{"id":4139,"date":"1958-11-08T00:00:12","date_gmt":"1958-11-07T23:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.criton.co\/?p=4139"},"modified":"1958-11-08T00:00:12","modified_gmt":"1958-11-07T23:00:12","slug":"criton-1958-11-08-confusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/risingtidesecurity.com\/?p=4139","title":{"rendered":"Criton &#8211; 1958-11-08 &#8211; Confusion"},"content":{"rendered":"<h3><strong><a href=\"http:\/\/risingtidesecurity.com\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/ORIGINAL-Criton-1958-11-08.pdf\">original-criton-1958-11-08<\/a>\u00a0 pdf<\/strong><\/h3>\n<h3><strong>Le Courrier d\u2019Aix \u2013 1958-11-08 \u2013 La Vie Internationale.<\/strong><\/h3>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2><strong>Confusion<\/strong><\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Situation confuse\u00a0; le mot qui revient sous la plume des chroniqueurs la caract\u00e9rise bien. Il s\u2019applique autant aux affaires europ\u00e9ennes et africaines qu\u2019aux Moyen et Extr\u00eame-Orient et aux Etats-Unis o\u00f9 le raz de mar\u00e9e en faveur des D\u00e9mocrates va singuli\u00e8rement g\u00eaner la politique de l\u2019Administration Eisenhower.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>La D\u00e9faite des R\u00e9publicains aux Etats-Unis<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>On s\u2019attendait \u00e0 cette d\u00e9faite du Parti r\u00e9publicain. Cependant, la conjoncture \u00e9conomique avait \u00e9t\u00e9 ces derniers mois, brillamment redress\u00e9e. La prosp\u00e9rit\u00e9 revenait, plus vite qu\u2019on ne l\u2019esp\u00e9rait\u00a0; la paix n\u2019\u00e9tait pas s\u00e9rieusement menac\u00e9e malgr\u00e9 l\u2019affaire des \u00eeles chinoises. En d\u00e9pit de nombreux \u00e9checs, la course \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019espace, avec ses implications strat\u00e9giques, restait ouverte avec des chances \u00e9gales. Mais la confiance en Ike a disparu. On l\u2019avait plac\u00e9e trop haut\u00a0; l\u2019humiliation subie par la lanc\u00e9e des Spoutniks a laiss\u00e9 des traces profondes. On ne pardonne pas \u00e0 un homme, et surtout \u00e0 un militaire, de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 distancer dans ce qui devait \u00eatre son affaire personnelle.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au pays du business, l\u2019\u00e9chec est sans r\u00e9mission. Plus qu\u2019ailleurs, la foule am\u00e9ricaine est passionnelle. Elle s\u2019engoue et rejette avec la m\u00eame fr\u00e9n\u00e9sie. En politique ext\u00e9rieure, elle n\u2019entend pas que la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine soit mise en question et en m\u00eame temps r\u00e9pugne \u00e0 toute action qui pourrait entra\u00eener un engagement militaire. Le conflit de Formose est aussi impopulaire que la Guerre de Cor\u00e9e qui discr\u00e9dita Truman. Foster Dulles \u00e9tant antipathique, toutes ses initiatives sont mal accueillies, m\u00eame dans son propre Parti, et le vice-pr\u00e9sident Nixon, malgr\u00e9 ses qualit\u00e9s et ses d\u00e9fauts bien am\u00e9ricains, n\u2019a pas pu vaincre le pr\u00e9jug\u00e9 d\u00e9favorable.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Si la tendance actuelle persiste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lection de 1960, un succ\u00e8s d\u00e9mocrate ne fait aucun doute et l\u2019on approuvera, fait par d\u2019autres hommes, exactement ce que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont, ou auraient fait \u00e0 leur place. Car dans ses grandes lignes, la politique des Etats-Unis n\u2019a pas chang\u00e9, et si l\u2019on en juge par les r\u00e9centes publications de M. Stevenson candidat d\u00e9mocrate d\u2019hier et peut-\u00eatre \u00e9lu de demain\u00a0; on cherche en vain ce qui pourrait distinguer sa politique de celle de l\u2019actuelle Administration, sinon dans la fa\u00e7on de pr\u00e9senter les m\u00eames choses\u00a0; mais cela compte beaucoup.