Criton – 1952-04-19 – De nouveaux Aspects de la Belligérance

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Le Courrier d’Aix – 1952-04-19 – La Vie Internationale.

 

De Nouveaux Aspects de la Belligérance

 

Après avoir abondamment préparé l’opinion à une grande action diplomatique du Kremlin, les commentateurs ne voient plus dans la note russe du mois dernier sur le traité de paix avec l’Allemagne, qu’un moyen pour les Soviets de justifier une annexion de leur zone d’occupation au système des démocraties populaires. Ce scepticisme subit est sans doute exagéré, moins cependant que l’optimisme excessif que nous avions discuté précédemment. Nous demeurons convaincus que la note russe était un sondage de l’opinion allemande. Le résultat ayant été nettement négatif, il se peut en effet que les Russes n’insistent pas. Quant à parachever l’annexion de la zone orientale, on ne voit pas ce qu’ils pourraient faire de plus. L’annexion est pratiquement chose accomplie depuis longtemps ; la proclamation d’une république indépendante constituée en nouvel état, ne changerait que des étiquettes.

 

Les Résultats de la Conférence de Moscou

On peut en dire autant de la Conférence économique qui vient de se tenir à Moscou. Le commerce entre l’Est et l’Ouest, avait peu à peu décliné, parce que le Bloc communiste avait refusé de s’intéresser aux offres qui lui étaient faites. La France en particulier – comme le rappelait une note officielle – avait publié une liste de marchandises qu’elle désirait échanger contre des produits de l’autre côté du rideau de fer, cela sans résultat. De même, les Anglais avaient en vain proposé à bas prix aux Chinois des textiles entassés à Hong-Kong.

Aujourd’hui, on publie des contrats impressionnants portant sur des trocs de l’ordre de 30 milliards de francs pour la France et l’Angleterre. Est-ce encore là de la propagande ? On sait que de nombreux accords commerciaux ont été conclus depuis 1945 par les Soviets et leurs satellites avec divers pays et qu’après un commencement d’exécution, la plupart de ces contrats ont été annulés parce que les pays de l’Est n’avaient rien à vendre de ce qu’ils avaient promis. D’où le scepticisme actuel des gouvernements intéressés. D’ailleurs, les modalités des contrats souscrits à Moscou ne sont pas établis et jusqu’ici les prix demandés par les Soviets étaient beaucoup plus élevés que le cours mondial, ce qui avait empêché les industriels de conclure, et constitué un prétexte pour leurs partenaires à rompre.

Aussi bien en matière commerciale que diplomatique, la tactique soviétique est de susciter des espoirs pour les décevoir par la suite. Il se pourrait toutefois que les Russes espèrent grâce à une intensification des échanges faire passer plus facilement en contrebande des produits stratégiques prohibés par les Etats-Unis. Il sera intéressant de faire dans un an le bilan des accords conclus à Moscou, mais les firmes en cause ne doivent pas s’abandonner à un espoir sans mélange.

 

La guerre Bactériologique

On est alarmé par la publicité donnée par les communistes, dans tous les pays, à la prétendue guerre bactériologique organisée par les Etats-Unis. Nos lecteurs savent que depuis plus de trois ans, ce thème agité sous des formes diverses, par la propagande soviétique, nous inquiète. La Radio du Vatican (à laquelle nous laissons la responsabilité de son information, mais qui d’ordinaire ne diffuse pas de nouvelles sans fondement sérieux), a donné des détails sur une épidémie de typhus qui s’est déclarée en plein hiver dans la région de Lodz en Pologne, aux environs d’une usine russe de produits bactériologiques, et les efforts de la police secrète pour empêcher la nouvelle de se répandre à l’extérieur. Sans vouloir dramatiser, il est certain qu’en cas de conflit – et même en dehors de tout conflit déclaré – il existe malheureusement des risques de voir l’arme bactériologique s’insinuer dans le vaste conflit qui angoisse le Monde.

