{"id":4724,"date":"1963-02-09T00:00:40","date_gmt":"1963-02-08T23:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.criton.co\/?p=4724"},"modified":"1963-02-09T00:00:40","modified_gmt":"1963-02-08T23:00:40","slug":"criton-1963-02-09-la-rupture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/risingtidesecurity.com\/?p=4724","title":{"rendered":"Criton &#8211; 1963-02-09 &#8211; La Rupture"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t<strong><a href=\"http:\/\/risingtidesecurity.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/ORIGINAL-Criton-1963-02-09.pdf\">ORIGINAL-Criton-1963-02-09<\/a>\u00a0 pdf<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le Courrier d\u2019Aix \u2013 1963-02-09 \u2013 La Vie Internationale<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Apr\u00e8s l\u2019\u00c9chec de Bruxelles<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s la temp\u00eate de Bruxelles, un temps de r\u00e9flexion. Le contrecoup imm\u00e9diat est surprenant\u00a0: M. MacMillan, harcel\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s, accabl\u00e9 d\u2019\u00e9checs, est redevenu populaire\u00a0; son n\u00e9gociateur, M. Heath, critiqu\u00e9 d\u2019hier, a \u00e9t\u00e9 acclam\u00e9 aux Communes. Pour un temps sans doute bref, l\u2019union nationale s\u2019est faite en Angleterre et la bourse de Londres, contre toute attente, a mont\u00e9. Ce qui montre que dans l\u2019ordre \u00e9conomique, l\u2019entr\u00e9e dans le March\u00e9 Commun n\u2019\u00e9tait pas un probl\u00e8me vital\u00a0; le calme des autres places indique que pour l\u2019Europe continentale avantages et inconv\u00e9nients s\u2019\u00e9quilibraient. Le drame donc n\u2019est pas l\u00e0.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>L\u2019Avenir de l\u2019Esprit Europ\u00e9en<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Ce qui est touch\u00e9, c\u2019est l\u2019esprit europ\u00e9en qu\u2019on s\u2019\u00e9tait efforc\u00e9 de cr\u00e9er. Le March\u00e9 Commun n\u2019\u00e9tait pas autre chose, et le Dr Erhard a raison de dire qu\u2019il n\u2019en reste plus qu\u2019une bureaucratie. Les institutions r\u00e9sistent \u00e0 tout, m\u00eame \u00e0 l\u2019effacement des raisons pour lesquelles on les avait \u00e9tablies. Il y a \u00e0 Bruxelles deux mille deux cents fonctionnaires dont les int\u00e9r\u00eats sont bien prot\u00e9g\u00e9s. La machine tournera, en attendant des temps meilleurs. Gr\u00e2ce \u00e0 cette permanence, on \u00e9vitera un \u00e9clatement de la Communaut\u00e9 des Six, qui, sans cela, \u00e9tait probable. Ceux qui ont entrepris il y a dix ans, de faire l\u2019Europe, n\u2019ont donc pas eu tort de commencer par cr\u00e9er des organismes. Normalement, pour r\u00e9ussir, il aurait fallu d\u2019abord harmoniser entre les partenaires, la fiscalit\u00e9, la monnaie, les conditions du travail, le code et les tarifs douaniers\u00a0; bref, \u00e9tablir les r\u00e8gles d\u2019une unit\u00e9, les institutionnaliser ensuite. Il est probable qu\u2019on n\u2019aurait pas abouti. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9chec d\u2019hier, on peut esp\u00e9rer repartir un jour. R\u00e9flexion faite, c\u2019est ce qu\u2019ont d\u00e9cid\u00e9 les Cinq, MacMillan l\u2019a soulign\u00e9 au cours de son voyage \u00e0 Rome.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Le R\u00f4le du March\u00e9 Commun<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Dans un r\u00e9cent article, le journaliste am\u00e9ricain Joseph Alsop rapporte qu\u2019au cours d\u2019un r\u00e9cent entretien avec M. Pompidou, celui-ci lui a d\u00e9clar\u00e9 que les progr\u00e8s remarquables de l\u2019Europe continentale doivent \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 des causes \u00e9conomiques classiques, et que le March\u00e9 Commun n\u2019y \u00e9tait pour rien. L\u2019aveu est de taille et plut\u00f4t inqui\u00e9tant apr\u00e8s tant d\u2019affirmations contraires. Nous n\u2019avons jamais dit autre chose ici. Mat\u00e9riellement, la phase d\u2019expansion se serait d\u00e9velopp\u00e9e parce que c\u2019\u00e9tait l\u2019heure. Il en sera de m\u00eame si demain, cette pouss\u00e9e retombe. Par contre, l\u2019id\u00e9e du March\u00e9 Commun a puissamment contribu\u00e9 \u00e0 fortifier le mouvement. Elle a donn\u00e9 de l\u2019\u00e9lan aux initiatives, coordonn\u00e9 les efforts des entreprises priv\u00e9es dans toute la communaut\u00e9, et si ce facteur psychologique dispara\u00eet, cela peut transformer en d\u00e9pression le temps de pause qui suit g\u00e9n\u00e9ralement les progressions rapides.