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Le Courrier d’Aix – 1952-07-12 – La Vie Internationale.
La Nouvelle Amérique
A l’heure où nous écrivons, l’élection d’Eisenhower n’est pas assurée à Chicago, mais elle est bien probable. Il a fallu une très forte pression populaire pour briser l’obstination de la vieille garde républicaine qui représente l’authentique tradition yankee. Ce n’est pas seulement une machine politique, mais le reflet d’un état d’âme collectif mû par des instincts permanents. La victoire d’Eisenhower marquera entre autres l’avènement d’une nouvelle mentalité, celle de la génération qui monte. Mais, à chaque difficulté il faudra lutter contre l’esprit de la vieille garde dont l’ex-président Hoover est l’incarnation. Eisenhower président devra composer avec elle.
Deux Politiques Etrangères
Non sans habileté, et pour ménager ses chances d’obtenir le secrétariat d’Etat, M. Foster Dulles s’est chargé de composer un programme de politique extérieure acceptable pour les deux candidats et s’inspirant de ses idées propres. Ce travail de compromis était, en réalité, facile selon la lettre, impossible en réalité selon l’esprit. Plus que la façon de résoudre les problèmes, c’est la manière de les aborder qui sépare Eisenhower de Taft, et en politique, ce qu’on cherche à modifier, ce sont les conditions qui posent les problèmes, et non les problèmes mêmes une fois posés, pour la solution desquels, en général, il ne reste plus de choix.
Pour Eisenhower, la force, de quelque nature qu’elle soit, si grande qu’on l’imagine, n’assurera pas le salut des U.S.A. Il leur faut des amis, et plus que leur aide matérielle, un appui moral. Cette nécessité de se faire des amis, malgré la campagne de haine entretenue par les communistes depuis la guerre, correspond au besoin propre des Américains. Ils y ont beaucoup sacrifié et souvent de leurs intérêts. Le public avide de sympathie a compris que Taft ne le ferait pas aimer.
La Diplomatie avant l’Action
Par ailleurs, Eisenhower représente l’esprit de compromis et la primauté donnée à la diplomatie sur l’action, et cela correspond aux exigences de l’opinion mondiale. Nous avons déjà parlé de ce dégoût de la violence qui isole aujourd’hui le bolchévisme de l’humanité pensante et qui le condamne. Eisenhower répond bien à cet état d’esprit.
La Question Indochinoise
Une politique, dit Dulles dans son rapport, qui ne défend pas la liberté en Asie, contient des défauts fatals.
Il est certain que le retour des Républicains au pouvoir redressera la politique asiatique des U.S.A. qui a été le point faible, pour ne pas dire désastreux, de l’action Roosevelt-Truman. Cela aidera, transformera même, notre action en Indochine, si mal appréciée jusqu’à ces derniers temps par les Américains. Nous ne croyons pas exagéré de dire que selon les données actuelles du problème, l’Indochine peut être considérée comme sauvée. Les Etats-Unis y ont engagé leur prestige et les Chinois qui seuls pourraient chasser la France, savent quel prix leur coûterait un geste vers le Tonkin. D’autre part, les marques de l’appui américain en Indochine même ont sur les populations un effet décisif susceptible de relever les courages et de rallier bien des hésitants. S’il était militairement possible d’isoler le Nord-Tonkin du Sud de la Chine ou si la guerre civile se rallumait dans cette dernière région, la guérilla au Vietnam pourrait s’affaiblir.
Dans cette hypothèse qui n’excède pas les espoirs raisonnables, on devrait rendre un hommage particulier aux gouvernements qui se sont succédé, et qui malgré l’indifférence de l’opinion et le défaitisme en Indochine même, ont maintenu la position française en Asie. Certes, rien n’était possible sans le courage et les qualités des soldats, mais aux heures de lassitude, on les aurait facilement persuadés de renoncer. Or, cette résistance en Asie a été la clef de voûte du redressement français, du maintien de son prestige dans le monde, et particulièrement dans l’Empire. Une défaillance là-bas, faisait tout se rompre. Combien de Français ont compris alors ce qui devient évident à présent.
La Force de Représailles
La grande idée du rapport Dulles est la création d’une puissante force de représailles pour frapper avec une vigueur écrasante les sources d’énergie et les communications de l’agresseur. Cette force serait sans doute double : l’une surveillerait l’Asie et l’autre l’Europe, tenant en respect la Chine et l’U.R.S.S. En fait, cette force existe déjà. Dulles y ajoute – ce qui a son importance – la détermination de s’en servir, ce qui pour l’Indochine, n’était pas jusqu’ici assuré.
La Reprise à Pan Mun Jon
Que se passe-t-il à Pan Mun Jon ? Ce qui est clair c’est que les bombardements des Centrales du Yalu ont plutôt apaisé qu’excité les négociateurs communistes. Depuis l’événement, les pourparlers ont repris avec, semble-t-il, des objectifs plus concrets que ceux de la propagande. Que peut-on penser de divergences latentes entre Pékin et Moscou dont on parle périodiquement ?
Concluons, pour être prudents, que l’emploi judicieux de la force est, à l’égard de dirigeants auxquels nos règles morales et même toute règle sont étrangères, le meilleur moyen de les rendre raisonnables. Cela est dit pour les éternels pacifistes qui le sont systématiquement en toute occurrence.
Acheson au Brésil
On n’a pas accordé toute l’attention requise au voyage d’Acheson qui, bien qu’au terme de son mandat, n’agit pas sans accord avec des successeurs possibles. Le tour à Berlin et à Vienne a été suivi d’une visite au Brésil. On sait que l’Amérique latine se sent délaissée par les Etats-Unis, malgré l’appui qu’elle apporte à l’O.N.U. Comme partout, nationalistes et communistes conjuguent leurs efforts pour discréditer l’action des U.S.A. Les progrès du communisme au Brésil bien qu’arrêtés, ont été très marqués au cours des dernières années. Les Etats-Unis ont besoin du Brésil. C’est la grande république sud-américaine qui commande à l’orientation des forces qui s’appuient sur eux. Il faudra trouver des dollars pour y soutenir un moral défaillant, comme ailleurs.
CRITON