 

Nouvelles Méthodes en Malaisie

Précisément, les Anglais – officiellement d’ailleurs – viennent de mettre à l’essai une méthode toxicologique pour venir à bout des terroristes en Malaisie. Avec des produits chimiques adéquats, ils rendent impraticables de vastes étendues de pistes par où se ravitaillent les rebelles et en répandant des hormones stérilisantes, ils s’attaquent à la végétation des zones fertiles où leurs ennemis se cachent et se nourrissent. Là où la bombe atomique, le napalm et l’obus sont sans effets sérieux, de nouveaux procédés de destruction sont adaptés à cette forme particulière de guérilla qui se poursuit dans la jungle et les rizières. Ainsi peu à peu pourrait se répandre une forme nouvelle de belligérance dont l’extension, si elle se révèle efficace, est inévitable … soit par la maladie, soit plutôt par la famine, des peuples pourraient être à la merci d’une minorité qui profiterait d’une panique pour s’emparer du pouvoir. De quels antidotes dispose-t-on ? On demande à voir.

 

La Politique anglaise jugée par l’ « Economist »

Nous avons lu, avec satisfaction et aussi surprise, dans le dernier numéro de l’ « Economist ». Deux articles, l’un sur la politique intérieure du gouvernement Churchill, l’autre sur la politique extérieure de M. Eden, qui coïncident avec les jugements que nous exprimions récemment ici. Articles dont la sévérité dépasse nos propres expressions.

Le premier intitulé « Moutons et Agneaux » conclut : « La tâche des ministres est de faire ce qu’ils croient nécessaire pour sauver le pays et assurer sa prospérité. S’ils se comportent en politiciens détournés par la peur de leur ligne de conduite, ils appellent l’abattoir ».

L’autre intitulé « Vendetta à Downing Street » accuse M. Eden de mener un travail de sape contre la coalition européenne, et d’avoir cherché à porter le « coup de grâce » (en français) à l’O.E.C.E. et après avoir noté que cette attitude indispose non seulement la France, l’Allemagne et l’Italie, mais aussi Washington et même Ottawa et Canberra, l’ « Economist » conclut que la politique de M. Eden n’est pas « extra-européenne, ni impériale, ni océanique, mais proprement isolationniste. Quand la pression de la menace communiste qui oblige aujourd’hui les Nations à s’associer, se sera relâchée, l’Angleterre risque de tomber entre ces cercles concentriques (Washington, les Dominions, l’Europe) et de se trouver sans un allié sûr dans le Monde ».

On ne saurait mieux dire.

 

La Déclaration Anglaise d’Assistance à l’Europe

Ce n’est pas la déclaration d’hier par laquelle l’Angleterre étend ses engagements déjà pris à Bruxelles de se porter en cas d’agression au secours des pays de l’Alliance atlantique, qui change quelque chose. Tout au plus, cette assistance mutuelle couvrira-t-elle l’Allemagne et l’Italie qui étaient d’ailleurs implicitement déjà couvertes par les textes de 1948 et de 1951. Cet engagement ne fait que mettre en évidence un changement de situation auquel il convient d’adapter les engagements anciens.

Ce que la France voudrait obtenir, c’est la garantie que l’Allemagne, une fois réarmée et incluse dans l’alliance et dans l’organisation défensive européenne, ne puisse s’en détacher pour devenir la puissance militaire d’autrefois. La promesse d’aujourd’hui semble précisément un moyen d’éluder la déclaration nouvelle et autrement importante que nous attendons de Londres. Remercions l’« Economist » dont l’indépendance fait honneur à l’esprit britannique, d’avoir pris parti sur une question aussi brûlante. Nous doutons fort toutefois que la politique de Downing Street en tienne compte, même si la fraction la plus éclairée de l’opinion pense que dans l’état grave sinon désespéré où se trouve l’Angleterre, celle-ci a besoin du concours et de l’amitié du monde entier.

 

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