ORIGINAL-Criton-1947-03-15
Le Courrier d’Aix – 1947-03-15 – La Vie Internationale.
Premier Acte à Moscou
« La conférence, écrit Wallace, l’ancien vice-président des Etats-Unis, peut être un des plus grands échecs de l’histoire humaine. Le succès signifierait une paix durable, l’échec une guerre à échéance. Si chaque nation va à Moscou avec l’idée de gagner la prochaine guerre, la conférence échouera certainement ».
En tous cas, contrairement à l’usage, on nous avertit de n’être pas optimiste. Ce serait beaucoup si l’on s’entendait sur le sort de l’Autriche et préparait les voies à l’élaboration du traité pour l’Allemagne qui demandera probablement deux ans …..
Le Pacte Quadripartite
Comme préliminaire aux discussions, M. Marshall offre un pacte mutuel de garantie contre toute agression allemande pour quarante ans. Ce plan exposé à Paris y a été bien accueilli. La France, en échange de la garantie américaine, entrerait en partie dans ses vues sur l’unité économique et politique de l’Allemagne.
A Berlin, Marshall a souligné que les Etats-Unis prenaient une part active au maintien de la paix en Europe, et cela de façon durable. Un engagement écrit de la part des Etats-Unis constitue une véritable révolution dans leur politique traditionnelle. 33 ans plus tôt, cet acte aurait évité au monde deux guerres.
Les Pactes
Nous sommes décidément engagés dans la voie des pactes : signe d’inquiétude plutôt que de confiance mutuelle : car les vraies alliances comme les meilleures lois sont celles qui ne sont pas écrites ; ce qui fait sourire, c’est de voir avec quelle assurance les nations s’engagent pour 40 ou 50 ans. Imaginons un pacte conclu en 1785 entre Louis XVI et George III pour la même durée ! Contemplé de 1835, il eut semblé ridicule. Et depuis, le monde a accéléré sa course ! On nous annonce donc une alliance Anglo-Belge d’un côté, de l’autre, les Tchèques et Polonais viennent de signer. Bien que chacun s’en défende, cela ressemble plutôt à une ébauche de coalition qu’à un début d’accord général.
Balkans
Dans ces régions, les orages se déplacent sans se dissiper. En Hongrie d’abord : l’arrestation par les Russes d’un des chefs du parti des petits propriétaires, Bela Kovacs, a soulevé les protestations, d’ailleurs vaines, des Etats-Unis. Les Russes n’ont pas autorisé la publication de la note américaine et continuent par tous les moyens à imposer à la Hongrie un régime à leur goût. Des mouvements de troupes russes se poursuivent en Bulgarie vers la frontière turque et les détroits. En Grèce, les guérillas ont été renforcées et pourvues d’armes fraîches.
Si les Etats-Unis n’avaient pas marqué leur présence sur ces trois zones de danger, la poussée russe aurait progressé sans résistance : car la situation de l’Angleterre est telle que son prestige n’est plus une sauvegarde pour les peuples faibles … ou affaiblis.
Craquements
La situation économique chaque jour empire, et cela partout. L’intervention maladroite et malfaisante des hommes a aggravé les difficultés naturelles.
Ce qui est nouveau, c’est que la patience des peuples s’épuise. Emeutes en Belgique et en Italie, irritation profonde du peuple britannique ; en France …. passons.
Si les finances des Occidentaux côtoient l’abîme, celle des Orientaux y ont chu. La Grèce est en faillite ; les Américains envoient un secours d’urgence. La Roumanie en proie à la famine, voit agoniser sa monnaie, le lei (il en faut 270.000 pour 1 dollar). En Hongrie, « le pengoe » à peine mort, le florin, son successeur tombe malade. L’outillage industriel de ces pays est tellement appauvri que toute production massive est impossible. La Roumanie même, ne peut plus extraire de pétrole en quantité suffisante à ses besoins ! La Russie, malgré l’intérêt vital que représente pour elle le carburant, est impuissante à fournir les machines nécessaires.
L’Ukraine
Dans les divers pays de l’Union Soviétique, la dépression s’accentue au même rythme et selon les mêmes voies qu’ailleurs. Crise de charbon, crise de pétrole, paralysie des transports, manque de main-d’œuvre et d’outillage, pénurie alimentaire, abaissement du niveau de vie. L’agitation en Ukraine, très marquée depuis des mois, s’est traduite par une crise politique : des régions entières dans une situation voisine de la famine, la reconstruction en panne. Le président de la république, un autochtone, a été démissionné par le Kremlin, et Staline a envoyé pour lui succéder son beau-frère Lazare Kaganowitch.
Dans un pays démocratique et fédéral, cette procédure ne manque pas d’originalité ….
CRITON