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>M\u00e9sentente Cordiale<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Le gros nuage du ciel diplomatique est ce que l\u2019on appelle la m\u00e9sentente cordiale\u00a0: la France et l\u2019Angleterre traversent en effet une phase d\u2019opposition aig\u00fce. On s\u2019en console un peu si l\u2019on pense que les rares p\u00e9riodes o\u00f9 l\u2019entente a r\u00e9gn\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des catastrophes\u00a0: la plus r\u00e9cente \u00e9tant celle de Suez. Cependant, le diff\u00e9rend franco-anglais prend un tour d\u2019une \u00e2pret\u00e9 inhabituelle \u00e0 un moment bien inopportun. Le moins qu\u2019on puisse dire est que nous n\u2019avons pas besoin de cela. La faute est partag\u00e9e, mais le fond du probl\u00e8me est s\u00e9rieux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>La Politique Anglaise et le Continent<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Les Anglais ne veulent pas du March\u00e9 Commun, comme l\u2019a avou\u00e9 le Ministre du Travail, Sir David Eccles, parce qu\u2019il heurte le point central de la politique anglaise traditionnelle\u00a0: la formation d\u2019une entit\u00e9 europ\u00e9enne continentale. Il y a, bien s\u00fbr, des craintes d\u2019ordre \u00e9conomique et commercial. Mais comme le remarquait un Anglais, la bourse de Londres ne serait pas en si bonne forme si ces appr\u00e9hensions \u00e9taient s\u00e9rieuses. Le probl\u00e8me est politique et ce qui est pire, sentimental.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour Londres, l\u2019ordre du monde serait chang\u00e9 si le Continent s\u2019unissait, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une intention plut\u00f4t que d\u2019une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: on peut m\u00eame dire que l\u2019acharnement d\u2019un Maudling est d\u2019autant plus vif, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un fant\u00f4me et non d\u2019une menace concr\u00e8te. En fait, les Fran\u00e7ais qui font les frais de la dispute, ne tiennent pas particuli\u00e8rement au March\u00e9 Commun qui, \u00e0 juste titre, leur apparait plein de risques. Ils s\u2019y r\u00e9signent par raison et par fid\u00e9lit\u00e9 aux engagements pris. On ne peut pas recommencer l\u2019affaire de la C.E.D. Et si la France s\u2019oppose pour des raisons \u00e9videntes \u00e0 la zone de libre-\u00e9change, par contre les Allemands y sont tr\u00e8s favorables. Et les Anglais ne peuvent ignorer que si, par impossible, leurs plans \u00e9taient accept\u00e9s, ils auraient plus \u00e0 souffrir de la concurrence allemande que dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un seul March\u00e9 Commun des Six, r\u00e9alis\u00e9 en douze ou quinze ans.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour l\u2019heure, le Gouvernement MacMillan n\u2019h\u00e9site cependant pas \u00e0 parler d\u2019\u00e9ventuelles repr\u00e9sailles qui auraient pour effet de bloquer les \u00e9changes entre la petite Europe et le Commonwealth. Ce qui a pour but d\u2019impressionner les Allemands et les Belges, \u00e0 les amener \u00e0 faire pression sur la France en cas d\u2019obstination de celle-ci, ou bien obliger les Six \u00e0 renoncer au March\u00e9 Commun, ce qui est au fond le plus inavou\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais ce grave probl\u00e8me n\u2019est pas seul \u00e0 opposer France et Angleterre. Il y a la f\u00e2cheuse question de la r\u00e9organisation de l\u2019O.T.A.N. et du Directoire tripartite dont Londres ne veut \u00e9videmment pas entendre parler. Il y a l\u2019accession de la France au Club atomique \u00e0 laquelle ils ne veulent pas davantage souscrire. Enfin, la question de Guin\u00e9e dont les Anglais viennent avant nous de reconna\u00eetre l\u2019ind\u00e9pendance. Ce qui montre que la vieille rivalit\u00e9 coloniale persiste m\u00eame par-del\u00e0 la mort du syst\u00e8me. A notre avis, il y aurait eu int\u00e9r\u00eat \u00e0 mettre tous ces probl\u00e8mes au frigidaire, comme l\u2019on dit, au moins pour le temps de r\u00e9tablir nos propres affaires, ce qui peut \u00eatre assez long.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>L\u2019Affaire Pasternak<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>On ne saurait n\u00e9gliger de parler de l\u2019attribution du Prix Nobel \u00e0 l\u2019\u00e9crivain sovi\u00e9tique Boris Pasternak car elle a \u00e9t\u00e9, par l\u2019ampleur des r\u00e9actions soulev\u00e9es, une sorte d\u2019affaire de Hongrie sur le plan culturel. Elle illustre bien le point qui nous frappait ici r\u00e9cemment \u00e0 propos de la Chine\u00a0: L\u2019ab\u00eeme moral entre les deux Mondes se creuse de plus en plus. Les valeurs qui nous tiennent \u00e0 c\u0153ur et sont notre raison de vivre, sont honnies et m\u00e9pris\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Les injures d\u00e9vers\u00e9es par la presse et la radio russes sur ce po\u00e8te inoffensif et isol\u00e9, la coalition dans l\u2019anath\u00e8me de toute la tribu des \u00e9crivains subventionn\u00e9s de l\u2019U.R.S.S. passent en abjections les limites concevables.