Criton – 1945-01-27 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-01-27 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Est

A l’heure où nous écrivons, l’ancien empire des Tsars est approximativement aux mains des Russes. Une petite partie de la Prusse Orientale avec Tilsit et Gumbinnen, une fraction de la Silésie sont envahies.

Si l’on en juge par le faible chiffre des prisonniers annoncé jusqu’ici : 25.000, les Allemands savaient ne pas pouvoir défendre le front de la Vistule. Ils se battent chez eux. Ils ne tiennent plus de façon sûre en dehors du Reich que l’Italie du Nord, dont on laisse prévoir l’abandon prochain ; la Bohême et la Moravie, l’Autriche et un petit quart de la Hongrie.

De l’aveu même des Nazis, les Allemands ne peuvent plus espérer gagner la guerre avec le potentiel industriel réduit que représentent les régions encore entre leurs mains. Pour tenir, il leur faut préserver à tout prix la Silésie à l’Est et la Ruhr à l’Ouest. La perte de l’un des deux bassins signifierait la défaite à court terme. Les jours qui viennent seront donc décisifs quant à la durée de la guerre.

La position stratégique des Russes, profondément enfoncés à l’intérieur de la Pologne tandis que la Prusse Orientale tient toujours, serait très aventurée si les Allemands disposaient encore d’une armée aux moyens offensifs puissants. Aussi les Russes font-ils un vigoureux effort pour atteindre Dantzig et couper la retraite aux troupes du Reich en Prusse Orientale.

Par ailleurs, la propagande intense des généraux prisonniers en Russie pour amener les Allemands à capituler s’intensifie. Moscou tient évidemment prêt un gouvernement allemand, du genre du Comité polonais de Lublin au cas où une partie importante de l’Allemagne tomberait entre leurs mains.

Si les événements suivent le cours qu’ils ont pris depuis quelques jours, nous pourrions entrer dans la phase politique qui marquera inévitablement la fin du conflit, ce qui nous ferait regretter encore davantage les récents échecs des puissances démocratiques sur le front de l’Ouest.

Mais tout cela n’est encore qu’hypothèse. La réaction allemande peut nous réserver des surprises. Mais il n’est pas impossible que beaucoup de politiques allemands préfèrent la chute à l’Est plutôt qu’à l’Ouest pour profiter des difficultés qui pourraient surgir entre Alliés.

 

Front de l’Ouest

La situation se rétablit peu à peu. Les Alliés ont repris l’initiative, les Anglais en Hollande, les Américains dans les Ardennes et Nord de la Lorraine, les Français enfin dans la région de Colmar. Les Allemands résistent avec opiniâtreté, mais on peut tenir pour acquis que leur puissance offensive est définitivement brisée de ce côté.

 

Balkans

La position diplomatique paraît aujourd’hui plus claire : en Grèce, on va manifestement vers l’apaisement. Les Anglais avec Plastiras et Damaskinos sont les maîtres de la situation, soutenus par les vœux d’une population épuisée.

En Yougoslavie, l’autorité du maréchal Tito ne sera pas discutée, pour le moment du moins, Londres tenant pour valables les accords qui ont sanctionné sa position.

La question des Détroits, qui avait suscité beaucoup de commentaires, ne paraît pas avoir été discutée. On revient aux Accords de Monteux. Les passages de navires ne concernent que des convois escortés en Méditerranée par les Anglo-Américains, repris par les Russes à la sortie du Bosphore.

Le problème polonais seul demeure ouvert. Malgré les efforts du Gouvernement siégeant à Londres, le Comité de Lublin étend son autorité. Sa politique sociale se révèle d’ailleurs beaucoup plus démocratique que communiste, le Gouvernement polonais de Londres étant désigné comme réactionnaire et assimilé au régime dit des Colonels fort impopulaire avant 39. Au cours du débat de la Chambre des Communes, Churchill et Eden ont paru éviter d’insister sur la question.

 

Guerre d’Extrême-Orient

De ce côté, les événements suivent un cours régulier.

En Birmanie, la route de Chine est enfin débloquée et les Anglais réussissent un troisième débarquement au sud d’Akyab.

Aux Philippines, les Américains progressent malgré une forte opposition. Ils bombardent systématiquement les ports chinois Chang-Haï, Hong-Kong, et les installations japonaises de Formose. Ils font aux transports ennemis une chasse méthodique. Le ravitaillement des garnisons des Indes néerlandaises et la Chine du Sud, de Malacca devient chaque jour plus difficile. Les débarquements vont sans doute se multiplier.

 

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