Criton – 1952-05-03 – La Politique et le Bon Sens

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Le Courrier d’Aix – 1952-05-03 – La Vie Internationale.

 

La Politique et le Bon Sens

 

Les antagonismes politiques, les rivalités électorales, de puissantes coalitions d’intérêts, sans parler des manœuvres soviétiques, ont dressé toutes sortes d’obstacles à l’intégration de l’Allemagne dans la Communauté européenne. Les mêmes facteurs ont troublé les relations franco-allemandes et réveillé de vieux antagonismes. Les accords cependant tiennent bien, même si la signature doit en être retardée. Reste à savoir si, une fois signés, ils seront ratifiés et, une fois ratifiés, mis en pratique.

 

Les Déclarations d’Adenauer

C’est sous l’angle politico-électoral qu’il faut interpréter les déclarations d’Adenauer qui ont ému l’opinion française, toujours mal informée. Le Chancelier a rappelé – ce qu’on savait – qu’un gouvernement pan-allemand issu d’élections libres serait fondé à demander la révision des accords signés par la République de Bonn ; cela pour couper court aux vociférations des socialistes qui accusaient Adenauer de lier l’Allemagne pour toujours à l’Occident et de rendre impossible une conférence à quatre et par conséquent la réunification de l’Allemagne. Or tous les Alliés, y compris les Etats-Unis ont déclaré que la porte demeurait ouverte à des négociations quadripartites.

Personne n’est de bonne foi. Car les conditions que le Chancelier met à une conversation avec Moscou sont inacceptables pour les Soviets s’ils voulaient réellement négocier. Les conditions soviétiques, nous l’avons vu, étaient également inacceptables. Seuls les Anglais auraient souscrit à une Allemagne réunifiée, neutre et réarmée, ce que ni Washington ni Paris ne pouvaient admettre.

 

La Sarre

Les mêmes formes politiques et économiques qui luttent contre l’Europe ont fait échouer les velléités d’accord sur la Sarre que Schuman et Adenauer semblaient souhaiter.

Du côté français, les éclats d’un ambassadeur un peu encombrant, jouant les proconsuls, a irrité les Sarrois. Du côté allemand, les pangermanistes de droite et l’opposition socialiste non moins nationaliste, ont intimidé la majorité  du Bundestag. Entre temps, le Chancelier a perdu sa majorité au Sénat-Bundesrat allemand, à la suite de défections inattendues. Le résultat, c’est  que le problème sarrois est ajourné sine die.

Un article significatif de la « Deutsche Zeitung » expliquait que le temps travaille pour l’Allemagne. D’abord parce qu’à mesure que l’Allemagne redresse son économie et que le chômage diminue, la réunion apparaît moins inquiétante aux Sarrois surtout attentifs à leurs intérêts. De plus, aux récentes élections syndicales l’adversaire du gouvernement, Hoffman Kutsch, l’a emporté sur la fraction modérée. Si le sentiment des ouvriers n’est pas encore ouvertement pro-allemand, il le deviendrait aisément si cela devenait avantageux.

La question sarroise aurait dû être résolue, et elle pouvait l’être quand l’inégalité des conditions économiques était encore manifeste. L’avenir pourrait montrer quelle erreur on commet à attendre. Là encore la politique a joué son triste rôle.

 

L’Espagne

L’Espagne en est un exemple plus triste encore. Longtemps isolée du monde par un ostracisme politique absurde au mépris des plus élémentaires intérêts, l’Espagne maintenant qu’elle a pu par ses propres moyens redresser son économie, cherche aujourd’hui sa revanche. Elle a cru la trouver dans les avances faites à Franco l’an passé par les Etats-Unis qui voulaient s’assurer en Espagne des bases jugées alors indispensables. Le Gouvernement espagnol a été cruellement déçu. Le Pentagone estime l’Espagne aujourd’hui moins intéressante au point de vue stratégique, et les factions protestantes des Etats-Unis qui déjà avaient empêché Truman de nommer un ambassadeur au Vatican, s’opposent à toute alliance avec un pays où la liberté religieuse n’existe pas. Il faut dire que les attentats contre des chapelles protestantes en Espagne et les déclarations agressives du Cardinal Segura n’étaient pas pour arranger les choses.

Pour trouver une compensation à un amour-propre toujours chatouilleux, le Caudillo a organisé en pays arabe le voyage de son ministre Artajo, accompagné de sa fille et de son gendre. On parlait déjà d’un pacte de la Méditerranée, d’une médiation espagnole dans les conflits entre le monde musulman et l’Occident, et surtout d’une politique marocaine qui aboutirait à faire de la zone de protectorat espagnol une région autonome. Enfin, Franco lançait deux notes sur Tanger dans l’administration de laquelle l’Espagne depuis 1945, n’avait plus la place que les accords de 1926 lui avaient reconnu. Mais les diplomates ont bien vite senti que Franco cherchait plutôt à s’assurer des moyens de marchandage qu’à entreprendre une grande politique dont l’Espagne n’a pas les moyens.

Le Monde Arabe a été déçu de ne pas trouver l’Espagne nettement opposée à la France et l’Angleterre dans les Affaires de Tunisie et d’Egypte. Par ailleurs, on pense à Madrid que le renversement politique en France va permettre aux deux pays de collaborer à nouveau et qu’au demeurant, les intérêts français et espagnols au Maroc sont solidaires. Nous croyons que Madrid a reçu des apaisements dans ce sens. Il était temps.

 

Le Déficit en Dollars

Dans un excellent article, le chroniqueur italien Cesare Merzagora traite du déficit de l’Europe en Dollars. Ni les critiques de M. Acheson contre le protectionnisme de son propre pays, ni les requêtes de l’Angleterre après celles de l’Italie et de la France pour l’abaissement des tarifs douaniers américains ne serviront à combler le déficit des pays européens.

Les Etats-Unis ne pourront jamais acheter à l’Europe assez de marchandises, car ils en auront de moins en moins besoin. D’autre part, le système des subventions gratuites à l’Europe ne peut indéfiniment durer. Le Congrès américain ne saurait y consentir. Restent deux voies possibles pour atteindre à l’équilibre des échanges entre la zone Dollar et le reste du monde libre, ou bien que les Etats-Unis se chargent d’assurer et de garantir la libre convertibilité de la Livre sterling. Alors les ventes effectuées dans ce vaste domaine où règne la monnaie anglaise pourraient suffire à approvisionner tout le monde en Dollars nécessaires aux achats de matières premières. Mais nous ne pensons pas que M. Merzagora se fasse beaucoup d’illusions sur la possibilité d’une telle solution. La charge pour les Etats-Unis serait trop lourde. Elle dépasserait de beaucoup les sommes qu’ils mettent gratuitement à la disposition de l’Europe. Cela pour ne rien dire des obstacles d’ordre politique qui sont évidents.

Reste une dernière et unique voie : C’est la solution dite du « Point 4», l’aide aux pays économiquement sous-développés d’Asie et d’Afrique. Jusqu’ici, la réalisation de ce point du programme Truman a été presque insignifiante : de l’ordre de 150 millions de dollars. Il faudrait que ces pays arriérés qui constituent en puissance un marché illimité soient mis en valeur en partie par l’industrie européenne qui serait assurée ainsi d’un plein emploi et recevrait pour l’équipement fourni les dollars que les Etats-Unis accorderaient à ces pays sous-développés. Les modalités de ce plan seraient calculées exactement pour fournir aux Européens les sommes nécessaires à leur propre approvisionnement. Le progrès économique ainsi réalisé profiterait à l’ensemble du monde. Dans l’avenir, le profit de ces investissements retournerait aux Etats-Unis eux-mêmes. Solution simple et idéale moralement, politiquement et financièrement. Reste à savoir si les Etats-Unis consentiraient à accorder à leurs Alliés cette indépendance économique dont ils craignent peut-être qu’elle ne les conduise à l’indépendance politique. Pour tenir les Alliés bien en mains, ne faut-il pas que ceux-ci demeurent, eux, la main tendue ?

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1952-04-26 – Pas un Pas en arrière

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Le Courrier d’Aix – 1952-04-26 – La Vie Internationale.

 

Pas un Pas en Arrière

 

Les augures en seront pour leurs frais d’imagination. Les accords contractuels avec l’Allemagne de Bonn et le traité d’organisation de l’armée européenne seront signés bientôt, sans doute le 17 mai, comme si la note russe du 10 mars n’avait jamais été écrite.

 

Les Raisons Politiques

L’argument qui a convaincu les députés du Bundestag, c’est que si les Soviets veulent réellement – ce qui n’est pas sûr d’ailleurs – empêcher l’inclusion de l’Allemagne Occidentale dans le Bloc atlantique ils y mettront un prix plus élevé lorsqu’ils se trouveront devant un fait accompli _ ajourner la conclusion des accords serait leur fournir un succès à bon compte -. C’est pourquoi l’opposition socialiste même a jugé prudent de battre en retraite.

Un autre argument a joué : il est de toute importance que le général Eisenhower lorsqu’il rentrera le 1er juin pour la campagne présidentielle aux Etats-Unis, puisse faire état du succès de sa mission en Europe auprès des électeurs. Un échec des négociations, même un retard à leur conclusion, enlèverait des chances au Général au profit de Taft. Une victoire de Taft marquerait pour l’Allemagne et pour l’Europe un préjudice incalculable.

 

La Garantie contre l’Allemagne

Mais il n’y a pas que l’Allemagne en cause. On ne peut espérer une ratification des accords par le Parlement français si une garantie n’est pas donnée que l’armée allemande de 400.000 hommes prévue pour l’armée européenne, ne pourra en aucun cas s’en détacher, au gré d’un futur gouvernement allemand. Acheson était très embarrassé pour trouver une formule adéquate.

