Criton – 1952-12-07 – Echec aux Politiciens

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Le Courrier d’Aix – 1952-12-07 – La Vie Internationale.

 

Echec aux Politiciens

 

Si les élections en Sarre qui donnent aux partisans de l’autonomie du territoire et de son rattachement économique à la France, une majorité de deux contre un, ne sont nullement une surprise, on peut dire qu’elles ont rendu l’espoir, un moment en doute, d’un accord Franco-allemand sur les bases fixées par Schuman et Adenauer. La position de notre ministre est considérablement renforcée en face d’une opposition récemment déchaînée. Le Chancelier de Bonn aura moins de peine à faire accepter un compromis après l’insuccès de la propagande germanique auprès des Sarrois.

Nous n’avons pour notre part jamais douté qu’un accord franco-allemand dût, tôt ou tard, intervenir. Une irrésistible pression des faits politiques et économiques l’imposera. Mais il faudrait précisément que ni les Français, ni les Allemands n’aient le sentiment qu’ils se plient à l’inéluctable et que ce soit une satisfaction plutôt qu’une résignation, cela paraissant impossible le mois dernier, beaucoup moins depuis dimanche.

 

La Fin de la Démocratie

Mais la nomination du syndicaliste Durkin comme celles d’autres ministres chefs d’industries ou banquiers marque la résolution d’Eisenhower d’enlever aux politiciens professionnels le monopole du gouvernement.

Si cette réforme s’établissait, ce serait une véritable révolution dans la démocratie. On voit, en France par exemple, ce que représente le contrôle de plus de quarante pour cent du revenu national et d’un bon tiers des rouages industriels par des politiciens de profession, tantôt législateurs et tantôt ministres, et toujours soumis aux coalitions d’intérêts qui les ont portés au pouvoir. C’est là le vice fondamental de la démocratie. S’il y avait incompatibilité entre la fonction ministérielle et celle de parlementaires, la démagogie perdrait la plus grosse part de sa malfaisance. La fonction ministérielle devrait appartenir à des personnes qui se sont qualifiées par leurs talents d’administrateurs dans une carrière publique ou privée, et non à des rhéteurs incompétents poussés par les comités électoraux.

Tel est bien le sens des décisions d’Eisenhower. Il ne se fait pas d’illusion sur les résistances qu’il va rencontrer, et la lutte avec le Congrès s’annonce âpre. Il ne peut les vaincre que par des succès politiques à l’extérieur et à l’intérieur, ce qui paraît possible, mais non point aisé.

 

La Conjoncture

L’Administration démocrate, en effet, a laissé le pays dans une situation florissante. La conjoncture économique est à un sommet. La bourse de New-York cote des cours record depuis 22 ans. Pas le moindre signe de crise économique, pas d’indice d’une décadence prochaine du système de la libre entreprise sur laquelle le marxisme léninisme avait misé. Il convient d’ajouter que le progrès économique est actuellement général dans le Monde libre, sauf en France où l’arrêt de l’inflation et la surévaluation de la monnaie ont causé quelques difficultés.

On ne voit pas ce qu’une nouvelle direction des affaires aux Etats-Unis peut ajouter à cet état de choses, sinon de continuer à le favoriser. Il serait téméraire de prévoir que l’expansion économique actuelle du Monde libre peut s’accomplir sans heurts, sans tout au moins des fluctuations. Elle en aurait même besoin pour s’affirmer et conserver quelques stimulants. Malheureusement, sous la pression communiste toujours menaçante, le système d’économie libre ne peut se permettre aucune défaillance, aucun flottement  ce qui l’obligera à composer avec une autorité dirigeante. Le succès dépend de l’accord entre les deux puissances, de la clairvoyance de l’une, de la sagesse de l’autre.

 

La Conférence du Commonwealth

Ces jours-ci s’est ouverte à Londres la Conférence des Ministres du Commonwealth ; réunion d’une grande importance puisqu’on va discuter du sort de la Livre et des relations du bloc Sterling avec la zone Dollar et le reste du Monde libre. Elle s’ouvre sous de meilleurs auspices qu’on ne pouvait le prévoir il y a quelques mois. Ce qui prouve, une fois de plus, comme il est difficile d’escompter l’évolution économique même à courte échéance.

La balance des comptes britanniques, catastrophique il y a quelques mois, s’est redressée et cela bien que le volume des exportations et leur valeur ait fléchi et que les restrictions d’importations n’aient pas joué autant que le Chancelier de l’Echiquier se l’était proposé. Devant cette contradiction, on est amené à conclure que ce sont des facteurs psychologiques qui ont joué. Le redressement anglais est fait un peu de la confiance que le Gouvernement conservateur a su rendre aux milieux des affaires dans le monde, mais cela n’aurait pas suffi à impressionner la balance des comptes. On a senti qu’une évolution décisive s’était faite dans l’esprit des dirigeants américains, qu’ils soient démocrates ou républicains. Une lutte monétaire ou le simple abandon des monnaies au jeu des forces naturelles et qui aboutirait à une véritable élimination de celles-ci par le Dollar serait pour le Monde libre une catastrophe et pour les Etats-Unis la plus dangereuse des tentatives de puissance.

Les Américains ont compris qu’ils avaient intérêt à ne pas écraser le monde de leur suprématie financière et qu’ils avaient besoin pour assurer leur propre prospérité d’établir un équilibre durable avec un concurrent de la taille du bloc britannique et d’assurer le libre fonctionnement d’autres systèmes monétaires que le leur. La nomination du grand banquier new-yorkais Aldrich comme ambassadeur à Londres, qu’Eisenhower vient d’annoncer, achève de préciser cette évolution.

Comme nous l’avions dit cet été, ce que nous appelions le Plan Truman, revu et modifié par la nouvelle Administration entrera en 1953 en application progressive. Il vise à l’harmonisation des échanges entre les différents groupements économiques du monde et à une stabilité et convertibilité des monnaies qui les supportent. La liberté du monde, si ces objectifs étaient atteints par étapes reposerait sur de solides assises.

 

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