Criton – 1952-07-19 – Après le Verdict de Chicago

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Le Courrier d’Aix – 1952-07-19- La Vie Internationale.

 

Après le Verdict de Chicago

 

Le triomphe d’Eisenhower à la Convention républicaine de Chicago est plein d’enseignements. C’est celui de la vraie démocratie contre les coteries de parti. C’est aussi l’expression d’un sentiment diffus que les doctrines politiques et les idéologies sont un obstacle au développement des états et au progrès social. L’élection d’Ike en novembre se fera aussi bien contre les Républicains orthodoxes que contre les planistes démocrates. Le Général est déjà le symbole d’une union nationale autour de solutions moyennes et prudentes, tant dans l’ordre intérieur qu’extérieur, sans idées préconçues, selon l’opportunité et les données sans cesse mouvantes et imprévues des problèmes à résoudre. C’est dans cet esprit que le nouveau candidat fait appel à la jeunesse qui l’élira. Le vice-président désigné, le Sénateur Nixon n’a que trente-neuf ans. On ne pouvait pas mieux donner congé aux sectaires des générations Hoover et Taft.

 

La Convention Démocrate

Quelle personnalité le Parti démocrate va-t-il lui opposer ? La lutte entre les candidats ne sera pas très chaude tant l’échec est visible. Quant à Truman, il ne reviendra pas sur sa décision de se retirer. Le Parti démocrate a besoin d’une cure d’opposition.

Très intéressantes ont été les réactions de l’opinion internationale après la désignation d’Eisenhower, et curieux surtout de constater que ce sont les porte-paroles des partis de gauche dans la plupart des pays qui ont été réticents, trahissant ainsi leurs préférences pour la candidature de Taft, alors que celui-ci faisait, à l’égard de son rival, figure de réactionnaire. Taft, pour Moscou comme pour les Socialistes et Neutralistes de tout calibre, aurait été une belle cible à travers laquelle on aurait pu combattre l’influence américaine. Les doctrinaires d’extrême-droite ne sont d’ailleurs pas plus satisfaits, ils sentent que c’est un échec de la politique pure infligé par un homme qui ne s’est réclamé d’un parti que parce qu’aux Etats-Unis, il était impossible d’agir autrement.

 

Continuité de la Politique Américaine

Pour l’Europe et la paix du monde, la continuité de la politique américaine se trouve assurée. Les plans élaborés jusqu’ici et que l’issue de Chicago tenait en suspens vont reprendre leur progrès, en particulier la ratification des accords avec l’Allemagne et le projet plus ambitieux ébauché par M. Schuman d’une fédération européenne. Eden ne s’y est pas trompé qui va proposer avant les vacances la ratification des accords avec l’Allemagne.

 

A Bonn

Le Parlement de Bonn a discuté en première lecture les projets d’accords contractuels et de communauté de défense européenne. La ratification proprement dite n’aura lieu qu’en septembre, mais le ton même des débats montre que l’approbation finale est en vue. Les attaques violentes d’Ulbricht, le porte-parole des communistes d’Allemagne orientale contre Schumacher ont enlevé à l’opposition socialiste à Bonn la plupart de ses arguments.

Il est évident qu’une réunification de l’Allemagne ne pourrait s’accomplir que sous l’égide de Moscou. Socialistes et Démocrates Chrétiens mis dans le même sac seraient également éliminés, la priorité reviendrait même probablement à la Social-démocratie rival direct du communisme dans les pays évolués. Dès lors, Schumacher et ses amis iraient à l’encontre de leurs intérêts électoraux et même, en cas de succès en 1953, de leur influence en politique internationale, en s’opposant systématiquement au rattachement de l’Allemagne de l’Ouest au Bloc occidental. Ils dégageront leur responsabilité, tout en laissant faire Adenauer, afin de tirer parti des difficultés et des mécontentements. Nous avions déjà signalé ce double jeu alors que l’on croyait généralement la ratification des accords impossible.

 

Le Problème Sarrois

La plus grave difficulté est évidemment la question sarroise. Adenauer sait bien que le retour de la Sarre dans la Fédération allemande est impossible. Ni les Américains, ni les Anglais ne tiennent à renforcer le potentiel économique de l’Allemagne au détriment de la France, surtout après les progrès de géant de la concurrence allemande sur les marchés extérieurs. Mais les adversaires du Chancelier lui interdisent toute concession qui serait exploitée par les agitateurs nationalistes. La question sarroise devra donc demeurer en sommeil jusqu’à ce qu’une solution européenne vienne dissimuler les antagonismes. Cette solution ne peut intervenir avant les élections allemandes.

La tactique à suivre, tant par le Chancelier que par les responsables français et sarrois sera très délicate. Il serait souhaitable que ces responsables s’abstiennent de toute démarche spectaculaire, comme il s’en est produit déjà, si l’on veut aboutir à l’apaisement. La moindre bévue pourrait compromettre l’équilibre de l’Europe future et remettre en question les résultats acquis. « Pensons-y toujours mais n’en parlons jamais » devrait être la devise adéquate.

 

En Extrême-Orient

La politique américaine en Extrême-Orient évolue depuis les bombardements des centrales du Yalu, conséquence indirecte de la victoire d’Eisenhower à Chicago. Sans préjudice à l’action en Europe, l’action en Asie prend forme.

L’Asie est, on le sait, la préoccupation majeure du Parti républicain aux Etats-Unis. Une pression plus vive va enfin s’exercer sur les Chinois pour qu’ils se décident à conclure l’armistice. L’Etat-Major de Tokyo ne fait pas mystère de ses intentions. Les récentes conférences de Singapour ont montré que le Bloc franco-anglo-américain en Asie était une réalité. Il doit y avoir du vrai dans les rumeurs d’une fissure entre Pékin et Moscou. Il n’est pas douteux que si les Chinois s’obstinent, les bombardements ne respecteront plus les frontières du Yalu et au besoin, celles qui séparent le Yunnan de l’Indochine. Les Etats-Unis ne veulent pas que les forces américaines et européennes demeurent enlisées indéfiniment en Extrême-Orient. Ils emploieront, s’il le faut, les grands moyens.

Nous avons l’impression que cette éventualité donne à réfléchir à Mao Tsé Tung. D’une façon générale d’ailleurs, il faut s’attendre à un raidissement de l’attitude américaine sur tous les fronts de la lutte anticommuniste, tant extérieurs qu’intérieurs. On peut être sûr que les risques en ont été calculés. Les difficultés actuelles de l’U.R.S.S. sont telles qu’aucune menace contre la paix n’est à redouter de ce fait, bien au contraire. L’allure présente des pourparlers de Pan Mun Jon l’a suffisamment montré.

 

Le Procès de la Haye

La France et les Etats-Unis ont finalement préféré porter le litige relatif aux privilèges des commerçants américains au Maroc. Cette procédure a été reconnue avantageuse pour les deux parties. L’administration Truman dégage sa responsabilité à l’égard des groupes politiquement puissants qui soutiennent les hommes d’affaires du Maroc qui accusaient le Gouvernement de sacrifier les intérêts américains. Mais surtout, les Etats-Unis comparaissant pour la première fois devant la Cour de Justice Internationale et en s’y faisant condamner veulent donner au monde une preuve de leur soumission au droit. Quant à la France, elle fera consacrer par une cour internationale ses droits au Maroc.

 

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