D’une part, on ne pouvait inscrire une clause discriminatoire contre l’Allemagne dans un pacte qui lui donne des droits égaux à ceux des autres partenaires. D’autre part, on ne peut sans un vote spécial du Congrès donner une garantie qui engage à une action militaire quelconque les forces armées des Etats-Unis. Et sur ce point, le Congrès est très jaloux de ses prérogatives.

La formule semble cependant être trouvée. Les accords contractuels et le plan d’armée européenne seront signés simultanément et seront liés en droit de telle façon qu’ils n’auront de valeur que l’un par l’autre. Or, les Alliés se réservent dans les accords en question la faculté d’intervention en Allemagne au cas où s’élèveraient des circonstances de nature à en mettre en péril l’exécution. Si par exemple, un gouvernement allemand non démocratique, rouge ou brun, prenait contrairement aux accords en vigueur des initiatives jugées dangereuses par l’un des cosignataires du pacte. Ainsi, un coup de force comme celui d’Hitler, en mars 1936, réoccupant militairement la Rhénanie, ne pourrait se renouveler. On ne peut évidemment tout prévoir, surtout à longue échéance et une garantie de ce genre n’a pas une valeur pratique absolue. Elle a cependant une valeur morale suffisante pour calmer de légitimes inquiétudes.

Par ailleurs, il ne semble pas que les Soviets aient beaucoup de hâte à changer de politique. Ils ont mis quelque temps à répondre au premier questionnaire des Alliés et ceux-ci en ont mis encore plus à rédiger une seconde réponse. Il ne faut pas en conclure déjà qu’il ne s’agissait que de propagande et d’ici la mi-mai d’autres manœuvres sont possibles. Un fait cependant à retenir : brusquement, les services d’informations germano-russes ont inauguré une campagne en faveur de la constitution d’une armée allemande d’obédience communiste alors que jusqu’ici la pacifique République orientale devait renoncer à jamais au port de l’uniforme (celui de policier excepté). Une nouvelle armée satellite serait en projet qui s’opposerait au besoin à la formation d’en face. L’hypothèse que la note soviétique servirait de prétexte à une incorporation plus étroite de la zone d’occupation soviétique dans le système militaire des démocraties populaires pourrait se confirmer.

 

Les Pourparlers de Pan Mun Jon

Sur un autre plan, les pourparlers de Pan Mun Jon qui pourront bientôt célébrer leur anniversaire en sont toujours au point mort. Récemment encore, les négociateurs américains eux-mêmes annonçaient qu’un armistice pourrait être signé le 1er avril, puis le 1er mai, enfin au 1er juin. Aux dernières nouvelles, le général Ridgway ne semble plus y croire. Nous avons toujours été sceptiques, mais il était difficile de s’inscrire en faux à l’égard de gens qui discutaient sur place. Leur bonne foi a-t-elle été surprise ou y a-t-il de l’autre côté du Pacifique aussi des manœuvres de propagande à l’usage interne ? Ce qui est sûr, c’est que les Alliés ne pourront jamais admettre que l’U.R.S.S. fasse partie de la Commission de contrôle d’un armistice, ni obliger les prisonniers Nord-Coréens à regagner contre leur gré leurs anciens maîtres. Principes sur lesquels les communistes savent bien que les Etats-Unis ne transigeront à aucune condition. Il était d’ailleurs facile de prévoir lorsque les Soviets ont, en janvier à l’O.N.U., demandé que l’affaire coréenne soit transférée au jugement des grandes puissances, que les pourparlers sur place entre militaires n’avaient pas grande chance d’aboutir.

 

L’Expérience Pinay

L’expérience politique et financière tentée en ce moment en France intéresse intensément l’opinion mondiale, et c’est dans cette perspective que nous donnons notre avis : on s’accorde à penser qu’un échec serait pour l’avenir de l’Europe, un dangereux précédent. Or elle ne peut réussir que si ses objectifs ne dépassent pas les possibilités : Tout ce qu’on peut raisonnablement atteindre n’est pas une baisse profonde des prix mais une stabilisation à un niveau légèrement inférieur aux records atteints. Une déflation accentuée provoquerait une crise qu’on entend précisément éviter. D’autre part, le budget français de plus de 3.500 milliards est absolument incompatible avec le niveau officiel du franc de 350 pour un dollar. A titre de comparaison le budget italien des dépenses de l’ordre de 2.200 milliards de lires, soit au taux actuel du marché libre 1.350 milliards de francs pour un revenu national de 6.000 milliards de notre monnaie soit un peu plus de la moitié du nôtre, est jugé tout juste supportable pour maintenir en Italie l’actuelle parité des changes (650 lires pour un dollar).

Il faudrait donc réduire notre budget à 2.600 milliards au maximum, ce qui est hors de question. D’autre part, notre système des prix est peu compressible. Chacun sait que si les salaires touchés par l’ouvrier français est relativement bas, le salaire économique, celui qui est payé effectivement par le bénéficiaire du travail est deux fois et demie à trois fois plus élevé et plus encore quand il s’agit de grands travaux payés par l’Etat ; assurances sociales, impôts, intérêts bancaires et profit même réduit de l’employeur chargent cette addition  fantastique, bien au-delà du total payé à l’étranger. Revenir là-dessus paraît impossible dans le climat politique actuel. Il faudra donc s’en tenir – ce qui est déjà très beau – à une dévaluation raisonnable pour laisser du champ à l’exportation – que l’on finance déjà par un dumping déguisé et malsain – et une stabilisation des prix proche du niveau actuel. Eveiller de plus vastes espoirs serait compromettre le succès final. Telle est l’opinion des observateurs qualifiés.

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1952-04-19 – De nouveaux Aspects de la Belligérance

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Le Courrier d’Aix – 1952-04-19 – La Vie Internationale.

 

De Nouveaux Aspects de la Belligérance

 

Après avoir abondamment préparé l’opinion à une grande action diplomatique du Kremlin, les commentateurs ne voient plus dans la note russe du mois dernier sur le traité de paix avec l’Allemagne, qu’un moyen pour les Soviets de justifier une annexion de leur zone d’occupation au système des démocraties populaires. Ce scepticisme subit est sans doute exagéré, moins cependant que l’optimisme excessif que nous avions discuté précédemment. Nous demeurons convaincus que la note russe était un sondage de l’opinion allemande. Le résultat ayant été nettement négatif, il se peut en effet que les Russes n’insistent pas. Quant à parachever l’annexion de la zone orientale, on ne voit pas ce qu’ils pourraient faire de plus. L’annexion est pratiquement chose accomplie depuis longtemps ; la proclamation d’une république indépendante constituée en nouvel état, ne changerait que des étiquettes.

 

Les Résultats de la Conférence de Moscou

On peut en dire autant de la Conférence économique qui vient de se tenir à Moscou. Le commerce entre l’Est et l’Ouest, avait peu à peu décliné, parce que le Bloc communiste avait refusé de s’intéresser aux offres qui lui étaient faites. La France en particulier – comme le rappelait une note officielle – avait publié une liste de marchandises qu’elle désirait échanger contre des produits de l’autre côté du rideau de fer, cela sans résultat. De même, les Anglais avaient en vain proposé à bas prix aux Chinois des textiles entassés à Hong-Kong.

Aujourd’hui, on publie des contrats impressionnants portant sur des trocs de l’ordre de 30 milliards de francs pour la France et l’Angleterre. Est-ce encore là de la propagande ? On sait que de nombreux accords commerciaux ont été conclus depuis 1945 par les Soviets et leurs satellites avec divers pays et qu’après un commencement d’exécution, la plupart de ces contrats ont été annulés parce que les pays de l’Est n’avaient rien à vendre de ce qu’ils avaient promis. D’où le scepticisme actuel des gouvernements intéressés. D’ailleurs, les modalités des contrats souscrits à Moscou ne sont pas établis et jusqu’ici les prix demandés par les Soviets étaient beaucoup plus élevés que le cours mondial, ce qui avait empêché les industriels de conclure, et constitué un prétexte pour leurs partenaires à rompre.

Aussi bien en matière commerciale que diplomatique, la tactique soviétique est de susciter des espoirs pour les décevoir par la suite. Il se pourrait toutefois que les Russes espèrent grâce à une intensification des échanges faire passer plus facilement en contrebande des produits stratégiques prohibés par les Etats-Unis. Il sera intéressant de faire dans un an le bilan des accords conclus à Moscou, mais les firmes en cause ne doivent pas s’abandonner à un espoir sans mélange.

 

La guerre Bactériologique

On est alarmé par la publicité donnée par les communistes, dans tous les pays, à la prétendue guerre bactériologique organisée par les Etats-Unis. Nos lecteurs savent que depuis plus de trois ans, ce thème agité sous des formes diverses, par la propagande soviétique, nous inquiète. La Radio du Vatican (à laquelle nous laissons la responsabilité de son information, mais qui d’ordinaire ne diffuse pas de nouvelles sans fondement sérieux), a donné des détails sur une épidémie de typhus qui s’est déclarée en plein hiver dans la région de Lodz en Pologne, aux environs d’une usine russe de produits bactériologiques, et les efforts de la police secrète pour empêcher la nouvelle de se répandre à l’extérieur. Sans vouloir dramatiser, il est certain qu’en cas de conflit – et même en dehors de tout conflit déclaré – il existe malheureusement des risques de voir l’arme bactériologique s’insinuer dans le vaste conflit qui angoisse le Monde.

