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Le Courrier d’Aix – 1952-02-02 – La Vie Internationale.
Vers l’Accalmie
Les émeutes du Caire ont marqué le point culminant de la fièvre dans l’Orient arabe. Rien ne dessert la cause du nationalisme comme une foule déchaînée.
La Question d’Egypte
Le roi Farouk avait donc bien l’intention de se débarrasser de Nahas et du Wafd lorsqu’il nommait Afifi Pacha et Amr Pacha à son cabinet personnel. Le choix de Maher pacha, naguère emprisonné sur ordre des Anglais, comme premier ministre donne des garanties aux fanatiques. Mais il n’est pas douteux qu’en accord avec Jefferson Caffery, ambassadeur des Etats-Unis au Caire, le Roi a habilement préparé une négociation avec Londres dès maintenant virtuellement engagée. Bien qu’une heureuse solution ne soit pas pour demain, une nouvelle phase commence dans les relations du monde arabe avec l’Occident ; là encore, l’influence américaine aura été décisive.
A Téhéran
En même temps que s’éteignaient les incendies du Caire, le docteur Mossadegh à Téhéran comprenait que pour lui aussi l’heure de la sagesse avait sonné. Il prenait l’initiative dans une lettre de suggérer aux Anglais la reprise des pourparlers.
Mossadegh, pressé par ses adversaires, abandonné par les voisins arabes, attend que les Américains remplissent son trésor vide. Il avait cru que le pétrole iranien était indispensable au monde. Or, aucune pénurie ne s’est vérifiée. On sait au surplus que le Canada est en passe de devenir une source primordiale de pétrole, et cette concurrence inquiète les roitelets arabes qui tirent de leurs redevances des fortunes. C’est ce qui explique leur réticence à soutenir l’Egypte comme la Perse. Quant à l’U.R.S.S., n’ayant aucun moyen financier ou économique pour les appuyer, elle s’est contentée d’exhortations verbales à la résistance.
La Question Tunisienne
Ce retour à la sagesse ne pourra qu’aider à l’apaisement des esprits en Tunisie. Cependant, l’existence d’un état voisin indépendant ou tenu pour tel, la Lybie, demeurera une cause d’irritation pour les Tunisiens beaucoup plus évolués que les nomades de Tripolitaine.
Pour garder Tobrouk, l’Angleterre a commis une faute qu’elle paie en Egypte, et nous en Tunisie. L’Italie devait rester à Tripoli, mais l’anticolonialisme des Américains, là comme ailleurs, a servi une mauvaise cause. Il semble cependant que les événements de Téhéran et du Caire leur ont ouvert les yeux. Ils seront désormais plus circonspects. Et en Orient plus qu’en toute autre région leur attitude décidera.
L’Affaire Sarroise
Au moment où l’armée européenne recevait acte de naissance, voici que surgit l’incident qui vient fâcheusement rallumer les suspicions franco-allemandes. Le Gouvernement français transforme son résident en Sarre en ambassadeur, et toute l’Allemagne de Bonn s’insurge.
Diplomatiquement, l’incident est sans grande portée. Avant de signer la participation de l’armée allemande à la défense européenne, le Gouvernement français avait besoin d’offrir une compensation aux susceptibilités nationales par un acte spectaculaire, et Bonn de s’emparer de l’incident pour rallier le nationalisme allemand de gauche et de droite au devoir pénible de la conscription. Vieilles astuces qui n’ont que trop servi de chaque côté du Rhin. Le Français qui capitule sonne le clairon, et l’Allemand qui cède cherche une mauvaise querelle.
Cela entretient fâcheusement un chauvinisme hors de saison. Puisque l’on est décidé à s’entendre et surtout, puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement dans l’état présent du monde, pourquoi de part et d’autre ne pas y mettre de la bonne volonté et même de la bonne humeur ?
L’Union Européenne
L’armée européenne se fera, l’unité européenne aussi puisque Washington y est décidé et que c’est d’ailleurs l’intérêt bien compris des Européens. Expliquons-nous là-dessus.
Quand le général Eisenhower a dit que l’Angleterre constituait avec le Commonwealth une unité d’importance mondiale qui rendait impossible son intégration à l’Europe, nous pouvions lui faire observer qu’il en était de même de la France. Et même mieux, car tandis que l’Angleterre tire de ses dépendances des ressources, la France, elle, en fournit aux siennes.
L’Empire Français est un ensemble équilibré et, dirons-nous sans crainte de démenti, le seul au monde avant même les Etats-Unis, qui pourrait se suffire à lui-même. Cela n’était pas vrai avant-guerre, mais depuis les découvertes minières au Maroc, il ne lui manquera bientôt plus que le pétrole et cela n’est sans doute pas définitif.
L’Empire Britannique souffre lui des difficultés de la Métropole, surpeuplée, incapable de se nourrir et vivant de l’apport de ses dépendants. Les Etats-Unis qui manquent de certaines ressources essentielles pour leur colossal appétit et leurs richesses intérieures s’épuisent.
La France avait tout pour former l’ensemble le plus prospère du globe, y compris les capitaux. La politique a tout gâché et force lui est aujourd’hui de s’intégrer à un ensemble plus vaste. Tout ce qu’on peut dire avec certitude c’est qu’elle n’en sera pas le principal bénéficiaire. Dans une association, l’avantage est toujours au plus pauvre, ce qui explique l’impatience de l’Italie à s’intégrer à l’Europe. Elle en attend un placement de sa main-d’œuvre excédentaire, des matières premières pour son industrie, des débouchés pour son agriculture. Pour l’Allemagne, les avantages immédiats sont analogues. Cependant, si elle s’assure peu à peu la direction économique de l’ensemble eurafricain, cela n’ira pas sans charges. Il est fatal, en effet, que le peuple le plus dynamique dont les besoins d’expansion sont sans limites (l’exemple des Etats-Unis est là pour le prouver), finit par être obligé de prendre les autres en charge.
Sans voir si loin, reconnaissons que si l’Union européenne nous oblige à mettre nos finances en ordre, à travailler plus et mieux et à ajuster notre train de vie à nos ressources réelles, cela seul vaut bien des sacrifices.
Les Restrictions à Londres
A Londres, le débat relatif au redressement économique a commencé. Les mesures proposées par M. Butler ressemblent exactement à celles déjà esquissées par les Travaillistes. On réduit un peu la ration de tabac. Après les lunettes et les fausses dents, on s’attaque aux ordonnances médicales pour alléger la Sécurité sociale et on réduira peut-être l’âge de la scolarité pour former plus tôt la main-d’œuvre qui manque. Toujours le cran à la ceinture, les Anglais font fausse route et l’avenir, une fois de plus, se chargera de le leur apprendre. Ne vaudrait-il pas mieux pour eux de retrousser les manches ? Il n’y a qu’un problème-chef, celui du charbon. Il faut instituer un service minier obligatoire associé au service militaire. Beaucoup de jeunes Français l’ont subi pendant l’occupation. Sans charbon, pas d’acier, sans acier pas d’exportations, sans exportations, la banqueroute demain et avec elle, le chômage. Aux grands maux, les grands remèdes.
CRITON