Criton – 1952-09-27 – Lutte pour l’Europe

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Le Courrier d’Aix – 1952-09-27 – La Vie Internationale.

 

Lutte pour l’Europe

 

En l’absence de grands événements, c’est la visite de De Gasperi à Bonn qui prête à commentaires. A la différence des entretiens d’autrefois qui avaient abouti à l’axe Rome-Berlin, la nouvelle amitié politique germano-italienne n’est pas dirigée contre la France. Depuis Napoléon III, les relations franco-italiennes n’ont jamais été aussi bonnes, et le voyage de De Gasperi ne porte pas ombrage au Quai d’Orsay. Au contraire, entre Adenauer et les Ministres de France et d’Italie, il y a communauté de vues et ils se heurtent tous trois aux mêmes adversaires : les sociaux-Démocrates en Allemagne, les Socialistes Français, le Nennistes Italiens, sans parler bien entendu des communistes, à gauche. A droite, le Néo-nazisme allemand qui risque en ce moment de se souder à un vaste groupement nationaliste dominé par le parti Allemand actuellement incorporé à la coalition gouvernementale. En Italie, le Néo-fascisme redevenu puissant sous l’étiquette de Mouvement social Italien. En France enfin, le vieux nationalisme intégral qui a passé de la défunte Action Française au Gaullisme orthodoxe et militant. Ce sont ces forces conjuguées qui s’opposent à la formation de l’Europe à laquelle travaille la Démocratie Chrétienne.

 

La Position de l’Italie

La position de l’Italie dans les projets d’unification européenne est la plus avancée. De Gasperi voudrait qu’on instituât une autorité politique européenne supra-nationale avant même de réaliser la communauté de défense. Partisans de l’européanisation de la Sarre, il passe pour être le médiateur entre la France et l’Allemagne sur ce problème capital.

La visite de De Gasperi pourrait avoir aussi un autre but : celui de montrer à une certaine opinion française qu’à défaut d’une collaboration franco-allemande, une entente germano-italienne directe pourrait s’établir, dont la prépondérance en Europe ne tarderait pas à s’affirmer. Cette forme indirecte de pression ne pourrait que faciliter la tâche de M. Schuman à la veille de la ratification des accords passés par la France avec Bonn.

Autour de cette approbation des accords contractuels et de la communauté de défense va se livrer à Paris la plus sérieuse lutte politique que l’Europe ait connue depuis la capitulation de l’Allemagne. De l’issue de ce prochain débat dépend l’avenir de l’Europe. On conçoit que les trois ministres ne négligent rien pour l’emporter.

 

Belgrade

Un second cercle d’intérêt se concentre à Belgrade. M. Eden est allé voir Tito et l’a invité à Londres. Episode après d’autres de la lutte courtoise et acharnée que se livrent Anglais et Américains pour le commandement en Méditerranée. De cette rivalité Tito ne manque pas de profiter comme les Grecs l’ont fait récemment. Les balkaniques excellent à ce jeu dont ils ont tiré l’existence et une relative indépendance depuis plus de cent ans. Tito ne peut se soustraire à la pression américaine ; sans l’aide des Etats-Unis il aurait inexorablement sombré sous le flot des difficultés économiques. Néanmoins, les Anglais si mal en point qu’ils soient, ont fait à la Yougoslavie des cadeaux non négligeables et l’aideront au besoin sur le terrain politique à ajourner une explication avec l’Italie.

Londres a toujours cherché à affaiblir l’Italie à cause de Malte et de Chypre, tant en Méditerranée où elle l’a évincée en Lybie qu’en Mer Rouge où elle l’a éliminée d’Erythrée. La solution du problème de Trieste n’apparaît pas urgente à M. Eden. D’autre part, le Maréchal Montgomery est en Turquie. La présence anglaise n’a cessé de s’exercer en Méditerranée orientale. Les missions anglaises ont immédiatement suivi les américaines, en Turquie comme en Grèce et peut-être avec quelques succès.

 

En Egypte

Cela paraît être aussi le cas au Caire où comme nous l’avons vu, la position de Naguib n’est pas défavorable aux intérêts britanniques. Ne voit-on pas le dictateur égyptien envoyer à Londres les officiers de son armée pour s’initier aux armements modernes. Comme on le devinait, Naguib a surtout en vue la constitution à bref délai d’une force militaire efficace qui seule peut lui permettre de tenir à l’intérieur ses adversaires en respect, car le voici en lutte ouverte avec le principal parti égyptien, le Wafd. Naguib avait bien réussi à emprisonner Sagar et Din, mais liquider Nahas Pacha est une autre affaire. Nahas a défié Naguib de le démissionner de la présidence du Parti. Les choses en sont là. Pour Naguib ou pour Nahas, les paris sont ouverts.

 

Au Liban

Les militaires ont le vent en poupe en Orient, voici le général Chehab maître de Beyrouth, mais à la différence de Naguib, ce nouveau maître du Liban n’est pas personnellement l’initiateur du coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir. La situation au Liban est trop complexe pour être exposée ici. Il semble que la dictature militaire de Damas actuellement représentée par Chichakli ne soit pas étrangère à l’instauration d’un pouvoir militaire à Beyrouth. D’une façon générale, la guerre des Arabes en Palestine contre les Juifs a donné à l’élément militaire une importance qu’il avait perdue. Cependant, il n’y a pas de communauté de vue entre Naguib et ses confrères Syro-Libanais, ils ont hérité au contraire des rivalités de leurs prédécesseurs civils. Ce n’est pas encore le sabre qui fera l’unité panarabe.

 

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