 

Nouvelles Méthodes en Malaisie

Précisément, les Anglais – officiellement d’ailleurs – viennent de mettre à l’essai une méthode toxicologique pour venir à bout des terroristes en Malaisie. Avec des produits chimiques adéquats, ils rendent impraticables de vastes étendues de pistes par où se ravitaillent les rebelles et en répandant des hormones stérilisantes, ils s’attaquent à la végétation des zones fertiles où leurs ennemis se cachent et se nourrissent. Là où la bombe atomique, le napalm et l’obus sont sans effets sérieux, de nouveaux procédés de destruction sont adaptés à cette forme particulière de guérilla qui se poursuit dans la jungle et les rizières. Ainsi peu à peu pourrait se répandre une forme nouvelle de belligérance dont l’extension, si elle se révèle efficace, est inévitable … soit par la maladie, soit plutôt par la famine, des peuples pourraient être à la merci d’une minorité qui profiterait d’une panique pour s’emparer du pouvoir. De quels antidotes dispose-t-on ? On demande à voir.

 

La Politique anglaise jugée par l’ « Economist »

Nous avons lu, avec satisfaction et aussi surprise, dans le dernier numéro de l’ « Economist ». Deux articles, l’un sur la politique intérieure du gouvernement Churchill, l’autre sur la politique extérieure de M. Eden, qui coïncident avec les jugements que nous exprimions récemment ici. Articles dont la sévérité dépasse nos propres expressions.

Le premier intitulé « Moutons et Agneaux » conclut : « La tâche des ministres est de faire ce qu’ils croient nécessaire pour sauver le pays et assurer sa prospérité. S’ils se comportent en politiciens détournés par la peur de leur ligne de conduite, ils appellent l’abattoir ».

L’autre intitulé « Vendetta à Downing Street » accuse M. Eden de mener un travail de sape contre la coalition européenne, et d’avoir cherché à porter le « coup de grâce » (en français) à l’O.E.C.E. et après avoir noté que cette attitude indispose non seulement la France, l’Allemagne et l’Italie, mais aussi Washington et même Ottawa et Canberra, l’ « Economist » conclut que la politique de M. Eden n’est pas « extra-européenne, ni impériale, ni océanique, mais proprement isolationniste. Quand la pression de la menace communiste qui oblige aujourd’hui les Nations à s’associer, se sera relâchée, l’Angleterre risque de tomber entre ces cercles concentriques (Washington, les Dominions, l’Europe) et de se trouver sans un allié sûr dans le Monde ».

On ne saurait mieux dire.

 

La Déclaration Anglaise d’Assistance à l’Europe

Ce n’est pas la déclaration d’hier par laquelle l’Angleterre étend ses engagements déjà pris à Bruxelles de se porter en cas d’agression au secours des pays de l’Alliance atlantique, qui change quelque chose. Tout au plus, cette assistance mutuelle couvrira-t-elle l’Allemagne et l’Italie qui étaient d’ailleurs implicitement déjà couvertes par les textes de 1948 et de 1951. Cet engagement ne fait que mettre en évidence un changement de situation auquel il convient d’adapter les engagements anciens.

Ce que la France voudrait obtenir, c’est la garantie que l’Allemagne, une fois réarmée et incluse dans l’alliance et dans l’organisation défensive européenne, ne puisse s’en détacher pour devenir la puissance militaire d’autrefois. La promesse d’aujourd’hui semble précisément un moyen d’éluder la déclaration nouvelle et autrement importante que nous attendons de Londres. Remercions l’« Economist » dont l’indépendance fait honneur à l’esprit britannique, d’avoir pris parti sur une question aussi brûlante. Nous doutons fort toutefois que la politique de Downing Street en tienne compte, même si la fraction la plus éclairée de l’opinion pense que dans l’état grave sinon désespéré où se trouve l’Angleterre, celle-ci a besoin du concours et de l’amitié du monde entier.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1952-04-12 – La Force de l’Opinion

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Le Courrier d’Aix – 1952-04-12 – La Vie Internationale.

 

La Force de l’Opinion

 

Deux faits s’imposent à l’attention cette semaine : le succès des Travaillistes aux élections cantonales en Angleterre et le vote de confiance obtenu par le chancelier Adenauer à Bonn après la discussion au Bundestag de la politique internationale de l’Allemagne.

 

Le Débat de Bonn

Ce débat a passé presque inaperçu des observateurs, ce qui est d’autant plus surprenant qu’on s’accorde à penser que le Chancelier dont les déclarations avaient été critiques dans son propre parti et par la presse qui lui est fidèle, semblait se heurter au sentiment de beaucoup d’Allemands. Or, non seulement la discussion a été plus calme et plus académique qu’à l’ordinaire, mais le vote de confiance accordé au Chancelier a été acquis à mains levées et, fait plus surprenant encore, l’opposition socialiste a approuvé certains articles de l’ordre du jour présenté par les démocrates-chrétiens et leurs alliés.

Il se passe à Bonn quelque chose d’analogue à ce que l’on décèle au Parlement français. Une opinion dont le sentiment était mal apprécié par ses représentants a su faire pression sur ceux-ci et modifier leur état d’esprit. Les Allemands de l’Ouest se méfient des Soviets, et tout ce qui vient d’eux leur est suspect. S’ils n’ont qu’une confiance limitée dans les Occidentaux, ils n’en sentent pas moins que leur avenir et leur sécurité sont liés aux leurs. On ne peut savoir, si les Soviets s’attendaient à une réaction aussi nette. Ce qui est sûr, c’est qu’ils en tiennent compte.

 

Les Avances de Staline

Sitôt connu le vote du Bundestag, Staline a convoqué l’ambassadeur de l’Inde à Moscou, et celui-ci à la suite de son entretien avec le généralissime, a fait entendre que l’U.R.S.S. se préparait à négocier sur des bases plus larges avec l’Occident et envisagerait même avec faveur une conversation entre les chefs d’Etat, confirmant ainsi les déclarations récentes de Staline en réponse au questionnaire envoyé par des journalistes américains. Cela, joint à la publicité donnée aux discours prononcés à l’occasion de la Conférence économique qui se tient à Moscou, fait prévoir une action diplomatique soviétique dans un proche avenir.

 

Une Controverse

Walter Lippmann, toujours en désaccord avec la politique suivie par Acheson et Truman en conclut que tous les laborieux efforts de la diplomatie américaine, au cours de ces derniers mois, tant pour rattacher l’Allemagne au Bloc atlantique et former une armée européenne, que pour conclure avec elle les accords contractuels, va se révéler inutile au moment d’aboutir « comme un voyageur qui au moment où le train va partir voit s’ouvrir sa valise et ses effets se répandre sur le quai ».

Nous permettra-t-on d’être d’un avis totalement opposé ? C’est le moment au contraire, comme le veulent Adenauer et Acheson de mettre l’U.R.S.S. devant le fait accompli – ce qui n’empêche nullement de négocier, au contraire –. Les Soviets n’en profiteront pas pour se livrer à de nouvelles menaces auxquelles il serait possible de répondre et d’ailleurs que peuvent-ils faire de plus, sinon la guerre, ce qui est, pour le moment, exclu. Ils seront obligés de dire le prix qu’ils consentent à mettre pour éviter ce qu’ils craignent manifestement plus que tout : la constitution d’une armée européenne où l’Allemagne aurait une place importante. On leur demandera, non des promesses ou des signatures, mais des actes et l’on se montrera d’autant plus exigeant que les accords entre l’Allemagne de Bonn et les Alliés se seront révélés plus solides et seront sanctionnés par les Parlements respectifs des pays intéressés.

Ajourner des projets est une chose, revenir sur des accords, une autre. Le prix des Alliés est connu : paix en Corée, traité avec l’Autriche, suspension de l’aide au Viet-Minh, élections libres en Allemagne et liberté pour l’Allemagne réunifiée d’orienter sa politique extérieure selon la volonté populaire. Si ces conditions ne sont pas remplies et que les négociations échouent, cela ne fera qu’une conférence de plus pour rien après d’autres, et la guerre tiède n’en sera pas changée.

 

Un Accord est-il Possible ?

Disons tout de suite qu’à notre avis les Soviets sont trop engagés pour faire un geste d’apaisement aussi large. Sans doute ils n’ont pas d’opinion à ménager et les volte-face ne leur coûtent guère, mais ils savent aussi que la levée du rideau de fer et un recul stratégique serait le commencement d’un repli dont l’étendue ne peut être calculée. Ils sont, qu’ils le veulent ou non, prisonniers de leur politique parce qu’ils ne peuvent compter sur une action diplomatique proprement dite qui suppose un minimum de confiance entre les partenaires. Leur signature et leur parole sont sans valeur. On demande des actes.

C’est pourquoi, nous pensons une fois de plus qu’il ne peut y avoir et qu’il n’y aura jamais d’accord entre l’Ouest et l’Est. Au surplus, nous sommes dans une année d’élections générales aux Etats-Unis et Acheson et Truman dont le mandat est moralement déjà résolu ont de bonnes raisons pour laisser à leurs successeurs la responsabilité d’un engagement de la portée envisagée. Ils se prêteront aux conversations mais laisseront à leurs successeurs le soin de conclure.

