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Le Courrier d’Aix – 1950-12-30 – La Vie Internationale.
Sursum Corda
Messages de Noël lugubres ! L’an mil, Tamerlan et Gengis-Kan, la fin de la civilisation, l’invasion des barbares. Certes la situation est grave. Il était nécessaire que les peuples endormis fussent réveillés, il ne faudrait pas cependant exagérer au point de pousser à la résignation plutôt qu’au courage.
Après avoir lu ou entendu tant de propos lamentables, le langage un peu cru d’un courriériste espagnol, ancien combattant de la division Azul nous a réjouis :
« Ce n’est pas à nous, dit-il, qu’on fera croire que le Bolcheviks qui ne savent même pas démonter une serrure ou se servir de la chasse des cabinets, vont devenir les maîtres du monde »
Il a raison. Le dernier mot est à la technique intelligente, au courage méthodique, à la puissance industrielle, mais à condition de préserver un moral inébranlable. Quant à nous Français qui habitons le plus convoité, le plus fertile et relativement le moins peuplé des pays voisins, nous sommes condamnés à être en constante alerte.
Depuis des millénaires la guerre n’a jamais cessé sur la terre. Un ennemi disparaît, un autre se présente. Que ce soit en stoïcien ou en chrétien, il faut prendre son parti de cette dure condition humaine. Le Français, pour des générations encore devra, à portée de la main, garder l’uniforme et le fusil.
La Retraite de Hungsan
C’est justement sur les événements militaires que nous attirerons l’attention. Car le triomphe de la technique du sang-froid et de l’ordre, les Américains viennent de le réaliser en embarquant à Hungsan en Corée du Nord, cent cinq mille hommes encerclés depuis un mois, dont une bonne part avait dû se frayer une retraite à travers les hordes ennemies, ramené à bord des navires et sous la protection de leurs canons, tous les hommes, les blessés et même les morts et la totalité du matériel utilisable. – Significatifs aussi les combats aériens qui ont permis aux « Sabres » américains d’abattre les M.I.G. soviétiques, le dernier modèle de leurs avions à réaction. La guerre de Corée en effet, comme la guerre d’Espagne de 1936 sert de banc d’essai à la technique et à la stratégie des deux parties. Les Russes ont voulu voir ce qu’une masse de soldats, légèrement armés, pouvait contre une force réduite supérieurement outillée, conditions qui se retrouveraient en Allemagne en cas d’invasion.
Après un premier succès, il semble que la puissance de feu reprenne ses avantages. Nous le verrons mieux dans la défense de Séoul qui va commencer. De part et d’autre, on va essayer de nouvelles formules d’armement. Les militaires vont s’instruire.
Le Discours Hoover
Le vieux président Hoover a fait une fois de plus parler de lui en préconisant le repliement américain. Déjà Lippmann avait fait campagne contre les engagements trop étendus des Etats-Unis, et conseillé de les limiter à l’Europe et d’abandonner l’Asie. Hoover voudrait que les Etats-Unis se défendent seulement chez eux. Acheson n’a pas eu de peine à repousser cette stratégie mortelle. Confinés dans leur hémisphère, les Etats-Unis seraient condamnés.
Les Américains doivent avoir une politique mondiale, être prêts partout à faire front à une attaque et pour cela avoir les forces militaires adéquates. Les Soviets qui occupent avec les Chinois une position centrale procèderont par guerres locales, et si possible par satellite interposé, imposant aux Etats-Unis une dispersion de leurs forces. Mais aujourd’hui où une division peut traverser l’Atlantique avec armes et bagages en une nuit, cette dispersion est moins redoutable. Il suffit d’y opposer la mobilité.
Politique Commune en Extrême-Orient
Le choix est fait : où que l’agression s’ébranle, elle sera combattue, comme en Corée. Il n’est pas question de l’évacuer. L’Indochine de même sera défendue et par tous les moyens, même si comme le prétendent les Soviets, on devait y employer des Japonais. On s’épuise à chercher à Mao Tsé Tung des raisons et des excuses. Mieux vaut avouer qu’on s’est trompé. Avec le communisme s’est éveillé un impérialisme chinois qu’on ne croyait pas possible dans un pays qui sortait à peine de la guerre civile. Il s’est allié aux soviets pour étendre ses conquêtes, aux sources de matières premières nécessaires à l’industrie qu’il va essayer de forger. Comprendra-t-on qu’abandonner aux communistes l’étain et le caoutchouc, leur livrer le riz, le charbon et l’énergie qui leur manquent pour s’équiper, c’est affaiblir ce monde occidental dans ses défenses vitales ?
Reproches Injustes
Aux Etats-Unis on est assez irrité par l’attitude française et la mauvaise grâce du Parlement à voter les crédits militaires.
Ne pourrait-on pas répondre qu’en fait d’impôt, c’est la France qui paie le plus lourd tribut en hommes ? Chaque année nous levons 250.000 soldats pour 40 millions d’habitants. Les Anglais pour 50 millions n’en recrutent que 180.000 et les Américains cent à peine, sur lesquels un tiers au plus de combattants ; la jeunesse française est mobilisée depuis un siècle et demi. Les Américains ne l’ont été que dix ans, et partiellement. Ils ont d’immenses intérêts à défendre. Leur part de sacrifice n’égalera jamais la nôtre.
Le Réarmement Allemand
Cette question n’a pas fini de provoquer la mauvaise humeur entre voisins qui ont tant d’intérêt à s’entendre, et de servir d’aliment à la propagande soviétique qui en use à pleine pompe et pourquoi grand Dieu ? pour 150.000 soldats allemands qui, en mettant la chose au mieux, ne seront en ligne qu’en 1953 ! De toutes les critiques qu’on peut adresser à Acheson celle-là est la plus justifiée. Tant en Allemagne qu’en France, ce débat sur le réarmement a fait un mal difficilement réparable. Comme s’il n’eût pas été plus simple que les Américains fassent appel aux volontaires pour les enrôler dans l’armée des Etats-Unis. Sans bruit, ni publicité, ce n’est pas 150 mais 500.000 hommes qu’ils auraient trouvé du jour au lendemain et sous les couleurs et le commandement de la bannière étoilée, ce qui évitait de ressusciter l’aigle de la Wehrmacht.
Peu importe que les Russes aient protesté. Ils ne se sont pas gênés avec les « bereitschaffen ». Il y a une faute de psychologie dont les Américains sont coutumiers. Au surplus, c’est en Allemagne que la controverse sur le réarmement se fait la plus aigüe. Elle a fortement ébranlé la position d’Adenauer. Elle a fait réfléchir les Allemands, ce qui est toujours mauvais : Ils ont pesé leurs chances et trouvé là une magnifique occasion de chantage. Une attaque russe trouverait l’Allemagne occidentale très divisée. Quelle tentation pour les mercenaires de Grotewohl !
CRITON