Criton – 1945-01-20 – Le Commencement de la Fin

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Le Courrier d’Aix – 1945-01-20 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Est

Tous les commentateurs s’accordent à considérer cette semaine comme la plus heureuse depuis plusieurs mois. Elle marque bien « le commencement de la fin ».

La grande offensive russe annoncée la veille du Nouvel An s’est déclenchée. On l’attendait avec quelque anxiété. Une opinion pessimiste voulait que les Russes après tant de sanglants efforts, attendissent que les Nations démocratiques donnent leur mesure avant de s’engager plus avant.

Rundstedt avait pu, disait-on, distraire du Front de l’Est des effectifs importants pour son offensive des Ardennes. En fait, la coordination des stratégies alliées à laquelle Roosevelt avait fait allusion se révèle efficace. Le point de départ des Russes fut cette tête de pont de Sandomierz sur la rive gauche de la Vistule, où ils avaient pu se maintenir malgré les assauts répétés des Allemands. Ceux-ci ont dû reculer rapidement et l’offensive russe se développe en profondeur et paraît s’étendre aux autres secteurs de Varsovie et de Prusse Orientale.

Autour de Budapest que les Allemands n’ont pu dégager, malgré l’arrivée d’une armée de secours de huit divisions, arrêtée à 40 kilomètres de la ville, la lutte demeure vive. Les Russes néanmoins font chaque jour des prisonniers et la garnison est peu à peu anéantie.

De l’avis des correspondants suisses, le moral allemand, un moment redressé par les succès initiaux de l’offensive Rundstedt, revient à ses plus sombres moments. La peur des Russes se réveille en Silésie.

 

Front de l’Ouest

L’offensive allemande s’amortit peu à peu, et dans les Ardennes, les lignes de communications deviennent précaires pour l’ennemi. L’aviation, grâce à un temps meilleur, donne sa mesure, et la retraite, comme les renforts arrivent difficilement, se fait chaque jour plus coûteuse.

En Sarre, les positions changent peu et en Alsace, la progression ennemie est pratiquement contenue.

Enfin, on annonce que le port d’Anvers, malgré l’activité constante des V2 sert aux Alliés de toute sa capacité avec ses 30 kilomètres de quais.

Néanmoins, du côté anglais, surtout après s’être montré optimiste, quand l’alerte était chaude, on fait le point avec franchise : les plans alliés devront être reconsidérés et l’offensive qui aurait dû s’effectuer en hiver, doit être remise au printemps. Cet échec est extrêmement regrettable et pouvait être évité. Le prestige des démocraties en a souffert. Cependant, les grands bombardements sur les usines du Reich dépassent les records précédents. On arrive à 4.000 avions et 6.000 tonnes de bombes en un seul jour. Les sirènes fonctionnent constamment en Allemagne.

 

Proche-Orient

Trois événements : La trêve en Grèce, la manifestation du roi Pierre de Yougoslavie et l’ouverture des Dardanelles aux navires alliés nous font deviner quelle activité diplomatique se déploie. Combien, aussi, l’âpre compétition entre grandes nations demeure la loi aujourd’hui comme hier. Les Grecs de l’E.L.A.S., privés sans doute d’appuis extérieurs, cèdent, tout en faisant marché des otages qu’ils ont pris.

Le roi Pierre paraissait avoir pris position contre l’Accord Tito-Soubatchich, remettant en question le problème politique serbo-croate. A Londres, on s’est efforcé de ramener l’incident à une prise de position du Roi, non contre les accords, mais pour laisser intacts les droits des peuples yougoslaves à choisir plus tard leur gouvernement.

Enfin, la question des détroits a dû faire l’objet d’actives négociations entre les Turcs et les trois grandes Puissances. On peut espérer que la quatrième, la France, ne tardera pas à rentrer dans le conseil. Les Russes ont-ils enfin obtenu la liberté de navigation commerciale et militaire en question depuis un siècle et plus ?

 

Extrême-Orient

Les succès alliés se multiplient. La crise politique au Japon en montre l’importance.

Le plan offensif anglo-américain, auquel la France ne tardera pas à collaborer, comporte une action anglaise en Birmanie. Mandalay est presque atteint. La route de Chine de nouveau ouverte va permettre un ravitaillement efficace des troupes de Tchang Kaï Chek. Des débarquements successifs en Birmanie et en Malaisie laissent espérer la libération de ces pays et une revanche anglaise à Singapour.

Les Américains, de leur côté, après un débarquement audacieux à Luçon ne sont plus très loin de Manille, capitale des Philippines.

Mais l’opération essentielle est le barrage naval entre Hong-Kong et Formose qui vise à couper la route maritime aux Japonais vers leurs conquêtes situées plus au sud. La maîtrise anglo-américaine de la mer s’affirme et là, comme toujours, jouera un rôle décisif. De plus, les bombardements du Japon même par les superforteresses, symbole de la supériorité aérienne des Alliés, commence à harceler l’ennemi et à gêner sa production de guerre. L’excellente méthode stratégique dite du « saut d’île en île » a été appliquée avec un succès constant.

Les Japonais qui sont plus susceptibles que les Allemands au désespoir et au découragement sentent toute la puissance qui les cerne.

 

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