 

Les Elections Cantonales Anglaises

Les élections cantonales anglaises ont donné aux Travaillistes un succès sur lequel eux-mêmes ne comptaient pas. Six mois ont passé depuis les élections générales et le revirement de l’opinion est d’autant plus net que ces élections cantonales qui d’ordinaire portent plutôt sur des questions d’intérêt local se sont faites cette fois sur des problèmes politiques. Nous avions fait prévoir que le spectre du chômage qui s’étend en Angleterre – dont d’ailleurs ni les Travaillistes ni les Conservateurs ne sont particulièrement responsables – allait provoquer dans le pays une émotion susceptible de se traduire par une vague de fond.

Nous disions que Churchill devait regretter sa victoire et qu’Attlee qui prévoyait l’événement avait été sage de dissoudre le Parlement à temps. La partie flottante de l’opinion qui s’était décidée en octobre en faveur des Conservateurs attendait de ceux-ci un changement de politique. Or, ils n’ont rien fait que les Travaillistes n’auraient fait à leur place. Sans doute, le budget de M. Butler a réduit les subventions agricoles et engagé quelques mesures d’assainissement. Mais cela n’apportent pas à la situation de l’Angleterre des remèdes adéquats. Le péril n’est pas, comme en France, d’ordre budgétaire. Le budget britannique a toujours été en équilibre et même excédentaire en temps de paix. Si la balance des paiements extérieurs s’est améliorée en mars, cette amélioration n’est due qu’à des restrictions d’importation, sources de difficultés nouvelles. On attendait de Churchill des idées neuves, un programme hardi. Un renforcement de l’austérité est le contraire d’une solution. La preuve en a été largement faite. On ne relève un pays qu’en obtenant plus de travail et en contre-partie plus de bien-être une alimentation meilleure surtout, fut-ce au prix d’une inflation passagère. Il fallait rétablir coûte que coûte les stimulants du profit, desserrer l’étau fiscal.

Après les votes de ces derniers jours, l’autorité du Gouvernement conservateur est minée. Ses adversaires ne se presseront pas de forcer sa chute, mais il ne vivra que de sursis. De plus, le regain de confiance dans la Livre, bien modeste d’ailleurs, que le retour des conservateurs avait ranimé ne tardera pas à se dissiper. La prudence voudrait qu’on s’inclinât et qu’on passât la main, que les Travaillistes mènent jusqu’au bout leur politique. Eux au moins auront l’appui des masses à moins que la faillite n’emporte tout. Mais il serait regrettable pour le monde libre que Churchill dû céder par impuissance.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1952-04-05 – Un Pas vers l’Unité

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Le Courrier d’Aix – 1952-04-05 – La Vie Internationale.

 

Un Pas vers l’Unité

 

Le conflit entre les deux mondes conduit les nations attachées par leur situation géographique, leurs idéaux et leur genre de vie à l’un des blocs, à une unification progressive. Le processus est, au moins en apparence, plus rapide dans le bloc soviétique où une autorité brutale s’impose. Dans le camp démocratique, les divergences sont plus malaisées à aplanir et les pressions plus discrètes. Malgré les difficultés politiques et surtout économiques, on progresse cependant vers l’unification. L’évolution de la politique française marque en ce moment le pas en avant le plus apparent.

 

Le Monde Arabe

Entre ces deux mondes dont la cohésion s’affirme, cet ensemble divisé et cependant solidaire qu’est le monde musulman a peine à s’orienter. Dans l’ordre idéologique, l’Islam est aussi loin de l’idéal démocratique et chrétien, que de l’athéisme totalitaire ; dans l’ordre économique, il est aussi loin du capitalisme occidental que de l’étatisme bolchévique. D’instinct, il chercherait à profiter de l’antagonisme des deux forces pour se désolidariser de l’une et de l’autre. Mais son intérêt matériel le retient à l’Occident. C’est ce qui explique l’évolution de l’Islam au cours des derniers mois que nous venons de suivre. Nous pensions que le coup d’état du roi Farouk contre le parti nationaliste du Wafd aurait des répercussions dans les autres pays musulmans en proie à l’agitation et nous en tirions bon augure pour les intérêts français en Afrique du Nord.

 

Les Trois Souverains

En effet, on ne peut qu’être frappé du parallélisme entre l’action du roi d’Egypte, celui du bey de Tunis et du sultan du Maroc. Ces souverains ont en effet soutenu l’action des Nationalistes tant qu’elle représentait l’aspiration populaire. Mais dès que les masses et les notables qui les gouvernent ont pris peur du terrorisme après les émeutes du 26 janvier au Caire et les incidents sanglants de Tunisie et du Maroc, ils ont cherché à dégager leur autorité de la dangereuse tutelle des fauteurs d’excès, qui, en définitive, deviendraient une menace pour leurs trônes.

Le bey de Tunis s’est laissé faire une douce violence pour débarquer ses ministres encombrants sans avoir à les désavouer lui-même. Le sultan du Maroc, en rédigeant personnellement un cahier de revendications présenté au président de la République Française, a enlevé l’initiative des réformes aux ambitieux de l’Istiqlal dont les idées républicaines, l’indépendance à l’égard de l’autorité du Maghzen, l’inquiétaient.

A en juger par les réactions de l’opinion, du parlement et de la presse, tant en France qu’à l’étranger, on a l’impression que ce renversement n’a pas été compris.

 

Explications

C’est pourtant simple. En dehors des masses, à des degrés divers peu évoluées, il y a, d’un côté les notables, les propriétaires, les commerçants arabes et juifs auquel l’ordre public importe avant tout. De l’autre, une poignée d’intellectuels et derrière eux, les agitateurs communistes habiles à entretenir le désordre. Au Caire, comme à Tunis et à Fez, c’est l’émeute qui a provoqué un revirement des chefs temporels et religieux. Il n’est ni accidentel ni le seul résultat d’une pression extérieure. L’avenir en montrera mieux la force. D’ores et déjà, les pessimistes ont eu tort.

 

Les Suites de la Note Russe

Dans un récent article, Walter Lippmann donne de la note russe sur l’unification de l’Allemagne, l’interprétation que nous dégagions d’une première lecture. Elle était destinée aux Allemands et non aux Alliés. Les Soviets n’ont qu’un but : provoquer la chute d’Adenauer. Le Chancelier qui a 75 ans, est assez isolé ; son autorité sans réplique a fait le vide et sa disparition amènerait une dislocation du parti démocrate-chrétien qu’aucune personne forte n’est là pour maintenir. L’action des Soviets, si elle a renforcé la solidarité des Alliés, surtout des Franco-Américains, a ébranlé la coalition gouvernementale de Bonn.

L’opposition au sein du parti démocrate-chrétien, conduite par Jakob Kaiser s’exprima en ceci : Signer les accords contractuels et souscrire au plan d’armée européenne, c’est renoncer pour un temps indéfini à l’unité allemande. Il faut ajourner tout projet d’intégration au Bloc atlantique jusqu’à ce qu’on soit sûr que la réunification pacifique de l’Allemagne est impossible.

Le chancelier, au contraire, veut hâter les choses, l’avenir de l’Allemagne pour lui est dans une solidarité totale avec l’Occident et il a pour lui l’appui américain. D’autre part, jusqu’aux élections de 1953 il est pratiquement inamovible puisqu’une majorité des deux tiers au Bundestag serait nécessaire pour le renverser.

Les Américains aussi sont pressés. Acheson, en personne, va venir à Bonn en mai signer avec Adenauer, Schuman et Eden, le traité d’accord contractuel qui rendra à l’Allemagne sa souveraineté politique et économique à peu près complète. L’accord sur l’armée européenne suivrait dans les délais les plus courts possibles, et qui, en tout état de cause, mettrait d’éventuels successeurs du Chancelier devant un fait accompli sur lequel il serait difficile de revenir.

 

Les Détours de la Politique Anglaise

On a commenté la récente démarche de M. Eden au Conseil de l’Europe : il est venu proposer à ce malheureux Conseil désemparé depuis la démission de Speak, une raison de vivre qui servirait les vues britanniques. Au lieu de s’orienter vers la constitution d’une fédération européenne, appuyée sur une constitution commune et dirigée par une autorité supranationale, Eden propose de faire du Conseil de l’Europe un organisme fonctionnel apte à coordonner les différentes institutions séparées dont la formation et en cours ou en vue : le pool charbon-acier, l’armée européenne, le pool vert, le pool des transports, etc. Il a promis dans ce cas l’appui et la participation éventuelle de l’Angleterre qui par contre ne saurait s’associer à une fédération européenne. Son projet n’a rencontré que l’opposition déclarée des Italiens et des Hollandais.

La Hollande en effet déçue par le Benelux qui n’est plus qu’une étiquette vient d’amender sa constitution pour lui permettre d’entrer éventuellement dans une fédération qui impliquerait un abandon de souveraineté. Détachée de l’association belge et détournée de la coopération anglaise par les difficultés économiques de celles-ci, la Hollande ne voit d’avenir que dans de plus étroites relations avec une Allemagne européanisée.

Les représentants français au Conseil de l’Europe demeurent hésitants. Ils ne se résignent pas à voir l’Angleterre se détacher de l’Europe, par crainte d’un tête-à-tête avec une Allemagne qui aurait recouvré toute sa puissance, crainte aussi d’un nouvel isolationnisme américain si le danger soviétique venait à s’éloigner.

Eden joue très habilement de ces inquiétudes. Au cours de l’élaboration de la réponse commune à la note soviétique, on a senti que l’Angleterre ne serait pas opposée à une neutralisation de l’Allemagne qui rendrait impossible une fédération de l’Europe ; mais devant les craintes de la France et l’opposition américaine, Eden n’a pas insisté. Mais au cas où s’engageraient de véritables négociations entre l’Est et l’Ouest, nous retrouverons la politique traditionnelle des Britanniques : l’équilibre des forces en Europe par le maintien des antagonismes économiques, politiques et peut-être même militaires.

