Comment expliquer que des hommes comme Acheson, Truman et Eden y voient l’aube d’une ère nouvelle susceptible de garantir au monde une paix durable et une prospérité toujours croissante, tandis que de nombreux critiques continentaux épluchant les textes d’accord et relevant les nombreux points en suspens ne trouvent qu’un protocole de pure forme où, si tous les espoirs sont permis, toutes les déceptions s’inscrivent en puissance. Comment surtout, dit-on, accorder avec les nécessités d’une défense commune les réserves expresses des parlements de Paris et de Bonn dont la ratification sera nécessaire pour que les principes posés se traduisent en réalités ?

 

Explications

On peut naturellement expliquer ces divergences d’opinion par des raisons d’intérêt politique. Truman et Acheson avaient besoin d’un succès à la veille de l’élection présidentielle pour justifier leur politique ; aussi pour obtenir du Congrès le vote des 7 milliards 900 millions de dollars que le président des Etats-Unis va demander au Congrès pour l’aide à l’Europe.

L’optimisme d’Eden peut simplement traduire le désir d’aider les Américains sans s’engager à rien, appuyer leur prestige pour obtenir en contrepartie une aide matérielle aussi large que possible, laissant à l’avenir le soin de défaire une union européenne dont les Anglais ne veulent pas.

Ces explications sont faciles et en apparence satisfaisantes, mais elles ne suffisent pas.

 

Le Point de Vue Anglo-Saxon

Cette tentative d’unir l’Europe dans un esprit de solidarité militaire, qui semble aux Européens se heurter aux réalités des situations nationales particulières où les Français voient dans l’avenir leur subordination à une Allemagne redevenue puissante, et les Allemands la renonciation pour un temps indéfini à leurs aspirations de réunification nationale, cette tentative dont les principes ont été posés à Lisbonne apparaît au contraire aux Anglo-Saxons comme la première manifestation d’un miracle, la fin possible des sanglants conflits qui ont opposé les pays d’Europe et par une contagion fatale entraîner les peuples foncièrement pacifiques d’Angleterre et des Etats-Unis dans une lutte sans merci.

L’Europe est pour eux la source des tragédies ; en admettant qu’un jour ou l’autre, la menace russe disparaisse, ces rivalités européennes pourraient revivre avec la virulence d’autrefois. C’est pourquoi le fait que Français et Allemands, malgré leurs divergences se soient accordés sur un certain nombre de points fondamentaux et aient pris des engagements qu’il leur sera difficile de renier apparaît aux Anglo-Saxons comme l’aube d’une ère nouvelle.

Les Anglais eux-mêmes souhaitent sincèrement que l’antagonisme Franco-Allemand s’apaise. Ils ne voient, certes pas sans inquiétude, la formation d’un état fédéré qui comprendrait la France, l’Allemagne et l’Italie. Ils n’y croient d’ailleurs pas. Ils favoriseraient plutôt un équilibre de forces économiques une rivalité pacifique entre ces Etats, mais nous pensons qu’ils préfèreraient encore une Europe fédérée au retour de la situation d’avant-guerre avec des armées prêtes à s’opposer à la première querelle.

Nous nous sommes étendus sur ce point parce qu’il nous paraît d’importance primordiale. Acheson et Eden sont sincères quand ils voient dans le travail de Lisbonne une date historique. L’histoire, elle, dira s’ils ont raison. Si la continuité des efforts américains n’est pas brisée par un renversement politique aux Etats-Unis même, il se pourrait qu’ils réussissent à créer entre Européens un réseau d’intérêts et d’institutions qui, sans effacer des méfiances instinctives et profondes rendrait un conflit armé entre eux impensable, amènerait en somme les Européens à se regarder entre eux comme la France regarde aujourd’hui l’Angleterre : un voisin avec qui il faut souvent jouer serré mais contre lequel, quoi qu’il arrive, on ne se battra jamais.

 

Les Evénements d’Egypte

Le conflit entre le roi Farouk et le Wafd était plus sérieux qu’on ne le supposait. L’agitation nationaliste avait pris avec les émeutes du 26 janvier un caractère révolutionnaire, et la personne du Roi était visée autant que les Anglais. L’habileté de Farouk est d’avoir profité des excès en imposant au Wafd, débordé par l’action d’éléments extrémistes dont le contrôle lui échappait, un ministère de transition en la personne de Maher-Pacha.

Contre ce gouvernement qui ne représente pas grand-chose, le Wafd d’abord désarçonné avait commencé une lutte chaque jour plus avouée. Les Anglais d’autre part, l’ordre rétabli dans la zone du Canal, n’étaient plus pressés de négocier. Les pourparlers qui devaient reprendre avaient été ajournés grâce à une indisposition diplomatique de l’ambassadeur anglais Stevenson. C’est à cette occasion que Farouk, pour retrouver un peu de popularité, choisit un dissident du Wafd, Hilaly Pacha comme premier ministre. Cette nomination représente au Caire une véritable révolution politique. Hilaly se propose d’atteindre le Wafd en mettant au jour un ensemble d’actes de corruptions et de complaisances dont le Wafd et Nahas Pacha sont responsables dans l’administration de l’Egypte. Du même coup, Farouk se place en défenseur de l’honnêteté politique et tient contre ses adversaires une arme dangereuse. Jusqu’où ira la menace ?