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Les Raisons de la Rupture<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>On s\u2019interroge partout sur les motifs qui ont d\u00e9cid\u00e9 le Chef de l\u2019Etat fran\u00e7ais \u00e0 briser les pourparlers entre l\u2019Angleterre et les Six. Les uns donnent la pr\u00e9pond\u00e9rance aux raisons \u00e9conomiques, les autres aux politiques.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les \u00e9conomiques d\u2019abord, sont \u00e9videntes\u00a0: depuis deux mois les exportations fran\u00e7aises fl\u00e9chissant, la balance commerciale accuse un d\u00e9ficit qui s\u2019ajoute au d\u00e9clin de nos ventes dans nos anciennes possessions d\u2019Outre-Mer, ce qui s\u2019explique par la hausse de nos prix devant une concurrence accrue. Les facilit\u00e9s, m\u00eames l\u00e9g\u00e8res, que l\u2019industrie britannique aurait obtenues auraient accus\u00e9 cette tendance. Certaines branches de notre \u00e9conomie se sentaient menac\u00e9es surtout si avec l\u2019Angleterre plusieurs de ses associ\u00e9s, Scandinaves et Commonwealth acc\u00e9daient plus ais\u00e9ment \u00e0 notre march\u00e9\u00a0; la papeterie, la construction m\u00e9canique, la sid\u00e9rurgie, la chimie organique, l\u2019aluminium entre autres.<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u2019autre part, le fragile accord \u00e9tabli entre les Six l\u2019an dernier \u00e0 l\u2019avantage de notre agriculture risquait, et risque encore d\u2019ailleurs, de rester inapplicable. Nos partenaires africains de leur c\u00f4t\u00e9 voulaient consolider les pr\u00e9f\u00e9rences si difficilement acquises et pas encore ratifi\u00e9es. Le tout constitue un faisceau de pressions qui, devant une situation g\u00e9n\u00e9rale moins favorable, s\u2019exer\u00e7aient tr\u00e8s puissamment. Elles ont jou\u00e9, mais n\u2019auraient pas suffi \u00e0 pr\u00e9cipiter une d\u00e9cision aussi brutale.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>L\u2019Entr\u00e9e de l\u2019Angleterre bouleversait les Structures du March\u00e9 Commun<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Un autre motif, celui qui nous a toujours fait douter de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Angleterre dans le March\u00e9 Commun, c\u2019est qu\u2019il en aurait boulevers\u00e9 les structures, qu\u2019il l\u2019aurait dilu\u00e9 dans un ensemble trop vaste pour qu\u2019il conserve son sens et son but. C\u2019\u00e9tait bien l\u2019intention des Anglais\u00a0: n\u2019ayant pu ni l\u2019emp\u00eacher de na\u00eetre et ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 lui opposer une association rivale l\u2019E.F.T.A., ils pensaient, en y entrant, le rendre inefficace, pour mieux dire inoffensif. Paradoxalement, ils viennent de r\u00e9ussir justement parce que la France leur refuse l\u2019entr\u00e9e. L\u2019\u00e9clat de Bruxelles, en opposant la France \u00e0 ses cinq partenaires, a bris\u00e9 le ressort du March\u00e9 Commun et peut-\u00eatre l\u2019a d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En mettant les choses au mieux, il l\u2019a stopp\u00e9 pour un temps. Mais cette crise n\u2019est qu\u2019un aboutissement\u00a0: depuis un an, l\u2019harmonie entre les Six ne r\u00e9gnait plus. La Hollande surtout suivait \u00e0 contrec\u0153ur, les Allemands craignaient qu\u2019on ne leur impose une planification \u00e0 laquelle ils r\u00e9pugnent. Le toll\u00e9 d\u2019hier contre la France n\u2019a fait qu\u2019expliciter ce malaise. Le March\u00e9 Commun pr\u00e9sentait trop d\u2019avantages pour la France, et seule l\u2019Angleterre pouvait l\u2019emp\u00eacher d\u2019imposer ses vues.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Les Motifs Politiques<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Il y a enfin ceux qui donnent la priorit\u00e9 aux motifs politiques, et leur opinion a son poids\u00a0; le coupable, c\u2019est l\u2019atome\u00a0; l\u2019\u00e9tincelle, l\u2019accord anglo-am\u00e9ricain \u00e0 Nassau\u00a0; le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, disent-ils, pense que la force atomique est aujourd\u2019hui le signe et le moyen de la puissance. Sans elle, on est sans voix dans le ch\u0153ur diplomatique. Les Anglais, avant Nassau et l\u2019affaire du Sky-Bolt, l\u2019avaient. Ils d\u00e9tenaient les secrets que les Etats-Unis leur avaient confi\u00e9s. Si l\u2019Angleterre voulait les partager avec la France, si elle s\u2019associait \u00e0 la France, comme elle le fait pour l\u2019avion supersonique Concorde, pour constituer un arsenal atomique efficace, ind\u00e9pendant de celui des deux G\u00e9ants, alors on pourrait s\u2019entendre pour ouvrir aux Britanniques les portes du club europ\u00e9en. Mais puisque les Anglais ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 renoncer \u00e0 leur autonomie nucl\u00e9aire, qu\u2019ils se sont soumis au monopole am\u00e9ricain, alors brisons l\u00e0\u00a0; la France poursuivra seule son entreprise et si les Allemands peuvent l\u2019y aider, on resserrera l\u2019alliance.