Une fédération européenne n’est pas pour demain. Mais après les élections américaines l’année prochaine, ou en 1954, il se pourrait que les Etats-Unis qui ont en main la clef du problème lui fasse faire un pas décisif. Le jour où l’Europe aurait retrouvé sa solvabilité, où son avenir économique serait assuré, parce que la pénurie de Dollars aurait disparu, quand l’Europe par un système de fournitures financé par les Etats-Unis trouverait un débouché illimité dans l’équipement des pays sous-développés, alors disparaîtraient les rivalités actuelles des économies séparées. Le monde libre formerait la chaîne. C’est pourquoi nous disions en commençant que l’assainissement financier français dont le succès ne fait aucun doute, est une étape essentielle.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1952-03-29 – La Guerre Tiède

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Le Courrier d’Aix – 1952-03-29 – La Vie Internationale.

 

La Guerre Tiède

 

Un commentateur italien remarquait ces jours-ci qu’on accomplit de gigantesques efforts pour se préparer à une guerre qui n’aura pas lieu, alors qu’on est sans moyens efficaces pour lutter contre celle qui se déroule en ce moment, sous des formes diverses, dans le monde. Sans y prendre garde, on est encore en retard d’une guerre. On préparait avant 1939 une version nouvelle de la guerre de tranchées avec des lignes Maginot. Présentement, on envisage d’arrêter un nouveau « blitz » sous la forme d’une invasion brusquée de l’armée rouge en Europe Occidentale.

En fait, il y a en Malaisie une guerre de la Jungle, en Indochine une guérilla par infiltrations, en Corée une guerre de positions mi-diplomatique, mi-militaire, aussi épuisantes les unes que les autres pour les Occidentaux qui les subissent à 10.000 kilomètres de leurs bases. Et jusqu’ici, aucune solution n’est en vue. Bien au contraire, ces guerres menées par les communistes avec des moyens très faibles et à peu de frais, tournent lentement à leur avantage. Le terrorisme en Malaisie vide peu à peu le pays de sa valeur économique qui est essentielle pour le Commonwealth britannique, l’Indochine devient un fardeau insupportable et paralyse la France. En Corée, les Etats-Unis immobilisent à grand frais une large part de leurs forces militaires, avec, pour base, le Japon, terre étrangère, qui peut à la longue devenir hostile. Cela, sans parler de la guerre politique sous forme de propagande et de sabotages qui n’épargne ni l’Afrique, ni l’Europe, ni le Moyen-Orient, ni même les Etats-Unis.

 

Formes Nouvelles de la Guerre Tiède

D’autres formes de la guerre moderne pourraient bien, en effet, surgir un jour ou l’autre : la guerre toxicologique à laquelle nous faisions allusion samedi dernier. En ce moment on se perd en recherches aux Etats-Unis et au Canada sur de mystérieuses épidémies qui affectent les troupeaux et sur la dissémination rapide d’herbes qui empoisonnent le bétail dans les plaines du Middle-West. Ce sont sans doute des phénomènes naturels. Mais il n’est pas invraisemblable de supposer que la propagation de tels fléaux soit intentionnelle et qu’ils peuvent se manifester sous d’autres formes. Tout cela tandis qu’on construit par milliers des avions de combat et qu’on mobilise des millions de citoyens au grand dommage des budgets et du progrès économique.

 

L’Evolution de la Crise Economique

Dans le domaine économique précisément on est en train de s’apercevoir du développement d’une crise dont nous avons ici montré depuis longtemps l’approche. Les prix des grandes matières premières continuent de s’abaisser. La disette devient surabondance à peu près générale, et la surproduction est en vue. Aux Etats-Unis, où il n’était question que de lutter contre l’inflation, c’est le contraire qui inquiète ; à tel point que l’on dramatise la situation dans ce sens comme on l’avait fait dans l’autre depuis la guerre de Corée.

A notre avis, de même qu’on pouvait prévoir que la production accélérée par les hauts prix aurait vite raison de la pénurie, de même on peut affirmer que dans l’état présent de la technique, une crise économique de l’envergure de celles du passé est à exclure. Si la politique n’y fait obstacle, on a plus d’un moyen pour ramener le circuit économique à un mouvement normal après quelques frottements inévitables.

Il faudrait profiter de la déflation qui s’amorce pour assainir les monnaies et en assurer la convertibilité par un juste choix des parités, et réunir de vastes crédits internationaux pour ouvrir des débouchés industriels et commerciaux qui ne manquent pas. Quelque chose de ce genre est à l’étude à la conférence de Karachi pour le Sud-Est Asiatique de transformer la péninsule Indienne en états modernes. Le Japon, dont la concurrence commence à se faire redoutable, trouverait là un champ d’activité qui soulagerait l’industrie britannique. De même en Indonésie, l’Allemagne et l’Italie pourraient exercer une activité qui commence à se contracter, faute de marchés, et ainsi de suite. Les crédits à prévoir sont énormes, mais pas au-dessus des moyens du grand dispensateur, les Etats-Unis.

 

L’Election Présidentielle aux U.S.A.

Heureusement pour ce pays et pour le monde, le jour de l’élection présidentielle approche, ce qui permettra de nouvelles initiatives. Il semble d’ailleurs que, sauf accident, le résultat soit déjà acquis. Le général Eisenhower, et avec lui le Parti républicain prendront le pouvoir en novembre et, bien que la transmission effective n’ait lieu qu’en janvier, on présume que la politique d’Eisenhower diffère assez peu de celle de Truman pour que le passage s’accomplisse sans à-coups.

Reste à savoir si dans le Parti républicain se trouvent assez d’hommes d’envergure pour agir dans l’ordre économique et financier avec toute la hardiesse voulue, comme Marshall ou Harriman l’ont fait chez les Démocrates. Il manque, jusqu’ici à ce parti, un large sens international que les Démocrates ont récemment acquis au contact des réalités. C’est précisément dans ce domaine que les initiatives vont s’imposer.

Comment rendre au monde libre un équilibre économique qui est en train de se dérégler ? L’opinion américaine est toute hypnotisée sur la défense militaire et l’on a hâte d’en finir avec le plan Marshall et ses succédanés, alors qu’un effort beaucoup plus grand va être nécessaire sous des formes nouvelles, précisément dans l’aide économique. Il faut faire vite et voir grand, car dans ce domaine les événements vont avec une rapidité déconcertante pour les esprits habitués aux oscillations à long terme du passé.

 

Trieste

Un point névralgique de l’Europe s’est brusquement réveillé. De récentes déclarations de l’amiral Carney ont rappelé que l’Italie était pour le monde libre une position stratégique de première importance, et la diplomatie italienne, toujours habile, en a fait son profit. On sait que les trois Occidentaux avaient, avant la rébellion de Tito contre Moscou, promis Trieste à l’Italie. Depuis, Tito est devenu pour les Alliés un pion majeur dans la chaîne défensive de la Méditerranée centrale ; le dictateur yougoslave a abusé de la situation. Il s’est fait octroyer 500 millions de dollars d’aide et a pris à l’égard de l’Italie sur la question de Trieste et de l’Istrie, une position plutôt cavalière.

Les Italiens en ont eu assez et De Gasperi, à la veille des élections municipales dans le Sud, à cause aussi des dissensions dans son parti et dans la coalition gouvernementale, a jugé le moment opportun pour faire vibrer la corde patriotique. D’où les émeutes spontanées de Trieste qui ont eu pour cible ces pauvres Anglais qui ont là-bas un rôle ingrat et n’ont pas besoin d’être davantage démoralisés par des manifestations d’inimitié injustifiées. De Gasperi semble, à l’heure où nous écrivons, avoir gagné la partie en obtenant que des troupes italiennes viennent « relayer » à Trieste les forces anglo-américaines qui resteraient seulement à titre symbolique.

Solution pleine de périls, car on ne sait comment réagira Tito. Il est regrettable que des motifs de prestige et de chauvinisme désuet viennent rendre insoluble et périlleux un problème que le bon sens et la sagesse pourraient résoudre tout autrement. En réalité, Trieste et l’Istrie sont sans intérêt économique pour l’Italie comme pour la Yougoslavie. Ce grand port mourrait sous leurs dominations respectives. Trieste est le débouché naturel de l’Autriche, et en d’autres temps de toute l’Europe centrale. Voilà pour les Italiens une occasion de manifester leurs sentiments fédéralistes européens en proposant une européanisation de Trieste comme on suggère pour la Sarre. Malheureusement, Trieste est un point où les passions s’échauffent et se concentrent. Il serait temps que ce nouvel abcès soit le dernier.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1952-03-22 – Cruelle Enigme

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Le Courrier d’Aix – 1952-03-22 – La Vie Internationale.

 

Cruelle Enigme

 

Si les propositions soviétiques pour un traité de paix avec l’Allemagne n’ont pas soulevé les passions, elles ont, par contre, été abondamment et diversement commentées. Entre l’avis de ceux, comme Joseph Newman qui y voient un renversement de la politique russe analogue à l’accord Molotov-Ribbentrop de 1939, et ceux qui n’y trouvent que matière à propagande, on rencontre toutes les nuances de l’interprétation ingénieuse. Devant pareilles contradictions, il ne reste qu’à fixer les points indiscutables.

