Criton – 1951-12-29 – 1952

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Le Courrier d’Aix – 1951-12-29 – La Vie Internationale.

 

1952

 

Ministres responsables et chroniqueurs s’accordent pour estimer que 1952 s’ouvre sur des perspectives moins sombres que 1951 : la puissance militaire de l’Occident s’est accrue, le potentiel soviétique, tant moral que matériel, a visiblement déclinée ; l’équilibre des forces tend à s’établir et déjà l’on voit en France les esprits chagrins de notre plus grand quotidien s’inquiéter des périls d’un excès de vigueur dans le camp occidental ; qu’ils se rassurent ; il y aura toujours assez de division dans les démocraties pour paralyser une action trop hardie.

 

L’Attitude Diplomatique Américaine

On ne saurait accuser les Etats-Unis de parler en maîtres. A l’O.N.U. ils ont reçu avec sérénité les tombereaux d’injures de Vichinsky. Dans les affaires d’aviateurs égarés ou de journalistes expulsés, ils ont cédé au chantage ; en Corée, ils se résignent au massacre de leurs prisonniers et à toutes les combinaisons dilatoires des Chinois. Nous ne sommes plus au temps où un coup d’éventail provoquait une guerre. Les crocheteurs ont fait leur chemin en diplomatie comme ailleurs. On ne voit pas Truman ou Eisenhower, les deux candidats dont le succès est possible l’an prochain, préparer et déclencher une guerre préventive. Il faudrait qu’elle leur soit imposée.

 

Pour l’Unification de l’Europe

Si dans la lutte diplomatique les Etats-Unis ne se dérobent pas aux humiliations, ils sont par contre très fermes dans leur volonté d’organiser, selon leurs plans, L’Europe et l’Armée atlantique. Churchill dans son dernier discours a prévenu les Anglais qu’ils ne s’attendent pas à beaucoup de résultats de son voyage à Washington. L’Amérique veut faire l’Europe. Pourquoi ?

Les Etats-Unis, comme l’univers des physiciens, sont en expansion permanente et croissante ; leur prospérité future suppose un monde lui-même prospère et ouvert aux échanges. Non pas, comme on veut le faire croire, que leur intérêt soit de contrôler l’activité des entreprises des autres nations. Ce serait de leur part une erreur. Il suffit que le plus grand nombre de pays jouisse d’institutions politiques, d’un système de crédit, et de pratiques commerciales qui s’accordent avec les leurs. Une certaine unité morale et économique du monde libre est nécessaire pour que la machine ne soit pas grippée.

Sur le plan militaire, le but d’Eisenhower n’est pas de créer en Europe une armée dotée de grands moyens, ou même capable d’équilibrer la force soviétique. Il suffit d’une puissance qui ne soit plus symbolique, mais effectivement capable d’arrêter une poussée des Rouges vers la mer en attendant l’emploi d’autres moyens pour les faire reculer. Cette force sera à peu près constituée d’ici l’été : 25 divisions, la plupart en état. Tout confirme d’ailleurs que du côté soviétique, aucune concentration de troupes n’est envisagée avant cette date.

 

L’Avenir de la Paix

Est-ce à dire que la paix est assurée ? Un fait fondamental demeure : l’Europe telle que l’a faite l’expansion soviétique n’est pas viable et ne demeurera pas longtemps telle qu’elle est.

Si l’Europe du Traité de Versailles, qui était moins impossible que celle de Postdam, n’a duré que vingt ans, l’Europe actuelle n’ira pas jusque-là. La libération ne se fera pas sans secousses, sans convulsions même. Mais elle n’entraînerait une guerre totale que justement dans le cas où la puissance des deux mondes serait équilibrée, où par conséquent les Russes pourraient faire la guerre sans la certitude la perdre. Car ce n’est que par un déséquilibre manifeste, une surpuissance écrasante du monde atlantique, que le bolchévisme peut refluer sans crise majeure.

Ce reflux peut se faire de lui-même par le simple jeu psychologique des opinions. Dans le monde arabe, par exemple, l’évolution des forces est aussi sensible que celle d’un thermomètre. Dans les pays jaunes aussi, quoique de façon moins immédiate. Le monde se groupera autour du plus fort quand cette force sera perceptible, sans qu’elle ait à se déployer, par une sorte de contagion du prestige, contagion qui au lendemain de la guerre a tant servi le bolchévisme. Tout l’art des dirigeants consistera à rendre visible cette puissance sans l’exercer brutalement.

 

En Egypte

Excellent exemple de cette évolution – l’affaire d’Egypte. Le coup de théâtre d’hier : le roi Farouk nomme comme chefs de sa maison et de sa diplomatie les deux anciens ambassadeurs à Londres, partisans, l’un et l’autre, de la conciliation avec l’Angleterre.

Nahas Pacha et le Wafd reçoivent un coup dont ils auront peine à se remettre. Pourquoi, sinon parce que l’Egypte n’a pu trouver dans son action aucun appui extérieur. L’U.R.S.S. n’a rien à offrir, et les pays arabes se sont montrés réservés sinon réticents. Une maladresse de plus fut de soulever à l’O.N.U. la question marocaine, et pire encore, d’essayer de faire échec à la proclamation d’un arabe, Idriss el Senoussi, à la tête d’un état arabe indépendant – au moins en principe – la Lybie.

Il est évident que l’Angleterre seule n’aurait pas eu la partie facile en Egypte. Mais la solidarité occidentale a joué, et surtout l’influence américaine. Le seul résultat d’une guerre sainte contre les Anglais eut été d’amorcer en Egypte un soulèvement révolutionnaire. Encore quelque patience et l’on verra rentrer dans l’ordre un pays qui y a intérêt plus que tout autre.

 

En Perse

C’est aussi le Palais, en l’espèce le Shah et sa mère, qui pourrait aussi jouer le rôle décisif en Perse. Là encore, faute d’appui soviétique, un compromis avec l’Occident est la seule issue. La preuve est faite que le monde peut rouler sans le pétrole persan, mais la Perse ne peut payer ses fonctionnaires sans le prix de ce pétrole. Quels épisodes seront encore nécessaires pour que la situation se retourne ? Ce sera plus délicat qu’en Egypte où l’on est toujours content, au fond, d’éviter les grands risques ; les passions xénophobes en Iran s’apaisent moins aisément.

 

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