Le Wafd sera sans doute disposé à composer. Mettant une sourdine à l’agitation nationaliste, il laissera conclure avec l’Angleterre et les puissances occidentales un accord dont les termes, comme nous l’avons exposé, ne présentent pas de difficultés si l’on souhaite s’entendre, surtout si les Etats-Unis en sont la caution. Personne, pas plus le Roi que le Wafd, n’a intérêt à aggraver le malaise. Ils risqueraient l’un et l’autre d’être emportés par un courant populaire. Un compromis s’établira peu à peu, qui mettra d’accord, au moins pour la forme et pour un temps, le trône, le parti et les Anglais dont la participation à la défense du Canal est d’ores et déjà reconnue possible par Hilaly Pacha lui-même.

 

En Angleterre

La pénurie d’acier s’aggrave en Angleterre et l’on craint qu’il n’y ait sous peu un million de chômeurs. Churchill doit regretter sa récente victoire électorale dont il n’a pu tirer grand parti. Car si le chômage s’était produit sous un gouvernement travailliste, celui-ci ne s’en serait pas relevé puisque son succès tient essentiellement dans le maintien du plein emploi. En attendant, le parti de M. Attlee n’échappe pas à la menace de scission que nous avons maintes fois fait prévoir. Cinquante-cinq députés bévanistes ont ouvertement voté contre le programme de réarmement des Conservateurs, tandis que leurs collègues s’abstenaient. L’unité du parti brisée, on voit se dessiner un regroupement politique où la droite du Travaillisme viendrait relayer le défunt Parti libéral.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1952-03-01 – Commentaire Badin

ORIGINAL-Criton-1952-03-01  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-03-01 – La Vie Internationale.

 

Commentaire Badin

 

La Conférence de Lisbonne ne paraît pas avoir souffert des débats tumultueux du Bundestag et de la Chambre française. Autant qu’on en peut juger par les déclarations officielles, les indiscrétions officieuses, les commentaires des hostiles et des favorables, les délibérations, ne portent aucune trace des incidents poussés au drame de ces dernières semaines. Débat purement académique, disions-nous ….

 

La Méthode Indonésienne

Le cabinet Soekiman est tombé à Batavia (Djakarta). M. Soekiman avait signé avec les Etats-Unis un traité qui garantissait à l’Indonésie une aide militaire dans le cadre de l’A.M.S. (American Security Act). Voilà, dit le Parlement, notre neutralité abandonnée et le pays dans l’orbite américain. Il nous faut un ministre qui nous rende notre liberté d’action, dont le nom ne soit pas lié à de telles négociations. Mais, quant au traité, s’il est signé, on n’y peut rien ; un peuple démocratique ne renie pas la signature des ministres qu’il a choisis.

Nous avons toujours pensé que pour sauver la face, les peuples moins évolués, et particulièrement les asiatiques, s’y entendaient mieux que les occidentaux.

 

Les Résultats

Les plus apparents, ce sont les efforts d’acrobatie comptable qu’ont fait les Américains pour donner à la France le solde des 600 millions de dollars promis et les 400 autres qui s’avèrent nécessaires pour éviter la chute verticale du Franc. Il n’est pas sûr que ces artifices réussissent, car d’ici novembre, date de l’élection présidentielle, le Congrès tiendra serrés les cordons de la bourse. On compte plutôt sur l’effet moral de la promesse de Dollars que sur leur versement effectif. En tout état de cause, succès des négociateurs français.

Secundo, une formule sera trouvée pour obtenir des Anglo-Saxons une garantie morale et politique dans les formes juridiques appropriées qui empêchera un éventuel nouvel Hitler de reprendre en mains l’armée allemande reconstituée en l’arrachant au contrôle du Nato.

Tertio, une formule plus délicate est presque arrêtée permettant de dissocier, tout en les unissant le N.A.T.O. et la C.E.D., c’est-à-dire le Conseil de défense Nord-Atlantique et la défense européenne de façon que l’Allemagne faisant partie de la seconde et non de la première puise néanmoins être associée aux délibérations qui la concernent dans la première, c’est-à-dire pratiquement à toutes. On réalise que la découverte de cette formule requiert du génie.

Les Anglais – car il faut des succès pour tout le monde – en obtiennent deux. D’abord une très large participation de l’Allemagne à la fabrication des armements. Les industriels allemands gagneront de l’argent, et comme les canons ne s’exportent pas, les Anglais craindront moins la concurrence. De plus, le secrétariat général du N.A.T.O. reviendra à un Anglais Sir Oliver Franks, connu pour son attachement aux U.S.A. Cependant Paris sera préféré à Londres pour être le siège permanent de cet organisme qui groupe tant de personnes distinguées. Toute compétition sur ce point est inutile. Paris l’emporte toujours.

Enfin, les problèmes financiers du réarmement paraissent résolus. En gros, les partenaires, Allemagne comprise, payeront un peu plus qu’ils ne l’avaient proposé, mais la plus grosse part du trou sera comblé par les U.S.A.

Résultat : il y aura cette année 50 divisions en Europe qui, sans être de vraies divisions aptes au combat, ne seront plus des divisions sur le papier. Entre la chair et le papier il y a des états transitoires. Il y a même parmi elles deux divisions fantômes dont on ne sait pas si elles existent, mais qui pourraient être américaines et cachées en Angleterre. Des marines … mais, chut, les Soviets pourraient le savoir.

Qu’en pensent les Soviets ? Car enfin ce sont eux auxquels il s’agit d’en imposer. Staline a-t-il vraiment peur de 50 divisions qui, dit-on, deviendront 100 d’ici 2 ans ? C’est l’énigme.

