Criton – 1947-03-08 – Avant Moscou

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Le Courrier d’Aix – 1947-03-08 – La Vie Internationale.

 

Avant Moscou

 

Les Délégations

Les diplomates sont en route : la conférence de Moscou va s’ouvrir. Les Français s’y rendent avec calme, les Anglais sans grand espoir, et les Russes attendent avec beaucoup d’appréhension. Car le choc sera rude avec la redoutable équipe américaine qui comprend trois généraux, Marshall, l’ambassadeur à Moscou, et le général Clay commandant le secteur américain en Allemagne ; quelques civils aussi que les Russes voient sans plaisir, en particulier Dulles dont nous connaissons le langage énergique, considéré à Moscou comme le représentant type de l’impérialisme américain, l’homme des trusts, l’ennemi du peuple, etc…. Dulles est en effet un des dirigeants de la banque Schroeder, l’organisme de Rockefeller qui avait de gros intérêts en Pologne et en Roumanie …

 

Grèce et Turquie

Pour ne laisser aucun doute sur ses intentions, le gouvernement américain a pris position en Grèce. Non seulement les Grecs seront aidés financièrement par les U.S.A., 350 millions de dollars, mais les Américains ont officiellement fait savoir qu’ils désiraient le maintien des troupes anglaises en Grèce et que, si besoin est, ils paieraient les frais de cette occupation. Les soldats anglais gardant la Grèce pour le compte des Américains, voilà pour un historien de quoi sourire : chacun son tour ! Même attitude américaine à l’égard des Turcs. La Turquie recevra l’aide financière qui lui sera nécessaire, dit-on expressément, pour « le maintien et l’armement de ses forces militaires ».

Voilà deux pions bien fixés sur l’échiquier.

 

L’Incident Bevin-Truman

L’affaire Palestinienne toujours aussi grave contribue, avec les coupures d’électricité, à faire sortir les Anglais d’eux-mêmes. M. Bevin a aux Communes accusé le président Truman d’avoir promis aux Juifs, pour des raisons électorales, l’immigration de 100.000 des leurs en Palestine. C’est à cause de cette promesse, que les négociations alors en bonne voie entre Juifs, Arabes et Anglais ont échoué. Les élections passées, l’Amérique s’est déclarée neutre dans l’affaire comme Truman lui-même l’a répété au fils du roi d’Arabie Séoudite en visite à Washington. Les Anglais n’ayant pu associer les Américains à leur politique vont donc confier le règlement de la question à l’O.N.U. qui, devant le péril de la tâche, a nommé une commission qui se rendra sur place et remettra son rapport en septembre ; Trygvie Lee, président de l’O.N.U. espère que d’ici là, le calice sera détourné. En attendant les terroristes juifs multiplient les attentats et proclament une guerre sans merci, et les Anglais ne pouvant abandonner la place, se font tuer. Il est bien à craindre que cette obstination fanatique des Juifs ne finisse mal pour eux. Anglais et Américains ont trop besoin des Arabes dans leur lutte contre les Soviets pour les mécontenter ; les Arabes sont en outre les plus forts. La cause juive perd moralement du terrain, même aux Etats-Unis que les méthodes terroristes écœurent.

Rien ne peut arrêter les hommes sur le chemin de leur perte !

 

Le Pacte de Dunkerque

Il faut bien en parler. C’est un succès diplomatique pour la France. Car, ce que peu de Français doivent savoir, les Anglais ont renoncé au projet que nous avions exposé samedi dernier de remettre les industries de la Ruhr à des dirigeants allemands. La France a fait de la question une condition sine qua non à la signature de l’alliance. Elle a fait valoir aussi que dans les industries de la Ruhr existaient des intérêts français importants qui devaient être sauvegardés (ceux du groupe de Wendel en particulier) avant tout séquestre ou nationalisation. Le pacte est donc signé pour 50 ans. Instrument diplomatique purement spectaculaire, il contient cependant des clauses économiques qui peuvent être bonnes, si elles sont bien utilisées. La fondation d’une banque Franco-Anglaise pour la reconstruction décidée en même temps peut rendre de grands services. La place nous manque pour exposer toutes les raisons qui ont poussé si fortement l’Angleterre vers cette alliance française que nous avons tant recherchée entre les deux guerres, et pour laquelle nous étions, cette fois, si réticents. On semble revenir d’ailleurs à ce que l’on raillait tant vers 1930 la « pactomanie ». Les Français parlent même d’un pacte à quatre et comme ce mot évoque de fâcheux souvenirs, on l’appellera pacte quadripartite. Comme l’autre ce serait une alliance entre ennemis ; on sait ce qu’il en advient : « Diï omen avertant » !

 

                                                                                      CRITON