 

La Réaction Occidentale

D’abord, la note soviétique ne pouvait, comme d’autres qui l’ont précédée, avoir pour but de diviser les Alliés entre eux ou, en chacun d’eux, l’opinion nationale. Les traits essentiels de la réponse commune vont être élaborés en commun à Paris entre Schuman, Eden, Adenauer et le représentant américain Bohlen.  L’accord ne paraît pas difficile : on mettra la Russie à l’épreuve, tant sur la question du traité autrichien que sur l’admission de la Commission de l’O.N.U. chargée d’enquêter sur la possibilité d’élections libres en Allemagne, et qui attend à Berlin-Ouest la permission de franchir le rideau de fer, qui se fait attendre.

Loin d’accentuer les divergences de vues dans l’opinion française, la note les a plutôt atténuées. La perspective d’une armée nationale allemande libre de se fournir elle-même d’armes même atomiques est unanimement rejetée par les Français. Un second traité de Versailles, personne n’y souscrirait. Les communistes eux-mêmes ont jugé prudent de ne pas insister. De son côté, l’opinion allemande a été très calme, sinon réservée. Elle se méfie des Russes surtout quand ils offrent – à l’exception des provinces de l’Est – tout ce dont rêvent les Allemands. De tels cadeaux ne peuvent être que piège.

Evidemment les premières déclarations d’Adenauer à Bonn et Holstein à New-York, équivalent à une fin de non-recevoir, ont été mal accueillies par l’opinion. Adenauer, sous la pression de Jacob Keyser, a dû corriger cette impression première et poser à la Russie des conditions analogues à celles que les Alliés envisagent. Méfiante, l’opinion allemande n’entend pas cependant qu’on se refuse devant des propositions aussi nouvelles, à en étudier attentivement la portée et les chances. On ne peut que lui donner raison. Le Chancelier a été maladroit.

 

Une Suggestion

Nous nous demandons pourquoi il n’a pas saisi une occasion magnifique de faire un geste populaire et de mettre les Russes dans l’embarras. Il aurait pu montrer un feint enthousiasme pour l’offre russe et demander l’entrée immédiate en zone soviétique de délégués de tous les partis constitutionnels de la République de Bonn pour organiser sans délai des réunions publiques en vue des élections. Les Russes ne proposent-ils pas à tous les Allemands sans distinction « la liberté de parole, d’assemblée, de religion , de presse et de convictions politiques » (article 3 du texte soviétique). Nul besoin de commission d’enquête : un simple visa d’entrée pour les délégués sociaux-démocrates, libéraux, Démo-chrétiens et, en avant, meetings, tracts, journaux, discours. Nous aurions attendu avec le sourire la réponse du général Tschnkof. Il aurait été plus embarrassé que le camarade Duclos. Mais les Allemands manquent d’esprit. Notre avis est que les Russes ne se font aucune illusion sur les chances de leur projet. Le seul profit qu’ils en peuvent attendre, c’est précisément de renverser la situation politique en Allemagne occidentale et de « tomber » Adenauer. Les socialistes au pouvoir, bien des espoirs leur seraient permis.

Seconde certitude : les Alliés et le Chancelier vont, sans presser les choses, amorcer avec Moscou un dialogue préliminaire sans pour cela ralentir, bien au contraire, la réalisation des projets d’accord contractuel destinés à se substituer au statut d’occupation, et de l’armée européenne telle qu’elle a été conçue à Lisbonne. Pour renverser ces plans, les Soviets devraient payer un gros prix. Nous doutons fort qu’ils y songent.

 

Au Caire

Les événements du Caire retiennent l’attention : Hilaly Pacha a eu l’audace de faire arrêter deux des principaux ex-ministres du Wafd dont Saraj al Din, le ministre de l’intérieur naguère tout puissant. Le Wafd paraît fort ébranlé. Si Hilaly Pacha met au jour toutes les corruptions dont le parti s’est rendu coupable, il n’aura pas de peine à en détacher tous les députés qui auront reçu la promesse d’être blanchis par ses soins. De nouvelles élections permettraient alors à Hilaly d’obtenir une majorité de coalition où figureraient la moitié du parti wafdiste définitivement écarté du pouvoir par cette dislocation. Quoi qu’il arrive – et il faut être réservé sur les pronostics – l’extension nationaliste en Egypte est bien tombée. Le calme règne partout dans la rue et tous les compromis sont maintenant possibles avec l’Occident.

Voilà le fait dont les répercussions dans le monde arabe tout entier seront considérables. Elles s’étendront, peu à peu, bon gré, mal gré, du Maroc à l’Iran, en passant par la Tunisie, et cela est de bonne augure pour notre avenir et pour la Paix.

 

Lord Ismay, Secrétaire du Nato

Après de multiples tractations dont il serait intéressant de connaître les dessous, les Anglais ont enlevé le poste de secrétaire général du Nato en la personne de Lord Ismay, le chef d’état-major personnel de Churchill. On sait que Sir Oliver Franks, l’ambassadeur d’Angleterre à Washington s’était récusé – sous quelles pressions – que Pearson, le ministre canadien et Stikker le Hollandais n’avaient pas cru pouvoir accepter. Ce poste est capital. Il représente pour le Nato ce que Trygve Lie est à l’O.N.U. Lord Ismay aura à arbitrer toutes les questions qui surgiront à l’organisation Nord-Atlantique dans l’ordre politique économique et financier à l’exception des problèmes strictement militaires.

Les Anglais qui n’ont, comme on sait, pas grande sympathie pour l’armée européenne et toute forme d’intégration qui impliquerait une autorité supra nationale, vont se trouver en position de jouer les arbitres. On peut se demander si cela était bien souhaitable, et quels sont les mobiles qui ont poussé les nations associées, et surtout les Américains, à consentir à cette nomination ; sans doute l’impossibilité d’imposer leurs vues, et la nécessité d’un compromis qui venant des Anglais et garantie par eux serait susceptible de vaincre les résistances parlementaires des différents pays en cause. Cela promet des négociations difficiles. On s’y attendait.

 

La Guerre Bactériologique

Les pourparlers de Pan Mun Jon sont toujours au point mort, et ce ne sont pas les accusations de Pékin contre les Etats-Unis d’employer les armes bactériologiques qui en faciliteront la conclusion. En répétant que les Américains ont envoyé la peste en Mandchourie, les Sino-Coréens ont-ils simplement voulu exploiter la crédulité des esprits simples et donner aux victimes de l’épidémie un ennemi à maudire ?

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’affaire est mise en propagande par les communistes. On peut toujours craindre qu’ils ne répètent ces accusations absurdes pour justifier plus tard l’emploi de ces mêmes armes par eux-mêmes. Quand on se rappelle que des usines entières et intactes de divers types d’armes toxicologiques ont été trouvées en Allemagne et déménagées par les Russes en 1945, on ne peut retenir un frisson d’inquiétude.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1952-03-15 – Propagande et Réalités

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Le Courrier d’Aix – 1952-03-15 – La Vie Internationale.

 

Propagande et Réalités

 

Si les Soviets, en sept ans de vaines négociations, n’avaient pas discrédité leur diplomatie, ils auraient aujourd’hui une belle chance de diviser à leur profit le monde occidental. Présentement, les propositions de traité avec l’Allemagne qu’ils viennent de formuler ne changeront rien au cours des choses. Tout au plus, les Communistes en feront-ils matière à propagande qui, pour ne pas se dissoudre dans la monotonie, a sans cesse besoin de slogans nouveaux.

 

Les Propositions Soviétiques de Traité avec l’Allemagne

Leur plan de traité est exclusivement destiné à séduire les Allemands eux-mêmes. Les Russes offrent la réunification du pays, le retrait des forces étrangères, l’indépendance politique et économique et même une armée nationale en place d’une participation à l’armée européenne, et l’amnistie et la liberté politique pour les anciens nazis que Bonn leur refuse. Une clause malheureusement gâche tout. C’est l’obligation pour le nouvel Etat unifié et libéré de reconnaître pour définitive la frontière Oder-Neisse, ce qui laisse au chancelier Adenauer un argument décisif pour repousser l’ensemble du projet : Aucun gouvernement allemand ne signera une amputation de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse Orientale.

 

Les Elections du Sudweststadt

Les élections qui viennent d’avoir lieu dans le nouvel état du Sud-Ouest réunissant le Wurtemberg, Bade et Hohenzollern, ne laissent aucun doute sur le genre d’audience que les Soviets peuvent atteindre : 115.000 voix communistes sur trois millions : Adenauer n’aura aucune peine à convaincre son public que les offres de Moscou ne sont qu’une ruse diplomatique après tant d’autres. Il en aura d’autant moins que les élections ont été pour lui un succès inespéré. On s’attendait à un recul très vif des voix de la Démocratie Chrétienne relativement à 1949. La campagne se faisait sur le projet d’armée européenne, et l’on sait combien les Allemands d’aujourd’hui répugnent à reprendre l’uniforme.

Les Socialistes croyaient la politique du Chancelier assez impopulaire pour que leur triomphe soit assuré ; et de ce succès ils comptaient se servir pour exiger des élections générales avant la date fixée, l’été 1953. Or, l’avance socialiste sur 1949 qui marque l’apogée du prestige d’Adenauer n’a été que de 6 pour cent, chiffre d’ailleurs en recul sur l’avance obtenue en 1950. Aussi la déception de Schumacher est grande. Notons en outre que les néo-nazis n’ont eu que 2 pour cent seulement des voix, le résultat dépasse les prévisions les plus optimistes du Gouvernement en place ce qui, dans les circonstances difficiles qu’il traverse, tient du miracle.