Mais rien de tout cela n’a la valeur de ce petit fait : des officiers et sous-officiers allemands vont aller s’instruire aux Etats-Unis où ils seront rééduqués à l’américaine. Après cela, les Français pourront-ils, oui ou non, dormir rassurés ?

Celui qui a franchi l’Atlantique ne revient-il pas pacifique et démocrate ?

 

A Pan-Mun-Jon

Mais revenons au sérieux. La Conférence de Pan-Mun-Jon s’éternise : huit mois déjà que l’on cause et le mois de mars qui devait marquer l’aboutissement est bien proche. La pierre d’achoppement, c’est le refus des Américains d’accepter comme observateurs neutres, pour contrôler l’armistice, les Russes. La pierre est en effet de belle taille. Cela veut-il dire que les Communistes n’ont négocié que pour souffler ?

Bien qu’en ces matières il est hasardeux de jouer les prophètes, cela a toujours été notre sentiment, malgré l’optimisme marqué, par moments surtout, du côté américain. Les derniers événements d’Indochine, l’évacuation d’Hoa-Binh et le renforcement des Viets portent malheureusement à penser que l’effort du bolchévisme va s’intensifier en Extrême-Orient. Ne pouvant atteindre l’Occident en Europe, le théâtre asiatique s’impose.

Il est à craindre, en effet, que l’impérialisme chinois dont nous avons noté l’expression au moment des victoires de novembre 1950, ne soit activé et poussé par les Russes pour épuiser moralement, militairement et financièrement l’Occident ; celui-ci est évidemment en mauvaise posture et ne peut prendre d’initiative. Il n’y a que la solution Mac Arthur. Mais les Américains ont-ils les moyens de vaincre la Chine Rouge ? Il faudrait pour y parvenir y employer les Japonais qu’on a vaincus précisément pour les en chasser.

La guerre ne paie jamais … Elle détruit un équilibre qu’il faut des années difficiles et coûteuses pour rétablir sur d’autres bases, souvent moins solides encore. Cette évidence devrait détourner les dirigeants de songer à la guerre. Mais celle-ci a malheureusement d’autres ressorts qui sont peut-être incontrôlables …

 

En Hongrie

Ce qui nous fait penser que les Russes ne songent plus à se servir de l’Europe dans leur dessein d’expansion, c’est la tendance accentuée à sacrifier les populations des pays qu’ils occupent. La bolchévisation est poussée plus loin qu’en U.R.S.S. même. Ce sont les Hongrois qui ont le triste privilège de la pire oppression. On leur avait déjà tout pris, et ce pays essentiellement agricole est le plus affamé des satellites de l’U.R.S.S. Le parti communiste vient maintenant de décréter que, non seulement les demeures des habitants étaient propriété publique, mais que chaque occupant devait remettre aux autorités l’état détaillé de tous les objets qu’il détient. Les pires sanctions sont prévues pour les dissimulations et chacun de ces objets pourra être requis sans indemnité. Cependant certains paysans russes ont encore une vache à eux.

Evidemment, la perspective d’entrer en un tel paradis, atténue nos inquiétudes de faire partie de l’Armée Européenne telle qu’elle est décidée à Lisbonne.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1952-02-23 – Explications

ORIGINAL-Criton-1952-02-23  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-02-23 – La Vie Internationale.

 

Explications

 

Le débat sur l’armée européenne s’est terminé comme prévu. On a voté le principe, mais en l’entourant de telles réserves et conditions qu’il serait définitivement inapplicable, si réellement elles étaient irrévocables. Ce vote nègre-blanc qui permet aux partisans de se féliciter et aux adversaires de réserver l’avenir a cependant laissé se continuer les pourparlers, tant avec l’Allemagne qu’avec les membres du Pacte Atlantique. L’essentiel était là et l’on peut dire que la continuité de la politique française n’est pas brisée, ce que personne d’un peu éclairé ne pouvait sincèrement vouloir.

 

Le Fond du Problème

Si maintenant, laissant aux orateurs leurs arguments parmi lesquels on se perd, on se demande ce qui en réalité constitue le fond du problème, le voici :

Pour beaucoup, la situation présente n’est pas sans avantage : le péril russe n’est pas tellement menaçant puisque, comme l’écrit Lippmann, les Allemands eux-mêmes qui seraient les premières victimes de l’invasion et savent ce que cela représente, trouvent tout le temps de marchander leurs concours aux Occidentaux. Pour nous, tant que cette menace soviétique existe, l’Allemagne reste coupée en deux, donc inoffensive, et les Alliés restent en force en Europe ce qui garantit la paix et procure au trésor et à certains particuliers des ressources non négligeables. Enfin, l’antagonisme des deux blocs nous rend indispensables à la stratégie américaine, ce qui nous vaut une aide financière sans laquelle nous ferions faillite. Il se pourrait même que les Etats-Unis – on en parle – pour soulager nos finances, soient obligés de prendre en charge une partie de première importance de nos dépenses d’Indochine pour que nous défendions les richesses du Sud-Est asiatique.

D’autre part, notre armée n’existe que parce qu’elle est nationale. Fondue dans une entité européenne, elle perdrait son moral et son efficacité. On peut en dire autant de notre économie. Bâtie à notre échelle pour un petit marché, elle n’a pas les moyens et surtout la volonté de s’égaler aux grands « combinats » qu’exigerait un marché européen. Le Français est individualiste, économe, il voit prudent et petit. La course au rendement et la concurrence à couteaux tirés lui répugnent. Voilà si l’on peut dire l’image composite que forme la neutralité du Français moyen à l’échelon parlementaire.

