Criton – 1953-05-02 – Solidarité du Monde Libre

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Le Courrier d’Aix – 1953-05-02 – La Vie Internationale.

 

Solidarité du Monde Libre

 

Après deux semaines de réflexion sur l’offensive de paix soviétique, les commentateurs qui croyaient déjà à une négociation étendue entre l’Est et l’Ouest se demandent s’il ne s’agit pas d’une manœuvre tactique destinée à distraire l’opinion des graves événements du Laos. C’était pourtant, comme nous l’avons dit, l’hypothèse la plus vraisemblable. De même, la nécessité d’internationaliser le conflit indochinois qui nous semblait inéluctable devant l’importance des moyens que les Chinois et les Russes ont mis à la disposition du Vietminh a été, nous dit-on, l’objet des entretiens du ministre américain Foster Dulles et de ses partenaires français.

 

Internationaliser le Conflit Indochinois

Si en effet, la France avait pu jusqu’ici faire face à une lutte de positions à l’intérieur du Vietnam proprement dit, elle n’est pas en mesure de s’opposer seule très longtemps à une offensive de grande envergure où les Viets ne sont que l’instrument de la poussée chinoise vers le golfe du Siam.

L’enjeu de la lutte dans le Sud-Est asiatique est, comme nous l’avons montré, trop grave pour le monde libre pour que les Etats-Unis acceptent une défaite occidentale dans ce secteur. Et pour que leur intervention soit efficace, le recours à l’O.N.U. est indispensable. Nous savons quelles fâcheuses conséquences cette solution peut avoir sur notre position en Extrême-Orient. Mais nous n’avons pas le choix. Une capitulation ou une défaite militaire étendue serait infiniment plus grave pour l’avenir de l’Union française et l’indispensable cohésion du monde libre en face de l’agression serait si ébranlée qu’une guerre généralisée serait seule capable de la rétablir.

 

L’Impérialisme Chinois

Les observateurs aussi bien que les politiques n’avaient pas jusqu’ici mesuré les ambitions de l’impérialisme chinois. Ils avaient pourtant pu voir à l’œuvre les Japonais dont l’audace et la présomption avaient porté les armes de Pearl-Harbour jusqu’à Singapour et Batavia. Mac Arthur seul, qui était sur place, avait vu juste et nous avons répété que tôt ou tard les Américains, s’ils ne veulent perdre la direction du monde, devront faire pour les Chinois ce qu’ils ont fait pour les Japonais. On n’abandonne pas au péril jaune la part du feu.

 

La Politique Intérieure de Moscou

Les récents événements, comme la publication par la « Pravda » de Moscou du texte intégral du discours du président Eisenhower, justifient la distinction préalable que nous avions faite entre l’aspect intérieur des changements intervenus après la mort de Staline en U.R.S.S., changements qui sont réels et profonds, et l’aspect extérieur, l’offensive de paix menée par les mêmes hommes qui dirigent la politique extérieure soviétique depuis la guerre, Molotov et Vichinsky, et qui est simplement un changement de tactique dans la conduite de la guerre froide. De ce côté, répétons-le, pour qu’il y ait changement, il faudrait que les hommes changent. Ce qui n’est pas le cas jusqu’ici.

 

La Nouvelle Méthode de l’Information

Une chose apparaît clairement, à l’écoute de la radio et à la lecture des journaux russe, c’est que la mort de Staline a été un profond soulagement dans toutes les sphères dirigeantes d’U.R.S.S. Le mythe stalinien s’est dégonflé de jour en jour. A peine mentionne-t-on son nom comme une idole du passé, pour le rattacher aux gloires historiques de l’éternelle Russie.

Ce qui est nouveau, inattendu et surprenant c’est que le peuple russe est maintenant informé, on ne saurait dire avec objectivité mais sans les grossières déformations habituelles, sur ce qui se passe à l’extérieur. A titre d’exemple, le compte-rendu de Radio-Moscou sur les élections municipales françaises était parfaitement exact, et si l’accent était mis sur quelques succès communistes, celui des autres partis était chiffré  d’après les statistiques françaises. La publication du message Eisenhower est un fait inouï et sans précédent pour qui  suit la politique soviétique depuis toujours. Le peuple russe sera en mesure de réfléchir sur des données précises, et si son opinion ne compte guère, elle n’en fera pas moins son chemin.

Reste cependant le brouillage des émissions américaines en langue russe. Il faut dire en toute impartialité qu’elles sont trop polémiques et plutôt destinées à des partisans hostiles au régime qu’à des citoyens soviétiques qui demeurent en politique internationale vaguement solidaires de leur gouvernement. L’exposé de la vérité demanderait un autre ton et d’autres arguments. On oublie trop que des peuples peu évolués comme le Russe, et plus encore le Chinois, ont un sentiment national violent, et que le succès de leurs gouvernants quels qu’ils soient, les exaltent, que, même ceux qui souffrent suivront plus volontiers un communiste vainqueur qu’un tsar abattu. Il y a là un instinct primitif que la force subjugue. Nos conceptions démocratiques n’ont aucune chance de prévaloir contre cela.

 

La Conférence de l’O.T.A.N. à Paris

Les résultats de la Conférence de l’O.T.A.N. à Paris ont été très satisfaisants. Le réarmement extensif de l’Europe avec des effectifs sans cesse accrus n’était plus compatible avec la santé économique plutôt chancelante des principales nations, France et Angleterre en particulier. D’autre part, la stratégie atomique, comme il était évident depuis longtemps, ne nécessitera plus une infanterie aussi nombreuse, en Europe du moins, mais plus de techniciens. Les Etats-Unis ont fait dans ce domaine des progrès de géant qui dépassent – si l’on ose employer ce mot – les espérances les plus optimistes et quoiqu’en ait dit Eisenhower, l’avance américaine sur les Soviétiques, loin de diminuer, n’a cessé de croître. C’est la seule raison, mais elle est péremptoire, pour laquelle la paix en Europe n’est pas menacée. C’est aussi pourquoi la poussée communiste s’exerce en Asie, parce que l’arme atomique est inefficace dans la jungle.

On va donc commencer en Europe des exercices de manœuvre atomique à la lumière des enseignements des expériences récentes dans le désert du Nevada. Grâce à ces nouvelles conceptions, la charge financière du réarmement, si elle demeure lourde, n’ira pas en dévorant de plus en plus les budgets déséquilibrés des nations européennes.

 

L’Alignement des Monnaies

Par ailleurs, des progrès ont été réalisés en marge de la Conférence pour assurer dans un avenir pas trop lointain l’équilibre sinon la convertibilité des monnaies menacées. D’ici l’automne, un nouveau taux de change fixera les parités des devises européennes à un niveau qui permettra, si des mesures d’assainissement budgétaire sont prises en même temps, d’asseoir le commerce international sur des bases moins arbitraires et chancelantes. Par contre, il ne semble pas que le protectionnisme américain se laissera facilement entamer. Les Anglais livrent en ce moment sur ce point aux Etats-Unis une sorte de guerre froide qui n’est d’ailleurs pas nouvelle. Ils préfèrent faire cavalier seul que de se plier aux exigences d’une solidarité atlantique en matière économique. Le refus de s’associer à l’accord international du blé en est une des manifestations. L’Angleterre de MM. Butler et Churchill n’est cependant pas en meilleure posture que celle d’Attlee et de Cripps. Un remarquable redressement psychologique a été réalisé, mais les statistiques ne suivent pas. Et ce sont elles qui ont tôt ou tard le dernier mot.

 

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