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Le Courrier d’Aix – 1952-07-26 – La Vie Internationale.
Orages sur l’Orient
Les soubresauts de la politique en Perse et en Egypte ont détourné l’attention des problèmes majeurs. Nous avons dit en son temps qu’il faudrait beaucoup de patience pour que les problèmes orientaux qui procèdent par brusques explosions suivies d’accalmies confuses, évoluent vers une solution durable. Il semble que nous en sommes encore fort loin.
En Perse
Rappelons que la question persane est la plus grave : le Communisme sous la forme du parti Tudeh y joue un rôle ; l’U.R.S.S. surveille et attise le feu. Le scénario des derniers incidents de Téhéran répète les précédents. La lutte s’établit entre le Shah dont l’autorité est faible et les intentions raisonnables, et un fanatisme xénophobe sans réalisme ni programme, et le pays souffre. Un homme pouvait ramener la Perse dans les voies de la sagesse, le vieux politicien Ghavam Sultaneh. Avec l’appui du Shah il a essayé. Il était trop tôt. Il a échoué. Mossadegh revient et dispute au Shah le contrôle de l’armée, dernier rempart de l’ordre.
L’attitude des Occidentaux s’est faite de plus en plus passive. Les Anglais, représentés par la Compagnie pétrolière Anglo-Iranian, ne souhaitent pas de revenir à l’exploitation qui exigerait, non seulement un autre climat politique en Perse, mais des capitaux d’une rentabilité douteuse à la merci d’un nouveau coup d’état. Les Américains qui profitent de la fermeture des raffineries d’Abadan, s’accommodent fort bien d’une neutralisation des richesses du pays pour que les Russes ne puissent s’en servir ; or ceux-ci n’ont pas les moyens de transports nécessaires pour acheminer vers leurs ports le pétrole iranien, et la Perse ne peut leur confier la direction des raffineries, au risque de se trouver au centre d’un conflit international.
La question ne peut que pourrir et personne ne peut, ou ne veut, la résoudre. Mossadegh avait cru que le monde ne pouvait se passer de son pétrole, ce qui s’est révélé faux. Quant aux répercussions d’une grave crise financière et économique en Iran, il ne faut pas en exagérer l’urgence dans un pays pauvre sans industries nationales, d’un niveau social et matériel encore médiéval. Les pressions de cet ordre, décisives dans les pays d’Occident, se perdent ici dans le désert.
En Egypte
La situation n’est pas sans analogie en Egypte où sont aux prises le roi Farouk, un peu plus solide que le Shah, et le parti du Wafd, plus prudent et moins fanatique que les Mossadegh et Masami. Entre les deux, l’armée, elle-même divisée, joue un rôle équivoque. La situation économique est moins grave qu’en Perse, et le peuple dans sa masse moins violent. Les Anglais sont aussi plus forts, parce qu’ils demeurent en place, à Suez et au Soudan, et n’ont aucune hâte à modifier le « statu-quo » qui, pour précaire qu’il soit, est moins onéreux que n’importe quel traité amiable qui exigerait des sacrifices. Enfin, l’influence soviétique est pratiquement faible.
Là aussi, bien des épisodes à prévoir avant qu’on sorte du chaos.
La Convention Démocrate de Chicago
Pas de surprise majeure à envisager à Chicago. Il y avait deux candidats possibles à la nomination pour la présidence, qui seuls pouvaient éviter l’éclatement du parti sur la question des droits et de l’emploi des Noirs, entre les Conservateurs du Sud et les « new dealers » du Nord. C’étaient le vice-président Barclay – qui est hors de cause en raison de son âge – et le gouverneur de l’Illinois Stevenson – qui refusait d’entrer en lutte – Comme il est seul à pouvoir réunir sur son nom les suffrages de deux fractions si éloignées du Parti démocrate parce que le Sud l’a supporté et le Nord s’y résigne, il devra contre son gré accepter la nomination. Il est douteux que par la suite il puisse exercer un attrait suffisant sur les centrales syndicales dont il n’est pas l’homme et qui sont seules capables, dans une certaine mesure, de peser sur la balance.
Pour tenter de vaincre Eisenhower, il aurait fallu un candidat résolument acquis aux revendications sociales des moins favorisés. Ce ne pouvait être qu’Harriman, le favori de Truman. Mais alors, le Sud aurait voté républicain. En tout état de cause, bon nombre de ces Démocrates iront grossir les voix du Général. Depuis plus d’un an, nous voyons dans l’adversaire d’Ike un simple figurant.
La Lutte d’Influence en Grèce
Une lutte sourde, aussi courtoise qu’acharnée, se livre entre l’Angleterre et les Etats-Unis en Grèce. Or Venizélos, le premier, a reconnu récemment Farouk comme roi d’Egypte et du Soudan. Les Anglais avaient perdu. Les Américains ne veulent pas partager avec quiconque les responsabilités stratégiques en Méditerranée. Le bastion formé par la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie est trop important pour être l’enjeu d’une rivalité de commandement. Et la route des Indes est encore pour les Etats-Unis celle du pétrole d’Arabie. Contre les Anglais joue également la question de Chypre que les Grecs veulent rattacher à la mère patrie. Les souvenirs des échecs anglais en 1941 ont laissé de l’amertume au cœur des Hellènes, et la puissance américaine se manifeste avec évidence. Les petits pays vont au plus fort.
La Sarre et le Pool
En proposant Sarrebrück comme siège final du Pool charbon-acier, M. Schuman a causé, dit-on, quelque surprise. Le chancelier Adenauer a proposé La Haye, mais cela n’est qu’une manœuvre pour montrer aux Allemands son opposition de principe à l’européanisation de la Sarre. En réalité, chacun sait depuis longtemps que c’est la seule solution au problème. Pour comprendre la politique actuelle des quatre Puissances, Etats-Unis, Angleterre, Allemagne et France, il ne faut pas perdre de vue que depuis quelques semaines il existe un accord secret sur une ligne générale et sur certains points essentiels, et que chaque ministre poursuit le but commun par des moyens appropriés à l’état de l’opinion avec laquelle il doit composer.
CRITON