Une autre arrière-pensée planait sur le débat. Pourquoi les Etats-Unis tiennent-ils tant à une armée allemande ? N’est-ce pas parce que le jour où il sera possible de refouler (roll back, comme ils disent) les Russes chez eux, ce ne sont ni les Français, ni les Anglais, ni même les Gis qui se feront tuer pour libérer Breslau, Budapest et Varsovie mais ceux qui en verront le prix, le retour de l’unité et de la grandeur allemande.

 

Le Complot contre la D.C.

Pour être complet, il ne faut jamais oublier dans un débat de politique étrangère la lutte intérieure qui est souvent – hélas – l’essentiel. Une très forte coalition qui comprend les communistes, les socialistes et les partis de droite, croit le moment venu de frapper un coup décisif contre ce qu’ils appellent « l’internationale noire », en France, en Allemagne et en Italie. MM. Schuman, Adenauer et de Gasperi appartiennent tous trois à la Démocratie Chrétienne. Jamais depuis la libération et la fin des hostilités, ils n’ont été si violemment attaqués.

La D.C. Italienne est très divisée : le cabinet Gasperi a été plusieurs fois mis en minorité, et le parti a failli éclater en fractions hostiles. Le résultat des prochaines élections est très problématique. Il l’est plus encore en Allemagne, parce que l’Eglise y est moins puissante et moins active qu’en Italie. Adenauer obtiendra-t-il la majorité l’année prochaine ? Schumacher et ses amis socialistes pourraient bien l’emporter si l’on en juge par les avances dont ils sont l’objet de la part de la grosse industrie. Enfin en France, la position de la Démocratie Chrétienne au sein d’une coalition instable n’a rien d’assuré. Elle ne tient que par la division de ses adversaires.

C’est cependant grâce au fait que les trois grands pays européens peuvent parler un langage commun, celui de l’éthique et de la tradition chrétienne, qu’une Europe unie peut voir le jour. Dans un retour aux antagonismes nationaux, la France qui aura sans doute à faire les plus gros sacrifices dans l’immédiat, a tout à perdre à longue échéance. Comme l’a dit Paul Reynaud, le plus grand péril pour la France, c’est l’isolement. Et malheureusement, ce goût de l’isolement n’y est que trop répandu.

 

Actualité

Il nous reste peu d’espace pour les mille questions que pose l’actualité. Faisons une place à la mort de l’as de l’aviation américaine, Davis qui avait abattu force « Migs » en Corée et vient d’être victime des nouvelles méthodes de détection anti-aérienne récemment mise en œuvre par les Russes sur le front de Corée et qui a coûté cher à l’aviation américaine, et par répercussion, a sur l’opinion des Etats-Unis et sur les perspectives de l’élection présidentielle une vive et curieuse répercussion.

Chaque fois que l’Américain moyen a peur, il se tourne vers les partisans de la manière forte, c’est-à-dire Taft et Mac Arthur.

Dès qu’il a senti l’opinion inquiète de ne plus être protégée par sa suprématie aérienne, le sénateur Taft a fait deux déclarations. Si je suis élu, a-t-il dit en substance, je renvoie l’Etat-Major actuel qui est inefficace (peut-être y compris son éventuel adversaire Eisenhower), et je fais de Mac Arthur mon chef militaire et on enverra sur le continent chinois les 300.000 soldats de Tchang-Kaï-Chek  qui se morfondent à Formose. Il suffit en effet que l’aviation américaine coupe les 3 ou  4 lignes de communications entre la Chine du Nord et le Sud pour que la faible armée communiste qui occupe le Sud soit à la merci de troupes bien entraînées, et cela sans qu’il en coûte une vie américaine. Ajoutons à cela les promesses répétées de Taft de liquider l’Administration démocrate corrompue par vingt ans de pouvoir, et l’on comprendra l’inquiétude des partisans du général Eisenhower dont la candidature est populaire, mais sérieusement combattue par les politiciens professionnels.

Les supporters du Général le pressent d’abandonner la direction du Shape en Europe, et de venir défendre son programme. Mais le Général semble vouloir demeurer. Sans lui, la tâche de former une armée en Europe serait insurmontable et d’autre part, il semble ne pas désirer éviter de donner à sa candidature une couleur politique trop marquée. Il n’entend pas être prisonnier du Parti républicain et préfèrerait être, dans la mesure du possible, l’élu de toute la nation, de façon à réaliser une union nationale, ce qui sur le plan politique, intérieur du moins, est contraire aux traditions américaines. La situation est confuse et tient à des impondérables.

La France elle-même en contrôle quelques-uns ; l’Isolationnisme français s’il avait triomphé, aurait pu faire le succès de ce qui demeure l’isolationnisme américain.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1952-02-16 – Les Ressorts Cachés

ORIGINAL-Criton-1952-02-16  pdf

Le Courrier  d’Aix – 1952-02-16 – La Vie Internationale.

 

Les Ressorts Cachés

 

Plus controversé que le Plan Schuman, le projet d’armée européenne a provoqué un flot de discours, tant à Bonn qu’à Paris. D’excellentes choses ont été dites, pour et contre, mais on sait bien que le débat est purement académique. La France, comme l’Allemagne, comme l’Angleterre n’a pas le choix. Leur dépendance à l’égard des Etats-Unis rend toute controverse superflue. Disons-le sans détour : si l’Amérique se détachait de l’Europe, l’Angleterre ferait faillite dans six mois et la France dans six semaines. L’Allemagne et le reste du continent seraient envahis en moins de temps peut-être. Bons ou mauvais, les projets américains d’intégration européenne seront entérinés.

