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Le Courrier d’Aix – 1952-03-22 – La Vie Internationale.
Cruelle Enigme
Si les propositions soviétiques pour un traité de paix avec l’Allemagne n’ont pas soulevé les passions, elles ont, par contre, été abondamment et diversement commentées. Entre l’avis de ceux, comme Joseph Newman qui y voient un renversement de la politique russe analogue à l’accord Molotov-Ribbentrop de 1939, et ceux qui n’y trouvent que matière à propagande, on rencontre toutes les nuances de l’interprétation ingénieuse. Devant pareilles contradictions, il ne reste qu’à fixer les points indiscutables.
La Réaction Occidentale
D’abord, la note soviétique ne pouvait, comme d’autres qui l’ont précédée, avoir pour but de diviser les Alliés entre eux ou, en chacun d’eux, l’opinion nationale. Les traits essentiels de la réponse commune vont être élaborés en commun à Paris entre Schuman, Eden, Adenauer et le représentant américain Bohlen. L’accord ne paraît pas difficile : on mettra la Russie à l’épreuve, tant sur la question du traité autrichien que sur l’admission de la Commission de l’O.N.U. chargée d’enquêter sur la possibilité d’élections libres en Allemagne, et qui attend à Berlin-Ouest la permission de franchir le rideau de fer, qui se fait attendre.
Loin d’accentuer les divergences de vues dans l’opinion française, la note les a plutôt atténuées. La perspective d’une armée nationale allemande libre de se fournir elle-même d’armes même atomiques est unanimement rejetée par les Français. Un second traité de Versailles, personne n’y souscrirait. Les communistes eux-mêmes ont jugé prudent de ne pas insister. De son côté, l’opinion allemande a été très calme, sinon réservée. Elle se méfie des Russes surtout quand ils offrent – à l’exception des provinces de l’Est – tout ce dont rêvent les Allemands. De tels cadeaux ne peuvent être que piège.
Evidemment les premières déclarations d’Adenauer à Bonn et Holstein à New-York, équivalent à une fin de non-recevoir, ont été mal accueillies par l’opinion. Adenauer, sous la pression de Jacob Keyser, a dû corriger cette impression première et poser à la Russie des conditions analogues à celles que les Alliés envisagent. Méfiante, l’opinion allemande n’entend pas cependant qu’on se refuse devant des propositions aussi nouvelles, à en étudier attentivement la portée et les chances. On ne peut que lui donner raison. Le Chancelier a été maladroit.
Une Suggestion
Nous nous demandons pourquoi il n’a pas saisi une occasion magnifique de faire un geste populaire et de mettre les Russes dans l’embarras. Il aurait pu montrer un feint enthousiasme pour l’offre russe et demander l’entrée immédiate en zone soviétique de délégués de tous les partis constitutionnels de la République de Bonn pour organiser sans délai des réunions publiques en vue des élections. Les Russes ne proposent-ils pas à tous les Allemands sans distinction « la liberté de parole, d’assemblée, de religion , de presse et de convictions politiques » (article 3 du texte soviétique). Nul besoin de commission d’enquête : un simple visa d’entrée pour les délégués sociaux-démocrates, libéraux, Démo-chrétiens et, en avant, meetings, tracts, journaux, discours. Nous aurions attendu avec le sourire la réponse du général Tschnkof. Il aurait été plus embarrassé que le camarade Duclos. Mais les Allemands manquent d’esprit. Notre avis est que les Russes ne se font aucune illusion sur les chances de leur projet. Le seul profit qu’ils en peuvent attendre, c’est précisément de renverser la situation politique en Allemagne occidentale et de « tomber » Adenauer. Les socialistes au pouvoir, bien des espoirs leur seraient permis.
Seconde certitude : les Alliés et le Chancelier vont, sans presser les choses, amorcer avec Moscou un dialogue préliminaire sans pour cela ralentir, bien au contraire, la réalisation des projets d’accord contractuel destinés à se substituer au statut d’occupation, et de l’armée européenne telle qu’elle a été conçue à Lisbonne. Pour renverser ces plans, les Soviets devraient payer un gros prix. Nous doutons fort qu’ils y songent.
Au Caire
Les événements du Caire retiennent l’attention : Hilaly Pacha a eu l’audace de faire arrêter deux des principaux ex-ministres du Wafd dont Saraj al Din, le ministre de l’intérieur naguère tout puissant. Le Wafd paraît fort ébranlé. Si Hilaly Pacha met au jour toutes les corruptions dont le parti s’est rendu coupable, il n’aura pas de peine à en détacher tous les députés qui auront reçu la promesse d’être blanchis par ses soins. De nouvelles élections permettraient alors à Hilaly d’obtenir une majorité de coalition où figureraient la moitié du parti wafdiste définitivement écarté du pouvoir par cette dislocation. Quoi qu’il arrive – et il faut être réservé sur les pronostics – l’extension nationaliste en Egypte est bien tombée. Le calme règne partout dans la rue et tous les compromis sont maintenant possibles avec l’Occident.
Voilà le fait dont les répercussions dans le monde arabe tout entier seront considérables. Elles s’étendront, peu à peu, bon gré, mal gré, du Maroc à l’Iran, en passant par la Tunisie, et cela est de bonne augure pour notre avenir et pour la Paix.
Lord Ismay, Secrétaire du Nato
Après de multiples tractations dont il serait intéressant de connaître les dessous, les Anglais ont enlevé le poste de secrétaire général du Nato en la personne de Lord Ismay, le chef d’état-major personnel de Churchill. On sait que Sir Oliver Franks, l’ambassadeur d’Angleterre à Washington s’était récusé – sous quelles pressions – que Pearson, le ministre canadien et Stikker le Hollandais n’avaient pas cru pouvoir accepter. Ce poste est capital. Il représente pour le Nato ce que Trygve Lie est à l’O.N.U. Lord Ismay aura à arbitrer toutes les questions qui surgiront à l’organisation Nord-Atlantique dans l’ordre politique économique et financier à l’exception des problèmes strictement militaires.
Les Anglais qui n’ont, comme on sait, pas grande sympathie pour l’armée européenne et toute forme d’intégration qui impliquerait une autorité supra nationale, vont se trouver en position de jouer les arbitres. On peut se demander si cela était bien souhaitable, et quels sont les mobiles qui ont poussé les nations associées, et surtout les Américains, à consentir à cette nomination ; sans doute l’impossibilité d’imposer leurs vues, et la nécessité d’un compromis qui venant des Anglais et garantie par eux serait susceptible de vaincre les résistances parlementaires des différents pays en cause. Cela promet des négociations difficiles. On s’y attendait.
La Guerre Bactériologique
Les pourparlers de Pan Mun Jon sont toujours au point mort, et ce ne sont pas les accusations de Pékin contre les Etats-Unis d’employer les armes bactériologiques qui en faciliteront la conclusion. En répétant que les Américains ont envoyé la peste en Mandchourie, les Sino-Coréens ont-ils simplement voulu exploiter la crédulité des esprits simples et donner aux victimes de l’épidémie un ennemi à maudire ?
Ce n’est pas la première fois que ce genre d’affaire est mise en propagande par les communistes. On peut toujours craindre qu’ils ne répètent ces accusations absurdes pour justifier plus tard l’emploi de ces mêmes armes par eux-mêmes. Quand on se rappelle que des usines entières et intactes de divers types d’armes toxicologiques ont été trouvées en Allemagne et déménagées par les Russes en 1945, on ne peut retenir un frisson d’inquiétude.
CRITON