Criton – 1953-06-13 – Conclusion à Pan Mun Jom

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Le Courrier d’Aix – 1953-06-13 – La Vie Internationale.

 

Conclusion à Pan-Mun-Jom

 

L’armistice en Corée n’est plus un mythe. On s’y attendait. On ne peut que se réjouir qu’une effusion de sang cesse. Il n’en faudrait pas cependant tirer optimisme. Le fait très simple est là : la puissance américaine tenue en échec par la coalition des jaunes sino-coréens, consent à un cessez-le-feu qui consacre la partie nulle. C’est le prestige de la race blanche tout entière qui est atteint. Les sacrifices accomplis en valaient-ils la peine, si l’on devait en arriver là ? On se le demande aux Etats-Unis.

 

Résignation d’Eisenhower

Le président Eisenhower avait une partie difficile, à l’intérieur comme à l’extérieur. Il était de plus prisonnier des engagements moraux pris par l’Administration Truman pendant ces deux années de vains pourparlers. Au dernier moment, la pression conjuguée de Churchill et du Commonwealth, l’intervention de Nehru rendaient impossible un refus d’accepter la trêve. Et sans doute au cours du voyage d’information qu’il avait fait avant son élection à la présidence, Eisenhower avait-il reconnu qu’une action militaire décisive impliquait trop de sacrifices, de risques politiques et peut-être d’aléas. Il se peut en effet, que la solution la moins mauvaise ait été choisie ; beaucoup d’éléments nous manquent pour en juger.

 

La Diplomatie Soviétique

On ne peut qu’admirer l’habileté et aussi la facilité avec laquelle les Soviets et leurs partenaires ont retourné, sans rien sacrifier des positions acquises, une situation diplomatique qui était devenue préjudiciable à leur crédit. Quelques gestes d’apaisement verbal, des desserrements de contrôle à Berlin et en Autriche, la conclusion d’un armistice en Corée qui conserve au communisme toutes les positions stratégiques conquises par les armes ; quelques perspectives d’accords économiques ouverts à Londres et l’on a vu Churchill suivi par le Commonwealth et toute l’opinion du continent revenir avec soulagement et presque avec reconnaissance au neutralisme et au rêve de la troisième force.

Les hommes sont-ils dépourvus de mémoire, ou bien l’histoire se répète-t-elle réellement parce que les hommes s’abandonnent aux mêmes réactions devant des situations analogues ? Qu’on le conteste ou non, le complexe de Munich est revenu avec cette différence que l’adversaire d’aujourd’hui est beaucoup plus habile que le dément de Berchtesgaden.

 

L’Embarras de l’Opinion Américaine

L’opinion américaine ne s’y est pas trompée. Embarrassée, résignée, elle semble agitée d’un pressentiment néfaste ; le défi n’a pas été relevé ; le prestige intact des Etats-Unis a subi sa première défaite. Personne cependant n’ose dire qu’on pouvait faire autrement. Une certaine discipline morale joue. On suit le Président.

 

La Conférence Politique d’Extrême-Orient

Et maintenant se demande-t-on ? Car l’armistice ne résout rien et ne fera qu’éteindre tout à fait des hostilités qui depuis longtemps n’avaient plus qu’un caractère symbolique. Deux problèmes se posent.

D’abord les engagements solennels pris par les Etats-Unis à l’égard de la Corée du Sud et de Syngman Rhee devront être tenus : l’opinion américaine est déjà assez gênée de décevoir ce peuple qui a versé son sang et s’est vu ravagé pour, en définitive, revenir à la situation de départ sans obtenir la réunification de son territoire libéré de l’ennemi héréditaire : le Chinois. Sans doute, les menaces de Syngman Rhee de continuer seul la lutte ou même de s’opposer à la procédure du rapatriement des prisonniers ne sont pas très sérieuses. Chantage, dit-on, pour obtenir de plus larges crédits de reconstruction. Il y a cependant aussi une blessure morale que l’argent ne guérit pas.

Autre question, une conférence politique va s’ouvrir qui devra s’occuper des problèmes asiatiques en général. Les Etats-Unis s’y présentent sur la défensive et devront s’y tenir. Les Communistes chinois, forts de leur prestige qui se répand sur tous les peuples de couleur, vont exiger la consécration morale d’une admission à l’O.N.U. Ils s’efforceront de l’obtenir au moindre prix, cela sera d’autant plus facile qu’ils ont mis l’Angleterre dans leur jeu. Les Américains ne pourront compter sur personne. A l’O.N.U. même, ils seront en minorité. La France, désemparée, qui doute de sa mission, lasse d’une lutte cruelle en Indochine, se laissera leurrer par toutes les espérances de compromis. Comme pour l’armistice, les Communistes pourront faire céder les Etats-Unis, au nom des propres principes américains, et ils auront derrière eux l’opinion.

 

Les Elections Italiennes

A l’heure où nous écrivons, la coalition gouvernementale du président De Gasperi paraît avoir perdu la partie ; grave nouvelle pour la stabilité de la Péninsule, l’équilibre de l’Europe et l’unification du continent, et cela malgré une action très poussée pour convaincre le peuple italien d’une union nécessaire ! Le temps des épreuves est revenu pour Rome, et pas que pour elle !

 

                                                                                  CRITON