D’ailleurs, il ne ressort pas clairement de si nombreux discours ce qu’on pourrait mettre à leur place. Rien sans doute. Mais qui ne reconnait au fond que le salut de l’Europe requiert que quelque chose soit faite ? Il est certes regrettable d’avoir à mettre un fusil entre les mains d’Allemands. De là à conclure qu’ils partiront tout seuls et contre le plus faible, il y a quelque excès. Sans doute, il y a dans l’âme allemande une mystique du combat, mais il y en a aussi une de la discipline. Le plan d’armée européenne est assez solidement conçu pour que le sentiment l’emporte.

 

A Pan-Mun-Jon

Les interminables pourparlers de Pan-Mun-Jon continent à évoluer lentement vers un accord. Le fait nouveau, c’est que les Américains ont consenti à inviter la Chine communiste à siéger à la conférence qui décidera du sort de la Corée après l’armistice. Les Américains ont fait toutes les concessions susceptibles de rallier la faveur des pays non impliqués dans le conflit. Si un accord doit intervenir et ramener la paix dans cette partie de l’Asie, il est impossible d’exclure Pékin du règlement.

Les inconvénients et les avantages de cette participation sont évidents. Elle peut faire tout échouer si Mao Tsé Tung et Moscou le veulent. Mais dans le cas contraire, ils devront s’engager. Le règlement vaudra ce que vaut leur parole. D’ailleurs, il ne faudrait pas exagérer la portée d’un armistice, ni même celle d’une paix en Extrême-Orient. Une vigilance armée continuera à s’exercer tout le long de la mer de Chine, et le fardeau militaire que porteront les Etats-Unis ne sera que faiblement allégé.

Quant aux problèmes politiques, leur règlement sera toujours précaire et ne sera maintenu que par la présence d’une force considérable et en alerte constante. Un véritable règlement de la question d’Extrême-Orient est impossible, et cela vaut pour l’Indochine comme pour la Corée.

 

L’Evolution Economique du Monde

Malgré l’intérêt que suscitent ces problèmes, ce sont les questions économiques qui restent les plus pressantes. Les difficultés de l’Angleterre et de la France s’accentuent. La Livre, malgré les projets de M. Butler, et le Franc ont touché sur les marchés libres leurs cours les plus bas. Le déficit des payements s’est aggravé. La production industrielle anglaise de ces dernières semaines est inférieure à celle de fin 1950. On constate une diminution de l’épargne, des difficultés de trésorerie pour les entreprises par ailleurs incapables de s’assurer les capitaux nécessaires aux investissements, un début de chômage dans le textile, tous les signes d’une lente asphyxie économique, conséquence entre autres de la politique socialiste, mais plus encore de l’action paralysante de la superfiscalité. L’impôt, ou bien comme en Angleterre étouffe toute activité, décourage les initiatives et conduit à l’inertie, ou bien comme en France agit comme stimulant de l’inflation lorsqu’on le laisse s’incorporer au prix. Dans le premier cas, c’est la faillite par l’austérité, dans l’autre par la facilité. Le résultat est identique, mais à tout prendre le second cas est peut-être moins incurable. Le remède en tous cas existe.

 

L’Agriculture et l’Epargne

Quand on compare les résultats obtenus dans l’ordre social, économique et financier dans les différents pays vivant sous différents régimes, on ne peut s’empêcher de conclure à l’aveuglante supériorité de l’économie libre. D’abord dans tous les pays soumis, soit à la dictature (U.R.S.S., Argentine), soit au régime mixte à prédominance socialiste (France, Angleterre), les résultats sont défavorables pour l’agriculture.

Malgré la contrainte ici et les subventions là, la production agricole stagne quand elle ne recule pas comme en Angleterre. Aux Etats-Unis, par contre, où l’intervention de l’Etat est réduite à quelques soutiens, les progrès vont de pair avec ceux de l’industrie. Or, ce parallélisme est indispensable. Si en Russie et dans tous les pays satellites le niveau de vie ne s’élève pas, c’est que l’agriculture marque le pas. Un pays mal nourri est incapable de progrès.

Seconde constatation : le développement et l’équilibre d’une nation est dans une certaine mesure fonction de son épargne. Manger et économiser sont (si étrange que cela semble) les deux conditions de la santé collective, et les deux phénomènes sont étrangement liés. En Angleterre, où il y a infiniment moins à acheter qu’aux Etats-Unis, ou en France, l’épargne est en baisse. Aux Etats-Unis, pays traditionnellement peu épargnant, le goût de l’économie est né de l’abondance et l’inflation que le président Truman et ses conseillers craignaient à juste titre l’année dernière, ne s’est pas encore fait sentir parce que dans l’intervalle un phénomène que personne n’avait prévu, l’accroissement de l’épargne de 5 à 10% s’est révélé efficace, à tel point qu’au lieu de pénurie il y a mévente.

En France, où l’épargne visible est faible, l’épargne occulte, sous forme d’or et de devises a été telle au cours de ces dernières années qu’elle a sauvé la monnaie (autre paradoxe). Si au lieu d’acheter des Louis, les Français s’étaient jeté sur la marchandise nous en serions à la situation des Allemands en 1923 : la monnaie aurait été emportée.

