Criton – 1954-01-23 – Veillée d’Armes

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Le Courrier d’Aix – 1954-01-23 – La Vie Internationale.

 

Veillée d’Armes

 

Une sorte de trêve diplomatique s’est établie avant l’ouverture de la Conférence de Berlin. Les commentaires oscillent entre deux pronostics : un nouveau « Palais Rose » qui ne serait qu’un duel de propagande qui laisserait les grands problèmes en l’état, ou bien la première discussion sérieuse depuis Postdam qui, sans donner de résultats décisifs, préparerait de nouveaux contacts. Quant à la discussion elle-même, elle aurait pour but d’empêcher l’une des parties de faire endosser à l’autre la responsabilité d’un échec. Ce qui nous semble le plus probable, c’est que la Conférence, sans aboutir à des conclusions, ne laissera pas une impression tout à fait négative. Russes et Américains s’accorderaient volontiers pour que le contact repris se prolonge de façon que, les événements venant à modifier les données, un nouvel examen demeure constamment possible.

 

Une Politique de Rechange à la C.E.D. est-elle possible ?

La discussion : Existe-t-il une solution de rechange à la Communauté Européenne de Défense ? reprend M. Duverger dans « Le Monde » qui se fait l’avocat de la neutralisation d’une Allemagne réunifiée qui pourrait s’intégrer à la Communauté occidentale en restant pratiquement désarmée. L’avantage de cette solution serait de garantir la sécurité soviétique et de dissiper les craintes d’une renaissance du militarisme allemand, solution évidemment séduisante mais qui, comme le reconnaît M. Duverger, représente peut-être un idéal lointain que les faits actuels contredisent.

Les Russes en effet, accepteraient-ils ? Sont-ils prêts à abandonner leur zone et, par là même, à la retourner à l’Occident ? M. Duverger oublie aussi qu’une Allemagne ainsi neutralisée, et augmentée de la zone Est, délibérée à la fois des frais d’occupation et des charges du réarmement verrait son potentiel économique, qui déjà effraie ses voisins et concurrents, prendre un tel essor que les marchés extérieurs tourneraient l’un après l’autre dans son orbite. Il serait en effet, difficile d’imposer aux Allemands une contribution à une défense dont ils seraient exclus. D’autre part, une telle neutralisation impliquerait pour les Allemands une renonciation définitive aux territoires d’au-delà l’Oder-Neisse et par conséquent, consacrerait l’occupation à une telle renonciation. Il n’est pas impossible toutefois que les Etats-Unis, pour éprouver les intentions soviétiques, proposent l’abandon ou tout au moins la révision de la C.E.D. si les Russes, à ce prix, admettaient de leur côté des élections libres en Allemagne orientale et la réunification du pays sous un gouvernement indépendant.

En tout état de cause, même si la Conférence échoue plus ou moins, l’actuelle formule de la C.E.D. sera révisée sans doute par la voie de nouveaux protocoles additionnels, de façon à la rendre acceptable pour les Français et en même temps afin de laisser aux Russes la possibilité de revenir un jour sur leur attitude.

 

Un Traité Autrichien ?

Un autre point qui éveille la curiosité, c’est la signature du traité autrichien pour laquelle les Soviets se disent prêts. Ce serait un pas en avant d’importance. L’Autriche serait alors un état neutre tampon entre les deux Blocs et on pourrait y voir le prélude à une solution semblable pour l’Allemagne.

 

Et Trieste ?

Mais les Soviets n’avaient-ils pas récemment lié la conclusion du traité autrichien à la solution du problème de Trieste ? Ils semblaient favoriser alors la constitution du territoire libre en un petit état neutre gouverné par une Commission Internationale. Il est curieux que la question de Trieste qui était récemment la plus brûlante des controverses actuelles soit brusquement tombée dans le plus complet silence.

Où en est en particulier la décision anglo-américaine de remettre la zone A et le port à l’Administration italienne ? Où en sont les projets de conférence à Cinq ? Il y a, il est vrai, la crise politique italienne qui est sérieuse et la crise yougoslave qui, si elle l’est moins, détourne l’attention du pays des questions extérieures.

 

Tito a-t-il conclu avec Moscou ?

Cependant, il doit y avoir autre chose. Certaines révélations qui ne sont pas confirmées feraient croire que Tito aurait conclu récemment des accords secrets avec les Soviets. De ces accords, la question de Trieste ne serait évidemment pas exclue et peut-être serait-elle évoquée à la Conférence de Berlin ? Il est de fait que les puissances occidentales se taisent. La confiance en Tito serait-elle ébranlée ?

 

Les Grèves en Angleterre

La question sociale devient critique en Angleterre. Le Gouvernement conservateur, en libérant les contrôles, en mettant à la disposition des consommateurs les marchandises jusqu’ici rationnées, a réveillé des désirs légitimes qui ne peuvent être satisfaits que par une hausse des salaires. Or, la consommation intérieure en Angleterre absorbe déjà 65 pour cent de la production n’en laissant que 35 à l’exportation ; une hausse de 15% réclamée par les syndicats ruinerait cette exportation déjà en baisse régulière depuis plusieurs mois. En dépit de l’optimisme de M. Butler, l’équilibre économique de l’Angleterre reste précaire. Menacée d’une part par une hausse des prix de revient industriels et par une récession éventuelle de la conjoncture américaine, on a calculé à Londres qu’une baisse de 5% de la production américaine couperait 25 pour cent des exportations du Commonwealth en dollars. Cependant, malgré la pression syndicale, il semble que les dirigeants des Trade-Unions, conscients de la menace de chômage qu’entraînerait une baisse profonde des exportations, feront preuve de sagesse. C’est d’une considération semblable qu’on devrait s’inspirer également chez nous où le problème quoique moins aigu, demeure semblable.

 

L’Action contre la Crise aux U.S.A.

Aux Etats-Unis, par ailleurs, le gouvernement Eisenhower multiplie les efforts pour relancer l’expansion économique américaine. Il bénéficie de l’appui puissant des financiers et des grandes entreprises. L’action est surtout psychologique. Croire à la crise c’est l’engendrer, dit-on ; aussi, la grande affaire d’automobiles, la plus importante des entreprises du monde entier, la General Motors, lance-t-elle un programme d’investissements de deux milliards de dollars. C’est la foi qui sauve et l’exemple est, à la manière américaine, de taille. Est-ce un défi aux lois naturelles ou une action déterminante pour les maîtriser ? Nous le saurons dans quelques mois.

 

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