Criton – 1952-09-06 – Fin d’Été

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Le Courrier d’Aix – 1952-09-06 – La Vie Internationale.

 

Fin  d’Été

 

Cet été que certains prévoyaient si troublé a été le plus calme que nous ayons connu depuis longtemps. On a beaucoup travaillé. Quant à la rivalité des deux mondes, elle est restée au point mort et probablement y demeurera.

 

L’Orientation des Soviets sur l’Allemagne

Il y a bien eu une note soviétique sur l’Allemagne, mais on ne prend plus cela au sérieux. Les politiciens eux-mêmes n’en font plus un usage électoral. Y aura-t-il cet automne un nouveau « Palais Rose » ? On sait que le dialogue est inutile cependant, si discréditée qu’elle soit, la diplomatie Soviétique demeure redoutable, non pas dans le cercle des chancelleries, mais dans les parlements et sur la place publique. Son but aujourd’hui est d’empêcher la ratification des accords contractuels avec l’Allemagne de Bonn et la formation d’une armée européenne.

En France, elle a deux puissants alliés, ses communistes et l’extrême-droite. Des sondages ont été faits même à l’échelon ministériel pour amener la France à lier sa politique allemande à celle de l’U.R.S.S., c’est-à-dire perpétuer la coupure de l’Allemagne en deux et neutraliser militairement les tronçons.

Les Soviets n’ont jamais eu d’autre but : faire de l’Allemagne orientale un satellite et si possible, avec le temps, gagner l’occidentale au communisme ou tout au moins obtenir une évacuation militaire qui mettrait pratiquement les Américains hors d’Europe. Pour cela, puisqu’il n’est plus question de recourir à la force, l’accord de la France est indispensable. En évoquant le péril allemand, en offrant un démembrement permanent de ce pays, on trouvera toujours beaucoup d’auditeurs en France. Comment cependant les Soviets concilieront-ils cette manœuvre avec leur propagande en faveur de la réunification de l’Allemagne ?

On le saisit déjà dans leur note récente : il y aura deux gouvernements allemands qui harmoniseront leurs politiques et tendront à fusionner. Les Soviets n’ont pas peur de la contradiction, et la propagande trouve toujours une formule.

 

La Question Sarroise

C’est devant ces suggestions soviétiques encore voilées mais facilement discernables qu’Acheson et Truman cherchent, avant l’élection du 4 novembre, de réaliser leur programme d’unification européenne. Pour ce qui est de l’Allemagne, tout dépend de la solution du problème sarrois. Aussi, M. Donnelly multiplie-t-il ses démarches auprès d’Adenauer et de Schuman afin de trouver une formule médiative. L’accord sur la Sarre fait, l’Europe est en marche. La Sarre européanisée devient et le berceau du nouveau monde, et le symbole de la Paix Franco-Allemande. Cela est-il possible ? Les délais sont un peu courts, ce genre de projet a besoin de mûrir ; il faut que l’opinion s’y intéresse, qu’il devienne familier. C’est dans les semaines qui viennent une très grosse partie qui va se jouer. A tout prendre, nous pencherions pour le succès. Mais ce n’est qu’un pronostic.

 

Le Sauvetage de la Livre

De toutes les nouvelles qui mériteraient une étude, la plus importante concerne le sauvetage de la Livre Sterling. Après la nouvelle hémorragie de ce mois, 44 millions de dollars malgré les restrictions d’importations, la monnaie anglaise ne peut plus attendre. Bien que le Gouvernement Truman ne puisse pas prendre de décisions, le plan que l’on prépare à Washington pour éviter la faillite de l’Angleterre a reçu par avance l’approbation de la future administration.

Le fait qu’on en laisse complaisamment publier les modalités contribue au soutien de la devise en péril. Les Américains savent qu’en dehors de graves conséquences politiques qu’aurait une chute du Sterling, elle provoquerait aussi une restriction catastrophique des échanges commerciaux internationaux déjà fort réduits du fait des crises du Franc et de la Livre. On paraît s’orienter vers l’établissement de contrats à long terme d’achats de « commodities » qui garantirait au Bloc Sterling un revenu en Dollars évaluable par avance et sur lequel les échanges pourraient s’équilibrer, cela sans préjudice d’un prêt considérable analogue à celui de 1945, mais selon des modalités différentes, sous forme de fonds de soutien. Cela suffira, sinon matériellement du moins moralement, espère-t-on.

 

Le Rapport Draper

Enfin, le rapport Draper est venu souligner la nécessité pour les Etats-Unis d’ouvrir leurs portes aux marchandises européennes. Déjà le « Cheese Act » est pratiquement aboli. Truman a maintenu l’importation des montres suisses.

Cependant, quel que soit le degré de libéralisation des échanges et de l’abaissement des tarifs douaniers américains, le trou en Dollars ne sera pas pour cela comblé. Il faudra faire mieux, surtout si le programme d’armement se ralentit parce que l’on renoncera à la production massive d’armes dont l’efficacité serait de trop courte durée.

En tous cas, on peut être assuré que la crise des monnaies européennes sera surmontée coûte que coûte. Naturellement, le Commonwealth, la France, l’Italie continueront à vivre difficilement et sur de brèves échéances, mais il n’y aura pas de drame spectaculaire, c’est ce que nous avons toujours écrit ici. Reste néanmoins que seule l’Angleterre, à moins de réformes profondes ne pourra jamais retrouver une vraie solvabilité.

 

La Campagne pour la Présidence

La campagne électorale aux Etats-Unis commence à s’animer. Le gouverneur Stevenson a pris un meilleur départ qu’Ike qui déjà dans sa lutte contre Taft avait au début déçu. Aujourd’hui, comme hier, il faut bien que le public se passionne et qu’il ait le sentiment que les jeux ne sont pas faits. D’ailleurs, le Parti démocrate a de sérieux appuis et n’était la personnalité d’Eisenhower, les Républicains seraient encore battus, semble-t-il, car il y aura près de 100 millions d’électeurs dont à peine plus de la moitié votera effectivement. Comment sonder cette mer ?

 

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