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cette explication concorderait avec le d\u00e9roulement ant\u00e9rieur des \u00e9v\u00e9nements. Pendant un an et demi, la France a particip\u00e9 aux pourparlers de Bruxelles et au d\u00e9but tout au moins, a encourag\u00e9 l\u2019Angleterre \u00e0 les poursuivre. Elle n\u2019a pos\u00e9 aucune objection pr\u00e9alable alors que les raisons pour le faire ne manquaient pas. Elle n\u2019a pas averti l\u2019Angleterre de son opposition au cours de ces derniers mois, ce qui eut \u00e9t\u00e9 d\u2019une correction \u00e9l\u00e9mentaire. L\u2019\u00e9clat de Bruxelles aurait donc \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement de derni\u00e8re heure, l\u2019accord de Nassau.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au surplus, cette explication nous semble correspondre mieux \u00e0 la psychologie du Chef de l\u2019Etat. On lui pr\u00eate \u00e0 l\u2019\u00e9tranger surtout des desseins \u00e0 longue port\u00e9e, une politique arr\u00eat\u00e9e \u00e0 l\u2019avance vers des buts pr\u00e9cis par-del\u00e0 les incidences quotidiennes, et ses \u00e9crits en effet semblent justifier cette impression. Mais si l\u2019on reconstitue au cours des ann\u00e9es les attitudes diverses et souvent contradictoires de sa conduite, on reconna\u00eet que les circonstances l\u2019ont souvent modifi\u00e9e et parfois domin\u00e9e. Si certaines id\u00e9es d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral demeurent constantes, les moyens de les r\u00e9aliser varient, ce qui rend ses d\u00e9cisions impr\u00e9visibles et souvent difficiles \u00e0 expliquer, comme ce fut le cas \u00e0 Bruxelles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Les Pourparlers Franco-Espagnols<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>De m\u00eame, les diplomates ont \u00e9t\u00e9 intrigu\u00e9s par le tour pris ces derniers temps dans les relations franco-espagnoles. Visites successives de Ministres fran\u00e7ais \u00e0 Madrid, conversations d\u2019\u00c9tat-Major faisant suite au Trait\u00e9 franco-allemand. Les sp\u00e9culations vont bon train.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Man\u0153uvre diplomatique ou tournant politique\u00a0? Le G\u00e9n\u00e9ral Franco est fortement li\u00e9 aux Etats-Unis et n\u00e9gocie pr\u00e9cis\u00e9ment en ce moment le renouvellement de l\u2019accord relatif aux bases am\u00e9ricaines en Espagne. Il compte en tirer le maximum d\u2019avantages financiers et politiques. Un rapprochement spectaculaire avec la France lui donne des atouts dans la n\u00e9gociation, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les relations franco-am\u00e9ricaines sont tendues. Sans doute Franco veut-il forcer son entr\u00e9e dans l\u2019O.T.A.N., pour lequel le consentement de la France est indispensable \u00e0 l\u2019association au March\u00e9 Commun que la rupture de Bruxelles faciliterait. Faut-il voir au-del\u00e0\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019Espagne dont les progr\u00e8s \u00e9conomiques sont sensibles doit pour les \u00e9tendre sortir de son isolement et s\u2019int\u00e9grer plus ou moins \u00e0 l\u2019Europe. Si elle y r\u00e9ussit, ce succ\u00e8s serait d\u00e9cisif pour le r\u00e9gime. Franco est assez habile pour se servir des chances qui s\u2019offrent au-del\u00e0 des Pyr\u00e9n\u00e9es, sans pour cela indisposer les Etats-Unis dont l\u2019aide est indispensable, ni l\u2019Angleterre qui est le principal client de l\u2019Espagne. En m\u00eame temps qu\u2019il accueillait les Ministres fran\u00e7ais, il envoyait \u00e0 Londres son Ministre de l\u2019industrie, Franco ne l\u00e2chera pas la proie pour l\u2019ombre. Il l\u2019a montr\u00e9 au Maroc et ailleurs.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CRITON<\/strong>\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ORIGINAL-Criton-1963-02-09\u00a0 pdf Le Courrier d\u2019Aix \u2013 1963-02-09 \u2013 La Vie Internationale \u00a0 Apr\u00e8s l\u2019\u00c9chec de Bruxelles Apr\u00e8s la temp\u00eate de Bruxelles, un temps de r\u00e9flexion. 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