 

La Démocratie en Allemagne

Malgré ses défauts évidents, la démocratie dans les pays évolués, même politiquement jeunes, comme l’Allemagne, réussit à traduire la réaction instinctive d’un certain bon sens populaire grâce à cette alchimie subtile qu’est la loi du nombre qui efface les mouvements individuels d’humeur, et met en évidence une moyenne réfléchie. Le même effet serait certainement apparent en France si l’on procédait à une consultation. Un gouvernement (ou ce qui chez nous en tient lieu) peut n’être pas populaire, mécontenter la majorité, et dans les urnes se trouver confirmé dans son office. Le peuple allemand, s’il n’aime guère l’occupant, s’il répugne à l’uniforme, s’il souffre de la coupure en deux tronçons de sa patrie, sait que son destin et sa foi le rattachent à l’Occident qui le protège d’une barbarie qu’il a pu voir à l’œuvre et dont aucune séduction ne peut l’atteindre.

 

Le Kremlin et les Français

Le Politbureau sait tout cela mieux que nous. On se demande même si en proposant aux Allemands de leur rendre une armée nationale, ils ne perdront pas plus de leur influence en France, qu’ils n’en gagneront outre-Rhin. Car quoi qu’ils en disent, c’est pour les communistes français un coup imprévu. Quel Français, en effet, ne réalise qu’une Allemagne indépendante, libérée de troupes étrangères et réunifiée, même si on limitait par traité le nombre de ses divisions et le calibre de ses canons, serait en position d’exercer sur la France appauvrie et désarmée une pression qui, les circonstances aidant, pourrait tourner au drame. L’armée que Moscou propose, c’est exactement celle qu’a autorisé le traité de Versailles en 1919 ; on sait ce qu’il en est advenu en 1939.

D’ailleurs, faut-il le répéter, depuis sept ans le Kremlin ne s’est jamais soucié de fortifier la propagande de ses commis français. Il les tient en piètre estime et considère, non sans raison, la France comme le pays du monde le plus imperméable à l’idéologie bolchévique. Le nombre de ses adhérents aux élections peut tromper et trompe effectivement l’étranger. On confond un esprit de classe combatif avec le goût du collectivisme.

 

Des Négociations sont-elles possibles

La proposition soviétique aura-t-elle une suite ? Après les accusations de guerre bactériologique, les Américains sont mal disposés à négocier. Ils demanderont d’abord qu’on en finisse avec le traité autrichien qui est en suspens depuis trois ans ; ils poseront comme condition préalable aux pourparlers sur l’Allemagne que les Soviets acceptent de recevoir en zone orientale la délégation de l’O.N.U. qui doit enquêter sur les conditions d’élections libres.

D’ailleurs, au moment même où les Soviets parlent, dans leur note, de rétablir le droit de parole et de réunion pour tous les partis dans toute l’Allemagne, ils viennent dans leur zone de « purger » les derniers représentants, pourtant bien dociles, des partis bourgeois indépendants, libéraux et chrétiens démocrates. Cela, les Allemands de l’Ouest ne l’ignorent pas. D’autre part, les Français ne seront guère tentés de favoriser une Allemagne qui recouvrerait sa pleine souveraineté et pour commencer la Sarre. Quant aux Anglais, la liberté commerciale d’une Allemagne réunifiée leur paraîtrait un danger suffisant pour se refuser à discuter. Reste donc l’effet de propagande en Allemagne même. Il sera nul.

Si nous nous sommes étendus sur cet événement c’est qu’il fera l’objet de toutes les conversations. En réalité, il est de peu d’importance.

 

Le Renversement de la Conjoncture Economique

Ce qui est grave en ce moment, c’est le repli économique auquel tous les pays se trouvent contraints par l’affaiblissement de la conjoncture mondiale. Les prix mondiaux des matières premières baissent ; la pénurie qui fut la conséquence de la guerre de Corée disparaît plus vite qu’on ne le pensait (nos lecteurs en avaient été avertis dès l’abord). Il y a une crise du coton, une du caoutchouc, une de la laine, d’autres suivent en chaine. L’Australie et la Nouvelle-Zélande bloquent toutes leurs importations. La pénurie de Dollars s’aggrave. Les marchés d’exportation subissent une concurrence accrue, et les acheteurs se dérobent. On ne va pas tarder à se plaindre de la baisse des prix après avoir déploré la hausse. Et celle-ci est plus malfaisante que celle-là.

Le réarmement, comme nous l’avons montré l’an passé, n’apportera qu’un remède partiel au développement excessif de la production. Fait plus fâcheux : les pays menacés de chômage vont revenir à un protectionnisme qui rendra impossible la libération des échanges et la constitution rêvée de larges espaces économiques. Le chômage reparaîtra, il sera un nouvel obstacle à la formation de l’Europe unifiée. Il se pourrait même que tous les dangers d’inflation que l’on veut combattre à grand renfort de prix ne se dissipent d’eux-mêmes, à moins que le déficit du budget n’agisse en sens inverse. De toute façon, les problèmes qui se posent ne sont plus ceux d’il y a six mois. Qu’on prenne garde de vouloir guérir un mal qui n’est plus, et qu’on n’en méconnaisse un autre qui commence.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1952-03-08 – Après Lisbonne

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Le Courrier d’Aix – 1952-03-08 – La Vie Internationale.

 

Après Lisbonne

 

Les résultats de la conférence de Lisbonne demandent réflexion. Comment expliquer que des hommes comme Acheson, Truman et Eden y voient l’aube d’une ère nouvelle susceptible de garantir au monde une paix durable et une prospérité toujours croissante, tandis que de nombreux critiques continentaux épluchant les textes d’accord et relevant les nombreux points en suspens ne trouvent qu’un protocole de pure forme où, si tous les espoirs sont permis, toutes les déceptions s’inscrivent en puissance. Comment surtout, dit-on, accorder avec les nécessités d’une défense commune les réserves expresses des parlements de Paris et de Bonn dont la ratification sera nécessaire pour que les principes posés se traduisent en réalités ?

 

Explications

On peut naturellement expliquer ces divergences d’opinion par des raisons d’intérêt politique. Truman et Acheson avaient besoin d’un succès à la veille de l’élection présidentielle pour justifier leur politique ; aussi pour obtenir du Congrès le vote des 7 milliards 900 millions de dollars que le président des Etats-Unis va demander au Congrès pour l’aide à l’Europe.

L’optimisme d’Eden peut simplement traduire le désir d’aider les Américains sans s’engager à rien, appuyer leur prestige pour obtenir en contrepartie une aide matérielle aussi large que possible, laissant à l’avenir le soin de défaire une union européenne dont les Anglais ne veulent pas.

Ces explications sont faciles et en apparence satisfaisantes, mais elles ne suffisent pas.

 

Le Point de Vue Anglo-Saxon

Cette tentative d’unir l’Europe dans un esprit de solidarité militaire, qui semble aux Européens se heurter aux réalités des situations nationales particulières où les Français voient dans l’avenir leur subordination à une Allemagne redevenue puissante, et les Allemands la renonciation pour un temps indéfini à leurs aspirations de réunification nationale, cette tentative dont les principes ont été posés à Lisbonne apparaît au contraire aux Anglo-Saxons comme la première manifestation d’un miracle, la fin possible des sanglants conflits qui ont opposé les pays d’Europe et par une contagion fatale entraîner les peuples foncièrement pacifiques d’Angleterre et des Etats-Unis dans une lutte sans merci.

L’Europe est pour eux la source des tragédies ; en admettant qu’un jour ou l’autre, la menace russe disparaisse, ces rivalités européennes pourraient revivre avec la virulence d’autrefois. C’est pourquoi le fait que Français et Allemands, malgré leurs divergences se soient accordés sur un certain nombre de points fondamentaux et aient pris des engagements qu’il leur sera difficile de renier apparaît aux Anglo-Saxons comme l’aube d’une ère nouvelle.

Les Anglais eux-mêmes souhaitent sincèrement que l’antagonisme Franco-Allemand s’apaise. Ils ne voient, certes pas sans inquiétude, la formation d’un état fédéré qui comprendrait la France, l’Allemagne et l’Italie. Ils n’y croient d’ailleurs pas. Ils favoriseraient plutôt un équilibre de forces économiques une rivalité pacifique entre ces Etats, mais nous pensons qu’ils préfèreraient encore une Europe fédérée au retour de la situation d’avant-guerre avec des armées prêtes à s’opposer à la première querelle.

Nous nous sommes étendus sur ce point parce qu’il nous paraît d’importance primordiale. Acheson et Eden sont sincères quand ils voient dans le travail de Lisbonne une date historique. L’histoire, elle, dira s’ils ont raison. Si la continuité des efforts américains n’est pas brisée par un renversement politique aux Etats-Unis même, il se pourrait qu’ils réussissent à créer entre Européens un réseau d’intérêts et d’institutions qui, sans effacer des méfiances instinctives et profondes rendrait un conflit armé entre eux impensable, amènerait en somme les Européens à se regarder entre eux comme la France regarde aujourd’hui l’Angleterre : un voisin avec qui il faut souvent jouer serré mais contre lequel, quoi qu’il arrive, on ne se battra jamais.

 

Les Evénements d’Egypte

Le conflit entre le roi Farouk et le Wafd était plus sérieux qu’on ne le supposait. L’agitation nationaliste avait pris avec les émeutes du 26 janvier un caractère révolutionnaire, et la personne du Roi était visée autant que les Anglais. L’habileté de Farouk est d’avoir profité des excès en imposant au Wafd, débordé par l’action d’éléments extrémistes dont le contrôle lui échappait, un ministère de transition en la personne de Maher-Pacha.

