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Le Courrier d’Aix – 1950-12-16 – La Vie Internationale.
Vers l’Union
Les yeux s’ouvrent : l’intervention des Chinois dans la guerre de Corée, les menaces ouvertes sur la Malaisie et l’Indochine, la présence des troupes de Pékin aux frontières de l’Inde et du Tibet, l’évidence d’un plan gigantesque sino-russe, et surtout le recul désastreux des Américains devant les hordes mongoles et mandchoues, tout cela a obligé chacun à mesurer le péril. Un très net mouvement d’opinion se forme pour le salut commun. A quelque chose, malheur est bon. Beaucoup de difficultés entre nations démocratiques vont se trouver aplanies, à l’intérieur même une sorte d’union nationale se dessine. En Angleterre, on parle d’un gouvernement de coalition que le voyage de M. Eden à Paris semble faire prévoir. En France même, il se pourrait qu’on l’envisageât ….
L’Attitude Française
C’est l’opinion française qui jusqu’ici préoccupait : l’importance de la minorité communiste et le fait que le plus grand journal français avait une attitude neutraliste, mettaient en cause toute la défense de l’Occident.
Défendrait-on l’Europe sur l’Elbe, le Rhin ou les Pyrénées ? Si la France n’est pas sûre, peut-on envoyer dix ou vingt divisions en Allemagne occidentale se demandait-on à Washington ? Il semble qu’une quasi-unanimité soit en train de se faire sur une position de résistance. Simultanément paraissait un article de M. Lussy du côté socialiste, un de M. Emile Roche radical et enfin une protestation vigoureuse de l’ « Aube » contre le scandaleux article de « Sirius » dans « Le Monde ».
Du côté gouvernemental, l’envoi de De Lattre en Indochine, l’accord tripartite sur le réarmement allemand, la note conjointe à Moscou, témoignent de la solidarité de la France avec le monde occidental.
La Politique Anglaise
La politique anglaise est moins nette. L’entrevue Truman-Attlee a mis en relief les divergences anglo-américaines. Les Anglais veulent ménager la Chine. Ils entendent garder Hong-Kong, centre du commerce et de la contrebande qui est la plus belle source de dollars du monde britannique. Ils ont, d’autre part, abandonné toutes leurs positions coloniales, sauf la Malaisie. Leurs récents déboires, là-bas et les menaces de Mao-Tsé-Tung les incitent sans doute à chercher avec lui un compromis qui leur permettrait de garder, comme aux Indes, leurs seuls avantages économiques.
Par ailleurs, l’Angleterre veut surtout être protégée en Europe. Elle sait que, la France occupée, la situation de 1940 se reproduirait. Les Iles Britanniques, garanties de l’invasion par la Manche, seraient rasées par les bombardements. Enfin, il y a en Angleterre un courant neutraliste assez différent du nôtre, mais qui le rejoint, composé et des éléments d’extrême-gauche hier encore sympathisants du Communisme, et d’une gauche religieuse, pacifiste à tout prix et qui préfèrerait le joug soviétique à l’emploi de la bombe atomique.
En centrant leur propagande anti-américaine sur la peur de la bombe, les Russes ont manié une arme de choix ; c’est le seul obstacle réel à leur complet triomphe ; à force d’agiter l’imagination des peuples autour d’elle, ils en ont rendu l’emploi moralement délicat. Trop de consciences en seraient alarmées. C’est cette opinion que le Gouvernement Attlee cherche à se concilier en cas d’élections.
La Question Allemande
On a remarqué avec inquiétude que l’appel lancé par M. Grotewohl, président du gouvernement d’Allemagne de l’Est, au chancelier Adenauer pour une discussion sur l’unité allemande, était la réplique de la sommation envoyée par Kim II Sung, chef des nord-Coréens, à Syngman Rhee, il y a juste un an. Pas plus que le président de la Corée du Sud, le Chancelier ne répondra à l’invitation des préposés de Moscou. On sait par ailleurs que l’armée populaire allemande qui pourrait envahir la République Fédérale, est forte de 150.000 hommes bien armés. Reste à savoir s’ils sont sûrs. Pour les surveiller, il y a quatre armées soviétiques en Prusse.
La réorganisation des armées Polonaises, Hongroises, Roumaines et Bulgares semble achevée ; le maréchal Koniev vient d’arriver à Prague pour faire de l’armée Tchécoslovaque un instrument du Kremlin. Ces armées satellites sont peu nombreuses ; les éléments sur lesquels les Russes peuvent compter sont plutôt rares, et malgré toutes les précautions, ils causent à Moscou quelques soucis. Ils servent néanmoins à fixer des forces adverses.
Les Visées soviétiques
Quel est le plan Soviétique ? Il n’est pas sûr que l’essentiel pour Moscou soit l’Europe, contrairement à ce que pensent les diplomates. Tous ces préparatifs aux frontières Gréco-Bulgares, les concentrations de troupes autour de la Yougoslavie de Tito et les armées devant Berlin, peuvent servir d’écran à une action décisive en Asie, et à retenir les forces américaines de s’employer en Extrême-Orient.
La conquête rapide en cours de 1951 de l’Indochine et de tout le Sud-Est asiatique avec ses richesses en riz et en matières premières, peut-être la soviétisation de l’Inde seraient des succès énormes et faciles et plus intéressants pour le bloc communiste qu’une guerre dangereuse en Europe qui ne serait, d’ailleurs, pas profitable. Car le potentiel industriel qu’elle représente serait facilement neutralisé par l’aviation américaine.
Les Soviets vont-ils encore réussir ? A-t-on pesé tout ce que représente l’abandon de l’Extrême-Orient ? Ne fallait-il pas donner à l’impérialisme Chinois naissant une leçon militaire décisive ? La présomption et l’insuffisante préparation des Américains ont perdu là une chance unique de sauver à la fois le monde libre et la paix.
CRITON