 

La Fiscalité

Troisième constatation : la tendance assez générale de substituer l’impôt direct considéré jusqu’ici comme l’impôt démocratique. Soit dit en passant, en U.R.S.S. l’impôt est surtout indirect et porte presque exclusivement sur les produits de première nécessité : le sucre et la viande payant 80%, tandis que l’acier et le charbon ne fournissent rien, d’abord parce qu’il n’y a pas de société anonyme à plumer et que la majeure partie des produits de base vont à l’armement, et par conséquent n’atteignent pas le consommateur qui en définitive est toujours celui qui paie l’impôt.

C’est en effet l’impôt direct qui est le facteur le plus toxique pour l’économie. En Angleterre, il a tué la richesse. A titre d’exemple, il n’y a plus dans le Royaume-Uni que 22 personnes qui après avoir satisfait aux exigences du fisc disposent d’un revenu de 6.000 livres ou plus. Pour peu qu’ils aient des charges, ces privilégiés n’ont pas beaucoup plus qu’une large aisance. Il reste pourtant vrai que là où il n’y a pas de riches, il n’y a que des pauvres. On comprend que dans ce pays l’appât du gain ne pousse guère à l’effort.

Aux Etats-Unis, où l’impôt direct est très élevé sans avoir atteint à beaucoup près la proportion anglaise, une résistance se manifeste à tout projet d’aggravation. Il en est de même pour l’impôt sur les sociétés, qui est ou bien facteur d’inflation s’il s’incorpore aux prix, ou de dépression si l’on maintient des prix-plafond. Une économie saine implique qu’une société bien gérée doit constamment accroître ses bénéfices. L’excès de la fiscalité américaine dû au réarmement a renversé cette situation. Les bénéfices des grandes entreprises diminuent, et le danger pour l’économie globale du pays a été parfaitement perçu.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1952-02-09 – France-Allemagne

ORIGINAL-Criton-1952-02-09  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-02-09 – La Vie Internationale.

 

France – Allemagne

 

La crise des relations franco-allemandes est de part et d’autre une affaire de politique intérieure. Une fois de plus de grands desseins sont étouffés par les passions. Si légitimes qu’en soient les mobiles, elles doivent être dominées pour le salut national. Sinon, les fautes de 1911, de 1921, de 1935, répétées en 1952 mettront tôt ou tard l’Europe devant un nouveau drame. Heureusement, la controverse actuelle n’est pas aussi fondamentale que ses précédents historiques parce qu’un compromis est formulable et qu’un arbitre s’emploie à le faire accepter : les Etats-Unis.

 

La Sarre

Le problème de la Sarre non seulement n’est pas insoluble mais son futur statut est déjà préfiguré. La France ne doit avoir en Sarre que des intérêts économiques, et l’Allemagne de Bonn ne peut espérer que les Etats-Unis et l’Angleterre reviennent sur la décision de rattacher économiquement le territoire sarrois à la France, rattachement nécessaire à l’équilibre de l’Europe unifiée. Il enlève, en effet, à l’Allemagne la tentation d’une prépondérance industrielle qui la mettrait en conflit un jour avec le reste du monde.

Politiquement, le territoire sans cesser d’être allemand peut devenir le siège des institutions futures communes à l’ensemble européen. Ces organismes neutraliseraient la Sarre sans couper ses liens avec la collectivité germanique. Les Allemands craignent que le précédent constitué par l’indépendance Sarroise n’ait une influence sur le futur statut des pays situés au-delà de l’Oder-Neisse annexés par la Pologne, que la Silésie ou Dantzig ne suivent ce modèle.

Mais si l’Europe doit un jour comprendre tous les pays occupés actuellement par l’U.R.S.S. il ne serait pas mauvais que certaines régions névralgiques jouissent d’un statut particulier qui puisse les soustraire aux convoitises, et en fasse un lien entre les Nations au lieu de les opposer. On pourrait même accorder à leurs citoyens une double nationalité.

L’Européanisation de territoires comme la Sarre ne devant irriter aucun sentiment national légitime. De plus, le fonctionnement du Pool Charbon-acier, en supprimant les rivalités économiques, enlèverait au conflit sarrois beaucoup de ses raisons d’être.

 

L’Allemagne et le Nato

Le second point : l’admission de l’Allemagne au Conseil de défense atlantique n’est pas davantage dramatique. Il est normal – et cela le gouvernement de Bonn en convient et Acheson a été formel sur ce point – que l’Allemagne ne soit pas dès maintenant partie de la direction de l’Alliance. Par la constitution d’une armée européenne, les chefs des contingents allemands se trouveront, comme leurs partenaires européens, en relation étroite avec le Nato qui devra nécessairement pour les commander tenir compte de leurs suggestions. Il serait choquant que, si près de sa défaite, l’Allemagne puisse d’emblée avoir une voix dans les décisions suprêmes.

 

Les Tentatives d’Ajournement

Ce que désirent les adversaires de l’Europe c’est que l’explosion présente serve de prétexte pour l’ajournement de toute réalisation.

L’armée européenne a contre elle en France les militaires et les communistes. En Allemagne outre les mêmes éléments toute une opinion qui se refuse à entendre parler de conscription. Quant à l’argument souvent invoqué chez nous qu’une participation militaire germanique risquerait d’entraîner l’Europe dans une guerre que l’Allemagne provoquerait pour reconquérir les provinces perdues à l’Est, est mal fondé, car les Soviets n’entreraient en lutte que s’ils savaient pouvoir l’emporter aisément et la présence d’une force allemande les détournerait plutôt d’une tentation agressive. D’ailleurs la politique soviétique paraît maintenant orientée. Défensive en Europe, c’est en Asie qu’elle cherchera des succès là où elle peut étendre son hégémonie à peu de risques.