Contre ce gouvernement qui ne représente pas grand-chose, le Wafd d’abord désarçonné avait commencé une lutte chaque jour plus avouée. Les Anglais d’autre part, l’ordre rétabli dans la zone du Canal, n’étaient plus pressés de négocier. Les pourparlers qui devaient reprendre avaient été ajournés grâce à une indisposition diplomatique de l’ambassadeur anglais Stevenson. C’est à cette occasion que Farouk, pour retrouver un peu de popularité, choisit un dissident du Wafd, Hilaly Pacha comme premier ministre. Cette nomination représente au Caire une véritable révolution politique. Hilaly se propose d’atteindre le Wafd en mettant au jour un ensemble d’actes de corruptions et de complaisances dont le Wafd et Nahas Pacha sont responsables dans l’administration de l’Egypte. Du même coup, Farouk se place en défenseur de l’honnêteté politique et tient contre ses adversaires une arme dangereuse. Jusqu’où ira la menace ?

Le Wafd sera sans doute disposé à composer. Mettant une sourdine à l’agitation nationaliste, il laissera conclure avec l’Angleterre et les puissances occidentales un accord dont les termes, comme nous l’avons exposé, ne présentent pas de difficultés si l’on souhaite s’entendre, surtout si les Etats-Unis en sont la caution. Personne, pas plus le Roi que le Wafd, n’a intérêt à aggraver le malaise. Ils risqueraient l’un et l’autre d’être emportés par un courant populaire. Un compromis s’établira peu à peu, qui mettra d’accord, au moins pour la forme et pour un temps, le trône, le parti et les Anglais dont la participation à la défense du Canal est d’ores et déjà reconnue possible par Hilaly Pacha lui-même.

 

En Angleterre

La pénurie d’acier s’aggrave en Angleterre et l’on craint qu’il n’y ait sous peu un million de chômeurs. Churchill doit regretter sa récente victoire électorale dont il n’a pu tirer grand parti. Car si le chômage s’était produit sous un gouvernement travailliste, celui-ci ne s’en serait pas relevé puisque son succès tient essentiellement dans le maintien du plein emploi. En attendant, le parti de M. Attlee n’échappe pas à la menace de scission que nous avons maintes fois fait prévoir. Cinquante-cinq députés bévanistes ont ouvertement voté contre le programme de réarmement des Conservateurs, tandis que leurs collègues s’abstenaient. L’unité du parti brisée, on voit se dessiner un regroupement politique où la droite du Travaillisme viendrait relayer le défunt Parti libéral.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1952-03-01 – Commentaire Badin

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Le Courrier d’Aix – 1952-03-01 – La Vie Internationale.

 

Commentaire Badin

 

La Conférence de Lisbonne ne paraît pas avoir souffert des débats tumultueux du Bundestag et de la Chambre française. Autant qu’on en peut juger par les déclarations officielles, les indiscrétions officieuses, les commentaires des hostiles et des favorables, les délibérations, ne portent aucune trace des incidents poussés au drame de ces dernières semaines. Débat purement académique, disions-nous ….

 

La Méthode Indonésienne

Le cabinet Soekiman est tombé à Batavia (Djakarta). M. Soekiman avait signé avec les Etats-Unis un traité qui garantissait à l’Indonésie une aide militaire dans le cadre de l’A.M.S. (American Security Act). Voilà, dit le Parlement, notre neutralité abandonnée et le pays dans l’orbite américain. Il nous faut un ministre qui nous rende notre liberté d’action, dont le nom ne soit pas lié à de telles négociations. Mais, quant au traité, s’il est signé, on n’y peut rien ; un peuple démocratique ne renie pas la signature des ministres qu’il a choisis.

Nous avons toujours pensé que pour sauver la face, les peuples moins évolués, et particulièrement les asiatiques, s’y entendaient mieux que les occidentaux.

 

Les Résultats

Les plus apparents, ce sont les efforts d’acrobatie comptable qu’ont fait les Américains pour donner à la France le solde des 600 millions de dollars promis et les 400 autres qui s’avèrent nécessaires pour éviter la chute verticale du Franc. Il n’est pas sûr que ces artifices réussissent, car d’ici novembre, date de l’élection présidentielle, le Congrès tiendra serrés les cordons de la bourse. On compte plutôt sur l’effet moral de la promesse de Dollars que sur leur versement effectif. En tout état de cause, succès des négociateurs français.

Secundo, une formule sera trouvée pour obtenir des Anglo-Saxons une garantie morale et politique dans les formes juridiques appropriées qui empêchera un éventuel nouvel Hitler de reprendre en mains l’armée allemande reconstituée en l’arrachant au contrôle du Nato.

Tertio, une formule plus délicate est presque arrêtée permettant de dissocier, tout en les unissant le N.A.T.O. et la C.E.D., c’est-à-dire le Conseil de défense Nord-Atlantique et la défense européenne de façon que l’Allemagne faisant partie de la seconde et non de la première puise néanmoins être associée aux délibérations qui la concernent dans la première, c’est-à-dire pratiquement à toutes. On réalise que la découverte de cette formule requiert du génie.

Les Anglais – car il faut des succès pour tout le monde – en obtiennent deux. D’abord une très large participation de l’Allemagne à la fabrication des armements. Les industriels allemands gagneront de l’argent, et comme les canons ne s’exportent pas, les Anglais craindront moins la concurrence. De plus, le secrétariat général du N.A.T.O. reviendra à un Anglais Sir Oliver Franks, connu pour son attachement aux U.S.A. Cependant Paris sera préféré à Londres pour être le siège permanent de cet organisme qui groupe tant de personnes distinguées. Toute compétition sur ce point est inutile. Paris l’emporte toujours.

Enfin, les problèmes financiers du réarmement paraissent résolus. En gros, les partenaires, Allemagne comprise, payeront un peu plus qu’ils ne l’avaient proposé, mais la plus grosse part du trou sera comblé par les U.S.A.

Résultat : il y aura cette année 50 divisions en Europe qui, sans être de vraies divisions aptes au combat, ne seront plus des divisions sur le papier. Entre la chair et le papier il y a des états transitoires. Il y a même parmi elles deux divisions fantômes dont on ne sait pas si elles existent, mais qui pourraient être américaines et cachées en Angleterre. Des marines … mais, chut, les Soviets pourraient le savoir.

Qu’en pensent les Soviets ? Car enfin ce sont eux auxquels il s’agit d’en imposer. Staline a-t-il vraiment peur de 50 divisions qui, dit-on, deviendront 100 d’ici 2 ans ? C’est l’énigme.

Mais rien de tout cela n’a la valeur de ce petit fait : des officiers et sous-officiers allemands vont aller s’instruire aux Etats-Unis où ils seront rééduqués à l’américaine. Après cela, les Français pourront-ils, oui ou non, dormir rassurés ?

Celui qui a franchi l’Atlantique ne revient-il pas pacifique et démocrate ?

 

A Pan-Mun-Jon

Mais revenons au sérieux. La Conférence de Pan-Mun-Jon s’éternise : huit mois déjà que l’on cause et le mois de mars qui devait marquer l’aboutissement est bien proche. La pierre d’achoppement, c’est le refus des Américains d’accepter comme observateurs neutres, pour contrôler l’armistice, les Russes. La pierre est en effet de belle taille. Cela veut-il dire que les Communistes n’ont négocié que pour souffler ?

Bien qu’en ces matières il est hasardeux de jouer les prophètes, cela a toujours été notre sentiment, malgré l’optimisme marqué, par moments surtout, du côté américain. Les derniers événements d’Indochine, l’évacuation d’Hoa-Binh et le renforcement des Viets portent malheureusement à penser que l’effort du bolchévisme va s’intensifier en Extrême-Orient. Ne pouvant atteindre l’Occident en Europe, le théâtre asiatique s’impose.

Il est à craindre, en effet, que l’impérialisme chinois dont nous avons noté l’expression au moment des victoires de novembre 1950, ne soit activé et poussé par les Russes pour épuiser moralement, militairement et financièrement l’Occident ; celui-ci est évidemment en mauvaise posture et ne peut prendre d’initiative. Il n’y a que la solution Mac Arthur. Mais les Américains ont-ils les moyens de vaincre la Chine Rouge ? Il faudrait pour y parvenir y employer les Japonais qu’on a vaincus précisément pour les en chasser.

La guerre ne paie jamais … Elle détruit un équilibre qu’il faut des années difficiles et coûteuses pour rétablir sur d’autres bases, souvent moins solides encore. Cette évidence devrait détourner les dirigeants de songer à la guerre. Mais celle-ci a malheureusement d’autres ressorts qui sont peut-être incontrôlables …

 

En Hongrie

Ce qui nous fait penser que les Russes ne songent plus à se servir de l’Europe dans leur dessein d’expansion, c’est la tendance accentuée à sacrifier les populations des pays qu’ils occupent. La bolchévisation est poussée plus loin qu’en U.R.S.S. même. Ce sont les Hongrois qui ont le triste privilège de la pire oppression. On leur avait déjà tout pris, et ce pays essentiellement agricole est le plus affamé des satellites de l’U.R.S.S. Le parti communiste vient maintenant de décréter que, non seulement les demeures des habitants étaient propriété publique, mais que chaque occupant devait remettre aux autorités l’état détaillé de tous les objets qu’il détient. Les pires sanctions sont prévues pour les dissimulations et chacun de ces objets pourra être requis sans indemnité. Cependant certains paysans russes ont encore une vache à eux.

Evidemment, la perspective d’entrer en un tel paradis, atténue nos inquiétudes de faire partie de l’Armée Européenne telle qu’elle est décidée à Lisbonne.

 

                                                                                            CRITON