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce qui est plus grave que la bassesse des hommes (et d\u2019un en particulier qui n\u2019est pas sans talent \u2013 l\u2019\u00e9crivain Cholokhov) c\u2019est que ni le gouvernement sovi\u00e9tique, ni les gens de lettres \u00e0 son service, n\u2019ont paru se rendre compte de la maladresse de leur attitude. Ils avaient tout \u00e0 gagner \u00e0 faire le silence \u2013 ils s\u2019y entendent si bien \u00e0 l\u2019occasion \u2013 \u00e0 ne pas soulever une r\u00e9probation unanime pour une affaire qui, sans leur d\u00e9cha\u00eenement, aurait pass\u00e9 sans grand \u00e9clat. Cette indiff\u00e9rence aux forces morales, si elle est conforme au dogme marxiste, est plus grave que Krouchtchev ne pense. Pour comble, l\u2019argument qui domine parmi ces invectives\u00a0: \u00ab\u00a0Comment un homme aussi grassement entretenu par notre soci\u00e9t\u00e9 ose-t-il le d\u00e9nigrer\u00a0?\u00a0\u00bb est justement celui par lequel les communistes pr\u00e9tendent condamner la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Ils reconnaissent ainsi que sans libert\u00e9 \u00e9conomique, il n\u2019y a pas de libert\u00e9 du tout. Pasternak avait tent\u00e9 en vain de n\u2019appartenir qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. Il n\u2019avait plus qu\u2019\u00e0 partir ou se soumettre. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s\u2019humilier.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Aust\u00e9rit\u00e9 ou Expansion<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Terminons en \u00e9voquant un probl\u00e8me d\u2019ordre \u00e9conomique qui nous para\u00eet fort important. Une controverse est en train qui porte sur le dilemme suivant\u00a0: nous savons qu\u2019il est vital pour notre \u00e9conomie d\u2019exporter davantage pour couvrir nos besoins\u00a0; les Anglais aussi et les autres \u00e0 un degr\u00e9 moindre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Deux voies pour y parvenir\u00a0: l\u2019une consiste \u00e0 restreindre la consommation int\u00e9rieure de fa\u00e7on \u00e0 obliger les producteurs \u00e0 chercher \u00e0 l\u2019\u00e9tranger des d\u00e9bouch\u00e9s\u00a0; l\u2019autre consiste au contraire, \u00e0 d\u00e9velopper le march\u00e9 int\u00e9rieur et \u00e0 augmenter la production globale de fa\u00e7on \u00e0 obtenir, par cette production accrue, des prix de revient plus bas par unit\u00e9 et ainsi devenir comp\u00e9titifs sur les march\u00e9s \u00e9trangers. C\u2019est dans cette derni\u00e8re voie que s\u2019engage r\u00e9solument le gouvernement britannique en facilitant le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation int\u00e9rieure, ce qui provoque en Angleterre en ce moment un boom d\u2019achat du public.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019autre voie, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, est celle que l\u2019on a toujours pr\u00e9conis\u00e9e en France et que le rapport de l\u2019O.E.C.E. en ce qui nous concerne, nous recommande de suivre. L\u2019objection principale formul\u00e9e ces jours-ci par un \u00e9minent \u00e9conomiste anglais W. Pickles \u00e0 la radio contre la politique de facilit\u00e9, c\u2019est que l\u2019\u00e9largissement de la demande int\u00e9rieure conduit les producteurs \u00e0 la satisfaire d\u2019abord, parce qu\u2019elle est beaucoup plus profitable que l\u2019exportation et \u00e0 n\u00e9gliger les d\u00e9bouch\u00e9s ext\u00e9rieurs\u00a0; c\u2019est ce que l\u2019on n\u2019a cess\u00e9 de dire en France et non sans raison valable, ces derni\u00e8res ann\u00e9es. La controverse est d\u2019int\u00e9r\u00eat capital, car du parti que l\u2019on choisit d\u00e9pend toute la politique \u00e9conomique \u00e0 suivre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Notre choix personnel est fait. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 en mati\u00e8re \u00e9conomique est une politique d\u00e9cevante. Les Anglais en ont fait l\u2019exp\u00e9rience. Mais son contraire ne doit pas \u00eatre la facilit\u00e9 car ses effets nocifs sont pires. L\u2019expansion globale int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure peut \u00eatre obtenue et servir \u00e0 la fois le march\u00e9 indig\u00e8ne et l\u2019exportation, \u00e0 condition que les producteurs aussi bien que les pouvoirs publics, et que les travailleurs se soumettent tous ensemble \u00e0 une stricte discipline. Malheureusement, ce n\u2019est pas leur qualit\u00e9 ma\u00eetresse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CRITON<\/strong>\t\t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>original-criton-1958-11-08\u00a0 pdf Le Courrier d\u2019Aix \u2013 1958-11-08 \u2013 La Vie Internationale. \u00a0 Confusion \u00a0 Situation confuse\u00a0; le mot qui revient sous la plume des chroniqueurs la caract\u00e9rise bien. 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