 

Eden à Paris

La visite de M. Eden à Paris a été bien intéressante. Il serait vain de nier que Churchill est rentré de Washington convaincu qu’une collaboration sur un point d’égalité avec les Etats-Unis était désormais impossible : la disproportion des forces entre les deux partenaires est aujourd’hui trop évidente. D’où la nécessité de conserver des rapports plus étroits avec le Continent. Si en effet un jour le Commonwealth se désagrège, les Iles Britanniques n’auront d’autre choix que de s’intégrer à l’Europe ou de devenir le 49ème état des Etats-Unis.

Depuis qu’il a repris le pouvoir, Churchill a reconnu que la position de son pays était beaucoup plus critique qu’il ne le croyait. L’Angleterre est le seul pays du monde où la production d’acier ait diminué en 1951, l’augmentation de la production de charbon a été insignifiante, et tandis que celle des pays européens est susceptible de progrès, les experts n’en prévoient aucun pour le Royaume-Uni. Pour fixer les idées, tandis que la production économique globale de la France a augmenté de 13 ½  pour cent en 1951, celle de la Grande-Bretagne n’a augmenté que de 3%. Ce ne sont pas les mesures d’austérité de M. Butler qui changeront grand-chose au tableau, bien au contraire.

Dans ces conditions, l’époque du splendide isolement est révolue. Le dernier discours d’Eden expose que, sans participer à l’armée européenne, l’Angleterre s’y associera le plus étroitement possible. L’esprit de Dunkerque cependant demeure, l’Angleterre reste hantée par ce souvenir. En cas d’effondrement de l’armée continentale, elle ne veut pas perdre la chance de sauver la sienne en soumettant ses forces à un commandement supranational. Sur le différend franco-allemand, sincèrement ou non, Eden s’est porté en conciliateur appuyant les vues françaises sans pour cela se heurter aux Allemands, et moins encore aux conceptions d’Acheson et d’Eisenhower. Ceux-ci d’ailleurs, et une bonne partie de la presse américaine, se sont montrés à l’égard de l’opinion française très compréhensifs et amicaux. Nous ne sommes plus en 1922 ni en 1936. Le dessein d’Eden est-il d’aider la France à différer le plus possible la solution du problème européen ou au contraire de le faciliter ? Il est assez habile pour nous laisser dans le doute.

Le problème des relations franco-allemandes demeurant, malgré l’expansion russe, la clef de voûte de la paix du monde, qu’on réfléchisse à deux fois de part et d’autre avant de laisser une fois de plus la plaie ouverte.

 

Les Mesures Protectionnistes

Les sceptiques sur l’idée européenne ont beau jeu de montrer que depuis deux ans chaque pas en avant a été suivi d’un retrait plus large. Déjà la Conférence de Torquay sur la libération des échanges avait marqué un recul sur les plans de Genève. Entre temps, le Benelux qui avait servi de flambeau s’est lamentablement éteint. Hier, sous la pression de son déficit à l’E.U.P. qui atteint 500 millions de dollars et pour éviter de nouvelles sorties d’or, l’Angleterre a réduit ses importations d’un demi-milliard de livres. Aujourd’hui, la France également débitrice ferme ses portes à toute une série de produits. La réaction en chaîne amorcée, que restera-t-il de cette union européenne de payements qui devait être le noyau d’une fédération économique : des créditeurs sans clients ? Dans le cas de la France, certaines féodalités où patrons et ouvriers sont étroitement unis ont profité de la crise pour imposer au Gouvernement de graves mesures qui de quelque nom qu’on les déguise, sont simplement protectionnistes.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1952-02-02 – Vers l’accalmie

ORIGINAL-Criton-1952-02-02  pdf

Le Courrier d’Aix – 1952-02-02 – La Vie Internationale.

 

Vers l’Accalmie

 

Les émeutes du Caire ont marqué le point culminant de la fièvre dans l’Orient arabe. Rien ne dessert la cause du nationalisme comme une foule déchaînée.

 

La Question d’Egypte

Le roi Farouk avait donc bien l’intention de se débarrasser de Nahas et du Wafd lorsqu’il nommait Afifi Pacha et Amr Pacha à son cabinet personnel. Le choix de Maher pacha, naguère emprisonné sur ordre des Anglais, comme premier ministre donne des garanties aux fanatiques. Mais il n’est pas douteux qu’en accord avec Jefferson Caffery, ambassadeur des Etats-Unis au Caire, le Roi a habilement préparé une négociation avec Londres dès maintenant virtuellement engagée. Bien qu’une heureuse solution ne soit pas pour demain, une nouvelle phase commence dans les relations du monde arabe avec l’Occident ; là encore, l’influence américaine aura été décisive.

 

A Téhéran

En même temps que s’éteignaient les incendies du Caire, le docteur Mossadegh à Téhéran comprenait que pour lui aussi l’heure de la sagesse avait sonné. Il prenait l’initiative dans une lettre de suggérer aux Anglais la reprise des pourparlers.

Mossadegh, pressé par ses adversaires, abandonné par les voisins arabes, attend que les Américains remplissent son trésor vide. Il avait cru que le pétrole iranien était indispensable au monde. Or, aucune pénurie ne s’est vérifiée. On sait au surplus que le Canada est en passe de devenir une source primordiale de pétrole, et cette concurrence inquiète les roitelets arabes qui tirent de leurs redevances des fortunes. C’est ce qui explique leur réticence à soutenir l’Egypte comme la Perse. Quant à l’U.R.S.S., n’ayant aucun moyen financier ou économique pour les appuyer, elle s’est contentée d’exhortations verbales à la résistance.

