Criton – 1951-07-28 – Prépondérance Américaine

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Le Courrier d’Aix – 1951-07-28 – La Vie Internationale.

 

Prépondérance Américaine

 

Tandis qu’on commençait à s’inquiéter de l’issue des négociations d’armistice en Corée, la mission Harriman à Téhéran aboutissait à un projet de compromis. Des hauts et des bas sont à prévoir au cours de ces laborieux pourparlers. Mais rien ne peut faire douter du désir des parties en présence de trouver une solution, pas même les déclarations contraires émises périodiquement à Pékin, à Varsovie ou ailleurs pour les besoins de la propagande.

En émettant la prétention de lier les conditions d’armistice au retrait des forces étrangères de Corée, les communistes ne pouvaient avoir l’illusion de fléchir la résolution américaine, pas plus que d’obtenir un ralentissement de l’effort d’armement européen ou une révision du traité Japonais. Les Etats-Unis ont un programme publiquement exposé sur toutes les questions militaires et politiques. Il faudrait être naïf pour espérer y changer quoi que ce soit d’essentiel. Si Moscou et Pékin ont demandé une trêve, c’est qu’ils étaient prêts à en accepter les conditions.

 

L’effort américain en Espagne

D’ailleurs, à mesure que leur effort s’étend, les Etats-Unis semblent de moins en moins disposés à tenir compte des objections.

A cet égard, les négociations avec l’Espagne qui sont virtuellement conclues malgré la mort subite de l’amiral Sherman, ne laissent aucun doute. Ce n’est d’ailleurs pas pour des raisons d’idéologie politique que la France et l’Angleterre voient avec inquiétude l’installation de bases américaines en Espagne. Ces bases permettront aux Etats-Unis de disposer non seulement d’un complément, d’ailleurs indispensable, de moyens d’action en cas de guerre, mais surtout d’une position sûre au cas où des difficultés surgiraient dans les pays d’Europe où l’instabilité politique et une minorité communiste plus ou moins forte risqueraient de gêner leurs plans. Du même coup, ils auront sur ces pays un moyen de pression indirect si un gouvernement mettait son concours à trop haut prix ou se montrait intransigeant sur certains chapitres au cas où, pour être clair, un De Gaulle ou un Schumacher au pouvoir jouerait de l’indépendance nationale.

L’accord de Franco avec Washington renforce la position, d’ailleurs solide, du dictateur espagnol. Et les Américains ne tiennent nullement à l’affaiblir. Il est totalement anti-communiste et a besoin de crédits pour améliorer son économie dont les récentes grèves de Biscaye ont montré la fragilité. Quel autre régime, fut-il monarchique offrirait les mêmes garanties ?

 

La Chaine des Pactes

De même, l’inclusion de la Turquie dans le Pacte Atlantique est chose acquise. Il n’y avait d’ailleurs pas d’objection majeure. La Grèce y viendra quand l’ordre politique sera un peu rétabli, et l’on peut entrevoir le jour où Israël suivra. Les Russes voient se resserrer la chaîne qui limite leur expansion. Ils l’ont bien cherché.

Le Pacte du Pacifique a commencé d’exister par l’accord des Etats-Unis avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui va s’insérer bientôt dans le cadre du traité Japonais. Reste au Sud un large trou. Cependant, le prochain voyage du général de Lattre à Washington donne à penser que l’armistice en Corée aura des corrélations avec la situation en Indochine. Des rumeurs de paix circulent déjà ; on parle d’une médiation de l’Inde entre Bao Daï et Ho Chi Minh. Il n’est pas téméraire de penser que derrière les négociations officielles de Kaosong, on a fait savoir aux Chinois que des garanties de non-intervention seraient exigées dans le Sud surtout, au cas où Mao Tsé Tung voudrait obtenir une paix qui lui ouvrirait les portes de l’O.N.U. Mais ceci est à longue échéance.

 

En Moyen-Orient

On a fait grand bruit autour de l’assassinat du roi Abdullah de Transjordanie. Les Anglais jouent de malheur. Après l’affaire des pétroles de Perse, voici qu’ils perdent entre l’Egypte et Israël un point d’appui d’importance. Mais il ne faut pas anticiper. L’assassinat d’Abdullah est un règlement de compte dans le milieu des roitelets d’Asie occidentale. Les Anglais, après de nouvelles difficultés, sont assez forts pour trouver un roitelet de rechange ou négocier avec le grand Mufti de Jérusalem, inspirateur présumé du forfait, un accord avantageux. Ils disposent de la légion arabe, seule force militaire organisée du monde musulman, et de la neutralité devenue bienveillante d’Israël. L’attitude provocante de l’Egypte peut leur faciliter la tâche. Il n’en reste pas moins que la politique qui a visé à éliminer la France du Moyen-Orient et d’en détourner les Américains, achève de faire faillite.

Il semble d’ailleurs qu’à Londres on se rend compte de la nécessité d’une solidarité occidentale dans ces régions explosives.

 

En Perse

C’est la leçon qu’ils devront tirer de l’affaire de l’Anglo-Iranian. A l’heure où nous écrivons on ne sait pas encore si les Anglais accepteront de négocier sur les bases proposées par Harriman. Ils ne peuvent cependant pas faire autrement. Ce sera un succès pour les Américains, et pour les Persans une solide garantie. Les Anglais devront admettre une gérance tripartite et un droit de regard des Etats-Unis sur ce qui était leur fief.

Au fond, la perte sera plus morale que matérielle. Car les Etats-Unis n’ont aucun désir d’aggraver la situation financière de l’Angleterre qui ne sera jamais assez rétablie pour assurer son indépendance. Le bloc Sterling se désagrègera de lui-même sans drame. Un effondrement ne profiterait à personne, sinon à Moscou. Mais la facilité avec laquelle Harriman a en quelques jours retourné les Persans est une manifestation de prestige très impressionnante. La Pax Americana s’avance que nous avons annoncée en Août 1945, le jour d’Hiroshima.

 

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