 

La Question Tunisienne

Ce retour à la sagesse ne pourra qu’aider à l’apaisement des esprits en Tunisie. Cependant, l’existence d’un état voisin indépendant ou tenu pour tel, la Lybie, demeurera une cause d’irritation pour les Tunisiens beaucoup plus évolués que les nomades de Tripolitaine.

Pour garder Tobrouk, l’Angleterre a commis une faute qu’elle paie en Egypte, et nous en Tunisie. L’Italie devait rester à Tripoli, mais l’anticolonialisme des Américains, là comme ailleurs, a servi une mauvaise cause. Il semble cependant que les événements de Téhéran et du Caire leur ont ouvert les yeux. Ils seront désormais plus circonspects. Et en Orient plus qu’en toute autre région leur attitude décidera.

 

L’Affaire Sarroise

Au moment où l’armée européenne recevait acte de naissance, voici que surgit l’incident qui vient fâcheusement rallumer les suspicions franco-allemandes. Le Gouvernement français transforme son résident en Sarre en ambassadeur, et toute l’Allemagne de Bonn s’insurge.

Diplomatiquement, l’incident est sans grande portée. Avant de signer la participation de l’armée allemande à la défense européenne, le Gouvernement français avait besoin d’offrir une compensation aux susceptibilités nationales par un acte spectaculaire, et Bonn de s’emparer de l’incident pour rallier le nationalisme allemand de gauche et de droite au devoir pénible de la conscription. Vieilles astuces qui n’ont que trop servi de chaque côté du Rhin. Le Français qui capitule sonne le clairon, et l’Allemand qui cède cherche une mauvaise querelle.

Cela entretient fâcheusement un chauvinisme hors de saison. Puisque l’on est décidé à s’entendre et surtout, puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement dans l’état présent du monde, pourquoi de part et d’autre ne pas y mettre de la bonne volonté et même de la bonne humeur ?

 

L’Union Européenne

L’armée européenne se fera, l’unité européenne aussi puisque Washington y est décidé et que c’est d’ailleurs l’intérêt bien compris des Européens. Expliquons-nous là-dessus.

Quand le général Eisenhower a dit que l’Angleterre constituait avec le Commonwealth une unité d’importance mondiale qui rendait impossible son intégration à l’Europe, nous pouvions lui faire observer qu’il en était de même de la France. Et même mieux, car tandis que l’Angleterre tire de ses dépendances des ressources, la France, elle, en fournit aux siennes.

L’Empire Français est un ensemble équilibré et, dirons-nous sans crainte de démenti, le seul au monde avant même les Etats-Unis, qui pourrait se suffire à lui-même. Cela n’était pas vrai avant-guerre, mais depuis les découvertes minières au Maroc, il ne lui manquera bientôt plus que le pétrole et cela n’est sans doute pas définitif.

L’Empire Britannique souffre lui des difficultés de la Métropole, surpeuplée, incapable de se nourrir et vivant de l’apport de ses dépendants. Les Etats-Unis qui manquent de certaines ressources essentielles pour leur colossal appétit et leurs richesses intérieures s’épuisent.

La France avait tout pour former l’ensemble le plus prospère du globe, y compris les capitaux. La politique a tout gâché et force lui est aujourd’hui de s’intégrer à un ensemble plus vaste. Tout ce qu’on peut dire avec certitude c’est qu’elle n’en sera pas le principal bénéficiaire. Dans une association, l’avantage est toujours au plus pauvre, ce qui explique l’impatience de l’Italie à s’intégrer à l’Europe. Elle en attend un placement de sa main-d’œuvre excédentaire, des matières premières pour son industrie, des débouchés pour son agriculture. Pour l’Allemagne, les avantages immédiats sont analogues. Cependant, si elle s’assure peu à peu la direction économique de l’ensemble eurafricain, cela n’ira pas sans charges. Il est fatal, en effet, que le peuple le plus dynamique dont les besoins d’expansion sont sans limites (l’exemple des Etats-Unis est là pour le prouver), finit par être obligé de prendre les autres en charge.

Sans voir si loin, reconnaissons que si l’Union européenne nous oblige à mettre nos finances en ordre, à travailler plus et mieux et à ajuster notre train de vie à nos ressources réelles, cela seul vaut bien des sacrifices.

 

Les Restrictions à Londres

A Londres, le débat relatif au redressement économique a commencé. Les mesures proposées par M. Butler ressemblent exactement à celles déjà esquissées par les Travaillistes. On réduit un peu la ration de tabac. Après les lunettes et les fausses dents, on s’attaque aux ordonnances médicales pour alléger la Sécurité sociale et on réduira peut-être l’âge de la scolarité pour former plus tôt la main-d’œuvre qui manque. Toujours le cran à la ceinture, les Anglais font fausse route et l’avenir, une fois de plus, se chargera de le leur apprendre. Ne vaudrait-il pas mieux pour eux de retrousser les manches ? Il n’y a qu’un problème-chef, celui du charbon. Il faut instituer un service minier obligatoire associé au service militaire. Beaucoup de jeunes Français l’ont subi pendant l’occupation. Sans charbon, pas d’acier, sans acier pas d’exportations, sans exportations, la banqueroute demain et avec elle, le chômage. Aux grands maux, les grands remèdes.

 

                                                                                  CRITON